La garde impériale Napoléonienne.

La Garde impériale était un corps d’armée d’élite du Premier Empire, constitué de soldats vétérans et destiné à protéger fidèlement l’Empereur des Français et à servir de réserve d’élite à la Grande Armée lors des batailles. Elle fut créée par l’empereur Napoléon Ier le 18 mai 1804 à partir de l’ancienne Garde des consuls, simple unité assurant la protection du gouvernement à l’intérieur ainsi que la sécurité des consuls de la République.

Dans les faits, la Garde impériale ne servit que sous le commandement direct de Napoléon et constitua la force sur laquelle ce dernier pouvait toujours s’appuyer en toute circonstance. La Garde était composée des soldats les plus valeureux qui avaient pour la plupart participé aux guerres de la Révolution et qui étaient totalement dévoués à la personne de l’Empereur. Son effectif ne cessa d’augmenter : de 9 798 hommes en 1804, elle atteignit celui d’une armée, 112 482 hommes en 1814, placée sous les ordres directs de l’Empereur. Elle fut finalement divisée en Jeune Garde, Moyenne Garde et Vieille Garde, chacune possédant leurs unités de cavalerie, d’artillerie et d’infanterie.


Garde impériale, carte maximum, Paris, 26/06/2004.

Ce corps servait à l’origine de garde particulière aux gouvernements de la période révolutionnaire (Garde du Directoire mais aussi du Corps législatif) puis aux Consuls (Garde des consuls) et enfin à l’Empereur (Garde impériale). Elle était à l’origine constituée de grenadiers à pied et à cheval ainsi que de quelques unités d’artillerie. À la suite de l’intervention de Lucien Bonaparte, elle se rallie à Napoléon lors de son coup d’État du 18 Brumaire. La Garde devant servir de modèle à l’armée, elle se transforma en unité combattante d’élite et devint la réserve ultime de l’armée. Elle est utilisée, en dernier ressort, pour donner le coup de grâce ou débloquer une situation périlleuse, à l’instar de la Garde prétorienne romaine.

La mission principale de la Garde était la protection de l’Empereur, mais rapidement la Garde devint une unité combattante. Réserve de l’armée, elle forma son épine dorsale et devait être irréprochable. Passivement, elle servait également à encadrer les autres troupes et renforçait la cohésion au sein de toutes les unités par sa seule présence et son comportement. La Garde accompagnait l’Empereur dans ses déplacements en campagne et il n’était pas rare de la voir à marche forcée sur les traces de l’Empereur pour le rejoindre à tel ou tel bivouac prévu.

Quand Napoléon couchait au milieu de ses troupes, c’était invariablement au milieu de la Garde. La Garde possédait un uniforme plus prestigieux et de meilleure coupe, ainsi qu’un armement qui lui était propre. La solde y était supérieure et la nourriture meilleure. Elle était prioritaire en ravitaillement pendant les campagnes et avait souvent le privilège de cantonner à Paris en temps de paix. Elle disposait en outre de son propre corps de musiciens. Au combat, la Garde portait la grande tenue (sauf à Waterloo).

La Garde comprenait également des corps de cavalerie, dont les célèbres chasseurs à cheval ainsi qu’une unité de lanciers polonais, particulièrement fidèles à l’Empereur. Les chasseurs à cheval étaient les unités favorites de l’Empereur, et s’il dormait en campagne au milieu de la Garde à pied, il portait très souvent l’uniforme vert de colonel des chasseurs à cheval de la Garde. Citons aussi les grenadiers à cheval, les dragons de l’Impératrice et la gendarmerie d’élite, etc. Dans ces régiments montés l’on peut être de Vieille Garde, de Moyenne ou de Jeune Garde, les premiers régiments ou escadrons indiquant l’appartenance par ordre décroissant. La Garde possède également sa propre artillerie, à pied ou à cheval, célèbre pour ses pièces de 12, « les plus belles filles de l’Empereur ».

La Garde compta dans ses rangs des régiments aussi hétéroclites que des mamelouks ou des éclaireurs tartares, des Gardes hollandais à l’uniforme blanc et une petite Garde attachée au roi de Rome, le fils de l’Empereur et futur Napoléon II — il était d’ailleurs consigné que pour ces enfants le port de la moustache n’était pas obligatoire. Cette unité se battit avec courage dans les vignes de Montmartre en 1814, refusant de décrocher jusqu’à l’ultime instant, pendant que les vétérans réformés de la Garde, « les vieux de la Vieille » se battaient avec acharnement autour des Invalides. Elle contint également des unités d’artillerie, redoutables et redoutées, de marins qui furent de presque toutes les campagnes en combattant à pied, remplaçant le plus souvent les artilleurs de la Garde tués au combat. La Garde a ses instructeurs et une administration qui lui est propre, ainsi qu’un service de santé dirigé par le célèbre chirurgien Dominique-Jean Larrey.

