La pêche sous-marine.

La pêche sous-marine ou pêche en plongée, aussi appelée chasse sous-marine (CSM), est une forme de pêche réalisée en plongée, qui consiste à capturer sous l’eau certains poissons et mollusques ainsi qu’à prélever des algues, oursins, crustacés, éponges et perles.

La pratique fait l’objet, selon les pays, de réglementations plus ou moins strictes pouvant aller jusqu’à l’interdiction. Rarement autorisée en scaphandre, cette pêche est typiquement pratiquée en apnée (en retenant sa respiration), en bord de mer et jusqu’à des profondeurs de 30 mètres, avec une arbalète à élastique et un équipement de plongée (masque, tuba, palmes…). Sa pratique est donc soumise aux contraintes spécifiques à la plongée libre et met en œuvre différentes techniques propres à cette dernière.


Depuis l’Antiquité jusqu’à notre époque, dans différentes régions du monde, des pêcheurs pratiquaient l’apnée pour récolter sous l’eau des crustacés, des éponges de mer, des coquillages ou du corail. Le prélèvement systématique de coquillages est attesté dans l’Ancien Empire égyptien (3000 ans avant notre ère) ou en Chine 2000 ans avant notre ère. Les pêcheurs plongeaient avec une grosse pierre pour lest et remontaient en nageant ; ces techniques étaient encore pratiquées dans les années 1970 par les Ama (Japon) qui récoltaient ainsi des perles ou les Haenyo (Corée) qui récoltaient des ormeaux et conques.

La pratique est néanmoins très dangereuse et les plongeurs souffrent de traumatismes et maladies dues à la pression : notamment les problèmes d’oreille, déjà mentionnés par Aristote. Les techniques d’équilibrage des tympans ne seront pas utilisées par les plongeurs avant le XIXe siècle.

Des pêcheurs utilisaient des flèches (arc), des foënes ou des harpons pour attraper du poisson depuis le bord de l’eau (pêche à pied) ou depuis des bateaux. Mais la pêche à la nage ou sous l’eau était certainement beaucoup plus exceptionnelle ; les pionniers ont peut-être été les Polynésiens qui développèrent quelques rares techniques en plongée6.

Durant tout le XIXe siècle, les inventions de la cloche de plongée puis du scaphandre à casque (1797) se perfectionnent et sont peu à peu utilisés par les militaires ou pour des travaux sous-marins (construction portuaire, récupération d’épave).

Les français Benoît Rouquayrol et Auguste Denayrouze améliorent des scaphandres dès les années 1860. Ils inventent l’ancêtre du masque de plongée moderne, « un bonnet en caoutchouc garni de vitres » avant de préférer le casque lourd. Ils créent rapidement des sociétés d’exploitation sous-marine pour la récolte d’éponge de mer en Grèce, de corail rouge, d’huîtres…

« [En 1869] Paul Bert annonce 30 morts sur les 300 plongeurs que compte l’archipel grec, soit 10 % de décès auquel il faut ajouter les très nombreuses paralysies et autres invalidités. » — Mascret Vianney
Cette pratique professionnelle se développe à travers le monde, malgré la dangerosité pour les plongeurs, qui travaillent de nombreuses heures par jour et méconnaissent les règles de décompression. La récolte en scaphandre à casque subsiste jusqu’aux années 1950 (par exemple en Grèce), avant la généralisation du scaphandre autonome moderne (1943).

La pratique de la chasse sous-marine évolue beaucoup à partir du XXe siècle avec les progrès techniques de l’équipement du plongeur (masque, palme, combinaison, scaphandre autonome…) et des armes (pointes en métal, foëne et arbalète à sandow, fusil pneumatique…). Elle devient aussi une activité récréative, considérée comme un loisir ou un sport nautique et son succès est à l’origine des autres pratiques de plongée de loisir (plongée à bouteilles, snorkeling).

Dans les années 1920, la chasse sous-marine pratiquée uniquement avec du matériel précaire de construction artisanale devient populaire sur la côte méditerranéenne française et italienne, en Californie et en Floride. Ils plongent sans masque et utilisent comme arme de simples pointes (par exemple, une aiguille à tricoter). Cela a conduit au développement du masque de plongée (1937-1938), des palmes (1914-1933), du tuba (1938), de la combinaison de plongée (1951), du propulseur (utilisé par des chasseurs).

Durant ces années 1930 apparaissent les premiers clubs de « chasse-plongée » aux États-Unis (1933) et en France (1935).

Les premiers modèles d’arbalète destinés à la chasse sous-marine apparaissent en France dans ces années 1930 : une arbalète à ressort du niçois Kramarenko (1937), une autre à ressort de Maxime Forjot (1938), une flèche à élastique du marseillais Georges Beuchat (vers 1935) puis son arbalète à sandows.

« Georges Beuchat perfectionna peu à peu son engin ; séparant les sandows du harpon et obtenant un fusil à double, triple ou quadruple sandows qu’il fit breveté et mis sur le marché » — De Latil et Rivoire, 1953
En 1942, Jacques-Yves Cousteau (lui-même chasseur) réalise son premier film documentaire sous-marin : Par dix-huit mètres de fond, montrant des parties de chasse sous-marine en Méditerranée et révélant peut-être pour la première fois le spectacle vivant sous-marin.

Après la Seconde guerre mondiale, vers 1945, il y a vraisemblablement un millier de pratiquants loisir de chasse à travers le monde. Le matériel moderne est inventé, produit en masse et dorénavant distribué par des circuits commerciaux (boutiques de sport, de pêche…).

