Johnny Hallyday, chanteur, compositeur et acteur.

Johnny Hallyday, nom de scène de Jean-Philippe Smet, né le 15 juin 1943 dans le 9e arrondissement de Paris et mort le 5 décembre 2017 à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine), est un chanteur, compositeur et acteur français.

Durant ses 57 ans de carrière, il s’impose comme l’un des plus célèbres chanteurs francophones et l’une des personnalités les plus présentes dans le paysage médiatique français.

S’il n’est pas le premier à chanter du rock en France, il est, à partir de 1960, le premier à populariser le rock ‘n’ roll dans l’Hexagone. Les différents courants musicaux pratiqués au cours de sa carrière – le rock ‘n’ roll, le rhythm and blues, la soul, le rock psychédélique, le soft rock ou encore le pop rock – puisent tous leurs origines dans le blues et bien qu’il interprète de nombreuses ballades sentimentales et aussi des airs country, le rock reste sa principale référence.

Sa longévité au premier plan de la scène artistique et ses prestations vocales et scéniques lui attirent la reconnaissance de ses pairs et du public. Au total, il réalise 80 albums, dont 51 albums studio. Il totalise 6 disques de diamant, 40 disques d’or, 22 disques de platine et 10 Victoires de la musique. En dehors des pays francophones, s’il ne parvint pas à s’imposer durablement malgré plusieurs tournées à succès, notamment en Amérique du Sud, sa réputation d’homme de scène franchit en revanche les frontières. Il effectue ainsi 184 tournées et donne plus de 3 250 concerts, totalisant près de 30 millions de spectateurs, avec des prestations à gros budgets et effets scéniques.

Alors qu’il est atteint d’un cancer du poumon, il effectue sa dernière tournée en juin et juillet 2017, aux côtés de ses amis Jacques Dutronc et Eddy Mitchell, avec qui il a formé le trio des Vieilles Canailles. Sa mort, survenue quelques mois plus tard des suites de sa maladie, donne lieu à un important hommage populaire. Au moment de sa mort, les ventes de ses disques se chiffrent à 110 millions d’exemplaires.


Fils d’Huguette Clerc (1920-2007), alors employée de crèmerie1, et de Léon Smet (1908-1989), artiste de cabaret belge, Jean-Philippe6 Léo Smet naît à la clinique Villa Marie-Louise située 3, cité Malesherbes dans le 9e arrondissement de Paris, le 15 juin 1943.

À sa naissance, Jean-Philippe porte le nom de sa mère, Clerc, car Léon Smet ne l’a pas reconnu et, début 1944, abandonne sa compagne et son fils, âgé de huit mois. À la demande d’Huguette, le couple se reforme le temps d’un contrat de mariage et d’une reconnaissance en paternité, le 7 septembre 1944 ; dès lors, l’enfant se nomme officiellement Jean-Philippe Smet. Avant le jour de son baptême, célébré le 10 septembre 1944 en l’église de la Sainte-Trinité à Paris, Léon et Huguette Smet demandent au second époux de Jacqueline Harpet (elle-même deuxième épouse de Léon Smet), l’homme de radio Alain Trutat, d’être le parrain de leur fils, et à une nièce de Léon Smet, Menen Mar, d’être sa marraine.

Peu après, Léon Smet part définitivement. Huguette Clerc reprend après la naissance de Jean-Philippe une activité professionnelle, devenant mannequin de cabine pour des couturiers. Son métier lui laissant peu de temps, elle confie son enfant à sa belle-sœur Hélène Mar. Cette dernière devient pour l’enfant une figure maternelle de substitutione, aidée de ses filles Desta et Menen.

Le 28 mars 1945, le mari d’Hélène, Jacob Mar, est arrêté pour faits de collaboration, ayant été speaker et éditorialiste à Radio-Paris, la radio de la propagande nazie, ce qui compromet la carrière de première danseuse-étoile de ses filles20. Après-guerre, dans une France marquée par la guerre et avec un père absent, Jean-Philippe sera traité de « fils de boche », de « bâtard » ou de « fils de divorcé », « stigmates sociaux que la légende de Johnny va (plus tard) récupérer pour les convertir en signes positifs ».

À trois ans, Jean-Philippe entame une vie d’enfant de la balle au gré du travail de danseuses classiques de ses cousines. Fin 1946, Desta et Menen s’installent à Londres pour deux ans avec leur jeune cousin. Destaf épouse Lee Lemoine Ketcham, un danseur américain connu sous le nom de scène de Lee Hallidayg. Le trio de danse acrobatique, Desta, Menen et Lee, se produit à travers l’Europe jusqu’en 1949. Le trio devient ensuite duo : Desta et Lee se font alors appeler « Les Halliday’s ».

Lee Halliday est aux yeux de l’enfant une incarnation du rêve américain et devient son père de cœur et le surnomme Johnny. Plus tard, au moment de choisir un nom d’artiste, il optera ainsi pour le nom de scène « Johnny Halliday ». Inscrit à l’école des enfants du spectacle, il suit des cours par correspondance, apprend la danse classique et, à Paris, suit des cours de théâtre au Centre d’art dramatique de la rue Blanche et au Théâtre du Petit Monde. Selon ses propres déclarations effectuées à l’occasion d’un spectacle à l’opéra Garnier, Johnny Hallyday révèle « avoir été petit rat sur cette même scène de l’Opéra dans la troupe dirigée par Serge Lifar ».

Il apprend le violon qu’il déteste et finit par l’échanger, au grand dam de ses aînés, contre une guitare. Durant deux ans, où il vit à Genève, inscrit au conservatoire, il prend des cours de guitare avec le maître José de Azpiazu. Ce dernier, n’appréciant guère qu’il joue dans les rues des airs de cow-boy, finit par le renvoyer. Dès l’âge de neuf ans, il occupe la scène pendant les changements de costume du couple, en chantant des chants traditionnels français ou américains. Il monte officiellement sur scène, pour la première fois le 13 juin 1956, en première partie du spectacle des Halliday’s, à l’Atlantic Palace de Copenhague, où il chante La Ballade de Davy Crockett, en s’accompagnant à la guitare, habillé en cow-boy.

Rentrée à Paris, la famille demeure dans le quartier de la Trinité au 13, rue de la Tour-des-Damesh.

Johnny obtient divers petits rôles : il est figurant dans Les Diaboliques, tourne une réclame pour une marque de vêtements, participe à la télévision à l’émission Martin et Martine, où il chante Dans les plaines du Far-West30. À 14 ans, en voyant au cinéma le film Amour frénétique, Johnny découvre Elvis Presley et le rock ‘n’ roll. C’est une révélation et, convaincu d’avoir trouvé sa voie, il décide de devenir rockeur.

Johnny commence sa carrière avec le soutien de ses proches, notamment de Lee Halliday, son premier mentor-pygmalion et agent artistique qui le produit. Convaincu que cette musique peut s’imposer en France, Lee Halliday fait envoyer d’Amérique, par sa famille, des disques de rock qui permettent à Johnny de faire son apprentissage. Il devient dans le même temps possesseur d’une collection de disques alors inconnus en France. Eddy Mitchell se souvient à ce propos : « Johnny avait beaucoup de disques américains qu’on ne pouvait pas acheter en Europe, ce qui me permettait d’écouter tout ce que je ne pouvais pas écouter autrement, si bien qu’on passait souvent des après-midi et des soirées à écouter Presley, Bill Haley et des tas d’autres trucs qui n’étaient pas encore disponibles chez nous ».

À partir de 1958, Johnny fréquente ce qui bientôt devient le lieu culte du rock français : le Golf-Drouot, d’Henri Leproux. C’est là qu’il retrouve d’autres copains, futurs confrères et concurrents : Long Chris, Dany Logan, Jacques Dutronc et Eddy Mitchell. Sur le tremplin, s’inspirant de ses idoles, il chante des reprises et adaptations françaises du répertoire américain en s’accompagnant à la guitare. À l’Orée du Bois, durant les changements de costumes de Desta et Lee, Johnny chante Elvis, sous les sifflets du public. Dès le second soir, il est renvoyé. Accompagné par Philippe Duval, son premier guitaristei, il cherche à se produire dans divers clubs mais, partout le scénario est identique : on le refuse ou il est remercié. Il obtient ses premiers succès publics en chantant pour les GIs dans les bases américaines.

Le 30 décembre 1959, il participe à l’émission radio Paris cocktail de Pierre Mendelssohn, avec en vedette Colette Renard. Il chante Viens faire une partie. Les auteurs-compositeurs Jil et Jan, enthousiasmés par sa prestation, le présentent à Jacques Wolfsohn de la maison de disques Vogue.

Le 16 janvier 1960, Johnny, encore et pour peu de temps « Halliday », signe un contrat avec Voguek. Sa première prestation pour la maison de disques a lieu à Namur, en Belgique, où, avec Jean-Jacques Debout (également chez Vogue), il participe à un show radiophonique.

