La bataille de Waterloo (1815).

La bataille de Waterloo s’est déroulée le 18 juin 1815, en Belgique, à vingt kilomètres au sud de Bruxelles, dans l’actuelle province du Brabant wallon. Cette bataille a opposé l’armée française dite Armée du Nord, dirigée par l’empereur Napoléon Ier, à l’armée des Alliés, dirigée par le duc de Wellington et composée de Britanniques, d’Allemands (contingents du Hanovre, du Brunswick, du Nassau) et de Néerlandais (unités belges et hollandaises), rejointe par l’armée prussienne commandée par le maréchal Blücher. Elle s’est achevée par la défaite décisive de l’armée française.

Les combats n’eurent pas lieu sur le territoire de la commune de Waterloo, mais un peu plus au sud, sur les territoires des communes actuelles de Lasne, Braine-l’Alleud et de Genappe. Toutefois, Wellington écrivit la dépêche annonçant la victoire des coalisés depuis son quartier général situé à Waterloo, fixant ainsi ce nom à la bataille qui fut initialement appelée en France « bataille de Mont-Saint-Jean », lieu effectif de l’engagement. En Allemagne, la bataille est dénommée « Victoire de la Belle-Alliance » (Belle-Alliance Sieg), du nom de l’auberge où eut lieu la rencontre entre les deux généraux en chef des coalisés à la fin de la journée.

Cette bataille est la dernière à laquelle prit part personnellement Napoléon, qui venait de reprendre le pouvoir en France trois mois plus tôt, et marque ainsi la fin de cette période des Cent-Jours. Napoléon dut en effet abdiquer quatre jours plus tard à son retour à Paris, le 22 juin, face au manque de soutien politique.


En mars 1815, une nouvelle coalition se constitue au congrès de Vienne pour combattre Napoléon, qui a quitté l’île d’Elbe. Louis XVIII a fui à Gand. L’armée de Wellington est déjà stationnée sur le sol belge, rejointe début juin par l’armée prussienne du maréchal Blücher.

Napoléon préfère ne pas attendre l’offensive des Alliés et se lance à l’attaque, espérant séparer Wellington et Blücher et les battre l’un après l’autre. Repoussant les Prussiens, il franchit la Sambre à Charleroi le 15 juin. Le même jour, le général français Louis de Bourmont, qui commande la 6e division, abandonne son commandement le 15 juin, la veille de la bataille de Ligny, avec quelques officiers de son état-major. Dans Le Mémorial de Sainte-Hélène, Napoléon l’accuse d’avoir révélé son plan à l’ennemi8. La défection de Bourmont a eu une influence psychologique importante sur la troupe qui l’accusait de trahison.

Dans la nuit du 15 au 16 juin, le duc et la duchesse de Richmond, sujets britanniques résidant à Bruxelles, organisent un bal en leur hôtel où toute l’aristocratie locale est conviée. Le duc de Wellington et les généraux de son armée y sont invités et beaucoup d’entre eux sont présents. Un peu avant minuit, une estafette envoyée du front par le général Constant-Rebecque, chef d’état-major du prince d’Orange, prévient le duc que les Français sont aux Quatre-Bras de Baisy-Thy. Wellington parvient à rassurer l’assemblée mais ordonne dans le même temps à ses officiers de quitter discrètement la fête et de rejoindre leurs troupes. Vers trois heures du matin, le duc se retire lui-même et, dès 7 heures, il galope vers les Quatre-Bras.

Le 16 juin, les troupes françaises, divisées en deux ailes, sont, le même jour, opposées à des unités de Wellington aux Quatre-Bras (une dizaine de kilomètres au sud du champ de bataille de Waterloo) et à trois des quatre corps prussiens à Ligny (une dizaine de kilomètres au sud-est des Quatre-Bras). La manœuvre projetée de Napoléon consiste à battre son premier adversaire, les Prussiens de Blücher, l’empereur pensant à tort que celui-ci se replierait sur ses lignes naturelles de communication (Liège et Maastricht), puis à battre les Anglo-Néerlandais de Wellington qui se retireraient sur Bruxelles puis la mer.

