La mosaïque carolingienne de Germiny-des-prés (Loiret).

Seul témoin de l’art des mosaïstes, le décor de l’abside orientale est le seul que l’on ait conservé en France et plus généralement en Occident de l’époque carolingienne, si l’on exclut l’Italie. Dégagée en 1847, sa restauration a consisté essentiellement en une consolidation et un comblement des lacunes, notamment dans les fonds dorés, qui n’ont pas altéré son authenticité, bien que la voûte qu’elle ornait ait été reconstruite. En revanche, les fragments découverts en place dans la travée droite précédant l’abside (ailes de séraphins et feuillages) ont disparu lors des travaux de reconstruction et ne sont connus par des relevés. Sous les arcatures, le décor très fragmentaire a été complété en fleurons de consonance orientale, que rien n’atteste.

Comme à Aix-la-Chapelle, les comparaisons sont à chercher dans les œuvres des Ve et VIe siècles, à Rome et surtout à Ravenne. Peut-être les matériaux eux-mêmes proviennent-ils, comme à la chapelle palatine, du pillage de monuments paléochrétiens.

Cependant, l’intérêt majeur de cette œuvre tient à son iconographie inhabituelle, reflet des croyances théologiques de Théodulfe. À la base de la représentation, un texte lui attribue la paternité de l’œuvre : « Regarde le saint Oracle et les chérubins, contemple la splendeur de l’Arche de Dieu et, à cette vue, songe à toucher par tes prières le Maître du tonnerre et associe, je t’en prie, le nom de Théodulfe à tes prières ». Ainsi, au centre du cul-de-four de l’abside orientale, au lieu d’un Christ en majesté, figure l’Arche d’alliance sous forme d’un coffre doté de brancards. La scène reproduit fidèlement la disposition du Saint des Saints du Temple de Salomon, décrite dans l’Ancien Testament (1 Rois, 6). Entièrement dorée, l’Arche se détache à peine sur le fond doré de la zone inférieure et repose sur un espace bleuté en forme de parallélogramme ; à sa surface deux figures d’anges symétriques, ailes déployées et mains ouvertes en signe d’adoration. Deux autres anges, monumentaux, debout sur une bande de sol, occupent la partie avant et le

Mosaïque de Germingny, carte maximum, 21/10/2000.

haut du cul-de-four. Ils encadrent la main de Dieu sur fond de ciel étoilé, selon la disposition décrite pour le Temple où les « ailes des séraphins se rencontraient par l’extrémité au milieu de la maison ». En même position symétrique, ils désignent d’une main l’Arche, index pointé, et de l’autre, font un geste de bénédiction. Une bande sombre, sinueuse, sépare la zone céleste du fond doré.

Ce choix iconographique reflète les conceptions personnelles de Théodulfe. Dans un écrit dont il fut sans doute le principal rédacteur, les Livres carolins, il apparaît nettement iconophobe. Il est difficile de savoir dans quelle mesure ce relatif refus des images, qui n’eut pas de suite, fut partagé par Charlemagne. C’est pourquoi, dans certaines études, le moindre détail figuré est apparu signifiant ; la zone bleutée sous l’Arche a été perçue comme une représentation du Jourdain et les quatre groupes de trois vaguelettes de la bande de séparation, comme les douze pierre prélevées par Josué dans le Jourdain pour élever un monument à Galgala. En outre, les moutonnements du sol figureraient douze autres pierres marquant le

passage de l’Arche dans le Jourdain. Il faut cependant rester prudent, certains figurés paraissent bien conventionnels et peu signifiants, et ne pas oublier les restaurations. Certaines hypothèses sont trop faiblement étayées pour vraiment convaincre, comme l’idée de l’Arche vide annonçant les temps à venir ou la présence de la main du Christ en place de celle de Dieu. La trace verticale dans la paume figurerait la blessure laissée par le clou de la Crucifixion, mais, outre le fait qu’une telle image serait une rareté, rien n’atteste de la véracité de ce figuré, la main ayant été très restaurée.

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Sources : Quantara, YouTube.

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