la pie bavarde.

La Pie bavarde (Pica pica) est l’une des grandes espèces de corvidés parmi les plus répandues en Europe et dans une grande partie de l’Asie. Les pies peuvent aisément être identifiées grâce à leur morphologie et à leur plumage noir et blanc caractéristique. Il existe 13 sous-espèces de pie bavarde.


En Europe, dans un contexte de changement écologique rapide des paysages (remembrements agricoles, intensification agricole, perte de naturalité des paysages ruraux, artificialisation des sols agricoles et des lisières forestières, fragmentation écopaysagère, usage croissant de pesticides…) – pour une partie des populations de laridés ou l’étourneau sansonnet – les ornithologues assistent depuis la fin du xxe siècle à un net changement de comportement, de démographie et dynamique des populations et d’habitat et répartition spatiale chez cette espèce.

Pie bavarde, carte maximum, Paris, 10/06/2018.

En Europe de l’Ouest, et notamment en France, elle tend à fortement régresser dans les campagnes et à devenir plus urbaine et péri-urbaine. Cela modifie l’écologie de l’espèce via les phénomènes de compétition, prédation, ressources alimentaires, piégeage qui la concernent, en suscitant des controverses sur le statut à accorder à l’espèce en ville, dans le cadre de l’écologie urbaine ou dans les milieux ruraux où elle est encore fréquemment piégée et tuée, comme d’autres corvidés dans les campagnes alors qu’elle y a beaucoup régressé et qu’à ce jour, « l’impact écologique de la pie n’a jamais été prouvé sérieusement bien qu’il soit la principale justification du contrôle des populations ». C’est une espèce qui fait preuve de capacités d’adaptation à l’anthropisation des paysages, mais non au piégeage (F. Chiron a « montré que la régulation en France était une cause majeure du déclin des effectifs »).

La pie bavarde arbore un plumage noir sur le dessus du corps, au niveau de la tête, de la poitrine et de la partie sous-caudale, et blanc au niveau du ventre, des flancs, des rémiges primaires et à la base des ailes. Le plumage noir montre des reflets métalliques, bleuâtres sur les ailes, violacés sur le corps et la tête, et verdâtres sur la queue, dus à une iridescence des plumes. Le bec est noir, de même que les pattes et l’iris des yeux.

Cet oiseau d’assez grande taille (de 44 à 56 cm de longueur) est doté d’une longue queue (de 20 à 30 cm). L’envergure varie de 52 à 60 cm et le poids de 190 à 250 g. Le mâle est légèrement plus grand que la femelle, mais il n’existe pas de réel dimorphisme sexuel chez cette espèce. La coloration des ailes peut donner une indication de l’âge de l’individu.

Sa durée de vie est de 15 ans, ce qui est un score moyen (pour un oiseau) mais sa longévité maximale connue est de 21 ans et 8 mois

Selon un suivi basé sur 536 adultes bagués, le taux annuel de survie des adultes a été estimé à 0.7010. La survie juvénile (survie la première année de vie) varie plus fortement selon les années et les contextes. Le taux a été estimé à 0.2211.

Comme pour beaucoup d’autres espèces dites « banales » et proches de l’Homme, bien que cet oiseau ait été très commun dans toute l’Europe, qu’il ait imprégné l’imaginaire collectif (contes, chansons, histoires et anecdotes) et qu’il présente, comme tous les corvidés, un intérêt éthologique manifeste en raison d’importantes facultés d’apprentissage et d’adaptation, il a peu été étudié avant les années 1980 où une importante monographie (« The Magpies ») a été publiée par Tim Birkhead (1991).

Son vol semble parfois incertain (dit « en festons ») mais en ligne droite ; sa marche est un peu saccadée, avec souvent la queue levée et par succession de petits bonds.

La pie, comme d’autres corvidés fait partie des animaux nécrophages qui contribuent à faire rapidement disparaitre les petits cadavres de l’environnement, jouant ainsi un rôle sanitaire important. La pie bavarde est omnivore : son régime alimentaire peut varier, mais est essentiellement constitué :

  • d’invertébrés (limaces, insectes…) qui constituent plus de 80 % de l’alimentation des jeunes et des adultes (Balança 1984), et près de 100 % de celle des poussins ;
  • de fruits et graines diverses ;
  • d’œufs (pris dans les nids de passereaux) ;
  • de poussins d’autres oiseaux (2 % du régime alimentaire au printemps/été) ;
  • détritus d’origine humaine (surtout en ville, où elle a parfois appris à percer les sacs poubelles) ;
  • charognes (ex : animaux écrasés sur les routes) ;
  • petits vertébrés, occasionnellement petits rongeurs (dont des campagnols), lézards : moins de 1 % des proies.

