La cathédrale Notre-Dame d’Amiens

La cathédrale Notre-Dame est construite pour l’essentiel au XIIIe siècle, entre 1220 et 1288. Jusqu’au XIIe siècle, Amiens se trouve partagée entre le pouvoir de trois seigneurs et celui de l’évêque. Au début du XIIe siècle, une alliance entre les bourgeois de la ville et l’évêque pour lutter contre le pouvoir seigneurial aboutit à la création de la commune et à la signature d’une charte accordée par Louis VI en 1117 et confirmée par Philippe-Auguste en 1184 au moment du rattachement d’Amiens au domaine royal.

Après signature de cette charte, Amiens est administrée par un collège d’échevins, élus par les bourgeois de la ville. Le pouvoir royal continue d’être représenté par un bailli. L’évêque garde quant à lui autorité sur le quartier cathédral. Contexte économique Au début du XIIIe siècle, au moment de la construction de la cathédrale, la ville d’Amiens connaît une prospérité économique due essentiellement à sa position géographique et au commerce de la guède (ou waide en picard), plante cultivée sur les terres alluviales de la

Somme et utilisée pour la teinture des draps. Elle donne une couleur bleu. La ville bénéficie en effet du développement de l’industrie drapière, notamment en Flandre, et de sa position sur les routes commerciales, notamment vers les foires de Champagne. La présence de la Somme favorise le commerce et le transport des marchandises. L’axe fluvial met en effet en

relation Amiens avec Péronne, Corbie, etc… et donne un accès à la mer par Abbeville. Amiens dispose de deux ports, l’un en amont et l’autre en aval de la ville, qui sont le centre d’un important trafic commercial (poissons, sel, vins…). Le quartier des artisans s’est d’ailleurs implanté autour des canaux de la Somme, à Saint-Leu. La ville tire sa richesse des activités artisanales et commerçantes. Par conséquent, les bourgeois de la ville appartiennent principalement à cette catégorie. La ville possède ainsi des grandes familles, telle que les Cocquerel, qui donnent en général un échevin pour la commune et un chanoine pour la cathédrale. Le rôle de ces familles en tant que donateurs pour la construction de la cathédrale est notable. Les corporations de métiers, nées des activités commerciales et artisanales (waidiers, drapiers…), créent également des confréries religieuses qui se regroupent par paroisse. Celle issue des métiers de la draperie (tisserands, teinturiers…) a ainsi son siège à Saint-Leu, au cœur du quartier artisanal, en basse ville.

La topographie médiévale Avant l’obtention du statut de commune, le pouvoir seigneurial s’appliquait à la ville haute, et le pouvoir de l’évêque à la ville basse. Cette dernière est enserrée dans les remparts antiques élevés au IIIe siècle et agrandis sous Philippe-Auguste. L’évêque détient d’ailleurs la garde du rempart dans la partie de la ville placée sous son autorité et contrôle les ouvertures de celui-ci sur l’extérieur. Une cathédrale romane, construite dès le VIe siècle pour abriter les reliques de saint Firmin constitue le centre du quartier cathédral.

Carte maximum Cathédrale d’Amiens du 3/03/1945.

La cathédrale s’entoure d’une vie religieuse marquée par la présence au Nord du palais épiscopal, résidence de l’évêque, et au Sud du quartier canonial constitué par les maisons des chanoines. Celles-ci sont regroupées dans un quartier clos, usuellement nommé cloître. Les chanoines constituent le conseil privé de l’évêque et administrent la cathédrale : ils sont chargés du service religieux et gèrent les biens du chapitre. Ils sont soumis à une règle communautaire mais vivent dans des maisons individuelles, sous l’autorité du doyen du chapitre. Le quartier de la cathédrale est enfin constitué par un Hôtel-Dieu et l’église paroissiale Saint-Firmin-le-confesseur. Au XIIIe siècle, Amiens est donc une commune et le siège d’un diocèse, particulièrement prospère grâce à l’essor économique et commercial de la ville. L’évêque peut décider de la construction de la cathédrale Notre-Dame car il bénéficie d’un contexte économique et religieux favorable. La nouvelle cathédrale est implantée au cœur du tissu urbain ancien, dans le quartier cathédral.

En 1218, l’évêque d’Amiens Evrard de Fouilloy (1211-1222) entreprend la reconstruction de la cathédrale romane endommagée par un incendie. Prévue beaucoup plus vaste que l’édifice précédent, la nouvelle cathédrale nécessite le déplacement de l’Hôtel-Dieu et la destruction de l’église Saint-Firmin-le-Confesseur. Le chantier entraîne donc un réaménagement du quartier cathédral. Par ailleurs, les travaux progressent par étapes, afin de ne pas interrompre le culte. Commencée dès 1220, la nef est achevée au plus tard en 1236. Le chevet, quant à lui, n’est terminé qu’en 1269. En 1288, le dallage est posé. De 1290 à 1375, la cathédrale s’enrichit de l’adjonction progressive de onze chapelles entre les contreforts, bâties depuis le transept jusqu’à la façade occidentale. La tour Sud de la façade est achevée en 1366 et la tour Nord en 1402. La rapidité de la construction du gros-œuvre explique l’homogénéité de l’architecture dont les trois principaux maîtres d’œuvre sont Robert de Luzarches, Thomas de Cormont et Renaud de Cormont, fils du précédent. La nouvelle cathédrale, d’architecture gothique, est dotée de dimensions

