Karl Marx, philosophe, historien, sociologue et économiste.

Karl Marx, né le 5 mai 1818 à Trèves dans le grand-duché du Bas-Rhin et mort le 14 mars 1883 à Londres, est un philosophe, historien, sociologue, économiste, journaliste, théoricien de la révolution, socialiste et communiste allemand.

Il est connu pour sa conception matérialiste de l’histoire, son analyse des rouages du capitalisme et de la lutte des classes, et pour son activité révolutionnaire au sein du mouvement ouvrier. Il a notamment été un des membres dirigeants de l’Association internationale des travailleurs (Première Internationale). Des courants de pensée se revendiquant principalement des travaux de Marx sont désignés sous le nom de marxisme. Marx a eu une grande influence sur le développement ultérieur des sciences humaines et sociales. Ses travaux ont marqué de façon considérable le xxe siècle, au cours duquel de nombreux mouvements révolutionnaires et intellectuels se sont réclamés de sa pensée.


Karl Marx, carte maximum, Russie, 1968.

Au début de 1842, certains bourgeois libéraux de Rhénanie, en contact avec les hégéliens de gauche, créent à Cologne un journal d’opposition au clergé catholique, la Rheinische Zeitung (« Gazette rhénane »). Il s’agissait au départ, dans l’intérêt de la Prusse protestante, de faire pièce à la Gazette de Cologne (Die Kölnische Zeitung) et à ses points de vue ultra-montains, mais les rédacteurs développent en fait une « tendance subversive », beaucoup plus indépendante et radicale. Ils proposent à Marx et Bruno Bauer d’en devenir les principaux collaborateurs. Marx s’installe dans un premier temps à Bonn, et écrit plusieurs articles pour défendre la liberté de la presse. Moses Hess participe également au journal. En octobre 1842, Marx en devient le rédacteur en chef et s’installe à Cologne.

La tendance démocratique révolutionnaire du journal s’accentue sous la direction de Marx. Le gouvernement réagit en lui imposant une double, puis une triple censure. Puis, le 1er janvier 1843, il l’interdit. Marx est contraint de démissionner avant cette date, mais cela ne sauve pas le journal, qui suspend sa publication en mars 1843.

L’un des principaux articles de Marx dans la Rheinische Zeitung est celui consacré aux conditions de vie des vignerons de la vallée de la Moselle. Ce reportage, ainsi que l’ensemble de ses activités journalistiques, lui fait prendre conscience de ses insuffisances en matière d’économie politique et le pousse à se lancer dans une étude en profondeur de celle-ci.

En septembre 1844 à Paris, Marx revoit Friedrich Engels qu’il n’avait fait que croiser auparavant ; c’est le début d’une profonde amitié. Étudiant par lui-même la philosophie, Engels était devenu partisan de Hegel tout en rejetant le soutien que celui-ci avait apporté à l’État prussien. En 1842, il avait quitté Brême pour prendre un poste dans une firme commerciale de Manchester dont son père était l’un des propriétaires. Là, il avait rencontré la misère prolétarienne dans toute son ampleur et en avait étudié systématiquement les conditions (La condition des classes laborieuses en Angleterre, 1845).

Peu après leur rencontre, Marx et Engels travaillent de concert à leur première œuvre commune, La Sainte Famille, dans laquelle ils s’attaquent à la philosophie critique de Bruno Bauer dont ils avaient été proches. Vient ensuite L’Idéologie allemande (essentiellement rédigée par Marx), principalement axée autour d’une critique très virulente de Max Stirner intitulée « Saint Max » et qui occupe près des deux tiers de l’ouvrage. Cet ouvrage défend une conception matérialiste de l’Histoire qui dépassait la conception du matérialisme de Feuerbach. Par une critique sévère de Stirner, Marx et Engels marquent ainsi une rupture non seulement avec Feuerbach, mais également avec Proudhon. Mais l’ouvrage ne trouve pas d’éditeur, et il ne sera publié que près d’un siècle plus tard. Dans les Thèses sur Feuerbach, court texte retrouvé dans le même manuscrit, Marx écrit (Thèse XI) : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de diverses manières ; ce qui importe, c’est de le transformer ».

