La chouette effraie.

L’effraie des clochers (Tyto alba) est une chouette aussi couramment appelée chouette effraie ou dame blanche. L’espèce peuple tous les continents, à l’exception de l’Antarctique et certaines îles. C’est l’espèce de Strigiformes la plus répandue au monde.


La femelle est légèrement plus grande que le mâle, elle mesure 34 à 40 cm de long pour un poids de 290g à 360 g en moyenne. Le mâle mesure entre 32 et 38 cm pour un poids de 280g à 350 g. L’envergure est de 1,07 à 1,10 m pour les deux sexes. L’effraie des clochers possède un masque facial blanc en forme de cœur. Le dessus du corps est gris cendré à brun jaune, richement pointillé et perlé de fines taches blanchâtres ourlées de noir. Le poitrail est blanchâtre à blanc roussâtre plus ou moins piqueté de brun foncé. Ses pattes sont longues couvertes de plumes blanches et munies de doigts puissants aux serres bien développées. Ses ailes sont longues et plutôt étroites. L’iris de l’œil est noir. Les sexes sont identiques. Son envergure va de 0,90 à 0,95 m et son poids est d’environ 415 g. Il est possible d’en voir une pendant la journée quoique rarement.

Son espérance de vie dépasse rarement 10 ans (en moyenne 8 ans) avec cependant des records de 18 et 21 ans.

Son régime alimentaire se compose essentiellement de petits rongeurs (campagnols, mulots, souris) et musaraignes. Plus rarement elle capture des belettes ou des lapins, ainsi que des petits oiseaux, des amphibiens, de gros insectes, voire des chauves-souris capturées de manière opportuniste. Un ornithologue, Uttendoerfer, a étudié le régime alimentaire de l’effraie, par l’analyse des pelotes de réjection. Il a ainsi constaté que, sur 77 602 vertébrés recensés, on trouvait 74 250 mammifères (113 chauves-souris, 195 taupes, 20 466 musaraignes, 9 belettes), dont 54 438 petits rongeurs (rats, souris, mulots et campagnols) et 8 lapins, 2 414 oiseaux (1 273 moineaux domestiques, 149 moineaux friquets, 95 hirondelles de fenêtre, 77 hirondelles de cheminée, 71 martinets noirs…), 936 batraciens, 1 poisson, 1 lézard, et au moins 587 insectes et 1 limace. Les pelotes de réjection mesurent environ 45 mm sur 26 mm. Elles sont caractérisées par leur aspect noir, brillant, arrondies aux deux extrémités et lisse quand elles sont fraîches.

La chouette effraie chasse la nuit dans des étendues cultivées ou des prairies, elle est d’ailleurs connue en anglais sous le nom de “Barn Owl” ou “Chouette des granges”. La forme de ses yeux permet de concentrer un maximum de lumière sur la rétine. Ainsi, la chouette effraie a besoin de cinquante fois moins d’éclairage que l’homme pour voir distinctement. Pendant longtemps, on a débattu de savoir si, dans le noir complet, les chouettes effraies repéraient leurs proies, par l’odeur, la captation de rayons infrarouges ou par les sons. Des recherches menées par le zoologiste Roger S. Payne dans les années 1950 ont clos ce débat grâce à une expérience astucieuse. Dans une grange complètement noire, observée avec des lunettes infrarouges, ils ont fait courir une souris silencieusement sur un tapis en mousse avec un morceau de papier émettant un bruissement attaché derrière sa queue. Une chouette, descendue de son perchoir, a alors capturé le morceau de papier et non la souris, démontrant par là que la chouette effraie réagissait aux sons et non aux odeurs ou aux rayons infrarouges.

Les chouettes comparées aux autres oiseaux ont de plus grandes ouvertures auditives, de plus grands tympans et des mécanismes plus sophistiqués pour transmettre les sons aux tympans, lui permettant de détecter des sons de très faible intensité. Toutes les chouettes bénéficient de disques faciaux couverts de plumes transmettant particulièrement bien les vibrations sonores jusque dans l’orifice auditif. Les chouettes, comme les hommes, peuvent bénéficier de l’audition stéréophonique afin de déterminer la direction horizontale de la provenance d’un son. Un son provenant de la droite arrivant plus vite dans l’oreille droite que dans la gauche, il suffit à la chouette de tourner la tête jusqu’à ce que le son arrive de manière identique dans les deux oreilles pour savoir qu’elle fait maintenant face à sa proie. Mais elle bénéficie en plus d’un avantage tout à fait particulier dans la dissymétrie existant entre les dispositifs auditifs gauche et droite, le gauche étant plus haut, qui lui permet en analysant de faibles variations d’intensités sonores de s’orienter dans le plan vertical. Ainsi, grâce aux sons, la chouette peut identifier la localisation d’un rongeur, même par une nuit sans lune.

Cette espèce est généralement monogame, bien que des cas de polygamie aient été observés. La femelle pond de 4 à 13 œufs en moyenne, qui mesurent de 35 à 43 mm par 30 à 33 mm. Elle pond 2 fois par année, au printemps et en été. Lorsque la nourriture est très abondante, elle peut en pondre jusqu’à 15, et une deuxième nichée peut se produire au cours de la même saison (et jusqu’à trois dans de rares cas ; Johnsgard, 1988 et Konig, 1999.