Pour l’anecdote, lorsqu’un soldat de la Vieille Garde part en retraite ou est réformé, il devient « un vieux de la Vieille », expression restée de nos jours. Napoléon est particulièrement bienveillant envers sa Vieille Garde, qui lui voue en retour une admiration sans bornes. L’Empereur, qui savait mener les hommes, utilisait fréquemment sur ces soldats des gestes symboliques qui galvanisaient ces troupes ; le fameux « tirage d’oreille », ou la remise de sa propre Légion d’honneur, appelée « La croix », à un soldat particulièrement valeureux. Ainsi, le fin du fin était de recevoir de l’Empereur sa propre croix qu’il détachait de sa poitrine pour l’accrocher lui-même à l’uniforme du soldat courageux. Hors campagne, Napoléon se promenant dans les parcs avec l’Impératrice et son fils, confiait souvent ce dernier à un vieux grenadier ou chasseur de service, qui le portait dans ses bras. C’était pour le vieux soldat la récompense suprême.

Grenadier à pied, carte maximum, Paris, 26/06/2004.

Ainsi, celui qui fut appelé ultérieurement l’Aiglon, le roi de Rome, était pour eux aussi un objet de vénération. À la Restauration de 1814, la Vieille Garde, rebaptisée « Grenadiers de France », avait une tendance à tomber subitement aphone au moment de crier « Vive le Roi ». Ces fidèles de Napoléon, pour ne pas être punis, eurent recours au subterfuge suivant : ils criaient « Vive le Roi », puis quelques-uns rajoutaient « de Rome », titre de l’Aiglon (il mourra en 1832).

Les vétérans de la Vieille Garde sont considérés comme les soldats les plus valeureux de l’histoire militaire française.

À Waterloo, l’Empereur reste près de la Haye Sainte avec trois bataillons de la Vieille Garde qui sont les 2e bataillons des 2e régiments de grenadiers et de chasseurs, menés respectivement par les généraux Roguet et Christiani,ainsi que le 2e bataillon du 1er chasseurs commandé par le général Pierre Cambronne. L’Empereur les orchestra en vue d’une attaque en déployant un bataillon au centre et deux au flanc. Il peut ainsi appuyer l’attaque de Ney, quoique improbable, répéter ces attaques au centre droit anglais,ou encore les placer en vue de faire front à une offensive prussienne. Toutefois, la volonté de les ordonnancer de la sorte indique que la Garde va partir à l’attaque, car à ce moment précis Napoléon est toujours occupé à une offensive.

Journées Napoléon, carte maximum, Corps, 2/07/2004.

Pendant ce temps, Ney emmène ses bataillons toujours en carrés à l’assaut du mont Saint-Jean. La ligne reçoit l’ordre de seconder son attaque. L’artillerie à cheval de la Garde se glisse dans les espaces laissés entre les carrés, appuyés par quelques grenadiers à cheval. Cette formation s’avance contre la moitié de l’armée anglaise. Les cinq échelons se réduisent rapidement à quatre, les deux bataillons du 3e chasseurs s’étant rejoints et confondus. Sur la droite s’avancent le 1er bataillon du 3e grenadiers, puis le 4e grenadiers à un seul bataillon, et à gauche le 1er et 2e bataillon du 3e chasseurs confondus ensuite le 4e chasseurs également à un bataillon. Reille prend du retard et est distancé de trop loin pour être efficace. La Garde s’avance donc seule sur les Coalisés qui ont été prévenus et se sont préparés à cette attaque. Ney, qui vient de perdre son cinquième cheval tué sous lui, monte à pied à côté du général Friant. L’artillerie anglaise tire à double charge de mitraille et accable la Garde sous son feu.

Le 1er bataillon du 3e grenadiers emmené par Friant met en déroute un corps de Brunswick, prend deux batteries anglaises et aborde la gauche de la 5e brigade britannique du major général Colin Halkett (4 bataillons). Il repousse ensuite le 2e bataillon du 30e régiment Cambridgeshire ainsi que le 2e bataillon du 73e régiment Highland qui reculent en désordre. Le général Friant, qui vient d’être blessé, retourne près de l’Empereur pour lui annoncer que « Tout va bien », car les faits se déroulant sur une hauteur, il est impossible de les voir des lignes françaises. Cependant, le général hollandais Chassé, ancien officier de l’armée impériale, fait avancer la batterie Van der Smissen et prend de flanc le carré du 3e grenadiers de la Garde déjà mal en point. Sortant de sa réserve, la brigade Detmer, forte de 3 000 hommes, écrase le faible carré français qui contient à présent moins de 400 hommes. Les grenadiers sont refoulés et rejetés au bas de la pente.

