John Tyler, 10ème Président des Etats-Unis.

John Tyler, né le 29 mars 1790 dans le comté de Charles City (Virginie) et mort le 18 janvier 1862 à Richmond (même État), est un homme d’État, militaire et avocat américain, 10e président des États-Unis et 10e vice-président des États-Unis.

Capitaine de la guerre anglo-américaine de 1812 élu à la Chambre des représentants des États-Unis pour la Virginie puis gouverneur de l’État, il est par la suite sénateur au niveau fédéral avant de devenir vice-président en 1841. Il est le premier à accéder au poste de président à la suite de la mort de son prédécesseur, William Henry Harrison. L’opposition de Tyler au fédéralisme et son soutien enthousiaste aux droits des États le rendent populaire auprès de ses concitoyens de Virginie, mais lui aliènent le soutien de la plupart de ses alliés politiques, qui l’avaient amené au pouvoir à Washington. Sa présidence fut ainsi paralysée par l’opposition des deux partis à sa politique et à la fin de sa vie, il rejoignit les États confédérés d’Amérique lors de la guerre de Sécession.

Tyler était né dans une famille aristocratique de Virginie d’ascendance anglaise et il gravit les échelons du pouvoir dans une période de  bouleversements politiques. Dans les années 1820, le seul parti politique du pays, le Parti républicain-démocrate, se divisa en plusieurs factions dont beaucoup ne partageaient pas les idéaux de Tyler. Bien qu’étant à l’origine un démocrate, son opposition aux présidents Andrew Jackson et Martin Van Buren le rapprocha du Parti whig et il fut élu vice-président sur le ticket whig en 1840. À la mort du président Harrison le 4 avril 1841, un mois seulement après son investiture, une brève crise constitutionnelle éclata sur le processus de succession. Tyler se rendit immédiatement à la Maison-Blanche, prêta le serment de président et assuma l’ensemble des pouvoirs présidentiels, un précédent qui définit la gestion des futures successions et finit par donner lieu au 25e amendement de la Constitution des États-Unis adopté en 1967.

Une fois président, il s’opposa à son parti et mit son veto à plusieurs de ses propositions. En conséquence, une grande partie de son Cabinet démissionna et les whigs, qui le surnommaient « Son Accidence », en raison des circonstances de son accession au pouvoir, l’expulsèrent du parti. Cela contribua à bloquer sa politique intérieure, mais il connut plus de succès dans les affaires étrangères et fit adopter les traités de Webster-Ashburton avec le Royaume-Uni et de Wanghia avec la Chine. Tyler consacra ses deux dernières années de présidence à l’annexion du Texas. S’étant aliéné les démocrates et les whigs, il chercha à fonder un nouveau parti pour soutenir sa campagne présidentielle mais ses efforts furent vains.

Tyler, carte maximum, USA.

L’annexion du Texas fut approuvée par le Congrès dans les derniers jours de son mandat et elle fut menée par son successeur, le démocrate James K. Polk. Tyler se retira de la vie politique jusqu’au déclenchement de la guerre de Sécession en 1861. Il rejoignit le gouvernement confédéré et fut élu à la Chambre des représentants de la Confédération peu avant sa mort. Même si certains ont fait l’éloge de sa détermination politique, la présidence de Tyler est tenue en faible estime par les historiens qui le considèrent comme un président obscur sans grande importance dans la mémoire culturelle américaine.


À 21 ans, Tyler fut élu par les électeurs du comté de Charles City à la  Chambre des délégués de Virginie ; il réalisa cinq mandats d’un an et siégea au comité judiciaire. Les opinions caractéristiques du jeune politicien étaient déjà claires à la fin de son premier mandat : un fort soutien aux droits des États et l’opposition à une banque nationale. Il rejoignit son confrère législateur Benjamin W. Leigh dans une motion de censure contre les sénateurs de Virginie William B. Giles et Richard Brent qui avaient voté en faveur de la First Bank of the United States malgré les instructions de la législature.

