La bataille de Trafalgar (1805).

La bataille de Trafalgar oppose le 21 octobre 1805 la flotte franco-espagnole sous les ordres du vice-amiral Villeneuve, à la flotte britannique commandée par le vice amiral Nelson.

Si Nelson y trouve la mort, la victoire des Britanniques est totale, malgré leur infériorité numérique. Les deux tiers des navires franco-espagnols sont détruits et Napoléon, faute d’une flotte suffisamment importante, devra désormais renoncer à tout espoir de conquête du Royaume-Uni.

Cette victoire conforte également la suprématie britannique sur les mers, qui devient incontestée plus d’un siècle durant. Le 21 octobre est célébré dans tout l’Empire britannique sous le nom de Trafalgar Day pendant le XIXe siècle et au début du XXe siècle, avant que cette fête ne tombe dans l’oubli.


À la suite de la reprise des hostilités entre la France et le Royaume-Uni, le 18 mai 1803, après l’éphémère paix d’Amiens, Napoléon Ier commence à réunir une armée au camp de Boulogne dans le but d’envahir les îles Britanniques et d’en finir ainsi avec son plus coriace ennemi.

Pour permettre à la flottille hétéroclite de transport de traverser la Manche, l’Empereur doit obtenir une supériorité au moins temporaire contre la Royal Navy. Pour la réaliser, il lui faut rassembler ses deux flottes principales, celle de l’Atlantique, basée à Brest et celle de la Méditerranée, basée à Toulon. Cependant ces deux flottes sont sous la surveillance constante de la Royal Navy, ce qui rend leur jonction difficile. Il souhaite mobiliser d’autres flottes pour cette action : la flotte espagnole, maintenant alliée de la France, éparpillée au Ferrol, à Cartagène et surtout à Cadix, et des escadres présentes sur la façade atlantique, comme celle de Rochefort.

La flotte à Brest, commandée par le vice-amiral Ganteaume, forte de plus de vingt vaisseaux de ligne, est étroitement surveillée par le vice-amiral Cornwallis et son escadre de 30 vaisseaux, et ne peut appareiller sans combattre. L’escadre de Rochefort commandée par le contre-amiral Missiessy est plus lointainement surveillée par le vice-amiral Calder qui croise dans le golfe de Gascogne où il contrôle également les entrées vers les ports français depuis l’Atlantique. Pour créer un surnombre il reste l’escadre de Toulon. Si elle pouvait déboucher dans la Manche sans être suivie en même temps que les autres flottes sortaient des ports de l’Atlantique, la supériorité numérique offrirait les conditions favorables recherchées. Cependant, celle-ci, enfermée dans la rade de Toulon, est surveillée par la Mediterranean Fleet du très redouté vice admiral Nelson.

Celui-ci a décidé d’appliquer un blocus relâché, car il espère inciter le vice-amiral français Villeneuve à prendre la mer, pour lui livrer bataille. Villeneuve, qui avait déjà commandé l’arrière-garde de la flotte française à Aboukir en 1798 et n’était pas intervenu dans le combat contre Nelson à l’occasion de cette bataille (n’en ayant pas reçu l’ordre et il n’avait pas pris d’autre initiative que celle de fuir avec trois vaisseaux et deux frégates à la faveur de la nuit), reçoit de Napoléon l’ordre (alors secret) d’appareiller en direction des Antilles, où la flotte espagnole, l’escadre de Rochefort et celle de Ganteaume depuis Brest, forçant aussi leurs blocus respectifs, pourront le rejoindre. Il s’agit, pour la flotte du Levant, de passer en Atlantique, de se renforcer d’une escadre espagnole, et de menacer les colonies anglaises dans les Antilles pour y attirer la Royal Navy et cingler sur la Manche. La flotte sera également renforcée en cours de route par l’escadre du Ferrol et par celle de Rochefort, et, forte de 50 vaisseaux, devra repousser la Channel Fleet (30 vaisseaux) de William Cornwallis pour déboucher sur le pas de Calais et couvrir le transport de la grande armée de Boulogne à Douvres.