La proportion de ces aliments varie selon leur disponibilité dans le territoire de chaque pie. Elle mange essentiellement au sol, et des proies animales en été. Une hypothèse est qu’elle pourrait profiter des gazons régulièrement entretenus et des basses strates dégagées des parcs urbains, en bénéficiant de proies plus visibles et accessibles, mais ceci n’est pas confirmé par les études faites en Île-de-France.

Une étude suédoise a démontré qu’un accès à une nourriture plus abondante et plus riche (poisson mis à disposition par les expérimentateurs) avant et lors de la période de reproduction améliorait la santé et le succès de reproduction des individus qui en bénéficiaient (construction plus précoce du nid, ponte plus précoce, œufs plus lourds, meilleur succès d’incubation et nombre plus élevé d’oisillons que chez les pies-témoins ne bénéficiant pas de ces apports). Dans ce cas, les différences entre succès de reproduction semblent pouvoir être attribuées à la prédation (par les corneilles Corvus cornix.

Par contre le fait d’offrir de la nourriture accessible dans une zone non choisie comme territoire par les pies (dans l’espoir d’induire une réoccupation du site) ne les a pas amenées à venir s’y nourrir. Cette étude a conclu que la pénurie alimentaire semble être (en Suède au moins) le facteur de mortalité le plus important pour cette espèce.

On a par ailleurs montré chez la pie que les pontes tardives ou de remplacement d’une couvée ayant échoué produisaient des poussins avec une immunocompétence diminuée.

Plusieurs études ont suggéré, en milieu rural, que la croissance des populations de corvidés (corneilles surtout) aurait pu contribuer au déclin des oiseaux nichant au sol ou dont les nids ouverts sont facilement attaqués.

À l’encontre des autres corvidés, la pie, quant à elle, montre une dextérité remarquable pour se faufiler dans les haies et buissons épineux denses (aubépine, prunellier…) où elle cause des ravages dans les nids de passereaux inféodés à ces milieux (fauvettes, gobe-mouches, mésanges, chardonneret, rouge-queue noir, bouvreuil pivoine, pies-grièches…). Ainsi, en milieu rural, en période de reproduction et donc de prédation envers les passereaux, on peut observer un couple de pies, à moins de 500 m de son nid, « ratisser » systématiquement de bout en bout une haie d’épines de 100 à 300 m de long ou parcourir de branche en branche tout le volume d’un buisson épineux à la recherche de couvées ou nichées. La pression de prédation pourrait être plus forte en ville en raison de la fragmentation du milieu.

La pie jacasse. Les vocalisations de la Pie bavarde sont variées, mais toujours un peu nasales et rauques, et parfois un peu gémissantes. Le cri d’alarme est un « tché-tché-tché-tché… » en séries rapides et prolongées ; le cri de conversation est un « tcha-ka ! » ou « tchia-tcha » claquants.

Comme d’autres corvidés, la pie bavarde, de nature grégaire (en particulier l’hiver), est une espèce bruyante et peu farouche qui aime à vivre dans le voisinage de l’Homme5 et semble apprécier, et de plus en plus, nicher près des habitations et dans les espaces verts où elle atteint ses plus fortes densités. Elle semble y trouver des habitats ouverts et faciles à prospecter (pour la nourriture) et peut-être une protection contre les rapaces et autres prédateurs.

Si elle sait être méfiante et discrète en cas de danger, c’est également un oiseau extrêmement curieux et attiré par les objets brillants ; ce comportement est sans doute à l’origine de sa réputation de voleuse.

La pie est un oiseau très sédentaire, plutôt fidèle à son nid (occupé toute l’année ou à chaque printemps) et très territorial en période nuptiale, mais plus social en période inter-nuptiale, où il est capable de se rassembler en petits groupes et de former la nuit des dortoirs de quelques dizaines à une centaine d’individus. Ces dortoirs, parfois bruyants en début de soirée, contribuent à l’impression d’abondance que donnent les pies. D’une année à l’autre, si des adultes reproducteurs se dispersent, c’est à faible distance (dans le même territoire, ou dans un territoire jouxtant le précédent pour 95 % des pies se déplaçant) et, selon Eden, ces stratégies de déplacement ne changent pas dans le temps pour une même pie (Eden, 1987).