En plus des conflits internes sur une banque nationale, les États-Unis affrontèrent le Royaume-Uni lors de la guerre de 1812. L’éducation de Tyler l’avait imprégné d’un profond sentiment anti-britannique et au début de la guerre il milita pour une action militaire forte. Après la prise d’Hampton en Virginie à l’été 1813, Tyler organisa une petite unité de milice pour défendre Richmond mais il n’y eut aucune attaque et la compagnie fut dissoute deux mois plus tard. La même année, son père mourut et Tyler hérita de la propriété familiale et de treize esclaves. En 1816, il démissionna pour entrer au conseil d’État du gouverneur, un groupe de huit conseillers élus par la législature.

Tyler épousa sa première femme, Letitia Tyler, en 1813 alors qu’il siégeait à la Chambre des délégués de Virginie. La mort du représentant John Clopton à l’automne 1816 laissa vacant le siège du 23e district congressionnel de Virginie et Tyler était bien positionné pour y accéder. Il affronta son ami et allié politique Andrew Stevenson, alors président de la Chambre des délégués de Virginie. Les opinions politiques des deux hommes étant similaires, le suffrage s’apparenta plus à un concours de popularité15. Les liens politiques de Tyler et son habilité de candidat lui permirent de remporter l’élection à une courte majorité. Il rejoignit le Parti républicain-démocrate, le principal parti politique de l’époque, au sein du 14e Congrès le 17 décembre 1816 pour achever le mandat de Clopton. Il fut réélu pour un mandat complet au printemps 1817.

Alors que les républicains-démocrates avaient longtemps défendu les droits des États, ils avaient commencé à demander un renforcement du gouvernement fédéral à la suite de la guerre de 1812. Une majorité des membres du Congrès défendait ainsi le financement fédéral de projets d’infrastructures mais Tyler rejetait ces propositions fédéralistes pour des raisons constitutionnelles et personnelles. Il estimait chaque État devait financer lui-même les infrastructures nécessaires et il déclara que la Virginie n’était pas « dans un si triste état qu’elle nécessitait une donation « charitable » de la part du Congrès ». Il fut choisi pour participer à un audit de la Second Bank of the United States en 1818 au sein d’un comité de cinq personnes et fut choqué par la corruption au sein de la banque. Il milita pour sa fermeture mais le Congrès rejeta une telle proposition. Son premier affrontement avec Andrew Jackson, alors général, eut lieu après son invasion de la Floride en 1818 lors de la première guerre séminole. Tout en louant le courage de Jackson, Tyler condamna le comportement zélé du général et son exécution de deux sujets britanniques. Tyler fut réélu sans opposition au début de l’année 1819.

Tyler fut un propriétaire d’esclaves toute sa vie et il eut jusqu’à 40 esclaves à Greenway. S’il considérait l’esclavage comme diabolique et ne fit aucune tentative pour le justifier, il n’accepta aucune émancipation nationale et ne libéra aucun de ses esclaves même à la veille de la guerre de Sécession. Les conditions de vie de ses esclaves ne sont pas très bien documentées mais les historiens s’accordent sur le fait que Tyler se préoccupait de leur bien-être et s’abstenait de violences physiques contre eux.

L’admission du Missouri dans l’Union et le statut de l’esclavage dans cet État furent la principale préoccupation du 16e Congrès qui débuta en 1819. Tyler avança que l’autoriser dans le Missouri attirerait les propriétaires d’esclaves du Sud, diminuerait le nombre d’esclaves dans l’Est et réduirait la dépendance des États à cette pratique. Ainsi, l’abolition se ferait au sein des États sans intervention fédérale comme cela avait été le cas en Nouvelle-Angleterre. Estimant en revanche que le Congrès n’avait pas le pouvoir de légiférer sur l’esclavage et qu’admettre des États selon qu’ils soient esclavagistes ou abolitionnistes ne pourrait que conduire à des tensions, il s’opposa au compromis du Missouri qui prévoyait l’entrée dans l’Union du Missouri esclavagiste et du Maine abolitionniste ; le compromis fut néanmoins adopté.