Le commandement de l’aile gauche française (1er et 2e corps) est confié au maréchal Ney avec la mission de s’emparer des Quatre-Bras. Ney perd beaucoup de temps, ce qui permet l’arrivée de renforts alliés. Avec les 3e et 4e corps, Napoléon parvient à fixer les Prussiens à Ligny. Il veut saisir l’occasion pour les neutraliser définitivement. Pour cela, il ordonne au 1er corps (réserve de Ney) de venir couper les arrières prussiens, quitte à retarder la prise des Quatre-Bras. Mal ou non informé de cette décision de l’Empereur, Ney rappelle cette unité qui fait donc un aller-retour inutile, privant ainsi Napoléon d’une victoire décisive sur les Prussiens.

L’armée de Blücher perd 12 000 hommes à Ligny. Les pertes françaises s’élèvent à environ 7 000. Le vieux maréchal de 73 ans, dont le cheval a été tué, échappe de peu à la capture mais son chef d’état-major, Gneisenau, organise un repli remarquable sur Wavre, sauvegardant ainsi la possibilité de rejoindre Wellington. L’armée prussienne est battue mais pas vaincue ; elle a sauvé l’essentiel de son artillerie et surtout conservé son esprit combatif. Napoléon, au contraire, surestime les effets de ce qui n’est qu’un succès tactique, pense les Prussiens hors de combat et en retraite vers Namur et Liège. Ce n’est que le lendemain, le 17, que Napoléon confie le commandement de son aile droite (34 000 hommes) au maréchal Grouchy avec mission de poursuivre les Prussiens.

Informé de la défaite des Prussiens, Wellington à 10 heures du matin fait replier ses unités des Quatre-Bras sur la position reconnue de Mont-Saint-Jean où Blücher a promis de le rejoindre. Le repli par la chaussée de Bruxelles sur le village de Waterloo se fait discrètement, couvert par la cavalerie d’Uxbridge. Ney, occupé à exécuter les ordres qui lui enjoignent de rallier, d’approvisionner et de concentrer ses troupes, ne s’en aperçoit que dans l’après-midi du 17, alors que l’orage transforme le terrain en bourbier.

Napoléon, qui a rejoint Ney, lui aurait reproché son inaction et lance à la poursuite de l’arrière-garde de l’armée anglaise, commandée par Uxbridge, les divisions de cavalerie légère de Jacquinot et Subervie, appuyées par des batteries à cheval de la Garde et les cuirassiers de Kellermann.

L’armée de Wellington, appelée « Armée des Alliés », comprend, à Waterloo, 68 000 hommes répartis comme suit : 25 000 Britanniques, 17 000 Néerlandais, 10 000 Hanovriens, 7 000 Brunswickois, 6 000 hommes de la King’s German Legion et 3 000 Nassauviens. Dans ses rangs figurent des anciens de la Grande Armée : le général Chassé, qui commande la 3e division néerlandaise, a servi dans l’armée française pendant la guerre d’Espagne ; le général Trip (en), commandant une brigade de cavalerie de l’armée néerlandaise, a commandé le 14e régiment de cuirassiers pendant la campagne de Russie ; enfin le général Van Merlen, à la tête de la 2e brigade légère de la cavalerie belgo-hollandaise, a combattu dans l’armée française en Espagne.

Wellington a déployé son armée sur le plateau de Mont-Saint-Jean, face au sud, de part et d’autre de l’axe Charleroi-Bruxelles. Par mesure de protection et de surprise, la plupart des unités sont sur la contre-pente mais le dispositif est précédé, d’ouest en est, par trois points d’appui constitués de grosses bâtisses barricadées et défendues : le château-ferme d’Hougoumont, la ferme de la Haie Sainte et la ferme de la Papelotte transformées en redoutes12. L’armée est en position défensive et de fixation de l’armée ennemie, et est disposée à tenir ces positions au mieux pour rendre possible l’arrivée de l’armée prussienne sur son aile gauche. Comptant sur ce renfort venant de l’Est, Wellington place une grande partie de ses troupes à l’ouest, protégeant ainsi sa ligne de retraite éventuelle vers la mer.