Mise au point par le vice-amiral Latouche-Tréville, qui devait la diriger, cette opération était, on le voit, de grande envergure, impliquant dans un vaste mouvement transocéanique quasiment l’ensemble de la flotte impériale. Elle était donc exposée à bien des aléas et des faiblesses, au premier rang desquelles les difficultés de communication irréductibles entre des flottes en mouvement et l’état moral de la flotte face à l’audace et à la ténacité de commandants anglais intrépides ou adulés. Elle supposait aussi qu’elle fût conduite par un véritable chef, sachant galvaniser et diriger, capable d’initiative face aux imprévus et ayant toute la confiance de ses subordonnés et de sa hiérarchie. C’était le cas de Latouche-Tréville ; mais celui-ci meurt d’une crise cardiaque sur le pont du Bucentaure. Napoléon choisit de le remplacer par Villeneuve, qu’il sait loyal, prudent et discipliné, et dont il pense qu’il est accompagné par la chance. La suite des évènements lui donnera tort.

Villeneuve appareille de Toulon le 29 mars 1805 et trompe les frégates d’observation de Nelson. Sa flotte est composée de onze vaisseaux de ligne (quatre de 80 canons et sept de 74 canons), six frégates et deux bricks. Cette flotte, dont l’objectif est de prendre de vitesse ses ennemis, est composée de navires rapides et en très bon état de navigation. Le navire amiral est le flambant neuf Bucentaure de 80 canons. Aussitôt alerté, Nelson dispose sa flotte sur la route de la Méditerranée orientale, supposant une attaque de Malte, de Naples ou de l’Égypte. Villeneuve passe le détroit de Gibraltar avec ses onze vaisseaux le 8 avril. À Cadix, il récupère l’Aigle (de 74 canons). Les Espagnols ne sont pas prêts et seulement un vaisseau se joint à l’escadre de Villeneuve, celui du vice-amiral Federico Gravina, les autres la rejoindront aux Antilles.

Il arrive aux Antilles le 12 mai, et le 14 mai, il est rejoint par six vaisseaux espagnols et par le contre-amiral Magon avec deux vaisseaux en provenance de Rochefort. Commandant alors une force de vingt navires de ligne, Villeneuve doit, selon les ordres reçus de Napoléon, harceler les colonies britanniques. Mais il reste inactif pendant un mois. Seule opération, de petite envergure, la reconquête du rocher du Diamant le 2 juin 1805 par une division sous le commandement du capitaine Cosmao-Kerjulien.

Le 7 juin, à la suite de la capture d’un navire de commerce britannique, il apprend que la flotte de Nelson, initialement ralentie par des vents contraires avant Gibraltar, est enfin arrivée dans les Caraïbes. Villeneuve décide alors de retourner en Europe, ce qui est fait le 11 juin.

Du 24 au 26 juin, la flotte essuie une violente tempête qui éprouve les navires : l’Indomptable perd un mât, ce qui, sauf à le laisser à son sort, ralentit l’escadre. Pendant ce temps, Nelson, ignorant les projets précis de Villeneuve, a fait voile vers Gibraltar où il espère intercepter la flotte combinée franco-espagnole. Mais il a pris soin de dépêcher un brick (ex français), l’HMS Curieux, en direction de l’Amirauté, pour signaler la possible survenue de la flotte de Villeneuve dans les eaux européennes. Les flottes de la Manche et du golfe de Gascogne sont mises en alerte.

La flotte franco-espagnole arrive enfin au large du cap Finisterre, mais les vents contraires associés à l’état de ses navires les plus éprouvés l’empêchent de rentrer rapidement dans le golfe de Gascogne et elle se fait repérer. Le vice admiral Calder, qui montait la garde devant Rochefort et le Ferrol, a appris le retour du Français, et le 22 juillet, il a rassemblé sa flotte de quinze vaisseaux pour l’attendre au cap Finisterre. Les deux flottes s’affrontent au nord du cap lors de la bataille « des quinze-vingt » ou bataille du cap Finisterre, le 22. Malgré leur infériorité numérique, les Britanniques capturent deux navires espagnols avant que le brouillard ne sépare les flottes. Le lendemain, Villeneuve ne profite pas de l’avantage du vent pour attaquer à nouveau la flotte de Calder ; après une brève escale en baie de Vigo où il laisse ses malades et quelques navires en mauvais état, il se réfugie à La Corogne, à proximité du Ferrol le 1er août. Les ordres de Napoléon qui l’attendent sont clairs : voguer au nord, vers Brest. Villeneuve apprend aussi qu’une escadre française de cinq vaisseaux (avec entre autres le puissant Majestueux de 118 canons) et 3 frégates, sous le commandement du capitaine de vaisseau Zacharie Allemand, se dirige à l’entrée du golfe de Gascogne pour se joindre à sa propre flotte. Cette escadre, partie de Rochefort le 17 juillet, se dirige vers un premier point de rendez-vous situé au large du Ferrol et y croise effectivement du 29 juillet au 3 août. Ne voyant pas arriver l’escadre de Villeneuve qui, il l’ignore, vient d’affronter Calder le 22 juillet et s’est repliée sur le Ferrol, Allemand finit par revenir vers le Sud de la Bretagne, Penmarc’h, second lieu prévu de rendez-vous, et y croise du 6 au 11 août.

