La machine à oblitérer le courrier “Daguin”.

La machine Daguin est une des premières machines à oblitérer mécaniquement le courrier, utilisée par les postes françaises. Elle est inventée par Eugène Daguin (1849-1888). Sa mise en service officielle a lieu en juin 1884 à Paris. Elle a un rendement de 3 000 lettres par heure.

Elle appose deux timbres à date sur le pli : le premier oblitère le timbre-poste et le second laisse une preuve lisible de la date. Les centres des deux cachets sont séparés d’une distance constante de 28 millimètres jusqu’en 1949.

Dans les années 1900, elle commence à être délaissée pour des machines plus rapides, mais connaît un regain d’usage dans les années 1920 pour apposer des cachets publicitaires en remplaçant le deuxième cachet oblitérant. La carrière des dernières machines Daguin s’achève officiellement dans les années 1960, à titre exceptionnel pour certains bureaux dans les années 1970.


Eugène Daguin est un des ingénieurs qui ont soumis des projets de « machines à timbrer » aux postes françaises, en quête d’un moyen de traiter des volumes croissants de courrier. Jusqu’au début des essais de ces machines, le bras de l’employé postal est le seul moyen d’oblitérer le timbre et de « timbrer » (indiquer la date et le lieu de prise en charge postale).

En juin 1881, Daguin dépose un premier brevet (n° 143 668) dont un croquis la présente comme une « machine à coudre » sous laquelle sont glissés les plis à oblitérer, même si une phrase présente ce qu’elle va rapidement devenir : une « machine à timbrer et à oblitérer avec porte-timbre articulé fonctionnant à la main »2. Cet extrait correspond aux brevets n° 151 332 et 151 355 déposés le 30 septembre 1882, complétés trois fois en 1883. La machine est fixée sur la table de travail. Un bras mobile tenu fermement par l’employé porte à son extrémité deux porte-timbres. L’employé abaisse le bras vers le pli ; ce geste permet d’encrer les timbres à date par un rouleau qui remonte. Un « piston toucheur » bloque le pli pour une marque d’un seul coup et un mouvement de ressort écarte rapidement les cachets du papier. Daguin expliquant que ce piston toucheur et ce ressort évitent les « barbouillages » d’encre sur la lettre. L’employé doit néanmoins faire attention à la position de sa seconde main qui place les lettres sur la table.

Oblitération par Daguin (2 timbres à date), 1893.

Les timbres à date évoluent selon l’usure du matériel, son renouvellement et les changements des règlements postaux. Il suffit de fixer le modèle du moment sur le porte-timbres. Les deux porte-timbres sont indépendants, et donc, deux exemplaires différents peuvent cohabiter sur la machine. Dans les années 1920, le second timbre à date peut être remplacé par un cadre quadrilatère aux coins arrondis contient des textes publicitaires.

Les essais du 29 août 1881 à juillet 1882 sont réalisés avec un timbre à date rond et un carré de 196 points (14 points de côté). À la suite de ces essais, Daguin dépose son brevet du 30 septembre 1882.

Machine Daguin avec message publicitaire (1928).

Après l’addition à ce brevet que l’ingénieur effectue le 15 janvier 1883, un nouvel essai a lieu entre le 27 février et le 13 mars 1883. L’empreinte n’a pas sa forme définitive, mais la distance entre les deux timbres à date, mesurée de centre à centre, a la valeur constante de 46 millimètres, les bords étant séparés de 19 millimètres.

Les additions au brevet des 24 octobre et 4 décembre 1883 permettent à Daguin d’achever la description précise de sa machine, notamment de décrire ce que l’administration postale va nommer « piston toucheur ».

En juin 1884, les premières machines entrent en service dans des bureaux de poste parisiens ; fin septembre 1884, les premiers bureaux de province en reçoivent.

Machine Daguin avec message illustré (1952).

De la mise en service en 1884 jusqu’à une modification définitive du rayon des timbres à date en 1949, l’empreinte d’une machine Daguin compte quatre signes distinctifs, permettant de ne pas les confondre avec des oblitérations réalisées par une main humaine ou par une autre machine.

Tout d’abord, le centre des deux empreintes est séparé de 28 millimètres ; toute modification de cette distance suppose comme en 1949 de modifier grandement la machine.

Deuxièmement, est visible une rotation d’un timbre à date par rapport à l’autre4.

Ensuite, la couronne extérieure portant le lieu d’oblitération est d’une gravure différente du bloc-dateur puisque ce dernier est conçu pour être changé une fois par jour, voire plus en cas de levées multiples. Les deux timbres à date s’usent différemment et sont rarement identiques.

Enfin, l’usure de la machine provoque une marque sur le pli, à 35 millimètres du centre de chacun des cachets à date : en position haute, le rouleau encreur finit par aller trop loin et encre le piston toucheur. En position basse, le piston toucheur (situé à 3,5 cm du centre des porte-timbres) bloque le pli et dépose de l’encre. Craint de Daguin dans sa troisième addition à son brevet, un « barbouillage » finit par être provoqué par sa machine. Cette tache d’encre prouve qu’un cachet seul ou sans le respect des 28 millimètres a été réalisé par une machine Daguin.

Machine Daguin “muet”. Le message publicitaire est remplacé par 5 lignes ondulées)

Dans ses premières années, les empreintes se distinguent par l’utilisation du timbre à date au type 84 : pour alléger le poids supporté par le porte-timbre, Daguin avait demandé que la couronne intérieure porte une ligne circulaire discontinue.

Au cours de l’année de 1949, et ceci est imposé à tous les bureaux en septembre 1949, les timbres à date deviennent plus gros qu’avant. La machine est modifiée pour que le timbre portant une flamme publicitaire soit excentré. À partir de cette année-là, une empreinte Daguin a une séparation d’environ 30 millimètres et le cachet portant une flamme est désormais systématique à gauche (sa place pouvait parfois varier).

De juin 1884 au début du XXe siècle, la machine Daguin est un succès dans les bureaux de poste, mais connaît progressivement la concurrence de nouvelles machines électriques plus rapides dans lesquelles les plis sont déplacés automatiquement sous un cylindre porte-timbre.

La facilité du remplacement du second timbre à date de la machine Daguin par un carré publicitaire relance la demande pour cette machine. Une autorisation est accordée aux bureaux de postes par Paul Laffont, secrétaire d’État aux Postes et Télégraphes, et paraît au Journal officiel des 16 et 17 août 1923 : des flammes postales portant des messages publicitaires ou de service postal (promotion de la poste aérienne) sont permis contre paiement d’un droit par les mairies ou les entreprises, pour le tourisme ou leurs produits, ainsi que « les efforts de l’initiative privée quand celle-ci tend à la satisfaction d’un intérêt général ».

En 1930, dernière année où des livraisons de machines Daguin sont honorées, 500 machines sont achetées, autant que la première année de service en 1884.

Cependant, le rendement grandissant des machines à oblitérer électriques et leur capacité à supporter des flammes illustrées finissent par avoir raison des machines Daguin : dans les années 1950, elles perdurent dans les petits bureaux. En avril 1952, les PTT reçoivent mille Secap H et mille Secap BB en 1960, nouvelle machine à manivelle. Dans la même décennie, les flammes Daguin sont progressivement remplacées par des lignes ondulées avant que les publicités tamponnées par les machines Daguin soient interdites en 1957.

Une note interne de mars 1962 considère qu’un bureau de poste qui a pour seul équipement une machine Daguin doit être regardé par les directeurs départementaux comme un bureau sans machine à timbrer.

Des exceptions sont tolérées pour quelques postiers âgés et proches de la retraite.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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