Marx et Engels prennent une part active dans la vie alors bouillonnante des groupes révolutionnaires parisiens. Beaucoup d’entre eux étaient particulièrement influencés par les doctrines de Pierre-Joseph Proudhon qui est alors une sorte de conseil juridique d’une entreprise de péniches que d’anciens amis de collège avaient créée à Lyon. Marx avait témoigné une certaine admiration pour ce philosophe, parlant ainsi de l’ouvrage illustre de Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ? (1840) : « L’ouvrage de Proudhon, Qu’est-ce que la propriété ?, a, pour l’économie politique moderne, la même importance que pour la politique moderne l’ouvrage de Sieyès Qu’est-ce que le Tiers-État ? ». Ils se rencontrent fin 1844 ou début 1845 lors d’un séjour de Proudhon à Paris (25 septembre 1844 – fin février 1845). Marx quitte la France le 1er février 1845, suite à un décret d’expulsion en date du 25 janvier. Dans une lettre du 5 mai 1846, il invite Proudhon à se joindre à un projet d’association internationale d’intellectuels socialistes : « quant à la France, nous croyons tous que nous ne pouvons y trouver un meilleur correspondant que vous »16. Les réserves émises par Proudhon dans son acceptation font, à juste titre, comprendre à Marx qu’il s’agit d’une fin de non recevoir17. En octobre de la même année paraît le Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère. Marx en fait une critique très sévère dans Misère de la philosophie. L’avant-propos montre le caractère polémique et ironique du style de Marx : « En France, il [Proudhon] a le droit d’être mauvais économiste, parce qu’il passe pour un bon philosophe allemand. En Allemagne, il a le droit d’être mauvais philosophe, parce qu’il passe pour être économiste des plus forts. Nous, en notre qualité d’Allemand et d’économiste, nous avons voulu protester contre cette double erreur ».

De son côté, Proudhon jugera ainsi la Misère de la philosophie de Marx : « Marx est le ténia du socialisme » (Carnet, 24 septembre 1847). « Contradictions économiques. – Tous ceux qui en ont parlé jusqu’ici l’ont fait avec une suprême mauvaise foi, envie ou bêtise ». Ch. Marx, Molinari, Vidal, Univers religieux […] (Carnet, 20 novembre 1847). Proudhon lira en partie le livre de Marx (jusqu’au chapitre II, § 3) et portera en marge des notes manuscrites. Il prêtera ensuite son exemplaire à deux amis (Crémieux et, peut-être, Grün) qui annoteront également l’ouvrage. À part un « oui » Ch. I, § 2, les notes de Proudhon commencent au Ch. II. Les mots de « Calomnie », « Absurde », « Faux », « Pasquinade » se succèdent. Certaines notes expliquent pourquoi Proudhon qualifie Marx de « ténia » dans son Carnet : « Mensonge : C’est précisément ce que je dis » ; « Faux. Qui vous parle de cela ? Quand je dis positivement le contraire ! » ; « Quelle bêtise après ce que j’ai écrit — En vérité Marx est jaloux » ; « J’ai dit tout cela. Marx fait comme Vidal » (Dans ses Carnets Proudhon accuse Vidal de le piller) ; « Plagiat de mon chapitre Ier » ; « Allons mon cher Marx, vous êtes de mauvaise foi, et tout à la fois vous ne savez rien » ; « Le véritable sens de l’ouvrage de Marx, c’est qu’il a le regret que partout j’ai pensé comme lui, et que je l’aie dit avant lui. Il ne tient qu’au lecteur de croire que c’est Marx qui, après m’avoir lu, a le regret de penser comme moi ! Quel homme ! »

Sur la demande insistante du gouvernement prussien, Marx, considéré comme un dangereux révolutionnaire, est chassé de Paris en 1845 par le président du Conseil, Guizot. Il arrive alors à Bruxelles. La maison qu’il occupe au 42, rue d’Orléans (actuellement 50 de la rue Jean d’Ardenne) à Ixelles entre octobre 1846 et février 1848 sert de point de rencontre à tous les opposants politiques. Marx participe à l’Association démocratique de Bruxelles, dont il est élu vice-président.

Au printemps 1847, Marx et Engels rejoignent un groupe politique clandestin, la Ligue des communistes. Ils y prennent une place prépondérante lors de son second congrès à Londres en novembre 1847. À cette occasion, on leur demande de rédiger le Manifeste de la Ligue, connu sous le nom de Manifeste du parti communiste, qui paraît en février 1848.