Tyler ne chercha pas à obtenir un nouveau mandat au Congrès à la fin de l’année 1829, d’après lui pour des raisons de santé. Il témoigna en privé de sa frustration vis-à-vis du poste car ses votes d’opposition furent largement symboliques et ne firent pas changer la culture politique de Washington ; il observa également la difficulté qu’il aurait à financer l’éducation de ses enfants avec le faible salaire de représentant. Il quitta son siège le 4 mars 1821 pour laisser la place à son ancien adversaire Stevenson avant de retourner à son activité de juriste.

Fatigué et lassé par son travail de juriste, il brigua un siège à la Chambre des délégués en 1823. Aucun délégué du comté de Charles City ne se représentait et il fut facilement élu en avril. Lors de sa prise de fonction, la Chambre s’occupait de la préparation de l’élection présidentielle de 1824. En effet, les membres du Congrès désignaient alors les candidats à l’élection  présidentielle lors d’un caucus mais cette pratique devenait de plus en plus impopulaire. Tyler tenta de convaincre la chambre basse de soutenir le système en place et de choisir William H. Crawford comme candidat du Parti républicain-démocrate. Malgré le soutien de la législature à Crawford, l’opposition au système de caucus eut gain de cause. Durant son mandat, Tyler s’engagea dans le sauvetage du College of William and Mary menacé de fermeture à cause de la baisse des effectifs. Au lieu de le déplacer de la ville rurale de Williamsburg à la capitale Richmond, Tyler proposa une série de réformes administratives et financières. Celles-ci portèrent leurs fruits et en 1840, l’école atteignit un record d’affluence.

La cote politique de Tyler grandissait et il fut pressenti pour l’élection sénatoriale de 1824. La législature le nomma gouverneur de Virginie en décembre 1825. Il remporta l’élection par 131 voix contre 81 face à John Floyd. La première constitution de Virginie (1776-1830) limitait fortement les pouvoirs du gouverneur qui ne disposait même pas d’un droit de veto. Cette fonction offrait donc une importante tribune politique à Tyler mais il avait peu d’influence sur législature. Son acte le plus marquant en tant que gouverneur fut de lire l’oraison funèbre du président Thomas Jefferson, originaire de Virginie et mort le 4 juillet 1826. Tyler admirait profondément Jefferson et son éloge funèbre fut bien reçue.

Le mandat de gouverneur de Tyler fut assez calme. Il défendit les droits des États et s’opposa avec véhémence à tout accroissement du pouvoir fédéral. Afin d’empêcher les propositions fédérales de construction  d’infrastructures, il suggéra que la Virginie étende activement son propre réseau routier. Il proposa également d’améliorer le système d’écoles publiques de l’État, et en particulier ses finances, mais aucune action significative ne fut prise. Tyler fut réélu à l’unanimité pour un second mandat en décembre 1826.

En janvier 1827, l’Assemblée législative de Virginie se préparait à la réélection prochaine du sénateur John Randolph pour un nouveau mandat de six ans. Si ce personnage controversé était un fervent partisan des droits des États, comme l’était la législature de Virginie, il était réputé pour son tempérament explosif et son comportement erratique au Sénat, qui mettait ses alliés en difficulté. De plus, il s’était fait des ennemis en s’opposant avec force au président John Quincy Adams et au sénateur Henry Clay du Kentucky. Les nationalistes du Parti républicain-démocrate, qui soutenait Adams et Clay, représentaient une minorité importante à l’assemblée de Virginie et ils espéraient évincer Randolph en ralliant les partisans des droits des États mal à l’aise avec la réputation du sénateur. Ils approchèrent Tyler et lui promirent leur soutien s’il faisait campagne contre Randolph. Tyler déclina l’offre à plusieurs reprises et déclara que Randolph était le meilleur candidat mais les pressions continuèrent de s’accroître. Il déclara finalement qu’il accepterait le poste s’il était désigné. Le jour du vote, il fut avancé par un délégué qu’il n’y avait aucune différence politique entre les deux candidats mais que Tyler était simplement un personnage plus agréable que Randolph. Les partisans de ce dernier avancèrent que l’élection de Tyler était une approbation tacite de l’administration Adams. Tyler fut élu par 115 voix contre 110 et il quitta son poste de gouverneur le 4 mars 1827 pour rejoindre le Sénat.