Le matin du 18 juin, l’armée de Napoléon (71 600 hommes) prend position à environ un kilomètre au sud du plateau avec :

  • à l’ouest de la route, le IIe corps de Reille (20 000 hommes) précédant le IIIe corps de cavalerie de Kellermann (3 400 cavaliers) et la division de cavalerie lourde de la Garde de Guyot (2 100 cavaliers) ;
  • à l’est de la route, le Ier corps de Drouet d’Erlon (20 000 hommes) précédant le IVe corps de cavalerie de Milhaud (2 700 cavaliers) et la division de cavalerie légère de la Garde de Lefebvre-Desnouettes (2 000 cavaliers).
  • en arrière, le VIe corps de Lobau (10 000 hommes), les divisions de cavalerie de Domon et de Subervie (chacune 1 200 cavaliers) et trois divisions d’infanterie de la Garde (9 000 hommes).

Numériquement, Napoléon n’a qu’une très légère supériorité en hommes, mais son artillerie est beaucoup plus nombreuse, ce qui lui fait dire à ses officiers généraux lors de sa conférence d’état-major matinale dans son QG de la ferme du Caillou, « qu’il ne faut pas faire tant de cas des Anglais, qu’il a quatre-vingt-dix chances sur cent de les battre, que ce sera l’affaire d’un déjeuner… Nous coucherons ce soir à Bruxelles ».

Le plan de Napoléon est de mener l’attaque principale à l’est et au centre en y incluant la ferme de la Haye Sainte (centre du dispositif allié). Il fait déployer 80 canons (appelés la grande batterie) devant le Ier corps.

Afin d’attirer les réserves de Wellington vers l’ouest, il charge d’abord le IIe corps de lancer, avec uniquement la division Jérôme (commandée par le frère de l’Empereur), une attaque de diversion à l’ouest, sur la ferme Hougoumont.

Lors des journées des 17 et 18 juin, l’Empereur souffrait d’hémorroïdes qui l’empêchaient de tenir longtemps en selle. Cela a inévitablement gêné ses reconnaissances et ses déplacements lors de la bataille. Certains scientifiques comme Phil Mason prétendent que la santé de Napoléon était si mauvaise (il souffrait d’hémorroïdes, de cystite et d’un ulcère à l’estomac) que ses médecins lui auraient administré le matin de la bataille, dans son quartier général de la ferme du Caillou, une trop forte dose de laudanum pour soulager ses douleurs, ce qui aurait émoussé ses capacités mentales au point d’hésiter à lancer l’attaque, mais aucune source fiable ne confirme ce fait.

Les conditions météorologiques défavorables sont celles de l’année sans été, induites par l’éruption du Tambora. L’injection massive de cendres dans l’ionosphère aurait perturbé celle-ci, déclenchant une vague de formations nuageuses et des précipitations sur toute l’Europe.

Au matin du 18 juin, il a plu toute la nuit, le terrain est détrempé. Napoléon, pourtant encore en supériorité numérique, a prévu d’attaquer à 9 h du matin, mais il tergiverse. Le début de l’attaque est retardé.

Il est historiquement attesté que Napoléon a attendu pour attaquer que le soleil ait fait sécher la boue provoquée par la pluie tombée abondamment durant la nuit, car cette boue limite la mobilité de sa cavalerie et la capacité des chevaux à tracter les canons. La mise en place de l’artillerie, dans la boue, est difficile. Par la suite, l’efficacité des tirs est réduite (les boulets s’enfoncent dans la terre au lieu de rebondir par ricochets). La progression de l’infanterie et de la cavalerie n’est guère aisée.