À l’éclatement de la révolution française de février 1848, Marx quitte la Belgique pour revenir à Paris. Avec l’extension de la révolution à l’Allemagne, il part pour Cologne pour y devenir rédacteur en chef de la Neue Rheinische Zeitung (la « Nouvelle Gazette rhénane ») publiée du 1er juin 1848 au 19 mai 1849.

Avec la victoire de la contre-révolution, Marx est poursuivi devant les tribunaux, notamment pour avoir publié dans la Gazette une proclamation du révolutionnaire en exil Friedrich Hecker. Il se défend devant les jurés en déclarant : « Le premier devoir de la presse est donc de miner toutes les bases du système politique actuel ». Il est acquitté le 9 février 1849, mais le gouvernement l’expulse le 16 mai de la même année, bien qu’il soit sujet prussien.

Il retourne alors à Paris dont il est de nouveau chassé après la manifestation du 13 juin 1849. Il part ensuite pour Londres où il résidera le restant de ses jours. Sa sœur, Louise, lui rend visite dans la capitale anglaise en 1853, alors qu’elle est en route avec son mari pour s’installer dans la colonie du Cap.

La vie de Marx en exil est extraordinairement difficile comme en témoigne sa correspondance. Le soutien financier d’Engels, également installé en Angleterre, lui permet de survivre22. Malgré ce soutien, Marx et sa famille doivent faire face à une extrême misère : « Ma femme est malade, la petite Jenny est malade, Léni a une sorte de fièvre nerveuse. Je ne peux et je ne pouvais appeler le médecin, faute d’argent pour les médicaments. Depuis huit jours, je nourris la famille avec du pain et des pommes de terre, mais je me demande si je pourrais encore me les procurer aujourd’hui » (à Engels, 4 septembre 1852). L’un de ses enfants, Edgar, meurt de sous-alimentation.

Il écrit alors une série de sept articles, rassemblés sous le titre Le 18 brumaire de Louis Bonaparte, décrivant les débuts de la Deuxième République française et son évolution vers le coup d’État du 2 décembre 1851 aboutissant au Second Empire. Jusqu’à la fin de l’année 1862, alors qu’il vient d’entamer la rédaction du Capital, la situation reste critique23 malgré l’aide d’Engels, lui-même en difficulté financière en raison de la crise américaine, et de son oncle Lion Philips qui lui consent une avance sur héritage. En 1864, sa situation financière s’améliore grâce à l’héritage de sa mère, qui avait toujours refusé de lui verser la part qui lui revenait de celui de son père et ne lui aura fait grâce que de quelques dettes anciennes, mais le train de vie de la famille Marx reste d’un niveau modeste.

Il consacre une grande partie des années 1850 à rédiger des centaines d’articles « alimentaires » pour des journaux comme le New-York Tribune, tout en se livrant à des recherches approfondies en économie, histoire, politique, etc. Les articles du New-York Tribune étaient une « guerre secrète » contre Henry Charles Carey. Dans le même temps, il reste en correspondance avec les révolutionnaires du continent et rédige des brochures politiques en lien avec l’actualité. Il passe aux yeux des gouvernants prussiens pour le chef d’une organisation de conspirateurs, alors que la Ligue des communistes n’existe plus depuis son auto-dissolution en 1852. Il est en fait isolé. Sa situation économiquement précaire ralentit son travail.

Ce n’est qu’en 1859 qu’il achève et publie la Contribution à la critique de l’économie politique. Y sont présents tous les éléments essentiels, en particulier la loi de la valeur, du Capital. Marx écrit à cette époque : « Je ne pense pas qu’on ait jamais écrit sur l’argent tout en en manquant à ce point ».

En 1859, il sort de son isolement politique pour participer au journal germanophone Das Volk, en lien avec les regroupements qui s’opèrent dans le mouvement ouvrier allemand et qui vont déboucher sur la constitution par Ferdinand Lassalle du premier véritable parti ouvrier allemand (ancêtre du SPD).

En 1867 Marx publie enfin, après plus de vingt ans d’un travail harassant, la première partie de son ouvrage Le Capital, il part à Hambourg à cet effet. Mais le livre sort dans l’indifférence, les mille exemplaires publiés mettront quatre ans à être écoulés.

Il continue son travail pour achever les deux tomes suivants mais, malade et manquant de temps, il ne laissera que des brouillons inachevés, qui sont ensuite mis en forme, achevés et publiés par Engels.