Au moment de l’élection de Tyler, le Sénat se préparait à l’élection  présidentielle de 1828 qui voyait le président sortant John Quincy Adams affronter le général Andrew Jackson. À ce moment, le Parti républicain-démocrate s’était déjà scindé entre le Parti national-républicain d’Adams et le Parti démocrate de Jackson. Tyler fut dégoûté par les deux candidats qui incarnaient tous deux les idées fédéralistes qu’il avait toujours rejetées. Il se rapprocha pourtant de Jackson dans l’espoir que son administration insisterait moins sur les travaux publics fédéraux que celle d’Adams. Concernant Jackson, il écrivit « En lui, je peux au moins avoir un espoir ; En Adams, je n’ai que du désespoir ».

La première session du 20e Congrès commença en décembre 1827. Tyler siégeait aux côtés de son ami Littleton W. Tazewell, originaire de Virginie qui partageait les mêmes idées sur le rôle du gouvernement fédéral justice et avait également rejoint Jackson à contre-cœur. Tout au long de son mandat, Tyler s’opposa vigoureusement à toutes les lois concernant des projets d’infrastructures fédérales. Ses collègues du Sud et lui furent outrés par les droits de douanes protectionnistes fixés en 1828 par les partisans de Jackson et que ses détracteurs appelaient la « taxe abominable ». Cette taxe visait à protéger les industries naissantes du Nord des États-Unis en taxant les produits manufacturés importés. D’une part, le Sud moins industriel devait donc payer plus cher pour importer les biens qu’il ne produisait pas, tandis que d’autre part, les Britanniques, ne pouvant écouler leur production, étaient moins enclins à acheter le coton sudiste. Profondément déçu, Tyler suggéra que le seul effet positif de la loi consisterait en un retour de bâton national qui restaurerait le respect pour les droits des États.

Malgré son soutien à Jackson lors de l’élection de 1828, Tyler trouva rapidement des points de désaccord avec le président démocrate investi en mars 1829. Il fut notamment frustré par le développement du système des dépouilles qu’il décrivit comme une « arme électoraliste ». Il vota contre la plupart des nominations présidentielles lorsqu’elles lui semblaient basées sur le clientélisme ou ne suivaient pas les procédures constitutionnelles. Son propre parti considéra de telles actions comme un « acte de rébellion ». Il fut particulièrement irrité quand Jackson nomma trois représentants auprès de l’Empire ottoman sans demander l’avis du Sénat.

Tyler essaya néanmoins de rester en bons termes avec Jackson, s’opposant à lui uniquement sur des questions de principe et non pour des raisons partisanes. Il défendit le président lors de son veto sur le projet de financement d’une route reliant Lexington au fleuve Ohio que Jackson jugeait inconstitutionnel. Il vota pour confirmer plusieurs nominations présidentielles malgré la forte opposition du Parti national-républicain38. Le débat central de l’élection présidentielle de 1832 concernait la reconduite de la Second Bank à laquelle s’opposaient Tyler et Jackson. Le Congrès vota en juillet 1832 pour maintenir la banque en fonction mais Jackson mit son veto pour des raisons constitutionnelles et pragmatiques. Tyler vota pour soutenir le veto et approuva la réélection de Jackson.