De même la dispersion des juvéniles est souvent faible (moins de 500 m souvent pour les oiseaux facilement observables) : en moyenne à plus de 2,1 km pour les adultes et jusqu’à 7,9 km pour les juvéniles selon une étude anglaise basée sur les reprises de bagues Ce sont des distances faibles pour des adultes, mais, pour les juvéniles, comparables aux distances parcourues par ceux d’autres espèces urbaines comme le pigeon ramier et la corneille noire (compétiteur principal, plus grand et plus lourd, qui mange des œufs de pies, et leur vole des branchettes de nids, voire – parfois – tue des pies adultes8. Cependant quand les corneilles attaquent les pies, elles dépensent beaucoup d’énergie, et il n’est pas démontré qu’elles ont un impact important sur la démographie des pies.

En milieu urbain, la pie semble encore plus sédentaire : les données récentes de Seine-Saint-Denis ont confirmé le caractère exceptionnel des déplacements de pies entre espaces verts (« Sur près de 500 pies baguées en trois ans dans les parcs de Seine-Saint-Denis, seulement 4 ont été revues dans des parcs différents du lieu de leur baguage. Aucune ne fut contrôlée ou retrouvée morte en dehors des parcs. »).

On pourrait penser ou espérer que les excédents de populations urbaines puissent réalimenter les populations rurales, mais les données de baguage et 16 ans de suivi STOC montrent que non. L’hypothèse que des individus ruraux investissent les zones urbanisées demande à être mieux étudiée, mais est parfois contestée ou ne concernerait qu’un nombre d’individus assez faible.

Le territoire d’un couple de pies s’étend sur 1 à 2 hectares en ville, mais peut être chevauché par d’autres territoires de pies, notamment dans les parcs urbains. Il peut atteindre 4 à 5 ha en moyenne dans des habitats plus naturels. Dans tous les cas, cette aire peut être parfois partagée avec d’autres couples ou avec des pies non reproductrices.

Cette territorialité est l’un des facteurs d’autorégulation des populations (Wilson 1975). Dans un parc urbain, les pies adultes qui ne trouvent plus de place pour fonder un couple ne se reproduisent pas. Ainsi, selon l’importance des populations, ce sont de 5 à 60 % des effectifs adultes4 qui ne participent pas à la reproduction4. Ces pies (ainsi que les jeunes de l’année déjà indépendants) ne sont pas occupées à la surveillance du nid et des petits et elles sont bien plus mobiles, pouvant prospecter des zones atteignant 18 ha. Elles peuvent occasionnellement remplacer l’un des membres d’un couple (Newton 1998).

Les pies ne migrent qu’exceptionnellement mais quelques déplacements de plusieurs centaines de kilomètres ont été mis en évidence par le suivi d’individus bagués lors de grandes vagues de froid en ex-URSS et quelques observations montrent de possibles traversées de la Méditerranée.

Dès février, chaque couple défend un territoire et construit un ou plusieurs nids, le plus souvent en hauteur et près du tronc dans des arbres, occasionnellement plus bas (buissons). D’autres supports peuvent être adoptés (pylônes en particulier). Un seul nid recevra la ponte. Le nid, qui comporte en son centre une coupe de terre gâchée, est constitué de branchettes et renforcé de crins et de brindilles ; dans la plupart des cas, il est surmonté par une sorte de dôme. Parfois, le nid est en outre décoré d’objets brillants par lesquels la pie bavarde est attirée. Sa forme, ronde ou ovoïde, peut être confondue de loin avec une boule de gui.

La femelle pond de trois à dix œufs qu’elle couve seule durant un peu moins de trois semaines. Après l’éclosion, les petits restent au nid durant quatre semaines environ. Ils sont nourris par les deux parents.

La pie bavarde ne se reproduit qu’une fois par an – sauf pontes dites de remplacement, à la suite d’échec de la nidification.

De manière générale, la qualité du territoire semble moins importer pour le succès de reproduction que l’état de santé du couple et la compétence du mâle pour apporter de la nourriture au nid.

Le comportement maternel de la Pie femelle peut être détourné par le Coucou geai qui est un parasite spécialisé dans les nids de corvidés.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.