Pendant ce temps, Villeneuve tente aussi d’établir le contact. Il détache une frégate, la Didon, à la recherche d’Allemand, mais elle est capturée par la frégate anglaise Phénix. Le 13 août, Villeneuve quitte enfin La Corogne, cap sur Brest, où il doit faire sa jonction avec l’escadre de Ganteaume, tandis qu’Allemand, lui, redescend vers l’Espagne, toujours à la recherche de Villeneuve. Le 14 août, les journaux de bord des deux flottes permettent de conclure qu’elles se sont aperçues ; mais pensant être tombé sur une flotte anglaise très supérieure en nombre, Allemand se dérobe aussitôt ! Quant à Villeneuve, il ne cherche pas à reconnaître cette flotte car les Anglais ont réussi à le convaincre qu’une de leurs escadres, forte de 25 vaisseaux, descendait vers Vigo ! Il est vraisemblable que Villeneuve ait cru cette rumeur qui circulait sur la présence d’une importante force navale britannique dans le golfe de Gascogne, qu’il redoute d’avoir à affronter avec des navires éprouvés et des équipages épuisés et malades. De fait, mais seulement le 15 août, Cornwallis a pris la lourde décision de détacher vingt de ses vaisseaux pour renforcer Calder contre Villeneuve, ce qui ne lui en laisse que onze pour garder la Manche. Villeneuve fait ainsi mettre les voiles pour Cadix où sa flotte arrive le 21.

Cependant, entre-temps, la donne militaire pour la France a changé. Considérant la menace des troupes autrichiennes et russes aux frontières de l’est et sans nouvelles de sa flotte, Napoléon Ier a mis en route les corps d’armée rassemblés au camp de Boulogne le 26 août, à marche forcée, pour un grand mouvement stratégique vers l’est qui les mène vers l’Europe centrale et Austerlitz.

Nelson, revenu au Royaume-Uni après deux ans en mer, est chargé de commander une nouvelle flotte qui a pour mission de surveiller l’escadre franco-espagnole retranchée dans Cadix où elle s’est renforcée des navires français qui se trouvaient au Ferrol et de navires espagnols armés à Cadix. Retardé par les réparations du HMS Victory, Nelson ne prend la mer que le 15 septembre et rejoint sa flotte le 29. Il ne place devant Cadix qu’une flottille de frégates sous les ordres du captain Blackwood. Ses navires de ligne, eux, attendent hors de vue à environ 50 milles de là. Il doit détacher six d’entre eux du 2 au 15 octobre, pour aller chercher du ravitaillement à Gibraltar ; de plus, le HMS Prince of Wales a quitté la flotte pour ramener Calder au Royaume-Uni, où ce dernier doit répondre de son manque d’audace du 23 juillet.

L’amiral Villeneuve, de son côté, semble peu enclin à quitter Cadix : ses capitaines s’y opposent. Tous craignent Nelson. Malgré quelques vaillants capitaines, les équipages de nombreux vaisseaux ont été affaiblis par la longue campagne aux Antilles, et les autres semblent peu expérimentés au feu. Villeneuve ne pressent probablement ni une forte habileté, ni une forte ardeur au combat, en particulier chez les alliés espagnols, ni encore une grande confiance hiérarchique. Tout ceci convainc Villeneuve que le résultat d’un affrontement avec les Britanniques, même avec la supériorité numérique, serait plus que douteux.

