La côte de granit rose (Bretagne).

La Côte de granit rose (en breton Aod ar vein ruz, littéralement « côte des pierres rouges »), est le choronyme qui correspond à une zone côtière de la Manche située dans les Côtes-d’Armor au nord de la Bretagne, dans la région historique du Trégor près de Lannion. Elle tient son nom par le fait que le granite qui affleure possède une dominante brune tirant sur le rose. C’est une appellation touristique.


Cette particularité géologique s’étend sur 10 km sur les communes de Perros-Guirec, Trégastel, Pleumeur-Bodou et Trébeurden (citées d’est en ouest). Elle forme un arc partant à l’est de Ploumanac’h, la Clarté (commune de Perros-Guirec), l’Île Renote, le Coz-Porz, la grève Blanche (commune de Trégastel) jusqu’à l’Île Milliau (commune de Trébeurden) à l’ouest, traversant la partie non côtière de la commune de Pleumeur-Bodou.

En dehors de sa couleur caractéristique, la côte est parsemée d’amas chaotiques dont le fleuron est le sentier des douaniers qui part de la plage de Trestraou (Perros-Guirec) et aboutit à l’anse Saint-Guirec à Ploumanac’h.
Non loin du bourg de La Clarté, quelques carrières de granite rose sont encore en exploitation. On peut y voir le rose original du granite avant qu’il soit patiné par le temps.

Il existe trois côtes de granite rose dans le monde, une en Bretagne, une en Corse et une en Chine, ce qui en fait donc une destination de vacances assez prisée. Les îles faisant face à la côte (archipel des Sept-Îles) sont également peuplées d’espèces d’oiseaux rares et protégées ce qui fait du canton de Perros-Guirec un site vacancier écotouristique de renommée nationale. Le paradoxe est que, seuls, ont accédé à la renommée les granites « rouges » qui n’affleurent que sur deux sites de cette côte (Ploumanac’h et Trébeurden) au long de laquelle les granites « roses », bien plus fréquents, sont impuissants à attirer l’attention du profane.

Le 20 août 1901 est fondé à Paris le « Syndicat artistique de protection des sites pittoresques de Ploumanac’h » (première association loi 1901 en France), qui se donne pour mission de préserver les rochers et le paysage naturel de toute détérioration ou destruction par l’achat de terrains sensibles. En 1926, un « organe de liaison et d’information des plages de Perros-Guirec, Trégastel et Trébeurden », intitulé Granit rose, désigne cette entité touristique dont la naissance date déjà d’une quarantaine d’années. Ce projet est suivi en 1928 de la création de l’association de la sauvegarde du sentier des douaniers, de l’acquisition en 1986 de 35 hectares d’espace naturel par le Conservatoire du littoral et de la gestion du Site naturel de Ploumanac’h par la commune de Perros-Guirec. De 2000 à 2007, est mené un grand chantier de réhabilitation du site victime de l’hyperfréquentation touristique 700 000 visiteurs par an, ce qui en fait le deuxième site naturel le plus visité en Bretagne après la pointe du Raz.

Côte de granit rose, carte maximum, Perros-Guirrec, 29/03/2008.

« C’est à cet atout touristique, représenté par les “rochers de granite rose” que les stations de Perros-Guirec, puis de Trégastel et de Trébeurden ont associé leur image, bien plus qu’à la pratique des bains de mer, depuis que des littérateurs et peintres en ont révélé l’originalité à la fin du xixe siècle. Désormais protégé, le site de Ploumanac’h, acquis par le Conservatoire, est fréquenté annuellement par quelque 700 000 visiteurs dont les attentes, clairement exprimées, invitent les géomorphologues à leur proposer une découverte d’une intrusion granitique qui ne se limiterait plus à la seule observation des « caprices », voire des « extravagances » de la nature ». De fait, la dénomination de Côte de granit rose, désormais bien établie, relève bien plus de l’argument touristique que de la rigueur scientifique, et la vocation initiale de ce géomorphosite souffre encore d’une insuffisante valorisation.