Pendant la bataille, Napoléon enrôle contre son gré un cabaretier-paysan de la région, Decoster, pour lui servir de guide.

À 11 h 30 démarre à l’ouest l’attaque de diversion menée par le prince Jérôme contre le château-ferme de Hougoumont. Les 3 030 hommes de la brigade Bauduin doivent attaquer en premier et pénétrer dans le bois. Une grêle de balles tombe alors sur les Français et le général Bauduin est mortellement blessé. En une heure, les Français chassent du bois les soldats nassauviens qui se trouvaient au sud d’Hougoumont. Le prince s’acharne alors pour prendre la position fortifiée mais malgré des renforts successifs, toutes les attaques françaises sont repoussées. À 13 h 30, le lieutenant Legros, un ancien sapeur, parvient, à coups de hache, à défoncer un battant de la porte nord de la ferme. Quelques hommes entrent dans la cour mais ils sont immédiatement tués par les Coldstreams, à l’exception d’un jeune tambour. Hougoumont devient, durant toute la journée, un point de fixation dans la bataille qui mobilise plus de 8 000 hommes du côté français contre seulement 2 000 du côté allié.

Les Highlanders en carré résistent aux charges des cuirassiers français.
À 13 h 00, à l’est, les quatre-vingts canons de la grande batterie déployés sur 1 400 mètres ouvrent le feu. Au bout d’une demi-heure, les artilleurs français cessent leurs tirs : la brigade anglo-hollandaise Bylandt de la division Perponcher a souffert car elle était positionnée en contrebas du plateau, une position à hauts risques, mais les autres unités de l’armée alliée, positionnées à l’abri de la crête du plateau, s’en sortent avec des pertes légères. À 13 h 30, le 1er corps du général d’Erlon démarre la progression (marchant au rythme des tambours qui scandent la marche à 76 pas par minute) avec ses quatre divisions d’infanterie, emmené par le maréchal Ney et son général. Chaque division est constituée de 8 bataillons en ligne, formant un rectangle de 24 rangs de 180 hommes (trois rangs par bataillon) se déployant sur un front d’environ 150 mètres et une profondeur de 60 mètres, soit plus de 4 000 fantassins armés de mousquets. Elles se mettent en marche l’une après l’autre d’ouest en est, c’est-à-dire dans l’ordre : la division Quiot, la division Donzelot, la division Marcognet et la division Durutte. À l’ouest du dispositif de d’Erlon, la division commandée par Quiot (en l’absence d’Allix) est chargée de prendre la Haye Sainte. Elle est flanquée d’une brigade de cuirassiers du corps Milhaud (deux, selon certaines sources qui citent les brigades Travers et Dubois) et à l’est du dispositif, la division commandée par Durutte doit prendre les fermes de Papelotte, de Smohain et de La Haye. Entre les deux fermes, se trouvent les divisions Donzelot et Marcognet qui ont pour objectif de prendre pied sur le plateau.