Les tensions entre Tyler et son parti atteignirent leur paroxysme durant le 22e Congrès au début de la crise de l’annulation en 1832. La Caroline du Sud menaçant de faire sécession, adopta l’ordonnance d’invalidation de novembre 1832 qui annulait la « taxe abominable » au sein de ses frontières. Cela souleva la question constitutionnelle de savoir si un État avait le droit d’invalider une loi fédérale. Le président Jackson, qui rejetait un tel droit, se préparait à signer une loi autorisant le gouvernement fédéral à utiliser la force pour faire appliquer les droits de douane en Caroline du Sud. Tyler, qui sympathisait avec les raisons de l’invalidation avancées par la Caroline du Sud, rejeta l’emploi de la force contre un État et donna un discours en février 1833 soulignant ses vues. Il soutint les tentatives de Henry Clay pour trouver un compromis qui réduirait progressivement les droits de douane sur dix ans afin de réduire les tensions entre les États et le gouvernement fédéral. En votant contre la loi autorisant l’usage de la force, Tyler savait qu’il perdrait définitivement l’appui des partisans de Jackson à la législature de Virginie y compris ceux qui avaient jusque-là toléré ses écarts. Cela mit en péril ses chances de réélection au Sénat en février 1833 et il dut faire face à James McDowell (en), partisan de Jackson. Avec le soutien de Clay, il fut néanmoins réélu pour un nouveau mandat à la majorité relative.

Jackson irrita encore plus Tyler en utilisant son pouvoir exécutif pour dissoudre la Second Bank. Il délivra un ordre exécutif en septembre 1833 en demandant à son secrétaire du Trésor Roger Brooke Taney de commencer immédiatement à transférer les fonds de la banque vers des banques contrôlées par les États. Tyler vit cela comme une « prise de pouvoir flagrante », une rupture de la charte de la banque et une menace pour l’économie. Après plusieurs mois de réflexion difficile, il décida de rejoindre le nouveau Parti whig de Clay qui contrôlait le Sénat sans renier son opinion concernant l’inconstitutionnalité de la banque. Siégeant au comité des finances du Sénat, il vota en faveur de deux motions de censure contre le président en mars 1834. Le 3 mars 1835, lors des dernières heures du 23e Congrès, les Whigs l’élurent président pro tempore du Sénat dans un geste symbolique de soutien. Il reste le seul président à avoir exercé cette fonction.

Deux ans avant la convention nationale whig de 1839  à Harrisurg en Pennsylvanie, la panique de 1837 avait plongé le pays dans une grave crise économique. Les tentatives de Van Buren pour y remédier se révélèrent inefficaces et lui coûtèrent le soutien de la population. Le Parti démocrate étant divisé, il était probable que le candidat whig remporterait l’élection de l’année suivante. Tyler participa à la convention avec la délégation de Virginie mais en raison des tensions causées par l’élection au Sénat, cette dernière refusa de soutenir sa candidature à la vice-présidence. Harrison, Clay et le général Winfield Scott étaient les principaux prétendants à la nomination pour la présidence mais aucun ne parvint à prendre l’avantage lors de la convention. Les délégués de Virginie soutenaient Clay mais il était peu populaire au Nord et certains représentants nordistes, tels que  Thaddeus Stevens de Pennsylvanie, firent circuler une lettre de Scott dans laquelle il exprimait apparemment des idées abolitionnistes. Cela irrita la puissante délégation de Virginie qui désigna Harrison comme son second choix et beaucoup de partisans du général se rallièrent à Harrison qui fut finalement désigné.