Le bataillon du 4e grenadiers avec à sa tête le général Harlet engage pendant ce temps la droite de la brigade Halkett, composée du 2e bataillon du 33e régiment West Riding et du 2e bataillon du 69e régiment South Lincoln. Bien que fortement ébranlés, les Coalisés résistent alors que Halkett, le drapeau du 33e à la main, tombe grièvement blessé. Épisode célèbre, le bloc composé du 1er et 2e bataillons du 3e chasseurs, menés respectivement par leurs chefs, le général Michel et le colonel Mallet, s’avance en direction du chemin creux de l’Ohain, distant de quelques dizaines de mètres. Soudain, les 2 000 Guards du général Maitland, qui se sont couchés en attendant l’attaque de la Garde, se lèvent d’un bond et fusillent la Garde à moins de vingt pas. La décharge est meurtrière et met à terre presque la moitié des deux bataillons. Le général Michel est tué net. L’attaque est brisée et les rangs suivants doivent désormais enjamber les cadavres. Les batteries anglaises Ramsay et Bolton tirent à mitraille sur les flancs des Français décimés. Malgré tout, la Garde essaie de former une ligne pour répondre au feu anglais. Alors que les rangs français continuent de s’éclaircir, les soldats de Maitland, désormais rassurés à près de 10 contre 1, chargent à la baïonnette. Les survivants de la Garde attendent l’assaut, ce qui oblige les batteries anglaises à cesser le tir pour ne pas blesser les leurs, mais les débris des deux bataillons de chasseurs sont balayés du plateau et se retrouvent en bas de la pente, Anglais et Français pêle-mêle.

Le bataillon du 4e grenadiers mené par son chef, le général Henrion, débouche soudain et tente de dégager ses compagnons d’armes qui viennent d’être refoulés. Les Guards de Maitland, à sa vue, remontent les pentes en toute hâte, suivis des chasseurs survivants et des grenadiers qui se sont reformés et repartent à l’assaut. À hauteur du chemin d’Ohain, la brigade Adam, forte d’un bataillon du 52e Oxfordshire, du 71e léger Highland et de six compagnies du 95e Rifles, qui s’était portée en potence sur les flanc de la Garde, ouvre le feu. La Garde essuie de nouvelles pertes pendant que l’infanterie de Maitland, s’arrêtant de courir, fait demi-tour et recommencent à tirer sur les Français, épaulée par la brigade Halkett. Les Hanovriens de William Halkett débouchent à leur tour d’Hougoumont et fusillent dans le dos les survivants français. Le colonel Mallet tombe mortellement blessé. Les Coalisés voient néanmoins les débris du bataillon des chasseurs se déployer face aux Guards de Maitland tandis que les grenadiers se déploient face à la brigade Adam. Le colonel Colborne entraîne le 52e à la baïonnette, suivi du reste des troupes coalisées, et les chasseurs et les grenadiers sont définitivement refoulés.

Le cri de « la Garde recule » sonne le glas de la Grande Armée. Aux cris de « La Garde recule », l’infanterie et les débris de la cavalerie qui devaient seconder l’attaque s’arrêtent net et commencent à redescendre la pente. Les têtes de colonnes prussiennes abordent les fantassins de Durutte à Papelotte. Un autre cri : « sauve qui peut, nous sommes trahis ! » se fait entendre sur le champ de bataille et la déroute se propage. Quelques soldats qui se battaient encore sont balayés tandis les Prussiens se ruent à l’assaut. De la gauche à la droite, la ligne française cède et se débande. Wellington s’avance sur le bord du plateau et agite son chapeau pour ordonner l’attaque générale. 40 000 hommes se ruent sur les débris de l’armée française. À cette vue, le peu d’infanterie qui tenait encore ses lignes fait demi-tour et regrimpe vers la Belle-Alliance, abandonnant Hougoumont et la Haye-Sainte. La cavalerie coalisée sabre les fuyards aux cris de No quarter! (« Pas de quartier ! »). Dans la confusion, Napoléon, qui préparait l’attaque de la Vieille Garde, sait maintenant qu’il est vaincu mais espère organiser une retraite cohérente. Il fait rompre la colonne d’attaque de la Vieille Garde et la fait établir en carrés par bataillon à environ cent mètres sous la Haye-Sainte, le carré de droite sur la route de Bruxelles.