Pourtant Villeneuve a bien reçu des ordres de l’amiral Decrès, ministre de la marine, de revenir en Méditerranée pour débarquer des troupes en Italie, en affrontant au besoin les Britanniques s’il se trouve en supériorité. Il devine la colère de l’Empereur suscitée par son échec et son immobilisme, et sait qu’il devra rendre des comptes.

C’est à l’annonce de l’arrivée de son remplaçant, le vice-amiral Rosily, à Madrid, le 18 octobre, ajoutée au rapport de ses vigies signalant le départ de six vaisseaux britanniques partis se ravitailler du côté de Gibraltar, que Villeneuve se décide. Le 20 octobre, soudainement partisan du départ après avoir ordonné une rapide préparation de ses navires, il quitte le port et, ordonnant sa flotte en trois colonnes, la dirige vers le détroit de Gibraltar. Le soir même, l’Achille signale dix-huit navires britanniques à leur poursuite dans le nord-ouest. Durant la nuit, craignant d’être coupé de Cadix, Villeneuve fait virer lof pour lof et commande à sa flotte de se former sur une ligne de bataille et de se préparer au combat. Le vent est faible, du suroit, seule une ample houle laisse présager la tempête qui s’annonce à l’horizon. Les flottes convergent l’une vers l’autre, et vont se croiser le 21 octobre en milieu de journée, un peu au sud-est du cap Trafalgar.

L’ampleur de la victoire de l’amiral Nelson tient à sa manœuvre, consistant en un renversement de la tactique habituelle de combat en mer, bien que le bailli de Suffren et l’amiral Rodney en furent les premiers exécutants. Au XVIIIe siècle, lorsque deux flottes s’affrontaient, elles se disposaient en deux longues files perpendiculaires au vent (d’où le terme de vaisseau de ligne), et naviguaient l’une vers l’autre. Elles remontaient toutes deux lentement le vent et en se croisant, elles se canonnaient. Les deux flottes faisaient généralement demi-tour pour un deuxième passage face à face. La victoire tenait surtout au nombre de canons disponibles, à la rapidité de manœuvre des équipages et à la coordination entre les différentes unités de la flotte mais l’issue d’une bataille était rarement décisive, et les pertes en vaisseaux étaient faibles.

À Trafalgar, la manœuvre risquée de Nelson cherche au contraire la destruction totale de son ennemi en tronçonnant sa flotte et en poussant à un engagement général à courte portée (« pêle-mêle »). Nelson se trouve face à une flotte franco-espagnole qui, bien que supérieure en nombre, est très inférieure qualitativement à la sienne, tant en matériel qu’en équipage. Les vaisseaux espagnols sont anciens, les vaisseaux français cependant plus récents possédaient souvent des équipages trop peu entraînés. La flotte britannique est au contraire de très bonne qualité. Les équipages sont remarquablement entraînés et possèdent un très bon moral. Un des très grands avantages de Nelson est de pouvoir compter sur un corps de capitaines exceptionnellement compétents, expérimentés et complètement dévoués.

Les vaisseaux de la Royal Navy disposent, outre leur artillerie classique, de très gros canons à âme courte, appelés caronades, de faible portée mais faciles à utiliser, qui peuvent cribler de mitraille les équipages adverses à courte distance. Cette arme va montrer sa très grande efficacité durant la bataille. Du côté des coalisés, les caronades sont peu utilisées. Nelson dispose en outre de sept vaisseaux à trois ponts qui dominent de leur taille les deux-ponts adverses. Du côté de la flotte coalisée, les Espagnols alignent quatre vaisseaux à trois ponts et les Français aucun. En revanche, on relève dans la flotte française plusieurs vaisseaux à quatre-vingts canons dont le poids de la bordée égale voire dépasse celles des plus gros vaisseaux britanniques. Nelson, qui se trouve en infériorité numérique, décide alors de bousculer les habitudes.

Au lieu d’orienter sa flotte perpendiculairement au vent, il la place vent arrière. Malgré la faiblesse du vent qui rend l’approche très longue, il prend l’avantage décisif du vent qui lui permet de manœuvrer, même si, dans cette situation, les coups de canons au but sont plus difficiles. Nelson mise ainsi sur une variable relativement aléatoire, et compte sur ses marins aguerris aux joutes navales, notamment son artillerie, face à des Français et des Espagnols moyennement talentueux au tir de précision et au rechargement. Nelson articule son escadre en deux colonnes : celle du sud conduite par le vice-amiral Collingwood et celle du Nord par Nelson lui-même.