Le 12 février, il est en studio et sous la direction de Léo Petit, il enregistre en s’accompagnant à la guitare et en prise directe, quatre chansons.

Son premier super 45 tours, sort le 14 mars. Sur la pochette, son nom est, par erreur, orthographié avec deux « y », graphie qui est, alors, définitivement adoptée. T’aimer follement (titre également chanté par Dalida à la même période), est la chanson promue. L’accueil des radios est très défavorable, voire franchement hostile. Johnny provoque un choc de générations et seule l’émission Salut les copains, quotidiennement programmée sur Europe No 1, fait figure d’exception ; dès la parution du disque le chanteur est largement soutenu par les présentateurs Daniel Filipacchi et Frank Ténot.

En avril, le chanteur obtient son premier contrat professionnel de 500 nouveaux francs et se produit, les 16 et 17, au Cabaret l’Escale à Migennes, (Johnny Hallyday 1960 : À la Roche-Migennes). Le lendemain, parrainé par Line Renaud, il fait sa première télé dans L’École des vedettes d’Aimée Mortimer et chante Laisse les filles en jouant de la guitare tout en se roulant par terre, ce qui défraie la chronique mais aussi dope les ventes du disque qui, de trente mille exemplaires déjà atteints, passent en quelques jours à cent mille. Line Renaud le présente comme un chanteur d’origine franco-américaine ; déjà au verso de la pochette du 45 tours, un encadré l’annonce comme étant « un américain de culture française ». Une biographie américaine inventée par la maison de disques, dans laquelle Lee Halliday, véritable américain né en Oklahoma, n’est plus son cousin par alliance, mais son grand frère. En juilletl, sur les conseils de Charles Aznavour, Johnny rétablit la vérité sur ce demi-mensonge.

Souvenirs, Souvenirs, son nouvel EP (sorti en juin), offre au chanteur son premier grand succès, tandis que son impresario Georges Leroux lui décroche de nombreux galas. Johnny est engagé en première partie de la tournée de Sacha Distel, avant de se produire durant l’été au casino de Juan-les-Pins. Au cours de la tournée, on assiste aux premiers mouvements de foule et ses prestations sont marquées par de nombreuses mini-émeutes, émaillées de multiples dégradations par ses admirateurs. La presse, unanimement hostile, parle d’hystérie collective pour dépeindre l’ambiance de ses galas. En septembre, durant trois semaines, à l’Alhambra, il est programmé en vedette américaine de Raymond Devos. Son jeu de scène divise une fois de plus le public. Au balcon, si les plus jeunes sont enthousiastes et le lui font savoir avec véhémence, en revanche, au parterre, les aînés indignés le huent. Le tollé est tel que la direction veut supprimer Johnny du programme. Raymond Devos s’y oppose et Hallyday va jusqu’au bout de son engagement.

Après le succès de Souvenirs, Souvenirs et la sortie en octobre d’un troisième 45 tours (Itsy bitsy, petit bikini), d’autres émissions de radio vont le programmer. Ce même mois, sort son premier 33 tours 25 cm Hello Johnny. Cette fois encore, avec la chanson Itsy bitsy petit bikini, Johnny Hallyday est en concurrence avec Dalida (sa propre version est sortie un mois plus tôt) et Lucien Morisse, directeur des programmes d’Europe no 1 et compagnon de Dalida, le 11 octobre, dans son émission Le Discobole, excédé, casse le disque de Johnny Hallyday en direct à l’antenne en déclarant : « C’est la dernière fois que vous l’entendez. »

En novembre, le chanteur se produit plusieurs jours à l’Alcazar de Marseille, où il confirme son succès naissant, avant de s’imposer à Monte-Carlo.

Autour de Johnny Hallyday, le 24 février 1961 est organisé le Premier festival international de rock au Palais des sports de Paris dans une ambiance survoltée et explosive où bagarres et arrestations sont nombreuses. L’événement, qui lance véritablement le rock en France, est gravé sur le disque Johnny Hallyday et ses fans au festival de rock ‘n’ roll. À cette époque le marché du disque est dominé par les vinyles 25 cm et les super 45 tours et la publication d’un 33 tours 30 cm témoigne de la notoriété d’un artiste et de sa reconnaissance. C’est ainsi qu’Hallyday voit confirmé son récent statut de vedette, avec la sortie de son premier album Nous les gars, nous les filles. Pour autant un profond désaccord oppose Vogue et le chanteur. Désormais, Johnny n’est plus seul en France sur le marché du rock et la concurrence est rude, notamment celle du groupe d’Eddy Mitchell, Les Chaussettes noires. Aussi demande-il davantage de musiciens et des arrangements plus sophistiqués, avec saxophones et claviers. La réponse est « Tu fermes ta gueule et tu chantes », à quoi il réplique : « Je ne vois pas comment je peux chanter en fermant ma gueule » et part pour ne plus revenir.

Johnny Hallyday, âgé de 18 ans, professionnel depuis à peine plus d’un an, a déjà enregistré 36 chansons et vendu un total de 1 673 000 disques. Sur fond de procès avec Vogue, il signe chez Philips le 19 juillet 1961. Johnny Stark devient son nouvel imprésario, tandis que Vogue sort (le 31 juillet), un troisième et dernier 33 tours 25 cm, Tête à tête avec Johnny Hallyday.

Alors que de nombreux incidents parsèment toujours ses apparitions et que plusieurs villes (Biarritz, Bayonne, Strasbourg, Cannes…) lui ferment leurs portes, Johnny enregistre, aux studios Fontana à Londres, son premier disque Philips Viens danser le twist réalisé par Lee Hallyday (ce dernier a signé avec Philips un contrat le même jour que son cousin et devient officiellement réalisateur artistique – il réalise ainsi jusqu’en 1975 la quasi-totalité des enregistrements de Johnny Hallyday – il adopte alors également la graphie de « son nom » avec deux y). Le disque sort le 20 septembre 196168,69 ; le jour même où Johnny Hallyday débute à l’Olympia de Paris, où il se produit jusqu’au 9 octobre. Il est le premier artiste de sa génération à se produire en vedette dans la salle de Bruno Coquatrix, d’où il lance le twist en France. Pour Noël, sort l’album Salut les copains, titre qui se veut un clin d’œil reconnaissant à la célèbre émission radio. La chanson Retiens la nuit s’impose particulièrement et marque sa carrière. Si ce n’est pas la première chanson douce du rockeur, écrite par Charles Aznavour et Georges Garvarentz, elle fait date et lui vaut un regard des critiques plus clément. Son jeu de scène et les débordements que provoquent ses apparitions publiques sont toujours dénoncés, mais on souligne aussi, à présent, ses qualités vocaleso et son talent d’interprète. Désormais, il alterne chansons rythmées et chansons sentimentales, suivant en cela le conseil de Charles Aznavour, chanteur lui aussi contesté à ses débuts (25 cm Retiens la nuit).

Au printemps 1962, il enregistre à Nashville l’album Sings America’s Rockin’ Hits, chanté entièrement en anglais. Jamais encore un tel disque n’a été réalisé à l’attention du public français, alors peu enclin aux chansons en langue étrangère et, s’il ne bouleverse pas les ventes, l’opus obtient un réel succès d’estime et est distribué dans de nombreux pays (Japon, Royaume-Uni, États-Unis…). En avril, Johnny reçoit son premier disque d’or pour Let’s Twist Again, avant de retourner aux États-Unis pour de nouveaux enregistrements et une tournée de promotion, durant laquelle il se produit dans plusieurs campus universitaires et participe à plusieurs émissions radiophoniques et télévisées, dont en juillet, le célèbre l’Ed Sullivan Show (les séquences avec Johnny Hallyday ont été tournées au Moulin-Rouge, en France).

Collector de 10 timbre Johnny Halliday.

Les succès s’enchaînent : Laissez-nous twister, Pas cette chanson, Elle est terrible et surtout L’idole des jeunes, une appellation qui, désormais, va durablement lui coller à la peau. Nanti de ce nouveau titre , il investit l’Olympia du 25 octobre au 12 novembre 1962, où (après le twist), il lance le mashed potato. Sur la chanson La bagarre, il se met en scène dans une rixe avec des voyous et sur I Got a Woman, à genoux devant sa guitare, il mime la scène finale de La Fureur de vivre. Ce second Olympia est un nouveau succès public et les critiques soulignent d’évidentes qualités scéniques79 (Johnny à l’Olympia). Début 1963, il chante au Palladium de Londres, puis s’envole pour le Liban pour une série de galas. Arrivé à Beyrouth, on lui annonce que sa venue crée des troubles politiques et que les représentations sont annulées. Indésirable, il rentre en France, où l’incident fait débat à l’Assemblée nationale.