Le choix du candidat à la vice-présidence était considéré comme ayant peu d’importance étant donné que tous les présidents avaient achevé leur mandat. La désignation fut donc peu suivie et les détails de la victoire de Tyler sont mal connus. L’historien Oliver Chitwood note cependant qu’il était un choix logique car en tant que propriétaire d’esclaves sudiste, il équilibrait le ticket et rassurait les Sudistes qui craignaient qu’Harrison soit abolitionniste. Il avait également été un potentiel candidat à la vice-présidence en 1836 et sa présence sur le ticket pourrait garantir que la Virginie, l’État le plus peuplé du Sud, vote pour les whigs. L’éditeur new-yorkais Thurlow Weed avança que « Tyler fut finalement pris parce que personne d’autre ne voulait » mais cette déclaration est postérieure à la rupture entre le président Tyler et le Parti whig. Devenu président, Tyler fut accusé d’avoir obtenu la nomination en ayant dissimulé ses opinions mais il répliqua que personne ne les lui avait demandées. Son biographe Robert Seager avance qu’il fut sélectionné faute d’alternative et conclut : « il fut placé sur le ticket pour garantir le Sud à Harrison. Ni plus, ni moins ».

Craignant de déchirer leur parti, les whigs ne rédigèrent aucun programme électoral et ils firent campagne sur leur opposition à Van Buren et les démocrates qu’ils rendaient responsables du marasme économique. Les responsables du parti voulurent initialement que ni Harrison ni Tyler ne fassent de déclarations pour éviter de créer des divisions mais ils changèrent d’avis quand le vice-président sortant Richard Mentor Johnson réalisa une tournée lors de laquelle il donna de nombreux discours. Tyler se rendit de Williamsburg à Columbus dans l’Ohio, l’État de Harrison, pour s’adresser à une convention locale et déclarer qu’il partageait les opinions de son colistier. Durant ce voyage de près de deux mois, il fit de nombreux discours mais s’efforça de rester vague sur les questions importantes telles que la banque nationale ou l’esclavage.

Pour remporter l’élection, les responsables whigs estimèrent qu’ils devaient mobiliser toute la population, y compris les femmes qui ne pouvaient alors pas voter, par de nombreux rassemblements et la distribution d’affiches et de tracts sur une échelle encore jamais vue. Quand la presse démocrate présenta Harrison comme un vieux soldat qui abandonnerait la campagne si on lui donnait à boire un tonneau de cidre dans sa cabane en rondins, les whigs s’emparèrent de l’image pour présenter leur candidat, pourtant très aisé, comme un homme du peuple56. Ils rappelèrent également le passé militaire de Harrison avec le slogan « Tippecanoe and Tyler Too » (« Tippecanoe et Tyler aussi ») en référence à sa victoire lors de la bataille de Tippecanoe en 1811 ; le slogan fut adapté en chanson et des chorales le reprirent aux côtés de chants patriotiques dans tout le pays ; un journaliste démocrate rapporta que les rassemblements du Parti whig étaient inoubliables même si certains déploraient que les distributions de cidre encourageaient l’ivresse publique.

Tyler avait prédit que les whigs remportèrent facilement la Virginie mais cela ne fut pas le cas. Malgré cela, les whigs arrivèrent largement en tête au Collège électoral avec 234 votes contre 60 et 53 % du vote populaire. Les deux chambres du Congrès passèrent également sous leur contrôle.

En tant que vice-président élu, Tyler resta dans sa résidence de Williamsburg. En privé, il confia son espoir que le nouveau président prendrait des mesures fortes et éviterait les divisions et le clientélisme dans son gouvernement. Il ne participa pas à la formation du Cabinet et ne proposa aucun candidat pour des postes dans la nouvelle administration whig. Harrison, harcelé par les demandes de nomination émanant notamment de Clay, sollicita à deux reprises l’avis de son vice-président sur le limogeage d’un partisan de Van Buren ; Tyler s’y opposa les deux fois et Harrison déclara que si « M. Tyler dit qu’ils ne doivent pas être remplacés, je ne les remplacerai pas ». Les deux hommes se rencontrèrent brièvement à Richmond en février et assistèrent ensemble à une parade mais ils ne parlèrent pas de politique.

