La mosaïque du triomphe indien de Sétif (Algérie).

La mosaïque du triomphe indien de Sétif  représente la victoire de Dionysos sous une forme beaucoup plus classique. Je rappelle qu’elle a été révélée en 1970 par de fortes pluies, dans une zone non fouillée du quartier dit « du Temple », près d’une route moderne qui limite le chantier et recouvre la presque totalité de l’édifice auquel appartenait ce pavement. Le tableau (4,40 m x 1,60 m) et sa bordure à rinceau (large de 0,75 m) occupaient le centre d’un vaste triclinium rectangulaire d’environ 8 m x 10 m.

On peut dater l’ensemble du début du IVe siècle. Depuis l’article publié en 1988 par M. Donderer, le pavement a fait l’objet de quelques commentaires ; les photographies prises par cet auteur ont été publiées en couleurs en 1997, avec un texte qui reprend aussi son hypothèse – surprenante — de l’attribution du modèle de la mosaïque au peintre Alexandrin Antiphilos, faisant dire aux textes de Pline l’Ancien beaucoup plus qu’ils ne disent.

Dans sa totalité, le tableau figuré illustre et proclame la victoire de Dionysos, au retour de sa guerre contre les Indiens, selon un dispositif comparable à celui de plusieurs cuves de sarcophages de la fin de l’époque antonme ou de l’époque sévérienne. Tous les éléments du cortège triomphal sont présents. A l’arrière-plan, apparaissent le butin et les prisonniers transportés à dos de dromadaire : deux cratères en or dont le vin a maîtrisé les Indiens, un arc et un carquois ciselé, puis les captifs au teint sombre, aux cheveux en désordre, deux combattants ligoté dos à dos. Ici s’intercale le protomé d’une girafe, symbole des contrées exotiques conquises par le dieu. Enfin de nouveau, porté par un éléphant, le butin : deux boucliers, une défense d’éléphant, un cratère et une corne à boire en or.

Au premier plan, Silène conduit le cortège ; son visage sévère, les deux rides barrant son front désignent « Silène le pédagogue, dignement affublé d’une tête socratique et muni du bâton des philosophes cyniques » ; marchent ensuite, entre Silène et Pan qui les conduit, deux captifs enchaînés.

L’homme, pieds nus, est recouvert d’un grand manteau rouge et ses cheveux en broussaille sont ceints d’un diadème. La femme est richement vêtue et couronnée Le concepteur de la mosaïque a probablement voulu rehausser la victoire du dieu par l’ostentation de captifs de rang princier.

Les membres du thiase, deux ménades, la liknophore et deux satyies, se regroupent et défilent gravement devant le char de leur dieu ; les deux tigresses, qui symbolisent la maîtrise de Dionysos sur la nature sauvage, sont tenues en bride à la fois par le dieu Pan, figure axiale du tableau, et par Bacchus lui-même.

Le char de Dionysos ferme la marche. Le dieu se tient seul aux côtés de la Victoire dans la large caisse de son bige. 11 est vêtu, sur une tunique bleu foncé aux manches ornées de galons dorés, de la grande robe rouge traditionnelle, de la pardalide maintenue par une ceinture dorée et d’un ample manteau pourpre, et il est coiffé de la mitre. Il tient de la main droite un long thyrse appuyé sur son épaule mais qui passe devant la caisse du char. A. sa gauche se tient la Victoire aux ailes dorées repliées, à peine drapée dans un manteau bleu-vert : elle porte une palme et tient au-dessus de sa tête une couronne de laurier ornée d’une gemme. Dionysos tourne son regard vers la bacchante possédée qui court ou danse auprès du char en tenant un thyrse et un tympanon. C’est la nudité laiteuse, ombrée de rosé, de la Victoire qui domine le tableau. Ce groupe de trois personnages fermant cortège est courant dans les sarcophages à triomphe indien. On le retrouve dans deux mosaïques de Byzacene, dont le cortège ne comporte pas les éléments spécifiques d’un triomphe indien : celle d’El-Djem, où Silène a relégué la Victoire au second plan mais où la hacchante est dans la même position qu’à Sétif ; celle de Sousse, où la bacchante danse devant le char.

Source : founoune

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