Pour le premier anniversaire du magazine Salut les copains, Europe no 1 organise, le 22 juin 1963, un concert gratuit place de la Nation, réunissant (notamment), Sylvie Vartan, Richard Anthony, les Chats sauvages et Johnny Hallyday. Alors que quelque trente mille personnes sont attendues par les organisateurs, la manifestation rassemble entre cent cinquante mille et deux cent mille jeunes. Le retentissement est considérable et, si le concert lui-même se déroule sans incidents, des heurts ont lieu en périphérie entre bandes rivales. Le lendemain et les jours suivants, dans la presse, le concert passe au second plan, on ne retient de l’événement que les dégradations (dévantures de magasin éclatées, automobiles retournées) et les interpellations de blousons noirs par la police. Le quotidien Le Monde, le 6 juillet, publie un long article du sociologue Edgar Morin dans lequel l’auteur invente et sacralise l’expression yéyé qui s’impose de facto pour qualifier cette génération et ses idoles, en raison des nombreuses onomatopées qui parsèment leurs chansons.

D’onomatopées, il en est encore question avec le nouveau succès de Johnny Da dou ron ron, son premier à rester huit semaines no 1 dans les hit-parades (25 cm Da dou ron ron). La tournée d’été, toujours mouvementée, crée une nouvelle polémique après son passage à Trouville, où en ce 14 juillet il interprète La Marseillaise ; ce qui lui vaut les foudres des anciens combattants, qui l’accusent de l’avoir chantée en rock. L’initiative fait scandale et l’incident est commenté au journal télévisé du soir. Le chanteur est en vedette dans le film D’où viens-tu Johnny ?. Pour moi la vie va commencer et Ma guitare, extraits de la BOF éponyme, sont à l’automne deux énormes succès. En novembre, il enregistre de nouvelles chansons à Nashville et engage le guitariste Joey Gréco et le bassiste Ralph di Pietro rencontré à New York.

Début 1964, sort le 25 cm Les guitares jouent, enregistré avec son nouveau groupe Joey and the Showmen. Pour la première fois, avec Quand je l’ai vue devant moi, il chante une adaptation d’une chanson des Beatles (I Saw Her Standing There) et donne dans le country blues avec Excuse-moi partenaire. Le succès, tant public que critique, est au rendez-vous de son troisième Olympia, où il se produit du 6 février au 15 mars. (Johnny Hallyday Olympia 64) Il donne encore quelques galas en province, à l’issue desquels il est incorporé, le 8 mai, au 43e régiment d’infanterie de marine d’Offenbourg (le chanteur a bénéficié d’un report d’une année afin de pouvoir honorer tous ses engagements). Enregistré avant son incorporation, sort début juillet l’album Johnny, reviens ! Les Rocks les plus terribles. L’opus entièrement rock ‘n’ roll, propose des adaptations de standards américains94. L’armée profite du passage dans ses rangs pour quinze mois de la célèbre recrue pour tourner des petits films de propagande à l’attention de la jeunesse, ainsi que quelques émissions de variétés réalisées en direct de la caserne et, à la condition qu’il pose en tenue militaire sur les pochettes de disques, il obtient l’autorisation de poursuivre ses enregistrements. C’est durant cette période qu’il grave l’un de ses plus grands succès, Le Pénitencier, extrait du 25 cm éponyme.

Le soldat Smet obtient une permission spéciale afin de pouvoir épouser Sylvie Vartan. Le couple se marie le 12 avril 1965, à Loconville ; il souhaitait une cérémonie intime, mais envahie par le public et la presse, l’événement provoque une émeute. L’album Hallelujah sort le 9 juillet 1965. S’il est toujours militaire, c’en est fini des poses en tenue règlementaire et sur la pochette Hallyday apparaît guitare à la main, vêtu d’un blouson et d’un blue-jeans.

En août, Johnny Hallyday obtient des autorités militaires l’autorisation de chanter durant les dernières semaines de son service. Le 5, il débute à Colmar la tournée Johnny reviens. Le 28 août, le chanteur est libéré, et (ce jour là), il donne en matinée à Strasbourg, un gala d’« adieu aux copains de l’armée », puis (le soir même), chante au casino de Juan-les-Pins. Le chanteur se produit jusqu’au 6 septembre à travers la France, mais aussi en Belgique et en Suisse, où le 18 août à Genève, sa venue provoque une telle émeute, qu’il lui est interdit de s’y produire durant plusieurs années pour trouble à l’ordre public.

En novembre 1965, sort un second album Johnny chante Hallyday qu’il a entièrement composé et qui marque le début d’une longue collaboration artistique avec son ami Long Chris. Le chanteur se produit à partir du 25 octobre à l’Olympia, jusqu’au 26 décembre. Musicalement Hallyday évolue vers le rhythm and blues, son tour de chant est entièrement renouvelé et les anciennes chansons sont expédiées en un medley qui ouvre le récital. Seul la chanson Le Pénitencier parmi les anciens succès est présent et le public, quelque peu dérouté, ne retrouve pas le « copain teenager ». Son retour laisse une impression mitigée.

En ce début d’année 1966, plus rien ne semble aller pour lui : ses ventes de disques connaissent une forte baisse et multipliant les galas, il ne joue pas toujours à guichet fermé104. En cette période difficile, Hallyday se produit dans plusieurs pays étrangers, notamment en Europe de l’Est. Arrive alors un nouveau chanteur nommé Antoine qui connait un succès fulgurant avec le titre Les Élucubrations d’Antoine, où au détour d’un couplet, il propose d’enfermer « Johnny Hallyday en cage à Medrano ». Peu après, Hallyday réplique avec le titre Cheveux longs et idées courtes qui connaît un succès égal.

Il figure à une place privilégiée sur la « photo du siècle » regroupant 46 vedettes françaises du yéyé en avril 1966.

Johnny, en août, enregistre un nouvel album à Londres. Il y fait la connaissance de Noel Redding et Jimi Hendrix, qu’il contribue à faire connaître en les engageant dans sa tournée. Une plaque commémorative au Novelty de la rue Chartraine à Évreux, évoque le premier concert de la toute première tournée d’Hendrix le 13 octobre 1966, en première partie de Johnny Hallyday. Si professionnellement cela va mieux, il n’en est pas de même côté vie privée. Alors que son fils, David, naît le 14 août, lui chante à Milan. Le lendemain, pour quelques heures il est au chevet de Sylvie, puis s’envole pour Venise, où il se produit le soir même. La presse se fait l’écho d’une séparation imminente alors que le fisc lui réclame un lourd arriéré d’impôts. Le 10 septembre, Johnny doit chanter à la Fête de l’Humanité ; épuisé par le rythme des galas et profondément déprimé, à quelques heures de la représentation, il tente de se suicider puis est hospitalisé  d’urgence. C’est dans ce contexte, que Philips sort le titre Noir c’est noir […], qui devient sont plus important succès depuis Le Pénitencier).

Après quelques semaines de convalescence, à l’occasion d’un Musicorama Johnny chante à l’Olympia le 18 octobre, accompagné par une nouvelle formation, les Blackburds, que dirige le guitariste Mick Jones et le batteur Tommy Brown. C’est un Johnny nouveau qui apparaît, son récital, sur des sonorités pop et rhythm and blues, est totalement inéditt, son jeu de scène est renouvelé, son chant aussi. Désormais Hallyday « donne de la voix » et à force de débauches d’énergies, il emporte l’adhésion. Cette représentation à l’Olympia relance totalement sa carrière.

Le lendemain, l’album La Génération perdue est commercialisé. Ce disque, qui regorge de hits et de titres pour la scène demeure l’un des plus importants de sa production. L’année s’achève sur un autre grand succès, Si j’étais un charpentier.

La séparation entre Sylvie et Johnny n’est plus d’actualité et le couple se produit à l’Olympia du 15 mars au 16 avril. Johnny assure la seconde partie et commence son tour de chant avec Les coups, qu’il entame depuis les coulisses, le son allant crescendo à mesure qu’il avance vers la scène. Côté orchestration, priorité est donnée aux cuivres sur des tonalités très soul (Olympia 67). Fort de ce succès, le couple entame une tournée sud américaine de plusieurs semaines.

Amour d’été, adapté d’un classique d’Elvis Presley et Aussi dur que du bois sont les titres forts du nouvel album Johnny 67, qui confirme son orientation vers la musique soul. À l’automne, avec San Francisco et Fleur d’amour et d’amitié imposées par sa maison de disques, le rockeur cède à la mode hippie, alors que Mon fils et Psychedelic — titre sur lequel joue le guitariste Jimmy Pagew — complètent ce nouvel EP.

Europe no 1 lui consacre, le 14 novembre, un Musicorama exceptionnel organisé au Palais des sports de Paris. 450 projecteurs et 800 phares de voitures dressés tel un mur au fond de la scène servent de décors. Pour la première fois, il utilise des écrans sur lesquels sont projetés une multitude d’images disparates. Le récital très contrasté alterne séquences peace and love et rock psychédéliques et violents. Johnny quitte la scène après un Lucille déchaîné et s’effondre au bord de la syncope dans la voiture qui l’emporte. La presse française et internationale commente largement la prestation d’Hallyday qui acquiert véritablement ses galons de bête de scène. (Johnny au Palais des sports).