Tyler prêta serment le 4 mars et délivra un discours de seulement trois minutes sur les droits des États avant d’assermenter les nouveaux sénateurs et d’assister avec eux à l’investiture d’Harrison. Après la cérémonie, le vice-président retourna au Sénat pour recevoir les nominations du président au Cabinet avant d’y revenir à nouveau le lendemain pour présider à leur confirmation en tant que président du Sénat. S’attendant à avoir peu de responsabilités, Tyler quitta Washington, D.C. pour Williamsburg. L’historien Robert Seager II écrivit plus tard que « si William Henry Harrison avait vécu, John Tyler serait certainement devenu aussi obscur que tous les autres vice-présidents de l’histoire américaine ».

Le grand âge d’Harrison qui avait alors 68 ans et sa santé déclinante n’avaient été un secret pour personne durant la campagne et la question de la succession présidentielle était dans tous les esprits. Les premières semaines de la présidence, et notamment son discours d’investiture de deux heures dans un froid glacial, épuisèrent Harrison qui contracta une pneumonie et développa une pleurésie. Le secrétaire d’État Daniel Webster envoya un message à Tyler concernant la maladie de Harrison le 1er avril ; deux jours plus tard, l’avocat de Richmond, James Lyons, écrivit que l’état du président se dégradait et qu’il « ne serait pas surpris de lire dans le courrier du lendemain que le général Harrison n’était plus ». Tyler ne voulait pas se rendre à Washington pour ne pas être accusé d’anticiper la mort du président. Cependant, à l’aube du 5 avril, deux courriers arrivèrent à la résidence de Tyler avec une lettre de Webster lui annonçant qu’Harrison était mort la veille.

La mort d’un président en exercice n’avait pas de précédent et sa succession causa donc une grande confusion. L’article II de la Constitution des États-Unis précisait uniquement :

« En cas de destitution, de mort ou de démission du président, ou de son incapacité d’exercer les pouvoirs et de remplir les devoirs de sa charge, ceux-ci seront dévolus au vice-président. »

Il donna un discours de facto d’investiture le 19 avril en réaffirmant les principes fondamentaux de la démocratie jeffersonienne et la limitation des pouvoirs fédéraux. La prise de fonction de Tyler ne fut pas immédiatement acceptée par les membres de l’opposition au Congrès comme John Quincy Adams qui militait pour que Tyler assume un rôle de transition sous le titre de « président par intérim » ou qu’il reste vice-président de nom73. Parmi ceux qui questionnaient l’autorité de Tyler figurait le chef des whigs Henry Clay qui avait essayé d’être « le véritable pouvoir derrière un trône  maladroit » en exerçant une influence considérable sur Harrison et il transférait à ce moment cette ambition sur son proche ami Tyler. Il le considérait comme le « vice-président » et sa présidence comme une simple « régence ».

Le 1er juin, impressionnées par ses actions autoritaires, les deux chambres du Congrès adoptèrent des résolutions qui firent de Tyler le 10e président des États-Unis. Tyler devenait ainsi le premier vice-président à accéder à la présidence à la suite de la mort de son prédécesseur. Il établit un précédent qui fut répété à huit reprises aux xixe et xxe siècles. Pourtant la codification, à travers le 25e amendement de la Constitution, des actions de Tyler pour assumer l’ensemble des pouvoirs et le titre de président n’intervint pas avant 1967.

Bien que son accession au pouvoir ait reçu l’approbation du Cabinet puis du Sénat et de la Chambre des représentants, les détracteurs de Tyler (que certains membres du Cabinet et du Congrès qui avaient légitimé sa présidence finirent par rejoindre) ne l’acceptèrent jamais complètement en tant que président. Il reçut de nombreux surnoms dont « Son Accidence » en référence à son accession à la présidence, non pas à travers des élections, mais après les circonstances accidentelles concernant sa nomination et la mort d’Harrison. Cependant, la conviction de Tyler qu’il était le président légitime ne faiblit jamais ; lorsque ses opposants envoyaient des messages à la Maison-Blanche adressés au « vice-président » ou au « président par intérim », Tyler les renvoyait sans les ouvrir.