En 1864, il rédige l’Adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs, qui se fonde alors. Cette adresse devient l’âme de cette « Première Internationale ». Tout l’effort de Marx dans la rédaction de cette inauguration tend à unifier le mouvement ouvrier qui connaît toutes sortes de formes de regroupements se réclamant du socialisme sur des bases diverses et contradictoires (Mazzini en Italie, Proudhon en France, plus tard Michel Bakounine en Suisse, syndicalisme britannique, lassalliens en Allemagne, etc.). C’est pour introduire le congrès de Genève de l’AIT que Marx rédige ce qui deviendra plus tard son livre Salaire, prix et profits.

La Commune de Paris est écrasée en 1871. Marx rédige un texte qui est adopté par l’Internationale : La Guerre civile en France. Karl Marx tire la conclusion que le prolétariat ne peut pas se contenter de s’emparer de la machine d’État pour la faire fonctionner à son profit : il devra la détruire de fond en comble. Marx salue la nouvelle démocratie apparue avec la Commune : le principe de l’éligibilité et la révocabilité des responsables à tous les niveaux de la société (exécutif, législatif, judiciaire). Ce texte fait grand bruit, et le nom de l’auteur est alors révélé : Karl Marx acquiert pour la première fois une certaine renommée, y compris au sein du mouvement ouvrier.

Des divergences importantes apparaissent au sein de l’Internationale. En 1872, deux bakouniniens sont exclus, du fait de leur constitution en fraction secrète mais aussi à cause de la dégradation des rapports entre Marx et Bakounine. Une scission affecte alors l’AIT. S’y ajoutant la quasi-disparition du mouvement ouvrier en France du fait de la violente répression de la Commune, l’AIT cesse pratiquement d’exister en Europe (une partie importante des militants de l’Internationale ont préféré suivre les principes fédéralistes prônés notamment par Bakounine). Le Conseil général de l’AIT de Londres est transféré à New York et une internationale ouvrière fédéraliste se constitue la même année.

La santé de Marx est minée par son travail politique inlassable d’organisation de l’Internationale et la rédaction encore plus épuisante de son œuvre. Il laisse pour l’essentiel à Engels le soin de suivre les développements du SPD, même si en 1875 Marx écrit une critique très sévère du programme de Gotha du SPD. Karl Marx se consacre ensuite essentiellement à l’achèvement du Capital, pour lequel il collecte une masse considérable de nouveaux matériaux et, en plus des langues vivantes qu’il maîtrisait déjà (français, anglais, italien et allemand), apprend le russe. Toutefois, sa santé déclinante l’empêche d’achever les deux derniers volumes du Capital. Engels se chargera par la suite de rassembler et mettre en forme ses notes afin de publier des matériaux partiels.

Les idées de Marx gagnent en notoriété et en influence dans les milieux socialistes, grâce entre autres au travail de vulgarisation accompli par Paul Lafargue, gendre de Marx. Mais Marx lui-même est peu convaincu par le messianisme révolutionnaire et utopiste des disciples du marxisme, notamment français ; commentant aussi bien les travaux de son gendre que les discours de Jules Guesde, il écrit : « Si c’est cela le marxisme, ce qui est certain c’est que moi, je ne suis pas marxiste ».

Jenny, sa femme, qui l’a toujours fidèlement soutenu, meurt le 2 décembre 1881. En 1882, épuisé par la maladie, Marx se rend à Alger de février à mai, afin de se soigner. Sa toux tenace l’empêche de visiter le pays. C’est à ce moment qu’il se fait photographier pour la dernière fois. Le docteur Stéphan qui le soigne ne parvient pas à enrayer sa maladie. Marx se plaint de la solitude dans une lettre à Engels : « Dis à mes filles de Londres qu’elles doivent écrire au vieux Nick, sans attendre que lui-même leur écrive ». Il rembarque le 2 mai et séjourne brièvement à Monaco, afin de remonter à Argenteuil, près de Paris, où demeure sa fille Jenny Longuet.

Quelques mois plus tard, Marx s’éteint paisiblement dans son fauteuil, le 14 mars 1883, mort de la tuberculose. Il est enterré près de sa femme dans le cimetière de Highgate à Londres. Les deux époux avaient rompu avec leur milieu social et restèrent fidèles, dans l’adversité comme dans la misère, à un idéal d’émancipation humaine.

Ironie du sort quand on connaît sa critique de l’argent, depuis l’été 2015, la visite de sa tombe est payante et coûte de quatre à six livres sterling.

Voir aussi cette vidéo

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.