À ce moment de sa carrière, un constat s’impose. Depuis deux ans, Johnny Hallyday est de toutes les influences musicales de l’époque : rhyth and blues, musique pop, musique soul, rock psychédélique et il n’a plus enregistré de rock ‘n’ roll depuis 1965 (année où il enregistre Rock and Roll Music) et, bien qu’il ait repris à la scène le classique de Little Richard Lucille, il faut attendre l’album Rêve et Amour et la chanson Cours plus vite Charlie pour qu’il y revienne furtivement.

En 1968, Johnny confirme ses errances musicales tous azimuts, avec plusieurs super 45 tours, qui précèdent la sortie, en juin, de son neuvième album studio Jeune Homme, avec lequel il poursuit sa période psychédélique qu’il parachève avec l’emblématique album Rêve et Amour qui paraît en octobre. La pochette du disque, mi-photo mi-dessin, est fortement influencée par celle de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band des Beatles. Il y apparaît vêtu d’une tunique couverte de médaillons aux effigies de nombreuses personnalités de la chanson, du cinéma, de la politique… Les titres Entre mes mains, Fumée et Cours plus vite Charlie, s’imposent au public. Ce dernier est l’unique reprise d’un disque qui initialement devait être enregistré en anglais.

Dans le cadre des Jeux olympiques d’hiver de 1968, il se produit à Grenoble le 10 février (Europe 1 retransmet l’évènement à l’occasion d’un Musicorama). Le 10 mai 1968, lors de sa troisième tournée en Afrique, Hallyday est expulsé du Cameroun à la suite d’une rixe avec le ministre centrafricain de la Fonction publique à l’hôtel Indépendance de Yaoundé.

En concert à Johannesbourg, en octobre, ébloui par un projecteur, Johnny Hallyday tombe dans la fosse d’orchestre et se fracture un pied. Il termine malgré tout la représentation et c’est dans le plâtre qu’il honore chacun de ses engagements en Afrique du Sud. Contre l’avis des médecins, il fait de même en France, jusqu’à ce que, victime d’un malaise, il s’effondre sur la scène du Palais d’Hiver à Lyon. Cet incident l’oblige à plusieurs semaines de repos forcé, durant lesquelles il travaille avec Mick Jones et Tommy Brown à la formation d’un nouveau groupe.

En février 1969, Johnny Hallyday reprend la scène, d’abord au Canada, puis en France, où il rode son nouveau tour de chant, avant de se produire au Palais des sports de Paris du 26 avril au 4 mai. Un nouveau guitariste, Jean-Pierre Azoulay (remarqué en février au Golf-Drouot), a intégré la formation et va fortement marquer le « son Hallyday » au cours des années à venir. Au Palais des sports, l’artiste propose un spectacle totalement inédit. Évoluant sur plusieurs scènes reliées à la principale, sur l’une d’elles, il interprète Caché derrière mes poings chanson dédiée au « noble art », sur laquelle il se met en scène en boxeur. Écrite par Gilles Thibaut et Jean Renard, la chanson Que je t’aime alors inédite fait grosse impressiony et compte parmi les moments forts du tour de chant. 100 000 spectateurs assistent à ce qui est véritablement son premier « grand » spectacle qualifié par le magazine Rock & Folk de « show de l’an 2000 » (un live nommé Que je t’aime sort en novembre).

En cette période post-soixante-huitarde, Johnny Hallyday s’oriente vers un rock plus dur, plus violent, plus engagé. Communément appelé Rivière… ouvre ton lit, un nouvel album très blues rock mais aussi psychédélique, pour lequel il s’est entouré de nombreux musiciens anglais, notamment Peter Frampton et Steve Marriott et des paroliers Gilles Thibaut et Long Chris, sort en mai. Aux manettes Glyn Johns, producteur, ingénieur du son ayant collaboré avec la crème de la musique pop rock (The Beatles, The Rolling Stones, Led Zeppelin…) c’est à l’époque un disque très novateur dans le paysage rock français. Si le disque offre au chanteur nombre de chansons pour la scène, seul Je suis né dans la rue accède au rang de tube et devient un classique de son répertoire. La chanson Que je t’aime diffusée en 45 tours en juin, obtient un grand succès et demeure l’une des plus célèbres de l’interprète. Sa tournée d’été bat des records d’affluence et Que je t’aime déclenche d’authentiques scènes d’hystérie et nombre d’évanouissements. Le spectacle achevé, Hallyday est très souvent évacué en car de police pour échapper à l’enthousiasme des fans.

En 1970, sa collaboration avec le journaliste, écrivain et cinéaste Philippe Labro poursuit cette évolution et marque grandement sa carrière. Amis, ils partagent une passion commune pour l’Amérique, et les textes écrits par Labro donnent aux chansons d’Hallyday plus de profondeur, révélant un nouvel aspect du chanteur. La première chanson Labro-Hallyday à être diffusée leur attire bien des problèmes. Alors que la face B du 45 tours On me recherche (qui raconte le périple d’un truand et ose quelques insolences envers la police), passe sans encombre, il n’en est pas de même pour le titre Jésus Christ, sur lequel Johnny chante que « si le christ vivait encore aujourd’hui, il serait un hippie », ce qui déclenche polémiques et scandales. La chanson s’attire les foudres de l’église et le Vatican menace d’excommunier l’auteur et l’interprète. Interdit d’antenne, le disque est retiré des rayons dans plusieurs magasins. Cette censure dope les ventes128. Cependant, s’il ne la clame pas, Johnny Hallyday n’a jamais caché sa foi catholique.

Un nouvel album, intitulé Vie, sort en novembre. Le disque diffère des productions précédentes, plus engagé plus contestataire, il évoque des problèmes contemporains comme l’écologie. Essentiellement écrit par Philippe Labro et Jacques Lanzmann, Vie est l’une des plus fortes ventes de cette fin d’année. L’année est également marquée par le cinéma, où pour la première fois le chanteur trouve deux véritables rôles : il incarne un justicier dans Le Spécialiste, western spaghetti de Sergio Corbucciz et un voyou repenti dans Point de chute, drame policier de Robert Hossein.

Le 20 février 1970, Sylvie Vartan et Johnny Hallyday se rendent à Belfort pour un gala et sont victimes d’un grave accident de la route. Si lui n’est que très légèrement touché, c’est beaucoup plus grave pour Sylvie, sérieusement blessée au visage. Des spécialistes américains en chirurgie esthétique parviennent, après plusieurs opérations, à lui rendre son visage. Début 1971, l’affiche d’une tournée aux Antilles et au Canada fait scandale : Hallyday y apparaît crucifié sur une guitare. À Pointe-à-Pitre, le spectacle se transforme en émeutes et durant les étapes canadiennes les incidents sont également nombreux. Le succès de la chanson Oh ! Ma jolie Sarah est fulgurant et s’inscrit parmi les plus gros succès de la décennie. Elle précède la sortie en juin de Flagrant délit, un album exclusivement rock dont Philippe Labro a entièrement écrit les textes. Johnny Hallyday a longtemps dit de Flagrant Délit qu’il était « de tous [s]es albums, celui qu[‘il] préfér[ait] » (et cela, jusqu’à ce que Rock’n’Roll Attitude ne prenne cette première place).

L’artiste chante au Palais des sports de Paris du 21 septembre au 14 octobre. Jamais encore il ne s’est produit dans la capitale sur une aussi longue période. Le son, volontairement poussé dans le rouge confirme une orientation musicale où la violence va crescendo. Chaque soir, il est accompagné au piano par Michel Polnareff qui s’est gracieusement proposé de jouer pour lui, pour le seul plaisir de la scène. Le tour de chant s’achève par un Medley rock’n’roll en anglais et lors de la dernière représentation, Johnny multipliant les standards américains, reste en scène plus de trois heures et demie. (Live at the Palais des sports).

1972 marque l’arrivée de l’auteur-compositeur-interprète Michel Mallory qui, après Philippe Labro, va fortement influencer la carrière de Johnny Hallyday. Parolier attitré du chanteur durant près de dix ans, il écrit ou adapte une centaine de chansons, au fil desquelles se révèle un Johnny plus intime. Son chant devient moins agressif, sa musique moins dure et, délaissant les rocks violents, il s’oriente vers un rock plus mélodieux mais non moins fougueux. Au cinéma, sous la direction de Claude Lelouch, Johnny organise son propre enlèvement dans L’aventure c’est l’aventure, film dont il interprète la chanson titre.

J’ai tout donné de François Reichenbach, film consacré au phénomène Hallyday, est présenté en ouverture du Festival de Cannes 1972. Pour les besoins de ce documentaire, le réalisateur a suivi Johnny avec sa caméra durant une année : aux États-Unis, sur la scène du Palais des sports de Paris, en tournée à travers la France, etc. Sorti en juin, l’album Country, Folk, Rock est l’une des premières incursions d’Hallyday dans la country. Genre, à l’époque, peu prisé en France, le disque connaît un succès d’estime. Pour sa tournée d’été, il s’essaye à un nouveau spectacle le Johnny Circus mêlant numéros de cirque et musique. L’entreprise de par son gigantisme est un gouffre financier pour Johnny Hallyday. Ce qui l’empêche, durant quatre années, de produire de nouveaux shows sur une scène parisienne. Un nouveau 45 tours, Avant, conclut une année en demi-teinte pour le chanteur.

