La musaraigne.

Musaraigne est un nom vernaculaire ambigu en français, pouvant désigner plusieurs espèces différentes de petits mammifères insectivores,  généralement gris-brun à museau pointu.

En France, les naturalistes n’ont décrit qu’une seule espèce de musaraigne jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. Historiquement, on appelait « musaraigne » la seule Musaraigne carrelet (Sorex araneus), et ce n’est qu’en 1756 qu’a été identifiée une Musaraigne d’eau. Puis le nom s’est étendu aux représentants du genre Sorex, qui regroupe les musaraignes « vraies ». De nos jours, ce mot désigne de nombreuses espèces plus ou moins exotiques.

La plupart des musaraignes sont classées dans la sous-famille des Soricinae, ou du moins dans la famille des Soricidés, mais certains membres de ce dernier groupe sont appelés aussi musettes, crocidures, nectogales ou encore crossopes. En revanche, quelques musaraignes malgaches font partie du genre Microgale, genre classé dans la famille des Tenrecidés et les Musaraignes-taupes font partie de la famille des Talpidés. Quant aux Musaraignes à trompe, elles sont dans un ordre à part : les Macroscelidés.

Outre leur mauvaise réputation, globalement infondée, les musaraignes ont fait l’objet de cultes antiques et sont présentes culturellement sous  différents aspects.


Musaraigne, carte maximum, RDA.

Les caractéristiques générales des musaraignes sont celles des petits mammifères insectivores, avec des nuances pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d’informations sur leur comportement ou leur physiologie respective.

Les musaraignes ont un aspect assez proche des souris avec leur pelage court, leurs pattes et leur queue presque nues. Elles se distinguent des souris par des yeux et des oreilles plus petits mais aussi et surtout par leur museau beaucoup plus pointu, mobile et doté de multiples vibrisses. Il leur sert à fouiller le sol ou la vase à la recherche des proies vivantes dont elles se nourrissent, qu’elles dénichent en se fiant surtout à leur odorat. Certaines sont capables de repérer ainsi un ver de terre à 12 cm de profondeur ou un acarien minuscule. Contrairement aux rongeurs, leur denture est définitive et s’usera avec l’âge.

Les mœurs des musaraignes sont également différentes. Elles chassent et s’activent en permanence, plus intensément encore la nuit. En cas de pénurie de nourriture ou de froid elles entrent en état de torpeur, un stade proche de l’hibernation mais alterné avec des périodes d’activité. Ce sont des proies faciles qui ont un cycle de vie très court et peu d’espèces atteignent plus de deux ans. Ces animaux perpétuellement stressés peuvent périr de peur : un excès d’hormones les empoisonne.

Mais il existe de grandes différences entre les espèces appelées musaraignes : certaines sont aquatiques, d’autres terrestres. Certaines ont les dents rouges, imprégnées de fer, d’autres les ont blanches. Certaines sont minuscules : Suncus etruscus est le mammifère terrestre le plus petit au monde et pèse 2,5 grammes, Neomys anomalus est le plus petit des mammifères d’eau douce, mais d’autres sont beaucoup plus grandes : Blarina brevicauda pèse jusqu’à 28 g, soit environ dix fois plus.

Elle se répartissent un peu partout : montagnes, déserts, cours d’eau et jusque dans les jardins et les dépendances où elles éliminent un grand nombre d’insectes, vermisseaux, larves et autres petites proies vivantes.

Les musaraignes ont eu très longtemps mauvaise réputation.

Comme l’indique l’étymologie de leur nom qui remonte au moins au Moyen Âge, on accuse depuis fort longtemps les musaraignes d’avoir une morsure venimeuse comme celle de l’araignée. On trouve cela chez Aristote, dans son Histoire des animaux, livre VIII, chapitre 24 :

« La morsure de la musaraigne est dangereuse pour tous les animaux d’attelage, car il se produit des pustules ; mais la morsure est encore plus dangereuse si la musaraigne qui mord est en état de gestation. Car les pustules coulent, sinon elles ne coulent pas. »

En réalité seules quelques très rares espèces ont une salive toxique : la Grande musaraigne (Blarina brevicauda) que l’on rencontre surtout au Canada et plus localement aux États-Unis et deux musaraignes aquatiques (Neomys ). En principe elles sont toxiques pour d’autres petits animaux mais trop petites pour être vraiment dangereuses pour l’homme ou du bétail. On peut dire qu’en Europe, il n’y a aucun danger si l’on croise une musaraigne qui vit loin d’un cours d’eau. Toutefois, comme tous les animaux sauvages, la morsure de n’importe quelle musaraigne peut être un vecteur de germes si elle est négligée.

La Musaraigne carrelet (Sorex araneus) a beaucoup souffert de ces préjugés. On l’accusait d’avoir du venin. Pour preuve : les chats la tuent mais ne la consomment pas. On pensait que sa morsure était dangereuse pour le bétail et les chevaux en particulier. Cette réputation la poursuit et on a longtemps cherché à éliminer cette musaraigne commune, malgré des démentis officiels, dès le xviiie siècle6. Dans leur encyclopédie, Diderot et d’Alembert expliquent bien que les chevaux souffrent d’une sorte d’« enthrax » (sans doute un anthrax) et non d’une piqûre de musaraigne.

Des remèdes traditionnels conseillent l’application de miel ou d’ail contre la « piqûre » de ces animaux. Pline l’Ancien cite un antidote traditionnel à la morsure de musaraigne : « l’application de la terre de l’ornière où elle a été écrasée ».

Les Égyptiens vénéraient déjà la musaraigne et en ont enterré à Bouto. Ils l’associaient, avec le faucon, au dieu Horus Khenty-irty mais les anciens en font aussi l’animal de Ouadjet. Elle était adorée par les habitants d’Athribis. On vouait un culte à cet animal comme symbole du chaos d’où tout est né, parce qu’elle passe pour être aveugle à cause de ses yeux minuscules. Elle désigne pour les métaphysiciens l’incompréhensibilité du premier principe.

Dans la vallée de Kathmandu, une variation iconographique  de Ganesha donne pour monture à ce dieu une musaraigne et non un rat. Cette distinction est antérieure au xviiie siècle, début de l’occupation de la vallée de Kathmandu par la dynastie Shah. Elle sert de marqueur ethnique subtil, de test de tradition, permettant aux Newars de se reconnaître entre eux malgré l’intégration dans la culture dominante de langue népalaise.

On dit de quelqu’un qui a un nez pointu qu’il a un « nez de musaraigne »

La musaraigne est aussi associée à la femme ou à la jeune fille, soit comme métaphore de leur charme menu, soit pour leur prêter des principes étroits, une petitesse de sentiments et d’économie. Les Anglais associent la musaraigne à une femme acariâtre. William Shakespeare a d’ailleurs immortalisé cette métaphore dans sa célèbre pièce The Taming of the Shrew, littéralement l’apprivoisement de la musaraigne (titre en français : La Mégère apprivoisée).

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

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