La Haye Sainte est fermement défendue par le 2e bataillon léger du major George Baring de la King’s German Legion, et les Français butent sur les solides défenses de la ferme. Papelotte et les fermes alentour sont défendues par des régiments de Saxe-Weimar, mais la division Durutte parvient à remplir ses objectifs après un court combat. Entre ces deux positions défensives, les divisions Donzelot et Marcognet, après avoir eu un certain nombre de pertes dues à l’artillerie alliée et à la grande profondeur de leur rang, repoussent facilement la brigade Bylandt, déjà très affaiblie par le bombardement français, par un court échange de feu, puis elles commencent à monter vers le plateau. Mais le général britannique Picton, vétéran de la guerre d’Espagne et commandant la division alliée qui se trouve devant les Français, a fait coucher ses soldats derrière la contre-pente en adoptant la technique de Wellington en Espagne, et ordonne à ses régiments d’infanterie écossais et de miliciens de se lever brusquement. Les soldats alliés déchargent alors leurs fusils sur les soldats du 1er corps ; même la brigade Bylandt s’est ressaisie et dirige un déluge de feu sur les Français, qui, pris par surprise en train de monter le plateau en colonnes, ne peuvent répondre aux tirs et tentent désespérément de reformer leurs lignes. Devant cette infanterie désorganisée, Wellington confie au commandant de son corps de cavalerie, lord Uxbridge, de faire contre-attaquer les brigades de cavalerie lourde Somerset et Ponsonby (dont les célèbres Scots Greys). Les Scots Greys de Somerset attaquent le détachement de cavalerie lourde du corps d’armée de Milhaud, chargé de protéger la division Quiot ; la brigade lourde Ponsonby attaque le 1er corps. Les Français, surpris en plein déploiement, sont décimés et se replient en désordre, subissant de lourdes pertes. Le sergent Charles Ewart des Scots Greys réussit à s’emparer du drapeau du 45e régiment de ligne français et de l’aigle qui surmonte sa hampe. Dans leur élan, les deux brigades de cavalerie britanniques vont même jusqu’à attaquer la grande batterie, mais elles se font alors enfoncer par la cavalerie française restée en arrière, composée des corps d’armée de Milhaud et de la division du 1er corps commandée par Jacquinot et sont mises définitivement hors combat. Les lanciers de Jacquinot poursuivent leurs ennemis et sont attaqués par la division de cavalerie alliée Vandeleur située à la gauche du dispositif britannique. À ce moment, des éléments de la division Durutte forment un carré, voyant déferler ces cavaliers sur leur droite. Mais les lanciers français les dégagent et poursuivent les gardes à cheval et les dragons jusqu’au pied du Mont-Saint-Jean, au-delà de la Haie-Sainte. Il y a alors un arrêt dans l’action et chacun regagne ses positions.

Malgré les déboires de la cavalerie lourde britannique et la mort du général de division Picton, c’est un nouveau succès défensif pour l’armée de Wellington.

À 15 h, après la réorganisation du 1er corps et de nouveaux tirs de préparation de la grande batterie, une nouvelle attaque est menée pour s’emparer du verrou que constitue la ferme de la Haye Sainte défendue par 450 fusiliers du second bataillon léger de la King’s German Legion qui résistent au régiment de 2 000 soldats français. À la suite de la canonnade, Wellington fait replier son centre. Ney croit à un repli général. De sa propre initiative, il entraîne tous les cuirassiers de Milhaud qui sont aussitôt suivis par la division de cavalerie légère de la Garde commandée par Lefebvre-Desnouettes. Les Français chargent entre La Haye Sainte et Hougoumont, là où l’infanterie alliée est toujours intacte. Wellington fait former ses régiments en carrés d’infanterie britanniques (chaque carré est formé d’un bataillon de 500 hommes qui présentent un hérisson de baïonnettes de 20 mètres de côté) et ordonne aux artilleurs de se réfugier dans ceux-ci lorsque les cavaliers français sont très proches puis, entre deux charges, de retourner à leur pièces et de continuer à tirer à mitraille sur les soldats français. Cet affrontement entre la cavalerie française et les seize carrés en échiquier constitue un moment fort de la bataille et devient l’épisode du chemin creux — exagéré par Victor Hugo — dans Les Misérables.

Napoléon, qui n’a pas ordonné ces charges, les estime prématurées. Il précise : « C’est trop tôt d’une heure, mais le mal est fait et il faut soutenir ce qui est fait ». Mais à 17 h, compte tenu de la situation, il envoie en renfort le corps de cavalerie de Kellermann ainsi que la division de cavalerie lourde de la Garde du général Guyot et la division de cavalerie légère de Lefebvre-Desnouettes. Avec la cavalerie déjà engagée, cela fait un total de plus de 10 000 cavaliers français engagés sur le front, long de 800 mètres seulement, du centre droit allié.