Début 1973, la chanson La Musique que j’aime s’impose au public et devient l’un de ses grands classiques. Elle ouvre l’album Insolitudes, où blues, rocks et ballades font la part belle aux guitaresac. Le disque compte parmi les meilleures réussites du tandem Mallory-Hallyday.

À la demande de Bruno Coquatrix, alors en proie à d’importants problèmes financiers, Johnny donne gracieusement plusieurs représentations à l’Olympia, en juin, alors que sur les ondes, en duo avec Sylvie Vartan, la chanson J’ai un problème est un hit et l’un des grands succès de l’année (album J’ai un problème). Durant l’été, le couple se produit à de nombreuses reprises ensemble sur scène.

En 1974, Je t’aime, je t’aime, je t’aime, un nouvel album essentiellement composé de ballades, offre à Johnny l’occasion de chanter avec emphase et lui révèle la recette de succès à venir tels que Requiem pour un fou ou Derrière l’amour. Michel Mallory est l’unique auteur d’un opus qui voit Mick Jones jouer une dernière fois pour Hallyday. Le 28 juin 1974, il chante au pénitencier de Bochuz en Suisse. Malgré plusieurs tentatives, le chanteur n’a jamais réussi à obtenir les autorisations nécessaires pour concrétiser un tel projet en France. Sa prestation est enregistrée et diffusée à la télévision suisse romande le 23 juillet, durant l’émission Pour vous Messieurs X : Johnny Hallyday et Raymond Devos à Bochuz. Lors de l’entretien avec les prisonniers, Johnny déclare : « J’ai été sauvé par mon métier, peut-être que je serais ici aujourd’hui si je n’avais pas eu cette chance ». Lorsqu’il quitte le pénitencier, les détenus le saluent en frappant avec leurs gobelets aux barreaux de leurs cellules. Sa tournée croise celle de Michel Sardou, les 3 et 29 août, et les deux amis se produisent ensemble à Béziers et Genève. Comme durant la totalité des années 1960-1970, Johnny Hallyday enchaîne les tournées et donne quelque deux cents galas par an. Sur scène, il déploie tant d’énergie qu’il en sort souvent au bord du K.O. Cet engagement sans retenue, doublé par une existence de noctambule qui l’entraîne dans bien des excès, n’est pas sans quelques « clashs », comme ce soir d’été, où il s’effondre d’épuisement sur scène à Alençon. Lors d’un entretien télévisé, Johnny Hallyday déclare : « Je suis un chanteur de rock revu et corrigé par la variété ». À peine a-t-il dit cela que, se faisant mentir, il enregistre coup sur coup trois albums de rock ‘n’ roll. Rock ‘n’ Slow est le premier volume de ce qu’il nomme sa « trilogie retour aux sources ». Hallyday chante Berry, Cochran, Presley, les Stones (c’est une première), sans négliger les créations originales comme (notamment), À propos de mon père et Rock’n’roll man. La sortie de l’album précède une tournée de promotion, qu’il débute par Souvenirs, souvenirs, marquant un peu plus encore ce retour aux origines.

Début 1975, le chanteur est en studio à Memphis et Nashville. Sur Rock à Memphis, il grave treize standards des « fifties ». L’album, publié en mai, est favorablement accueilli par la critique et le public. Dans la foulée, l’album La Terre promise est enregistré à Nashville. Le disque, aux sonorités très country rock, mêlant adaptations et créations originales, sort en septembre.

Sur les ondes, dès avril, les titres La Fille de l’été dernier et Hey lovely lady, pressés sur un même 45 tours, sont des « hits ».

À la suite d’ennuis avec le fisc, qui lui réclame plusieurs centaines de millions de francs d’arriérés, Johnny fait part de son désir de tout arrêter, et s’installe aux États-Unis avec Sylvie et David. Mais l’envie de chanter et le démon de la scène reprennent vite le dessus et, à l’automne, il enregistre deux albums et annonce sa rentrée au Palais des sports de Paris en septembre 1976.

Ce retour est marqué par de nombreux changements artistiques. Jacques Revaux (avec qui Johnny a travaillé occasionnellement une dizaine d’années auparavant), assure désormais la réalisation des albums, et les chansons dites de variétés se font plus nombreuses : la popularité du chanteur se renforce, les succès présents renouant avec ceux de ses premières années. Sortie en février 1976, Requiem pour un fou se classe au sommet des hit-parades en deux jours et est très vite disque d’or. Johnny obtient un second hit avec la chanson Derrière l’amour annonciatrice de l’album éponyme. Le disque, qui alterne rock et variété, obtient un grand succès et devient la meilleure vente de la décennie de l’artiste. À l’automne, la chanson Gabrielle (unique titre rock du chanteur à accéder, en cette période, au rang de tube), devient un nouveau no 1.

En mai, en Italie, sort son second album enregistré dans une langue étrangère, In italiano. Il se produit au Palais des sports de Paris du 28 septembre au 31 octobre. À la scène aussi les changements sont notoires et, si le tour de chant conserve la fougue dont est coutumier le chanteur, il est aussi nettement moins agressif que les précédents show parisiens de 1971 et 1969. La mise en scène gagne en standing ce qu’elle perd en violence. Ce one-man-show consacre sa première partie aux succès des années soixante, tandis que la seconde fait la part belle aux albums Derrière l’amour et Rock à Memphis. Le spectacle attire deux cent mille personnes et Johnny établit un nouveau record du plus grand nombre de spectateurs pour un spectacle musical. Désormais, effets spéciaux et innovations techniques agrémenteront ses prestations à venir, dans un gigantisme et une mise en œuvre de moyens exceptionnels pour un chanteur français. (Johnny Hallyday Story – Palais des sports)

Hamlet, premier double album studio du chanteur et l’un des tout premiers opéra-rock en France, paraît en novembre. Gilles Thibaut signe le livret de l’adaptation en vers de la pièce de Shakespeare, sur une musique composée par Pierre Groscolas, fortement influencée par le rock progressif. L’album, sort sans aucune promotionag et ne trouve pas son public (d’autant que l’actualité du moment, c’est le show Johnny Hallyday Story, avec lequel le chanteur tourne en province durant plusieurs mois). Hamlet est un échec commercial et l’idée de le monter sur scène, sur une mise en scène confiée à Robert Hossein, est abandonnée. En cette période, les disques d’or se succèdent. La réussite de Derrière l’amour fait florès et les albums à venir s’inspirent grandement du même concept. Bien qu’Hallyday ne délaisse nullement le rock, ses productions du moment sont estampillées variétés et si, jusqu’alors, il s’est souvent entouré de pointures parmi les musiciens pour ses enregistrements, le chanteur se contente désormais d’orchestres sans autre forme distinctive.

En octobre 1977, sort l’album C’est la vie. Le titre phare, J’ai oublié de vivre, est l’unique tube d’un disque qui obtient pourtant les faveurs du public. Jacques Revaux cède la place de directeur artistique à Eddie Vartan en 1978. La chanson Elle m’oublie (premier extrait de l’album Solitudes à deux), obtient un grand succès, comptant parmi les plus importants de la décennie et remporte le grand prix du Midem à Cannes.

Cette année-là, Antoine avec Les Élucubrations revisited donne une suite à son succès de 1966 et à nouveau interpelle Johnny Hallyday, qui cette fois, ne répond pas.

Hollywood, enregistré à Los Angeles, sort en janvier 1979. L’album contient de nombreuses adaptations et emprunte de multiples couleurs musicales : Hallyday chante Bob Seger, Robert Palmer et (plus étonnant), Jimmy Cliff. Le Bon Temps du rock and roll est l’unique tube et single d’un album qui rompt avec les précédentes productions. À l’occasion des festivités de bicentenaire de la marine, le 29 septembre, il chante sur le Foch, devant un parterre de marins ; le show est retransmis en direct sur TF1. Du 18 octobre au 26 novembre, Johnny présente au pavillon de Paris son nouveau spectacle, conçu sur un thème de science-fiction, L’ange aux yeux de lasers. Le chanteur propose plusieurs inédits, notamment Ma gueule, qui très vite devient un standard. Pour son entrée en scène, Hallyday porte des lunettes spécialement adaptées pour lancer des rayons lasers en direction du public. C’est encore sous des lasers qu’il termine, foudroyé, cette première partie, après avoir chanté un vibrant plaidoyer contre la peine de mort, Sauvez moi. La seconde partie est d’une facture plus classique : Hallyday y interprète de nombreux succès et achève son récital par une longue séquence rock ‘n’ roll, sur laquelle l’accompagne au piano Gilbert Montagnéah. Lors de la dernière représentation, David Hallyday (alors âgé de 13 ans), fait sa première apparition publique en accompagnant son père à la batterie sur Rien que huit jours. Joué à guichets fermés durant six semaines, le spectacle attire 250 000 spectateurs, et le double album Pavillon de Paris : Porte de Pantin bat des records de vente pour un disque live.

