La basilique Saint-Nicolas de Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle).

La basilique Saint-Nicolas de Saint-Nicolas-de-Port est une imposante église située à Saint-Nicolas-de-Port dans le département de Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est, à quelques kilomètres au sud de Nancy.

De style gothique flamboyant, elle est érigée aux XVe et XVIe siècles par René II, duc de Lorraine et de Bar, en action de grâce pour la victoire contre le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, lors de la bataille de Nancy le 5 janvier 1477 qui a permis à la Lorraine ducale de rester indépendante.

En 1098, selon la tradition rapportée par un marin qui a participé à la translation, le chevalier lorrain Aubert de Varangéville aurait volé une phalange de Saint-Nicolas dans la basilique San Nicola de Bari et l’aurait rapportée en Lorraine à Saint-Nicolas-de-Port où elle devient un objet de pèlerinage nicolaïen majeur avec la traditionnelle procession1. Selon cette tradition il s’agit de l’os d’une phalange de la main droite de l’évêque. Il est conservé dans un bras reliquaire de la fin du XIXe siècle en argent, or, émaux et diamants. Une première église est consacrée au saint dès le début du XIIe siècle.

Selon la légende, Cunon de Linange, sire de Réchicourt, un chevalier lorrain emprisonné vers 1240 lors de la sixième croisade aurait été miraculeusement libéré de sa geôle alors qu’il allait être exécuté. Après une prière d’intercession à Saint-Nicolas, il se serait endormi et aurait été transporté pendant son sommeil puis se serait réveillé sur le parvis de l’église lorraine de Saint-Nicolas-de-Port. Pendant la célébration de l’office qui suivit, les chaînes qui enserraient la taille et les membres du captif tombèrent d’elles-mêmes (ces chaînes sont censées avoir été sauvegardées et sont conservées dans un reliquaire en cuivre doré de la fin du XIXe siècle). Le sire de Réchicourt ordonna qu’une procession ait lieu tous les ans, et on vit jusqu’à la Révolution une délégation des gens de Réchicourt lors de ces célébrations.

Basilique de Saint Nicolas de port, carte maximum, 12/10/1974.

Une légende prétend que Jeanne d’Arc est venue se recueillir dans l’édifice précédant la basilique avant de partir porter son message au Dauphin de France. En réalité il est plus probable qu’elle soit passée à l’église Saint-Nicolas, afin d’y prier, après avoir rendu visite au duc Charles II de Lorraine alors très souffrant.

Jean de Joinville, sénéchal de Louis IX, participe à étendre la renommée de saint Nicolas. Dans son livre des saintes paroles et des bons faiz de nostre saint roy Looÿs, il raconte qu’au cours de la septième croisade, face au danger d’un naufrage près de Chypre, il assure la reine Marguerite de Provence qu’elle-même, le roi et leurs trois enfants rentreraient sains et saufs en France si elle promet de faire don d’une nef d’argent pesant cinq marcs à l’église de saint Nicolas. La reine promet et, son vœu exaucé et de retour à Paris, elle fait faire la nef, ce qui lui coûte cent livres, puis charge le sire de Joinville de l’apporter, en 1254, à l’église de saint Nicolas.

En 1602, Barbe Acarie y aurait bénéficié d’une vision de Thérèse d’Avila lui demandant de rétablir l’Ordre du Carmel dans le Royaume de France.

Basilique de Saint Nicolas de Port, essais de couleurs.

La victoire du duc René II, duc de Lorraine et de Bar, face au grand duc d’Occident Charles le Téméraire en 1477 lors de la bataille de Nancy va déterminer le jeune souverain à faire édifier un édifice plus imposant pour symboliser le retour à l’indépendance de la nation Lorraine ainsi que sa reconnaissance au saint patron de la Lorraine. Le choix de Saint-Nicolas-de-Port qui s’appelle encore simplement Port est évident, puisque la ville est le centre économique du duché de Lorraine attirant de nombreux marchands de toute l’Europe lors des foires.

La construction de la basilique actuelle commence en 1481 en pierre calcaire blanche extraite des carrières de Viterne. Simon Moycet (14??-1520) en est le maître d’ouvrage et Valentin Bousch en est le maître-verrier. Le prénom de l’un des architectes, un certain Michel, est connu par une expertise qu’il fait à Troyes en juin 1506.

De nombreux donateurs participent au financement de la cathédrale : le duc René II, les seigneurs, prélats, marchands, bourgeois du lieu, les pèlerins. L’identité d’une partie de ces donateurs est visible dans les verrières de l’église, sous forme d’armoiries : ville de Strasbourg, ville de Bâle, évêque de Verdun, prieur de Varangéville Wary de Dommartin, les bourgeois Fiacre Fériet et Hans (ou Hanus) Bermanp.

L’édifice est inauguré, presque achevé, en 1544, la façade en 1545 et enfin il est consacré en 1560 peu après que les deux tours-clochers, édifiées en 1544, aient reçu leurs premières coupoles de plomb.

Au cours de la guerre de Trente Ans, en novembre 1635, la basilique subit un grand incendie qui détruit la toiture et le mobilier et fait fondre le plomb de nombreux vitraux dont les verres s’effondrent. Noircies, bon nombre de peintures murales datant d’avant 1520 sont alors dissimulées sous un badigeon où elles sont redécouvertes lors de la restauration du XXe siècle.

Cet épisode qui marque les esprits (les flammes sont, dit-on, visibles depuis Nancy, à une dizaine de kilomètres), est le point de départ d’une nouvelle légende faisant état d’un miracle : le prieur bénédictin qui célèbre la messe lors de l’assaut de l’ennemi, Dom Moye, tentant d’échapper à une épée suédoise, a senti s’entrouvrir le pilier contre lequel il se serre et il disparait à l’intérieur, la pierre se refermant sur lui. Depuis cette époque, en collant l’oreille contre ce pilier, le plus proche de la tour Saint-Pierre (tour sud), l’on pourrait entendre psalmodier le moine et, lorsque des évènements dramatiques menacent la Lorraine, l’on pourrait voir des gouttes suinter et couler le long de la pierre. Des paroissiens assurent que c’est ainsi le cas peu avant les guerres de 1870 et 1914, renforçant la légende « du pilier qui pleure ».

Une nouvelle charpente en chêne est posée vers 1664 et les tours sont recouvertes en 1725 par des nouveaux dômes d’ardoise en forme de bulbes qui subsistent au début du XXIe siècle.

En 1840, la basilique est inscrite sur la première liste des monuments historiques. Elle est consacrée basilique en 1950 par le Pape Pie XII.

Fortement détériorée lors de la Seconde Guerre mondiale par le bombardement du 19 juin 1940, elle est restaurée à partir de 1983 grâce à Camille Croué Friedman, une riche Portoise mariée à un Américain : au cours d’une croisière, ayant fait naufrage au large de Chypre, elle en réchappe et attribue ce sauvetage à saint Nicolas, comme la reine quelques siècles plus tôt. En remerciement, elle finance la restauration de la basilique et à son décès à New-York, en 1980, elle fait un legs de cinq millions de dollars à la basilique « pour qu’elle retrouve sa beauté originelle ». La restauration nécessite quinze années pour redonner à l’édifice sa splendeur initiale.

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Sources : Wikipédia, YouTube.