Les œufs sont pondus à même le sol et la femelle les couve de 30 à 32 jours pendant que le mâle chasse pour la nourrir. Les éclosions étant étalées sur une à deux semaines, la taille et le plumage des petits varient énormément. Les jeunes quittent le nid à 2 mois environ ; ils sont nourris par les deux parents. Chaque nuit, les deux parents tuent et transportent une quarantaine de petits mammifères et parfois de petits oiseaux pour se nourrir, eux et leurs petits. À la naissance les petits pèsent environ 15 g. La femelle les protège et les nourrit pendant presque un mois.

La chouette effraie est l’oiseau terrestre le plus répandu dans le monde, présente dans toute l’Europe (sauf la Scandinavie, Malte et les régions de steppe), presque toute l’Afrique en dehors du Sahara, le sous-continent indien, l’Asie du sud-est, l’Australie, certaines îles du Pacifique et presque tout le continent américain. Elle est habituellement sédentaire, c’est-à-dire qu’elle demeure dans son aire de nidification (ou dans les alentours) toute l’année. On la trouve principalement dans les zones habitées, plus rarement dans les forêts. Elle reste en général fidèle à sa patrie durant l’hiver, mais lorsque la nourriture vient à manquer (effondrement de la population de rongeurs), on a déjà observé des migrations de petits groupes d’adultes qui peuvent alors entreprendre des déplacements importants.

Cette particularité qu’ont les effraies de se disperser dans toutes les directions après la nidification ou lors d’une longue période de disette fait que leurs mouvements migratoires ont lieu dans toutes les directions et se font parfois en altitude. Malheureusement, une effraie qui a élu domicile au-dessus de son aire de distribution habituelle ne tentera pas de redescendre en plaine ou en vallée à la saison froide, car une fois installée dans son nid, son habitus est sédentaire.

Ces effraies installées en altitude, ou celles situées en limite nord de leur aire de répartition, sont susceptibles de mourir en hiver. Une étude de 1997 a montré que, contrairement à la chouette hulotte ou au hibou moyen-duc, la chouette effraie a des dépenses énergétiques très élevées en hiver, du fait de la piètre isolation thermique conférée par ses plumes (notamment celles des pattes) et de ses habitudes alimentaires davantage axées sur la recherche de rongeurs, proies moins accessibles par forte couverture neigeuse.

La sous-espèce gracilirostris en voie d’extinction imminente aux Canaries est encore signalée à Fuerteventura, Lanzarote, Alegranza, Lobos, La Graciosa et Montaña Clara.

La chouette effraie habite les grands milieux ouverts comme les prairies, les bandes herbeuses le long des champs et des haies, des vergers. Elle peut utiliser des bâtiments comme des vieilles granges et des clochers d’église pour y élever sa progéniture, mais elle chasse au-dessus des vastes champs avoisinants. Comme son nom l’indique, elle habite les clochers, mais aussi les combles des grands édifices, les greniers des fermes, les granges et les pigeonniers.

Après la saison de nidification, la majorité des jeunes se dispersent à moins de 20 km de leur lieu de naissance. Une fois que les jeunes effraies des clochers ont trouvé un site propice pour nicher, elles pourront y passer le reste de leur vie si la nourriture s’y trouve en quantité suffisante (Johnsgard, 1988, Konig, 1999 et Maslow, 1983).

L’effraie des clochers a décliné depuis le XIXe siècle, mais plus spécialement ces trente dernières années. Le déclin est estimé à plus de 50 % en Angleterre et en Irlande. En France, la population d’effraies est en régression, notamment dans l’est. Selon la Ligue pour la protection des oiseaux, il resterait en France entre 20 000 et 50 000 couples.

De nombreuses menaces pèsent sur l’effraie des clochers telles que la démolition de vieux édifices. Si par exemple une famille de chouettes se loge à l’intérieur d’une vieille grange, il se pourrait que les rapaces soient touchés lors de la démolition du bâtiment.

Du fait de son vol rasant lors de la chasse (faible hauteur, en général entre 1,5 et 3 m), l’effraie est particulièrement vulnérable aux collisions avec des véhicules. Le trafic automobile est la première cause de mortalité déterminée à partir des reprises : 40 à 70 % des effraies sont retrouvées mortes sur les routes. En France, le nombre d’effraies tuées annuellement est de l’ordre de 10 000 à 20 000, voire plus (pour près de 10 000 grands mammifères sauvages).

La disparition des prairies et des haies boisées du fait du remembrement nuit à l’effraie car cela engendre la disparition des rongeurs qui constituent la base de son alimentation. La suppression des haies est aussi responsable des accidents avec les automobiles car les haies obligeaient l’effraie à voler plus haut aux abords des routes. De même la pose de grillages contre les pigeons sur les clochers et dans les granges supprime de nombreux sites de nidification pour l’effraie.

Les populations d’effraie ont été affectées par les pesticides employés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (près de 100 000 tonnes par an en France). Ainsi les organochlorés comme le DDT utilisé dès 1943 et interdit dans les pays industrialisés au début des années 1970, le lindane, l’aldrine et la dieldrine ont un impact maximal au sommet de la pyramide alimentaire. Chez les effraies, outre des taux impressionnants de concentration dans le sang et les organes, l’épaisseur de la coquille des œufs s’amincit et cela met en péril les couvées.

Les principaux prédateurs de l’effraie des clochers sont la fouine (surtout pour les œufs et les jeunes), l’hermine, le chat et le renard.

L’effraie des clochers peut également s’électrocuter, l’électrocution représentant selon les pays de 2 à 8 % de la mortalité. Elle peut aussi entrer en collision avec des fils barbelés ou se noyer dans les abreuvoirs métalliques. Elle peut aussi se retrouver coincée dans les cheminées de nos habitations comme dans un piège.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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