Diffusé en juin 1980, l’album À partir de maintenant, essentiellement composé de ballades, ne contient aucun tube et n’est jamais parvenu à s’imposer comme marquant dans la discographie du chanteur. Il se distingue par la reprise de La Poupée qui fait non de Michel Polnareff et par la création de Je ne suis pas un héros, chanson écrite par Daniel Balavoine pour Johnny Hallyday. Ce même mois, Sylvie et Johnny chantent à la Fête de la Liberté devant plus de 200 000 spectateurs. Après un concert à Orange, le couple se produit encore aux Arènes de Béziers le 13 août ; le public ignore alors qu’il assiste à ce qui est leur dernière représentation commune. Sylvie Vartan et Johnny Hallyday ont officiellement divorcé le 5 novembre.

Début 1981, sort l’album En pièces détachées, qui marque un net retour au rock dur et violent : avec le titre Guerre, Hallyday s’offre une incursion dans l’univers du hard rock et la chanson Lady Divine, qui se veut une mise en garde contre la consommation de substances illicites et dangereuses, est censurée par sa maison de disques, qui impose son titre (la chanson devait à l’origine s’appeler Lady Cocaïne), ainsi que quelques modifications du texte.

En février et mars, accompagné par une nouvelle formation, le Night Rider Band (anciens musiciens d’Elton John), il tourne à travers la France et la Belgique. Son tour de chant, entrecoupé de rares ballades, est essentiellement rock et, sur scène, Lady Divine, interprétée sans censure, redevient Lady Cocaïne au gré des couplets. La tournée s’achève sous chapiteau à Paris, porte de Pantin. Durant l’été, le spectacle est diffusé sur Antenne 2, dans son intégralité, à l’exception de Lady Divine, indésirable à la télévision. (Live). Enregistré à Londres, Pas facile sort en septembre. Album d’introspection, il révèle les désillusions, empreintes de nostalgie, du chanteur. Sur J’en ai marre, chanson à l’humour caustique, Hallyday invective la presse qui, il y a peu, l’a donné pour mort et généralement invente sa vie. Cet album marque la fin de la collaboration avec Michel Mallory, après neuf années d’une fructueuse complicité qui à présent marque le pas.

Depuis Ma gueule, le chanteur ne connaît plus de grand « tube » et malgré un répertoire largement renouvelé ces dernières années, il manque de titres marquants. Pour autant, cette période où Johnny Hallyday collabore essentiellement avec Pierre Billon est fructueuse en créations. Au cours de ces quatre années, il enregistre huit albums studio (dont un en espagnol Black es noir et Version 82 où il réenregistre la totalité des chansons de sa période Vogue). Sorti au début de l’année 1982, l’album Quelque part un aigle, faisant fi des contraintes commerciales, s’essaye à d’autres thèmes, explore d’autres pistes musicales et déroute quelque peu le public. Il s’accompagne, en février-mars, d’une tournée avec un nouveau groupe, Énergy, ou cours de laquelle, le 19 février, le chanteur donne deux représentations pour les détenus à la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogisal.

À la ville, au printemps 1982, Johnny Hallyday entame avec Nathalie Baye une relation dont naît, en novembre 1983, Laura Smet. Commercialisé quelques jours avant la première du spectacle, l’album La peur n’existe que par et pour le show Fantasmhallyday, que Johnny donne au Palais des sports de Paris à l’automne. En 1983, Entre violence et violon est l’album du renouveau artistique, avec lui s’amorcent les changements à venir163, qui trouvent leurs apogées avec les albums Rock’n’Roll Attitude et Gang. Avant cela, il se régénère à Nashville, « berceau du rock ‘n’ roll », où il enregistre trois albums : Entre violence et violon, En V.O. et Drôle de métier (plus un Spécial Enfants du rock, issu de l’émission Go, Johnny, Go diffusé sur Antenne 2 le 10 mars 1984). Entre violence et violon et Drôle de métier s’inscrivent parmi les meilleures réussites rock de l’artiste et lui fournissent nombre de titres taillés sur mesure pour la scène, à l’instar de la chanson Mon p’tit loup (ça va faire mal) qui est un succès. Si l’accueil de ces disques est mitigé, la popularité du chanteur n’en demeure pas moins intacte et, à la scène, il mobilise toujours autant les foules. Durant cette période avec peu ou pas de hits, Johnny Hallyday monte deux de ses plus grands spectacles :

Fantasmhallyday est présenté du 14 septembre au 11 novembre 1982, au Palais des sports de Paris. Ce show, le troisième et dernier à thèmes de l’artiste, est considéré comme l’un des plus grands jamais montés en Europe. Johnny incarne « le Survivant » dans un monde après l’apocalypse, où il affronte mutants et zombies. Jean-Claude Camus, en association avec Gilbert Coullier, est pour la première fois son producteur. En première partie, le chanteur repousse les codes du tour de chant traditionnelam en proposant un répertoire de huit titres inédits sur les dix interprétés, n’hésitant pas à interrompre la partie musicale à deux reprises durant plusieurs minutes. Plus tard, s’enchaînent sur la scène une succession de cascades et de combats. En seconde partie, il propose un récital plus conventionnel, reprenant d’anciens succès. Durant deux mois, Johnny donne cinquante-quatre représentations pour deux cent cinquante mille spectateurs. (Palais des sports 82). Au cours d’une représentation, lors d’une cascade, il se blesse à une hanche. Il n’en continue pas moins la scène et, après la capitale, entame en province une longue tournée. Le chanteur, après encore quelques représentations durant l’été, est hospitalisé à l’hôpital Cochin, le 26 juillet 1983, où il est opéré de la hanche, avec la pose d’une prothèse.

À partir du 25 octobre 1984 et jusqu’au 2 février 1985, Johnny Hallyday s’installe pour trois mois au Zénith de Paris, (une durée de programmation jamais vue en Europe). Le chanteur apparaît dans un poing géant et articulé venu du fond de la scène pour s’ouvrir au-dessus du public. Hallyday interprète plusieurs inédits durant ce tour de chant aux accents très rock, mais où ballades et émotions sont néanmoins présentes, notamment avec la reprise de Ne me quitte pas de Jacques Brel. Johnny achève la première session de son Zénith le 23 décembre ; les représentations reprennent le 4 janvier. Le 8 janvier, à quelques minutes de la fin du show, Hallyday s’écroule sur scène, victime d’une syncope. Hospitalisé jusqu’au 12, il est contraint d’annuler toutes ses dates jusqu’au 29 janvier. Le lendemain, Johnny Hallyday remonte sur scène pour les trois dernières dates. Ce spectacle demeure l’une des plus importantes productions et la plus « grosse machinerie » jamais mise en œuvre par l’artiste. (Johnny Hallyday au Zénith)

La période Hallyday-Billon s’achève ici, malgré et peut-être grâce à une absence de « tube », elle est musicalement l’une des plus novatrices du chanteur. Elle n’est pas sans rappeler la période Mick Jones-Tommy Brown, tout autant déroutante pour le public, qui marque la seconde moitié des années soixante, où le chanteur, tout en se cherchant un « second souffle », a livré quelques-uns de ses albums les plus emblématiques. Pierre Billon est la « clé de voûte » de cette volonté de renouvellement chez Hallyday, en ce début de décennie. Une période souvent négligée, parfois décriée. Ainsi Jean-Claude Camus n’a guère de complaisance pour elle, lorsqu’il déclare : « Je considère qu’entre Jacques Revaux et Michel Berger il n’y a rien. […] Il faut reconnaître que depuis le disque avec Berger, il est reparti très fort, n’ayant jamais vendu autant de disques. ». Jean-François Brieu a un tout autre jugement : « Ce qui est caractéristique des productions Billon, c’est que l’on aime aller chercher loin dans les références littéraires, on adore déstructurer les mélodies […], on s’éclate à casser les lignes de basse, les soli trop proprets […]. Bref, on produit, c’est-à-dire qu’on prend des risques ».

L’année 1985 marque le début du Top 50, qui mesure l’impact d’un artiste à la hauteur de ses ventes (et non plus de ses classements dans les hit-parades). Ceux à venir du chanteur établissent que, de tous les artistes issus des années soixante, Johnny Hallyday résiste au temps et aux modes et est quasiment le seul, côté ventes, à pouvoir faire jeu égal avec les nouveaux venus.

Depuis 1961, le chanteur est tenu par contrat de fournir chaque année « un nombre assez imposant d’albums et de 45 tours ». Alain Lévy, nouveau patron de Philips, pense que ses enregistrements devraient être moins nombreux afin de lui permettre de les peaufiner davantage. Dans cette optique, il est fait appel à des auteurs et compositeurs de renom chargés d’écrire du sur mesure pour Johnny Hallyday et lui permettre d’amorcer ce changement.

