La spatule blanche.

L’identification de la Spatule blanche est aisée, malgré le caractère farouche de cette espèce. Posée à distance, le plumage blanc dominant et surtout le bec caractéristique en forme de cuillère excluent toute confusion avec d’autres grands échassiers européens. Observée de plus près, on distingue chez l’adulte en plumage nuptial une huppe assez fournie à la nuque, une collerette orangée à la base du cou et une gorge jaune orangé. Les pattes sont noires. Le bec noir, sillonné de cannelures transversales, se termine par une tache jaune au niveau de l’extrémité élargie. La huppe et la tache du cou disparaissent au cours de la mue qui intervient en août-septembre.

Les jeunes, blancs et sans huppe, se distinguent par la bordure noire du bout des rémiges primaires qui n’est pas toujours visibles de loin. Le bec est rose et lisse. L’iris brun, alors qu’il est rouge chez l’adulte, la peau nue de la gorge rose et les pattes gris ardoisé sont également des signes distinctifs.

Spatule blanche, carte maximum, Nations unies.

En vol, elle se remarque facilement par son plumage blanc immaculé, le cou tendu prolongé par le bec aplati à son extrémité et les pattes dépassant la queue.

Les ailes relativement larges et arrondies battent rapidement avec une faible amplitude. Leur mouvement régulier est souvent interrompu par des glissades planées. Les groupes d’oiseaux en vol se déplacent en chevrons, en files obliques ou bien en alignement de front plus ou moins sinueux.

Le répertoire vocal de la Spatule blanche est très pauvre et peu démonstratif. Dans les colonies de reproduction, les adultes se manifestent par des grognements bas et sourds et parfois par des claquements de bec. Au cours de l’activité alimentaire, les groupes d’oiseaux communiquent par des sons étouffés à peine audibles. En quémandant leur nourriture, les jeunes produisent des cris sifflants et insistants qui facilitent leur repérage.

Longueur totale du corps : 80 à 90 cm. Poids  : 1700 à 2000 g.

Seules l’Aigrette garzette (Egretta garzetta) et la Grande Aigrette (Ardea alba) sont entièrement blanches comme la Spatule, mais leur silhouette et leurs allures excluent toute confusion. Elles volent le cou replié, leur bec se termine en pointe effilée. Au repos, la position de leur corps est presque verticale, alors qu’elle est plutôt horizontale chez la Spatule.

La sous-espèce nominale se reproduit de façon localisée dans le Paléarctique, en Inde et au Sri Lanka au-dessous de 55° de latitude Nord.

La population nicheuse d’Europe de l’Ouest, longtemps limitée aux Pays-Bas et à l’Espagne est en nette progression depuis 1990. Elle niche également au Portugal depuis 1991, à raison de 1 à 11 couples ainsi qu’en Italie. Très récemment, quelques couples se sont installés en Allemagne, au Danemark et en Angleterre.

La Spatule blanche hiverne en Afrique de l’Ouest sur le Banc d’Arguin en Mauritanie et surtout dans le delta du fleuve Sénégal avec 30-40% de la population.

L’espèce s’est installée en France à partir de 1981, où la première preuve de reproduction a été obtenue au Lac de Grand Lieu (Loire-Atlantique). Elle occupe maintenant régulièrement : Grand-Lieu, la Brière, les marais de l’Erdre (Loire-Atlantique), les marais d’Orx et les Réserves de Chasse et de Faune Sauvage des Barthes de l’Adour (Landes), la Camargue (Bouches du Rhône) et la réserve naturelle de la baie de Somme. Un couple s’est reproduit avec succès dans le marais de Brouage en 1999 (Charente-Maritime). Des tentatives sans succès ont également été notées en Dombes (Ain) et en plaine du Forez (Loire) en 1996.

Avec l’augmentation significative de la population hollandaise qui transite par la France et secondairement celle de Loire-Atlantique, la Spatule blanche se rencontre de plus en plus fréquemment sur les côtes atlantiques.

Un grand nombre de sites identifiés comme haltes migratoires depuis quelques années sont occupés régulièrement au cours des migrations pré et post-nuptiales. Du nord au sud, les principaux sites sont la réserve naturelle de la baie de Somme, le marais du Hode en baie de Seine, la réserve de Falguérec dans le Morbihan, la réserve de Chanteloup en Vendée, la réserve de Moëze et le marais de Brouage en Charente-Maritime, le domaine de Certes et la réserve du Teich en Gironde, la réserve de chasse et de faune sauvage de Saint-Martin-de-Seignanx (ZPS) et enfin la réserve du marais d’Orx, toutes deux dans les Landes.