Nelson coupe la ligne adverse à angle droit un peu en avant de son milieu et empêche l’avant-garde de secourir le reste de la flotte franco-espagnole. Celle dirigée par Collingwood submerge l’arrière-garde.

L’Indomptable au centre, à bâbord le Fougueux vient sur le HMS Belle Isle, cependant qu’à tribord la Santa Ana fait feu sur le HMS Royal Sovereign.
Touchant durement l’adversaire en coupant sa ligne, la flotte de Nelson écrase méthodiquement les vaisseaux désorganisés du centre et de l’arrière des Franco-Espagnols.

Contrairement à une théorie répandue sur cette bataille, Villeneuve, comme tous ses capitaines, s’attend tout à fait à cette tactique de Nelson. Il a étudié de longue date comment Nelson a procédé antérieurement : percement ou encerclement de la ligne ennemie pour ensuite concentrer plusieurs vaisseaux contre un seul, le liquider et passer ensuite au suivant. Ce système est possible avec un adversaire moins habile et moins mobile, ce qui fut souvent le cas, comme à la bataille du cap Saint-Vincent, à celle d’Aboukir, ou à la bataille de Copenhague…

Contrairement à ce qui est souvent écrit, Villeneuve ne s’en tint pas a priori à la classique formation en ligne unique, dont il sait, depuis 1802, qu’elle vaut à la flotte française défaite sur défaite4, en raison de l’infériorité des artilleurs (qui tirent moins vite et moins juste), qui rend l’issue des combats assez prévisible, quelle que soit l’habileté des plans et manœuvres préalables. Villeneuve, entouré du vice-amiral espagnol Gravina, du contre-amiral Magon, et de quelques-uns de ses meilleurs capitaines, a largement le temps d’élaborer à Cadix une stratégie pour faire face à l’éventualité, hautement probable, d’une attaque de coupure de ligne ou d’encerclement en long de ligne.

Ainsi, il a été choisi, semble-t-il, de faire naviguer la majeure partie de la flotte sur une ligne continue, avec notamment les navires les plus lents, comme l’antique Santísima Trinidad, sur une ligne imposante de plus de 20 vaisseaux, pour attirer l’attaque de l’amiral anglais et masquer le plus longtemps possible une escadre dite « légère », placée sous les ordres de l’amiral Gravina et constituée des navires les plus manœuvrants et des équipages les plus combatifs.

Cette colonne devrait naviguer de conserve et se placer en retrait sous le vent de l’escadre principale. Elle aurait aligné, entre autres, Le Pluton du bouillant capitaine Cosmao-Kerjulien, L’Algésiras du contre-amiral Magon, en compagnie des meilleures unités espagnoles telles le San Juan Nepumuceno, de Churruca, l’Argonauta, le Montanes et le Principe des Asturias, de l’amiral Gravina, chargé de commander cette escadre de soutien. Placée en retrait de la flotte principale, elle aurait dû converger immédiatement vers le point de rencontre entre la flotte principale et les colonnes anglaises, pour renverser le surnombre attendu par Nelson et ses commandants, et pour éviter ainsi le débordement des unités coalisées.

Mais ballotée par l’ample houle de suroît, la flotte coalisée, trop hétéroclite pour naviguer de conserve, se révèle incapable de maintenir sa ligne de bataille principale de façon continue, et l’escadre de soutien de Gravina en est réduite à jouer le rôle d’arrière-garde en restant dans la ligne. C’est donc sous l’apparence d’une seule ligne de bataille que la flotte franco-espagnole apparaîtra aux yeux des Britanniques, à qui reviendra l’honneur d’écrire l’histoire de ce 21 octobre 1805. C’est ainsi que l’infortuné Pierre Charles de Villeneuve, commandant de la plus puissante flotte jamais rassemblée dans l’Atlantique au début du XIXe siècle, sera déclaré principal responsable du désastre naval de la flotte de Napoléon au large du cap Trafalgar, et sera tenu pour responsable d’une des plus énormes erreurs de stratégie de l’histoire navale.