Les fuyards passent à côté de ces carrés, les hussards de Vivian se refusent à les combattre, les contournent pour sabrer les fuyards, proie plus facile. Napoléon lance contre eux ses escadrons de service qui sont submergés. Non loin de la route, Ney, tête nue, l’uniforme déchiré et le visage noir de poudre, n’a plus qu’un tronçon d’épée à la main. Il court rallier la brigade Brue de la division Durutte, seule troupe de ligne qui se replie en bon ordre, les jette dans la bataille en hurlant : « venez voir mourir un maréchal de France ». La brigade est dispersée rapidement. Ney refuse de quitter le champ de bataille et entre dans un carré de la Garde. Les trois bataillons de la Garde repoussent sans peine la cavalerie mais les carrés sont une proie facile pour l’infanterie coalisée. Les trois bataillons sont cernés de toute part et mitraillés par les canons. L’Empereur ordonne à la Garde de quitter cette position intenable et de battre en retraite avant de galoper en direction de la Belle-Alliance.

Les bataillons de la Vieille Garde rejoints par le bataillon du 3e grenadiers de Poret de Morvan, placé précédemment en réserve, entament leur retraite pas à pas. Les carrés sur trois rangs se reforment bientôt en triangles sur deux rangs en raison des pertes. Les soldats trébuchent à chaque pas et tous les cinquante mètres il faut s’arrêter pour repousser une charge de cavalerie ou répondre à un feu d’infanterie. La retraite est considérablement gênée par les fuyards et la marche entravée par les cadavres. La Garde est écharpée par les coalisés et bousculée par la ligne en déroute. Des officiers anglais crient aux soldats français de se rendre. Exaspéré par la situation catastrophique et les sommations de l’ennemi, Cambronne, à cheval au milieu d’un carré, leur aurait alors adressé son fameux « Merde ! ». Il est dit qu’un sous-officier rajouta : « la Garde meurt, mais ne se rend pas ». Cambronne tombe de cheval quelques instants plus tard, blessé à la tête par une balle, et est ramassé inconscient par les Britanniques.

Les carrés de la Garde qui ont maintenant rejoint le plateau de la Belle-Alliance sont presque anéantis. La confusion est telle que certains cavaliers coalisés se chargent mutuellement. La brigade Adam est prise pour cible par l’artillerie prussienne. Dans Plancenoit, la Garde demeure inexpugnable face aux Prussiens. Les divisions Hiller, Tippelkirsh et Ryssel doivent prendre le village maison par maison alors que le village brûle. La Jeune Garde est quasiment anéantie et son chef, le général Duhesme, est mortellement blessé. Le tambour-major Stubert du 2e grenadiers assomme les Prussiens avec le pommeau d’argent de sa canne. Malgré une défense tenace, ce qui reste de la Garde est chassée du village. Le général Pelet, qui se trouve au milieu de l’ennemi avec une poignée d’hommes et le porte-aigle des chasseurs de la Vieille Garde, rallie ses troupes qui reforment un carré au milieu de la cavalerie anglaise : « à moi chasseurs de la Vieille Garde, sauvons l’Aigle ou mourons près d’elle »2. Les survivants se rallient autour de leur emblème tandis que de Plancenoit déboulent pêle-mêle Français et Prussiens.

Sans faire le détail en termes de régiments, les quatre jours de juin de la campagne de Belgique ont occasionné 11 500 morts – parmi lesquels 14 généraux – et 33 900 blessés dans les troupes françaises. D’une manière générale, avec 23 700 morts et 65 400 blessés toutes armées confondues, pertes correspondant au quart des troupes engagées, cette campagne est une des plus meurtrières campagnes militaire de la Révolution et de l’Empire en termes de victimes militaires, évidemment dépassée par les campagnes de Russie et d’Allemagne mais qui, elles, se sont déroulées sur plusieurs mois.

Le retour du corps de Napoléon Ier en France en 1840 donne lieu à des scènes de ferveur. Les vieux soldats survivants ont ressorti leurs uniformes la veille, bivouaquant autour de feux de camps dans un froid intense. Ils suivent le cortège funèbre et le maréchal Moncey, âgé de 87 ans, qui depuis huit jours supplie ses médecins de le faire vivre encore un peu pour « recevoir l’Empereur », a à la fin de la cérémonie cette phrase : « à présent, rentrons mourir ».

Émile Marco de Saint-Hilaire publia une Histoire anecdotique, politique et militaire de la Garde impériale (Paris, Penaud, 1845-1847) qui fut un énorme succès.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.