La cavalerie de von Zieten chargeant les Français, Die Gartenlaube, 1864.
Entre-temps, de 14 à 16 heures, Napoléon a dû déployer sur son flanc Est les divisions de cavalerie Domon et Subervie et le VIe corps de Lobau afin de faire face à l’arrivée inopinée de l’avant-garde prussienne, les corps de von Zieten et de von Bulow. Comme Napoléon a négligé le risque d’une intervention prussienne, les premiers éléments du IVe corps du général von Bülow ont pu déboucher du défilé du ruisseau de la Lasne et occuper le bois de Paris sans aucune opposition. Quant à Grouchy, Napoléon lui aurait fait envoyer un courrier lui ordonnant de se rapprocher. Les heures d’envoi, de réception et d’exploitation du message font l’objet de discussions entre historiens militaires. Le maréchal Soult, chef de l’état-major général de l’armée française, ainsi chargé de transmettre et faire exécuter les ordres de l’Empereur, n’avait pas, dans cette fonction, la rigueur et l’efficacité de Berthier. Il est de toute façon trop tard pour que Grouchy puisse intervenir sur le champ de bataille. À 16 h 30, le IVe corps prussien attaque vers Plancenoit. Napoléon est confronté à une menace mortelle de débordement sur son flanc droit.

Sur le flanc est, sous la pression des Prussiens du IVe corps (Bülow), le corps de Lobau débordé a dû se replier. Plancenoit tombe aux mains des Prussiens vers 18 h 00. La division de la Jeune Garde commandée par Duhesme est envoyée pour reprendre le village, ce qu’elle réussit à faire mais un nouvel assaut des Prussiens l’en chasse. Peu après 19 h 00, renforcés par deux bataillons de la Vieille Garde, les Français parviennent cependant à reprendre Plancenoit en y délogeant l’ennemi à la baïonnette. Le flanc droit de l’armée impériale est momentanément fixé mais Napoléon a dû utiliser une partie de ses réserves.

Sur le front central, la bataille continue à faire rage. Lors de chaque charge française, les artilleurs britanniques se replient dans les carrés formés par l’infanterie. Les canons alliés, laissés en avant de leur infanterie, ne sont ni neutralisés ni emportés, si bien qu’ils redeviennent utilisables avant chaque nouvelle charge. La cavalerie charge plus de dix fois et Ney a cinq chevaux tués sous lui. Par une erreur tactique grave, la cavalerie française n’est pas suivie par l’infanterie qui aurait occupé le terrain et mis les pièces d’artillerie anglaises hors d’état de fonctionner. Finalement, ce n’est qu’à 18 h 30 qu’a enfin lieu une attaque de l’artillerie anglaise et de la Haie Sainte par le IIe corps de Reille (moins la division Jérôme engagée à Hougoumont). La Haye Sainte tombe enfin aux mains des Français. Ney fait avancer des canons qui prennent d’enfilade les positions britanniques. La situation des Alliés est critique. Ney demande des renforts pour en finir, mais au vu de la menace prussienne, Napoléon refuse.

Protégé à l’Est par l’arrivée des Prussiens du Ier corps (Von Zieten), Wellington peut récupérer des unités pour renforcer son centre. Aussi, à 19 h 30, quand Napoléon fait donner la Garde sur les positions alliées, il est trop tard. Les grenadiers de Friant et les chasseurs à pied de Morand (dont fait partie le célèbre général Cambronne) ne peuvent rien contre la conjugaison de l’artillerie, de l’infanterie et de la cavalerie de Wellington. La Garde impériale recule, ce qui jette le désarroi dans le reste de l’armée française.

Wellington a été prévenu de l’attaque de la Garde impériale par un français, peut-être le capitaine du Barail, qui a livré des renseignements sur le plan d’attaque de Napoléon, au moment de l’entrée de la Moyenne Garde dans la bataille.