À partir des années 1960 et 1970, le loisir de la plongée en scaphandre autonome se distingue progressivement de celui de la plongée libre (apnée) et du loisir de pêche sous-marine : les plongeurs en scaphandre deviennent nombreux et majoritaires, des clubs de plongée en scaphandre sont créés, la pratique en scaphandre s’institutionnalise (moniteurs, diplômes), l’encadrement se professionnalise et la plongée scaphandre devient l’enjeu d’un nouveau type de tourisme.

À cette époque émerge également une prise de conscience morale et politique de l’écologie, et notamment le souci de protection du milieu marin contre les activités humaines (pêche industrielle, pollution marine). Des critiques très fortes se développent ainsi contre les compétitions de chasse sous-marine. Peu à peu, ces critiques portent sur toute la pratique de loisir dans les années 1980, accusée de dépeupler les fonds marins ou de concurrencer trop fortement la pêche professionnelle. La chasse de loisir est également de moins en moins médiatisée dans la presse spécialisée.

La première compétition internationale est organisée par la Confédération internationale de pêche sportive (CIPS) en 1954. Un championnat concurrent est organisé par l’Union internationale des activités sous-marines (UIASM) à partir de 1956. En 1958, le championnat de chasse sous-marine prend son autonomie par rapport aux autres disciplines de pêche sportive du CIPS (pêche au coup, au lancer, en mer) : en raison du décalage avec les autres pratiques de pêche sportive ou bien en raison d’une identification préférée avec toutes les autres pratiques de plongée. La Confédération mondiale des activités subaquatiques (CMAS) est ainsi créé en 1959. Durant les années 1960, les tentatives de reconnaissance de la chasse sous-marine comme discipline olympique restent infructueuses. Par la suite deux associations (International Underwater Spearfishing Association et International Bluewater Spearfishing Records Committee) ont pris en charge le recensement des records de prise par espèces en suivant des règles.

 

À partir des années 1990, les études scientifiques ont permis d’évaluer les risques et l’impact environnemental de la pêche sous-marine professionnelle, puis à partir des années 2000 de la pratique de loisir. La pratique en apnée est considérée globalement comme une technique ayant de faibles répercussions sur l’écosystème marin, à l’identique d’autres techniques de pêche sportive (pêche à la ligne), mais sa pratique nécessite un suivi de la biodiversité, un encadrement et une règlementation adéquats.

Actuellement ce loisir est peu pratiqué (en comparaison d’autres formes de plongée ou pêche) et il n’est pas institutionnalisé (formation, diplômes reconnus, interlocuteur…). Sa pratique est individualiste, exigeante et relativement risquée ; de plus elle est (dans de nombreux pays) peu médiatisée et mal connue du grand public qui s’en fait souvent une mauvaise image.

À travers le monde, la pêche sous-marine professionnelle est le principal mode de prélèvement de nombreuses ressources halieutiques sédentaires ou peu mobiles, tels que les algues, oursins, gastéropodes, mollusques et crustacés, dans les profondeurs inférieures à 20-30 mètres. À titre d’exemple, l’essentiel de la pêche mondiale des grands gastéropodes est réalisé en plongée (Amérique du Nord et latine, Asie, Océanie…). À l’inverse, ce mode de prélèvement professionnel a longtemps été interdit en France, malgré une importante exploitation illégale.

À l’échelle de la pêche mondiale, la chasse sous-marine est très rarement utilisée pour la capture des poissons et crustacés, dans les pays peu industrialisés autant que dans les pays très industrialisés. Pour ces prises, les structures professionnelles privilégient d’autres techniques (filet, chalut, ligne, casiers…), beaucoup moins dangereuses et permettant un meilleur rendement. La pêche sous-marine des poissons et crustacés est ainsi pratiquée plutôt comme revenu complémentaire (très belles prises vendues aux touristes et restaurateurs) ou une technique de braconnage (espèces interdites de pêche).

De manière générale, la pêche sous-marine est une méthode de pêche qui nécessite peu d’investissement économique ; elle nécessite surtout de la main d’œuvre (plongeurs), ce qui favorise le travail et la mise en place rapide d’équipes de pêche. Elle permet aussi d’exploiter des zones inaccessibles par d’autres moyens de pêche (chalutiers). Le prélèvement à la main assure une grande qualité des produits (sélection, mollusques non abimés) et ainsi une bonne valeur commerciale. Mais l’activité est dangereuse et fatigante, elle exige une formation technique et une bonne condition physique, et il est difficile d’améliorer la productivité et le rendement.

Dans de nombreux pays, la pêche sous-marine est pratiquée comme un loisir ou un sport, à l’identique d’autres formes de pêches sportives ou de plongée loisir. Pour ces pratiquants, la capture des prises ne représente pas une nécessité ou une contrainte permettant d’assurer leur subsistance (nourriture, argent).

Cette pêche est une activité de passe-temps : c’est un sport ou loisir de pleine nature permettant la découverte de la faune et la flore marine, l’amélioration ou le maintien de la forme physique. Elle est aussi une manière complémentaire d’acquérir les produits de la mer, généralement destinés à la consommation familiale comme préparation culinaires traditionnelle ou classique.

Cette activité récréative est souvent rattachée à des organisations de sport ou de pêche loisir, à l’exemple des clubs et fédérations. Des compétitions existent dans plusieurs pays, mais la majorité des pratiquants de pêche sous-marine ne sont pas motivés par cette forme compétitive et n’y participent jamais. De même, la médiatisation de la pratique de loisir auprès du grand public concerne rarement ces compétitions, qui sont souvent perçues négativement par le public.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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