C’est donc vers une flotte approximativement formée sur une longue et unique ligne que foncent, poussées par le vent arrière, les escadres de Collingwood et de Nelson. Cette tactique présente toutefois un  inconvénient : avant de pouvoir transpercer les lignes franco-espagnoles, les navires de tête britanniques sont canonnés sans pouvoir riposter. Nelson compte sur la lenteur et la médiocre précision de tir des canonniers français et espagnols. Dès que l’ennemi est à portée, la meilleure qualité de tir de ses propres canonniers et l’adresse de ses équipages permettent de renverser l’infériorité numérique relative. Les lignes ennemies étant désorganisées et prises en tenaille par les Britanniques, il n’est plus difficile pour Nelson d’anéantir les navires de la flotte franco-espagnole.

À Trafalgar et dans ses suites, les Français et les Espagnols perdent au total 23 navires et comptent 4 400 marins tués ou noyés, 2 500 blessés et plus de 7 000 prisonniers. Nelson est mort ainsi que 448 autres marins  britanniques mais la victoire des Anglais est totale. Plusieurs vaisseaux britanniques sont cependant très fortement endommagés (dont le HMS Victory et le Royal Sovereign).

Le triomphe de Nelson, anéantissant la flotte ennemie, a définitivement ruiné les projets d’invasion de l’Angleterre. La plupart des prises faites par les Britanniques à Trafalgar feront naufrage dans la tempête ou seront sabordées par ceux-ci.

Tous les vaisseaux français réfugiés à Cadix seront saisis par les Espagnols en 1808, au commencement de la guerre d’indépendance espagnole. Ainsi aucun vaisseau français présent à Trafalgar ne naviguera plus sous le pavillon tricolore.

Le dernier survivant de la bataille, Louis André Manuel Cartigny (né à Hyères le 1er septembre 1791), mourut le 21 mars 1892 à Hyères, la reine Victoria qui séjournait dans la ville se fit représenter aux obsèques (à Trafalgar il était, à 14 ans, mousse à bord du Redoutable). D’après Cartigny, c’est un coup de feu parti des haubans du Redoutable qui tua Nelson.

À moyen terme, ce désastre n’eut pas d’effet majeur sur la stratégie terrestre puisque Napoléon avait déjà abandonné son projet d’envahir l’Angleterre à la mi-août 1805 pour porter ses efforts sur l’Europe continentale, mais par leur victoire maritime, les Britanniques confirmèrent définitivement leur suprématie sur les mers. Si, dès avant la bataille, le risque d’une invasion était déjà levé, il disparut totalement à sa suite, la marine française n’osant jamais plus affronter les escadres britanniques en mer. La bataille ne mit toutefois pas fin aux opérations navales françaises. Les escadres de l’Empire continuaient à sortir des ports pour effectuer des opérations et ravitailler les colonies. Entre 1805 et 1810, la marine impériale, faisant généralement face à des escadres anglaises supérieures en nombre, perdit presque autant de navires qu’à Trafalgar5. Surtout, Napoléon, minimisant l’importance de la défaite de Trafalgar, n’abandonna jamais ses ambitions navales : le grand programme de redressement naval entamé en 1810, mais interrompu dès 1812, effaça les pertes numériques de vaisseaux de ligne en deux ans. Les pertes humaines furent beaucoup plus difficiles à combler. Selon certains, Trafalgar n’était qu’un épilogue inéluctable depuis la saignée du stock de marins français provoquée par la bataille d’Aboukir (1798). Quant à la marine espagnole, elle perdit à Trafalgar l’essentiel de ses moyens. Politiquement aussi, les résultats de Trafalgar ne doivent pas être sous-estimés, constituant bientôt tant en Europe continentale qu’au Royaume-Uni un contrepoids moral aux victoires terrestres de la Grande Armée. Le Royaume-Uni, se sachant désormais invincible, pourra sans crainte fomenter coalition sur coalition jusqu’à ce que son ennemi soit à genoux.

À plus long terme, cette bataille va contribuer à la création d’un mythe, la bataille navale décisive sauvant le Royaume-Uni. Pendant la Première Guerre mondiale, la bataille du Jutland, et ses résultats mitigés, susciteront une vive controverse, cette bataille entre dreadnoughts étant appréciée à la lumière de la victoire de Nelson.

Le HMS Victory, le vaisseau amiral de Nelson, est conservé de nos jours comme une relique. Il fait toujours officiellement partie de la Royal Navy.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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