Après la fin de son mandat, Tyler se retira dans une plantation de Virginie, initialement appelée « Walnut Grove » située le long de la James River dans le comté de Charles City. Il la renomma Sherwood Forest en référence à Robin des Bois et à sa « mise hors la loi » par le Parti whig. Il ne prit pas l’exploitation de ses terres à la légère et travailla dur pour obtenir de hauts rendements tout au long des années 1840. Ses voisins, principalement whigs, le nommèrent « superviseur » de la route passant à proximité en 1847 pour se moquer de lui. À leur grand dam, il prit ce titre sérieusement, rassemblait fréquemment les esclaves de ses voisins pour participer à des travaux de réfection de la chaussée et il continua à porter le titre même après que ses voisins lui eurent demandé d’arrêter. Il se retira de la vie politique et recevait rarement des visites de ses amis. On lui demandait parfois de donner des discours mais il n’était pas recherché comme conseiller. Il fit un discours remarqué lors de l’inauguration d’un monument à Henry Clay ; reconnaissant les batailles politiques qui les avaient opposés, il vanta les mérites de son ancien collègue qu’il admirait pour sa création du compromis de 1833 sur les droits de douane.

À la veille de la guerre de Sécession, Tyler revint en politique en tant que soutien et président de la convention de la paix de Virginie tenue à Washington en février 1861. La convention chercha un compromis pour éviter la guerre civile alors que la Constitution des États confédérés était rédigée à la convention de Montgomery en Alabama. Lorsque les propositions de la convention furent rejetées par le Congrès, Tyler abandonna tout espoir de compromis et vit la sécession comme la seule option. Optimiste quant à une rupture pacifique, il pensait que le départ rapide de tous les États du Sud ne déclencherait pas une guerre. Lorsqu’elle finit par éclater, Tyler rejoignit sans hésiter la Confédération et il devint un délégué du Congrès confédéré provisoire à partir du 4 février 1861. Il remporta ensuite l’élection à la Chambre des représentants du Congrès des États confédérés. Le 5 janvier 1862, il s’installa à Richmond en prévision de sa participation au Congrès mais il ne vécut pas assez longtemps pour voir l’ouverture de la session parlementaire.

Tout au long de sa vie, Tyler avait eu une santé fragile. En vieillissant, il souffrit de plus en plus fréquemment de rhumes durant l’hiver. Après son départ de la Maison-Blanche, il fut victime de crises répétées de dysenterie et de nombreux accès d’arthrose. Le 12 janvier 1862, après s’être plaint de frissonnements et de vertiges, il vomit et s’effondra. Il se remit mais les mêmes symptômes revinrent le lendemain. Il fut soigné durant le reste de la semaine mais son état ne s’améliora pas et il envisagea de rentrer à Sherwood Forest le 18. La veille, il commença à suffoquer alors qu’il se trouvait dans son lit et Julia appela son médecin. Peu après minuit, Tyler but une dernière gorgée de brandy et dit à son docteur, « Je m’en vais, C’est peut-être mieux ainsi ». On suppose qu’il fut victime d’un accident vasculaire cérébral. Tyler fut enterré au Hollywood Cemetery de Richmond en Virginie à proximité de l’ancien président James Monroe.

La mort de Tyler fut la seule dans l’histoire présidentielle à ne pas avoir été officiellement pleurée à Washington du fait de son allégeance à la Confédération. Il avait demandé une cérémonie simple mais le président de la Confédération Jefferson Davis prononça un grand discours dans lequel il présenta Tyler comme un héros de la Confédération. Son cercueil fut ainsi enroulé dans un drapeau confédéré. Plusieurs villes américaines portent le nom de Tyler dont la plus importante est Tyler au Texas.

Source : Wikipédia.

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