C’est ainsi qu’au printemps 1985, il enregistre l’album Rock’n’Roll Attitude, écrit composé et réalisé par Michel Berger. Le disque obtient un grand succès public et critique. De nombreux titres sont des hits et deviennent des standards de son répertoire, notamment Quelque chose de Tennessee, qui s’impose comme l’un de ses plus grands succès. L’album fait date dans la carrière de l’artiste, réactualisant les thèmes « hallydayens », il renouvelle quelque peu son public désormais élargi, son image en est profondément modifiée. Cette métamorphose, amorcée par Michel Berger, prend une autre dimension encore grâce au cinéaste Jean-Luc Godard, sous la direction duquel Hallyday tourne le film Détective et avec qui il monte les marches du palais du Festival de Cannes, pour y présenter le film en compétition officielle. Après quinze années d’absence au cinéma dans un vrai rôle, Hallyday déclare : « Ce qui m’intéressait avec Godard, c’était de casser mon image de chanteur, d’éloigner le personnage Hallyday». L’année suivante, le réalisateur Costa-Gavras enfonce le clou avec Conseil de famille, une comédie policière où il confirme un réel talent de comédien. En revanche, le film Terminus de Pierre-William Glenn, en 1987, est un échec retentissant, à l’échelle des espoirs qu’Hallyday a fondés sur lui pour pérenniser son récent statut d’acteur.

Le 13 septembre 1985, après une seconde opération de la hanche début juin, Johnny Hallyday est de retour sur scène. Sa participation à la Fête de l’Humanité deux jours plus tard est l’objet d’une polémique dans les médias et, s’adressant au public, le chanteur déclare : « Pour remettre les choses à leur place, j’aimerai vous dire que je suis très heureux d’être ici avec vous à la Fête de l’Humanité, car avant tout, c’est une fête… des Français ». Cette année-là voit la naissance des Victoires de la musique. L’album Rock’n’Roll Attitude, plusieurs fois nommé (meilleur album rock, meilleure pochette, meilleur clip (réalisé par Bernard Schmitt, pour Quelque chose de Tennessee), n’en remporte aucune.

En 1986, il se sépare d’avec Nathalie Baye. C’est aussi la première année d’une carrière, commencée 26 ans plus tôt, où Johnny Hallyday ne se produit pas sur scène180. À l’automne, il enregistre Gang, un album écrit et réalisé par Jean-Jacques Goldman. L’album, sorti le 6 décembre, est certifié disque de platine en deux semaines181. Plus encore que le précédent, l’opus regorge de tubes en devenir : J’oublierai ton nom (en duo avec Carmel), Je te promets (dont le succès « flirte » avec les sommets atteints par Que je t’aime), Laura (premier titre du chanteur à être diffusé en CD single), qui bat des records au Top 50, où il reste classé six mois durant. Accompagné par une nouvelle formation (notamment Norbert Krief, ancien guitariste de Trust), il chante au palais omnisports de Paris-Bercy du 15 septembre au 4 octobre 1987. Produit par Jean-Claude Camus et Gilbert Coullier, mis en scène par Michel Berger, le spectacle Johnny se donne à Bercy se joue à guichets fermés. Présent sur scène dès le lever de rideau, Johnny, façon Jerry Lee, debout au piano (clin d’œil à la chanson de France Gall), joue l’introduction d’un tour de chant qui compte sept reprises sur les vingt-deux titres d’un répertoire essentiellement extrait des deux derniers albums. Pour la première fois, une chanson lente, Quelque chose de Tennessee, termine le spectacle (Johnny à Bercy). Jusqu’à la fin de l’année et durant une grande partie de 1988, le chanteur tourne en province, où son passage est bissé, voire triplé dans de nombreuses villes.

En 1989, Antenne 2 diffuse la série David Lansky, un policier aux méthodes musclées, avec dans le rôle-titre Johnny Hallyday. Fait rare, à l’occasion de la première diffusion, l’ensemble des magazines TV consacrent leur une à « Johnny-Lansky ». Sur les six initialement prévus, quatre épisodes sont tournés. Son 36e album studio, Cadillac, sort en juin. Étienne Roda-Gil signe l’ensemble des textes et réalise l’album. Plus rock que les précédents opus, le disque consacre plusieurs chansons à la moto. De moteur, de rock et de grands espaces, il en est encore question avec la chanson Cadillac : évocation de Antoine de Lamothe-Cadillac, aventurier français, qui fonde, en 1701, la ville de Détroit, berceau de l’industrie automobile et lieu de naissance de la firme discographique Motown. Conséquemment, la poésie de Roda-Gil, dans un raccourci qui mêle les époques et réécrit l’histoire, fait de l’aventurier le « père fondateur du Rock’n’Roll ».

Aux côtés de Véronique Sanson, Jean-Jacques Goldman, Michel Sardou et Eddy Mitchell, du 6 au 14 novembre, il participe à la toute première tournée organisée au profit des Restos du Cœur, fondés par Coluche en 1985. L’album Tournée d’Enfoirés est rapidement commercialisé au bénéfice de l’association.

Fille de son ami Long Chris, Adeline épouse Johnny en juillet à Ramatuelle. Dans cette même ville, il entreprend la construction de la villa Lorada. Devant plus de deux-cent-cinquante-mille spectateurs, du 15 septembre au 4 octobre, Johnny présente, à guichets fermés son nouveau spectacle Dans la chaleur de Bercy. Il reprend Honky Tonk Women des Rolling Stones, Diego libre dans sa tête de Michel Bergerap, et pour la première fois, inscrit à son répertoire Je ne suis pas un héros. Les chansons Je te promets et L’envie, pour lesquelles il est accompagné par l’Orchestre Symphonique d’Europe, clôturent le récital. (Dans la chaleur de Bercy). Par deux fois au cours de l’année, le chanteur est censuré. En janvier, le clip Les vautours, considéré trop violent, est interdit de télévision. Durant l’automne, son single Je ne suis pas un héros est interdit d’antenne pour cause de guerre du Golfe, certains y voyant une provocation.

En septembre 1991, sort l’album Ça ne change pas un homme, enregistré à New York et réalisé par Mick Lanaro. A contrario des précédents, l’opus propose un florilège d’auteurs compositeurs : Art Mengo, Jon Bon Jovi, Patrick Bruel, Tony Joe White, Philippe Labro… Johnny interprète plusieurs chansons d’une étudiante coréenne de 19 ans, Ysa Shandy, dont Tien a men et Dans un an un jour (dernière composition de Mort Shuman décédé quelques mois plus tôt). À l’automne 1992, pour la troisième fois, il est à Bercy. Le spectacle débute par une séquence de prestidigitation, où on le voit descendre des limbes vers la scène, dans un ascenseur présenté vide quelques secondes plus tôt188. Un morphing des visages du chanteur de différentes époques est diffusé tandis qu’il chante Ça ne change pas un homme. Sur Quelque chose de Tennessee, il rend hommage à Michel Berger disparu durant l’été, tandis qu’avec l’inédit J’ai tout donné il inscrit au tour de chant une séquence hard rock. Point d’orgue de ces quelques moments du spectacle, Hallyday, (avant rappel), conclut sur Poème sur la 7e, au terme duquel dans un écran de fumée, il s’élève vers les cintres emporté par une grue mécanique. (Bercy 92).

En 1999, l’album Sang pour sang, composé et réalisé par David Hallyday, obtient un franc succès. Au terme de l’année 2000, il atteint les deux millions d’exemplaires et devient la plus grosse vente d’Hallyday à ce jour. De nombreux extraits proposés en singles, constituent aussi quelques records de ventes qui confirment l’accueil du public fait à l’album.

Johnny Hallyday fête ses quarante ans de carrière en 2000. Pour l’occasion, Universal réédite, en CD digipack, les 40 albums studio Philips, avec un succès impressionnant : ainsi, le nombre d’exemplaires écoulés de l’album Hamlet au cours de la semaine de sa (re)sortie dépassent ceux de l’album Sang pour sang et la semaine du 10 juin, le chanteur place au Top albums et singles, douze singles et vingt-deux albums, tandis que son dernier opus revient à la seconde place. Le 10 juin 2000, dans le cadre des festivités prévues pour le changement de millénaire, l’artiste donne un spectacle gratuit au pied de la tour Eiffel, devant plus de cinq cent mille spectateurs. Retransmis en direct sur TF1, le spectacle établit un record d’audience avec huit millions de spectateurs (100 % Johnny : Live à la tour Eiffel). Le 15, il chante devant soixante mille spectateurs au Parc de Sceaux (un album live posthume est publié vingt ans plus tard).

Après vingt-sept années d’absence, Johnny Hallyday est de retour à l’Olympia, où il donne, le 17 juin, la première des quarante-deux représentations prévues jusqu’au 25 août (Olympia 2000). Les séances parisiennes sont entrecoupées de plusieurs concerts en province ainsi qu’à Bruxelles et Lausanne. La tournée s’achève à Montréal, où après une absence de vingt-cinq ans, Johnny donne trois représentations au théâtre St Denis. Le Tour 2000 réunit un total de plus d’un million de spectateurs.