Façade de la Cathédrale d’Amiens, essai de couleurs (1969).

impressionnantes (145 m de longueur d’est en ouest, 42,30 m de hauteur sous voûte…) afin d’accueillir l’affluence des pèlerins venus honorer, notamment, la prestigieuse relique de saint Jean-Baptiste. Mais ce gigantisme répond aussi aux cathédrales déjà érigées en Picardie : Noyon, Laon et Soissons. Ainsi, la cathédrale manifeste aux yeux de tous le pouvoir de l’évêque en imposant sa masse et ses tours dans le paysage urbain.

Cathédrale d’Amiens épreuve d’artiste, signée par son graveur R. Cottet.

Pour gérer la construction de la cathédrale, les chanoines créent une fabrique : une unité administrative leur permettant de recevoir des dons et des legs, de posséder un patrimoine et de financer le chantier. Des procureurs, nommés par les chanoines, administrent la fabrique et en gèrent les ressources financières. Ils veillent à l’approvisionnement du chantier, tant en main d’œuvre qu’en matériaux. Les comptes de la fabrique sont tenus par le prévôt du chapitre. Les sources de revenus pour le financement du chantier étaient de trois sortes : les revenus de l’évêque et du chapitre versés à la fabrique, les dons de riches bourgeois ou corporations d’artisans, et enfin les contributions des fidèles lors des quêtes ou du transport des reliques.

La cathédrale Notre-Dame est construite en pierre calcaire, matériau fourni en abondance dans les carrières des vallées environnantes (Croissy, Fontaine-Bonneleau…). Le chapitre a acquis, en 1235, les droits d’extraction de la carrière de Beaumetz. La pierre de Beaumetz sert pour les parties structurelles importantes comme les piliers, les arcs, les pinacles, etc. Le calcaire plus tendre est utilisé pour le remplissage des voûtes par exemple, alors que les soubassements sont renforcés par des assises de blocs de grès de Villers-Bocage. Le bois prend une part prépondérante dans la construction : il permet de monter les échafaudages, d’étayer les murs, de construire les cintres des voûtes… En effet, des étais provisoires en bois sont utilisés pour raidir les murs et les piliers en cours de construction, avant d’être sciés à la fin des travaux. Ils constituent de précieux éléments de datation de la cathédrale : les analyses dendrochronologiques permettent en effet de dater ces vestiges de bois. Les métaux sont aussi partout présents : gisants en bronze des évêques fondateurs, structures des vitraux mais également dans la consolidation des maçonneries Le déroulement du chantier Le maître d’œuvre, en accord avec l’évêque et le chapitre, dresse les plans du futur édifice. La fabrique gère la comptabilité et l’achat des matériaux. Enfin, l’exécution matérielle

nécessite la participation de nombreux artisans aux compétences variées regroupés en corporations. Après l’achèvement de la cathédrale, la fabrique continue d’exister afin d’assurer l’entretien et les réparations de l’édifice. A Amiens, le chantier est rationnalisé. Les pierres, taillées pendant l’hiver, au moment où le froid bloque la progression des travaux, sont assemblées dès le printemps. La taille des pierres relève en outre d’une certaine forme de préfabrication : un nombre restreint de gabarits est confectionné, permettant ensuite de tailler « en série » les blocs. Les pierres de la cathédrale portent encore les marques de la construction : identification de la carrière, positionnement du bloc dans l’édifice ou marque de tâcheron qui servait à rémunérer les travailleurs payés au nombre de pierres taillées. L’architecture de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens.La cathédrale amiénoise est un exemple du gothique rayonnant. Le terme « gothique » apparaît à la Renaissance. Cette époque, pétrie d’admiration pour l’art antique, qualifie l’art médiéval de « barbare » ou de « digne des Goths », ce qui donne par la suite le terme « gothique ». Au moment de la construction de la cathédrale, l’architecture dite aujourd’hui gothique est un art sensible à l’innovation recourant à de nouvelles techniques de construction (arcs-boutants, voûtes d’ogives…). La cathédrale est une réponse architecturale à

la liturgie de la religion catholique, comme la mosquée l’est à la religion musulmane et le temple au judaïsme. Conçue comme la maison de Dieu, elle est une interprétation architecturale de la Jérusalem céleste. L’espace unifié et la disparition du mur plein correspondent à la philosophie néoplatonicienne de la lumière. La cathédrale est divisée en trois espaces : le chœur pour célébrer le culte, réservé au clergé, le monde priant, la nef pour accueillir les fidèles, le monde souffrant, et les voûtes qui évoquent le monde céleste.

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