À la vue de la retraite de la Garde, certaines unités françaises commencent à se débander. Les Prussiens de Von Zieten (Ier corps) accentuent leur pression sur la Papelotte et surtout, les renforts continuels que reçoit le IVe corps prussien lui permettent de conquérir définitivement Plancenoit, de menacer directement les arrières de Napoléon, de laisser la panique gagner l’ensemble du front français et laisser s’amplifier la désorganisation du dispositif français. Wellington lance l’ensemble de l’armée alliée en avant. Les dernières résistances organisées cessent, hormis quelques rares bataillons de la Garde. Selon une légende très populaire, commandant le dernier carré de la Garde, sommé de se rendre par le général britannique Colville, le général Cambronne aurait répondu « La Garde meurt mais ne se rend pas ! » puis un définitif « Merde ! » avant d’être grièvement blessé. L’armée du Nord s’enfuit dans le plus complet désordre, abandonnant l’essentiel de son train d’équipage et de son artillerie.

Vers 22 h 00, Wellington et Blücher se rencontrent. La légende veut que ce soit à la ferme de la Belle-Alliance, au nom prédestiné pour les vainqueurs. Plus vraisemblablement, cette rencontre a eu lieu plus au sud, à l’approche de Genappe. Napoléon a fui, échappant de peu aux avant-gardes prussiennes. Wellington, dont les troupes sont épuisées, laisse aux Prussiens la tâche de poursuivre. Il rentre à son quartier-général, y rédige son rapport et donne à la bataille le nom de l’endroit où il se trouve : Waterloo.

Lors de la poursuite, les Prussiens découvrent à Genappe vers 23 heures, parmi d’autres véhicules et fourgons (pris dans un enchevêtrement) constituant la « Maison de l’empereur » (ces voitures étaient réservées aux secrétaires, valets et autres membres de la suite), les deux véhicules de luxe que l’Empereur a dû abandonner pour battre en retraite à cheval. Les soldats du major von Keller puis des uhlans brandebourgeois pillent ces véhicules, notamment le véhicule du premier valet de chambre Louis Joseph  Marchand, véritable coffre-fort sur roues, contenant les effets de campagne de Napoléon (chapeau, redingote, nécessaires, pupitre avec encrier, petite bibliothèque de voyage, etc.) et surtout pierres précieuses, pièces d’or et d’argent. Les soldats s’empressent de remplir leurs poches et leurs gibernes mais, sur ordre d’officiers généraux, le butin est presque reconstitué et les deux berlines récupérées par le major Von Keller.

Les chiffres des victimes peuvent varier — faiblement — selon les historiens contemporains. Suivant Jacques Logie, la bataille a occasionné 9 500 morts et plus de 30 000 blessés, auxquels viennent s’ajouter près de 4 000 disparus. On dénombre en outre de 8 000 à 10 000 prisonniers français.

De plus, nombre de blessés succombent rapidement après la bataille, du choc ou d’hémorragies pour les plus gravement atteints, mais aussi de déshydratation pour les blessés plus légers auxquels les distributions d’eau ne parviennent pas à temps.

Pour les quatre jours d’affrontement de la campagne de Belgique de juin 1815, on dénombre du côté français 11 500 morts — parmi lesquels 14 généraux — et 33 900 blessés ; dans les rangs des armées de Wellington et de Blücher, on compte respectivement 5 260 — dont 5 généraux — et 6 900 morts pour 14 500 et 17 000 blessés.

Avec 23 700 morts et 65 400 blessés toutes armées confondues — pertes correspondant au quart des troupes engagées — la campagne de Belgique est, en seulement quelques jours, une des plus meurtrières campagnes militaires de la Révolution et de l’Empire en termes de victimes, évidemment dépassée par les campagnes de Russie et d’Allemagne qui se sont elles déroulées sur plusieurs mois.

À ces victimes humaines, il faut ajouter près de 12 000 chevaux tués.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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