Parmi les trois grandes ceintures granitiques hercyniennes du Massif armoricain, la ceinture septentrionale (la « traînée moniliforme des granites rouges » selon l’expression de Charles Barrois) allongée sur 300 km selon la direction WSW-ENE (massifs de Porzpaul dans l’île d’Ouessant, de l’Aber-lldut-Kernilis, petits pointements dans les zones déprimées du massif leucogranitique de Kernilis, massif de la baie de Morlaix, massif de St Jean du Doigt, Ploumanac’h, massifs de Flamanville et de Barfleur) se distingue par plusieurs caractères : un remarquable alignement, indépendant de l’hétérogénéité structurale et de l’âge des formations encaissantes (cet alignement issu de la remontée de magmas basiques, localement souligné par des mylonites, est parallèle aux grands accidents de la Manche et est interprété comme la réactivation tardi-hercynienne d’un linéament cadomien ou la mise en place d’une série de points chauds) ; la dimension relativement petite des massifs ; la présence de structures sub- ou semi-concentriques dans certains complexes (Porzpaul, Aber-Ildut, Ploumanac’h) ; la mise en place tardive vers 300 Ma au cours d’un des derniers épisodes de déformation qui affectent la chaîne hercynienne ; une association fréquente avec des roches basiques qui suggère un mélange avec des magmas mantelliques ; le développement de leucogranites tardifs, soit en bordure, soit à l’intérieur de plusieurs massifs ; l’injection de filons microgranitiques, postérieurs aux leucogranites.

Sur la côte de granit rose, des formations sédimentaires et volcano-sédimentaires plus ou moins métamorphiques du briovérien sont recoupées par l’immense batholite granitique intrusif cadomien de Bréhat-Perros-Guirec. À l’ouest, le complexe granitique de Ploumanac’h, de dimension modeste (ellipse de 12 × 8 km), montre une remarquable disposition des différents ensembles lithologiques en auréoles concentriques. Constituées de l’intrusion successive de trois corps magmatiques elles réalisent ce que l’on nomme un « complexe centré ». Ce massif granitique est accessible dans toutes ses composantes grâce au découpage du rivage, à l’importance de l’estran et au nombre d’îlots granitiques proches de la côte. La variété pétrographique et structurale (foliation, enclaves) des roches magmatiques constitue ainsi un véritable musée à ciel ouvert pour les géologues amateurs et professionnels.

Dans le massif de Ploumanac’h, outre les venues rose rougeâtre à gros grain, dominantes et précoces, se sont mises en place, ultérieurement, des intrusions à grain fin, de manière centripète. La partie centrale du pluton est ainsi occupée par des granites à grain fin – rosé à l’extérieur, gris clair à blanchâtre vers l’intérieur – regroupés sous l’appellation générale de « granites de l’île Grande ». Son exploitation remonte à 3 000 ans avant J.-C. avec la réalisation de mégalithes. Jusqu’au début du xxe siècle, les granites du massif de Bréhat-Perros-Guirec ont fait l’objet d’une exploitation intensive, liée à leur qualité, à leur abondance de diaclases favorisant le débitage et à la localisation des carrières en bordure de mer, facilitant les acheminements au loin par voie marine. Le bassin granitier de La Clarté – Ploumanac’h continue de l’exploiter, notamment pour son faciès orbiculaire découvert dans la carrière de l’entreprise Gad et fils.

Le granite de cette côte tient sa couleur unique de la combinaison de trois minéraux distincts présents dans le granite : le mica, qui lui donne sa couleur noire, le feldspath qui lui donne sa couleur rose, et le quartz avec sa teinte grise translucide caractéristique. Le feldspath est d’ordinaire blanc, si bien que les granites sont plutôt gris vus de loin généralement. Cette couleur rose est plus précisément due soit à la présence d’impuretés d’hématite (oxyde de fer(III) de formule Fe2O3) dans le réseau cristallin du feldspath alcalin (microcline, anorthose) qui apparaît dans le réservoir mantellique, soit à un phénomène d’autométasomatisme, avec circulations de fluides riches en fer, en fin de cristallisation dans le réservoir magmatique. La nuance de rose dépend du degré d’oxydation du feldspath.

La côte de granit rose à Ploumanac’h, prêt-à-poster.

Cette partie du littoral est une vitrine du patrimoine géologique en raison du modelé des granites, avec des rochers ruiniformes aux formes étranges et des chaos et tors de blocs dégagés des arènes par l’érosion du littoral ou le creusement des ruisseaux. Elle a ainsi justifié un inventaire de géomorphosites qui ont fécondé l’imagination paréidolique populaire, d’où leurs microtoponymes locaux s’inspirant des légendes bretonnes ou bibliques (« couronne du roi Gradlon », « bidets de la Vierge » ou « empreintes du Diable »), d’éléments quotidiens (palette du peintre, tête de baleine, balustre, tire-bouchon, tas de crêpes, champignon, mamelon…) ou d’animaux fantastiques (tête de dragon, sphinx…), imaginaire largement exploité dans les dépliants touristiques.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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