Johnny Hallyday est le seul chanteur non anglophone à participer, avec de nombreux artistes internationaux, au CD Good Rockin’ Tonight The Legacy of Sun Records réalisé en hommage au studio américain Sun Records. Sorti en octobre 2001 aux États-Unis, l’album reste inédit en France. À l’automne, il chante Saint-Preux en duo avec la fille du compositeur, Clémence : On a tous besoin d’amour (écrite par Jean-Paul Dréau) se classe 4e au Top 50 et clôt une année quasi sabbatique. Cette année-là, le chanteur renoue avec sa passion pour le sport automobile : au volant d’un 4×4 Mercedes, avec son beau-père André Boudou comme copilote, il participe au rallye de Tunisie et termine 43e. Le tandem se classe encore 21e au rallye du Maroc. En fin d’année, Johnny prend le départ du rallye Dakar, où, au volant d’une Nissan, avec René Metge comme copilote, il se classe 46e. Ils enchaînent avec le rallye de Tunisie, qu’ils terminent à la 42e place.

Johnny Hallyday chante Tous ensemble, titre officiel de l’équipe de France de football pour le Mondial. Le single sort en avril 2002 et se vend à six cent mille exemplaires avant même le début de la compétition. La chanson Marie sort en octobre et se vend à un million quatre cent mille exemplaires, (sa plus grosse vente de single à ce jour). Elle précède la sortie du second double et 43e album studio de sa carrière, À la vie, à la mort, qui lui s’écoule à un million cinq cent mille exemplaires. Cette année-là, L’Express consacre sa « une » au chanteur et titre Enquête sur un phénomène national.

En 2003, Johnny Hallyday se produit pour la seconde fois au Parc des Princes, les 10, 11, 14 et 15 juin. Le tour de chant est l’occasion de nombreux duos, notamment avec Isabelle Boulay avec qui il interprète une nouvelle version de J’oublierai ton nom, où les couplets en anglais disparaissent au profit de paroles exclusivement en français. (Parc des Princes 2003) Il tourne ensuite dans les stades en France, en Suisse et en Belgique et termine sa tournée d’été au festival International de Baalbek au Liban. À l’automne, il se produit encore dans une trentaine de villes en province et conclut son Tour 2003 par quatre représentations au palais omnisports de Paris-Bercy (album live Hallyday Bercy 2003).

À ce stade de sa carrière, Johnny Hallyday n’a jamais semblé aussi populaire, ses disques établissent des records de vente et le public se rend en masse à chacune de ses tournées. C’est alors, qu’il choisit de remettre en question son contrat avec Universal Music Group, qu’il dénonce le 5 janvier 2004. Bien que rompu, son contrat l’oblige à enregistrer un dernier album. Cet ultime disque Philips sort le 7 novembre 2005. Réalisé par Pierre Jaconelli, l’opus plus rock que les précédents, voit Johnny renouer furtivement avec la composition, qu’il délaisse depuis une quinzaine d’années. Écrit en collaboration avec Michel Mallory, le titre Apprendre à aimer clôt un disque qui s’écoule à huit cent mille exemplaires. L’opus comprend également un duo enregistré avec les rappeurs du Ministère A.M.E.R. et Doc Gynéco, Le temps passe (diffusé en single au printemps 2006).

Le disque Ma vérité marque la fin d’une collaboration de quarante-quatre années avec sa maison de disques, durant lesquelles l’artiste a enregistré 44 albums studio, 22 albums live et quelque mille chansons.

Le 8 mars 2017, Johnny Hallyday révèle subir un traitement en raison de cellules cancéreuses. Cette annonce intervient trois jours après le piratage du compte Facebook de sa fille Laura Smet faisant état d’un cancer incurable. Le magazine Closer révèle qu’il est atteint d’un cancer du poumon et que son état est « très préoccupant ». Des médias font état d’une propagation de métastases à d’autres organes.

Alors que sa grande consommation de tabac était de notoriété publique, c’est en octobre 2016 qu’une tumeur au poumon lui a été détectée. Peu avant la fin de l’année 2016, il commence une chimiothérapie médicamenteuse à domicile. Après l’échec de plusieurs protocoles, il suit d’autres séances de chimiothérapie, entrecoupées d’immunothérapie, au centre médical Cedars-Sinai de Los Angeles, en étroite collaboration avec le professeur David Khayat, oncologue réputé. L’entourage minimise la maladie devant les médias alors que le chanteur « enchaîne les problèmes et les hospitalisations, soigneusement cachés au grand public : un souci à la vésicule et des séances de cimentoplastie aux hanches, pour consolider son squelette et lui permettre de remarcher convenablement ».

Malgré son état de santé déclinant, Johnny Hallyday parvient à enregistrer dix titres pour un nouvel album au studio Guillaume Tell, à Paris. Les premières sessions d’enregistrements de cet ultime opus débutent à Los Angeles au printemps. Dans cette même ville, à la même période, il enregistre en duo avec Eddy Mitchell la chanson C’est un rocker, pour l’album de ce dernier La Même Tribu. Paru en novembre, ce titre est le dernier enregistrement de Johnny Hallyday sorti de son vivant.

Johnny Hallyday fait sa dernière apparition publique lors des obsèques de l’actrice Mireille Darc, le 1er septembre 2017.

Il est hospitalisé pour détresse respiratoire le 13 novembre, à la clinique Bizet (Paris 16e). Son entourage dément sa mort, qui est annoncée de façon récurrente sur les réseaux sociaux. Le 18 novembre, il regagne sa résidence « La Savannah », où sa femme fait installer un lit médicalisé. Il décide d’arrêter son traitement et est placé sous assistance respiratoire.

Il meurt le 5 décembre 2017 à 22 h 10, à l’âge de 74 ans, à son domicile de Marnes-la-Coquette, situé près de la rue Maurice-Chevalier, dans les Hauts-de-Seine, des suites de son cancer du poumon.

Le président de la République, Emmanuel Macron, salue sa mémoire et de nombreuses personnalités lui rendent hommage en des termes très élogieux. La presse nationale et internationale salue la carrière du chanteur. Aux États-Unis, le New York Times et CNN décrivent Johnny Hallyday comme l’« Elvis Presley de la France ».

Un « hommage populaire » lui est rendu dans la capitale française, lors de ses obsèques en l’église de la Madeleine, le 9 décembre 2017, célébrées par l’abbé Sinety. Cet hommage réunit entre 800 000 et 1 million de personnes et est suivi par près de 15 millions de téléspectateurs. De ses obsèques à décembre 2017, une messe de suffrage à l’intention du chanteur est célébrée le 9 de chaque mois, en l’église de la Madeleine ; elle réunit chaque mois entre 200 et 750 personnes.

Conformément à son souhait, Johnny Hallyday est inhumé au cimetière de l’église de Lorient de Saint-Barthélemy, sur l’île de Saint-Barthélemy, où il possédait sa villa « Jade ». La cérémonie a lieu le 11 décembre 2017, dans l’intimité familiale et de ses amis proches9.

Le 51e et dernier album studio enregistré par Johnny Hallyday, sort post mortem, le 19 octobre 2018 sous le titre Mon pays c’est l’amour0. En mars 2019, l’album s’est écoulé à 1,5 million d’exemplaires selon le SNEP, et l’ensemble des ventes de Johnny Hallyday en 2018 représente 2,2 millions d’exemplaires.

Un album posthume intitulé Johnny, composé d’une compilation de succès de sa période Philips-Universal réarrangés en versions symphoniques ou acoustiques par Yvan Cassar, sort le 25 octobre 2019. Après avoir été le meilleur démarrage de l’année en France (avec 148 000 disques vendus en première semaine), l’album Johnny atteint deux mois plus tard les 420 000 ventes et se classe en tête des meilleures ventes physiques d’albums pour 2019.

L’album Les Vieilles Canailles Le Live, captation du concert donné à Bercy le 24 juin 2017 par Eddy Mitchell, Jacques Dutronc et Johnny Hallyday lors de la tournée des Vieilles Canailles, sort le 8 novembre 2019. Il s’écoule à 224 000 exemplaires et se classe à la 7e place du top 10 des meilleures ventes sur l’année.

Deux ans après sa disparition, la Monnaie de Paris édite en hommage à l’artiste une série de médaille imprimée à son image, tandis que, début décembre, un hommage public lui est rendu à l’Olympia de Paris, avec la diffusion d’images d’archives enregistrées (de 1961 à 2006), où le temps de trois représentations, son nom a pour la 267e fois illuminé le fronton de la salle de Bruno Coquatrix.

En 2020, quatre concerts inédits au disque sont publiés : Johnny Live Port Barcarès 1969, Parc de Sceaux 15.06.2000, Son rêve américain Live au Beacon Theatre de New-York 2014 et Bercy 2003.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.