Bien que l’espèce soit migratrice, on observe un hivernage croissant en France depuis les années 1980, principalement au Teich sur le bassin d’Arcachon, sur la rivière de Pont l’Abbé en Bretagne et sur l’île de Ré. L’espèce se déplace en très faible nombre plus ou moins régulièrement à l’intérieur des terres, notamment au Lac du Der (Marne), en Touraine et en Brenne (Indre). Elle est rare dans le sud et l’est du Pays.

En matière d’habitats fréquentés, la Spatule est celui, des grands échassiers d’Europe, qui exploite le plus les vasières. Durant les différentes périodes de son cycle de vie, elle occupe essentiellement de vastes zones humides où elle dispose de zones d’alimentation étendues. Les baies, les estuaires et les marais arrières-littoraux sont les habitats les plus recherchés.

La nidification a lieu dans des arbres, parfois élevés. Les saulaies inondées constituent ses milieux de prédilection en France.

La migration postnuptiale se déroule de début juillet à octobre. Un pic migratoire moyen très marqué est relevé au cours de la dernière décade d’août sur les principaux sites de passage. On observe cependant des chronologies différentes selon les sites. La phénologie de la migration postnuptiale et l’importance des stationnements sur les principaux sites de halte sont largement conditionnés par les qualités trophiques des sites de regroupements postnuptiaux aux Pays-Bas d’où les spatules partent dès début juillet pour les plus précoces à début septembre. Les conditions de halte migratoire peuvent également être tributaires des perturbations éventuelles engendrées par la pratique de la chasse, dès le mois d’août sur le domaine public maritime, comme c’est notamment le cas en Baie de Seine  et en marais de Brouage. Les oiseaux français séjournent l’été le long du littoral atlantique français, comme en Charente-Maritime, avant de migrer plus au sud.

La migration prénuptiale, très étalée, commence au début du mois de février et se prolonge jusqu’à fin mai. L’activité migratoire maximale est notée pendant la première quinzaine de mars. Comme pour la migration d’automne, différents pics migratoires existent suivant les sites et suivant les classes d’âge.

La migration est en général diurne. Un grand nombre d’observations montre que l’espèce se déplace surtout en groupes de 10 à 40 oiseaux, mais des vols de 100 à 150 individus ne sont pas rares.

L’espèce niche en colonie et s’associe fréquemment aux ardéidés. Discrète et très sensible aux dérangements, elle niche en France uniquement dans les arbres (saulaies inondées, pins, chênes, frênes essentiellement), souvent parmi les Hérons cendrés (Ardea cinerea). Son nid est constitué de branchettes et accueille la ponte de 3 à 5 œufs (voire 6) qui a lieu généralement en avril et jusqu’à mai pour les couples tardifs.

L’éclosion a lieu après 21 à 25 jours d’incubation. Les jeunes en duvet blanc séjournent au nid 4 semaines, puis prennent leur envol à 7 semaines environ. Les deux sexes participent à la construction du nid, à la couvaison et à l’élevage. En juillet, les groupes de juvéniles se rassemblent aux alentours des sites de nidification où ils recherchent eux-mêmes leur nourriture sur les meilleurs gagnages que constituent les étangs, les lagunes et les vasières littorales. Cependant, la présence d’adultes déclenche chez les jeunes des comportements de mendicité.

Des suivis de reproduction effectués sur le lac de Grand-Lieu, principal site de nidification en France, montrent au fil des années une diminution sensible de la production de jeunes liée à l’augmentation de la population nicheuse. En 1991 et 1992, la moyenne de jeunes produits par nid était de 3, alors qu’elle s’élevait seulement à 2,4 en 1995. La mortalité des poussins peut varier annuellement de 17 à 100 %. Elle est surtout importante entre l’éclosion et 15 jours d’âge.

La reproduction peut commencer dès l’âge de 3 ans, plus généralement à 4 ou 5 ans. La longévité de la Spatule blanche est de 15 à 20 ans.

Le régime alimentaire, essentiellement animal, comprend surtout des petits crustacés et des poissons de faible taille. Il est complété par des batraciens, des vers, des insectes et leurs larves, ainsi que des mollusques.

Dans le Centre-Ouest Atlantique, comme sur l’ensemble de la façade Manche-Atlantique, en halte migratoire, la Spatule blanche se nourrit principalement de Crevettes (Palaemonetes varians) sur des lagunes et des anciennes salines littorales. Elle affectionne également les marais arrières-littoraux plus doux où son alimentation se compose en majorité de Gambusies (Gambusia affinis) et d’Epinoches (Gasterosteus aculeatus). Elle sélectionne des sites d’alimentation où les niveaux d’eau sont de préférence compris entre 15 et 20 cm (extrêmes : 7 à 30 cm).

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Sources : Migraction, YouTube.

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