Jean-Sébastien Bach, musicien et compositeur.

Jean-Sébastien Bach (en allemand : Johann Sebastian Bach, né à Eisenach (Duché de Saxe-Eisenach) le 21 mars 1685 (31 mars 1685 dans le calendrier grégorien) et mort à Leipzig le 28 juillet 1750, est un musicien, notamment organiste, et compositeur allemand.

Membre le plus éminent de la famille Bach — la famille de musiciens la plus prolifique de l’histoire —, sa carrière se déroule entièrement en Allemagne centrale, dans le cadre de sa région natale, au service de petites municipalités, de cours princières sans importance politique, puis du conseil municipal de Leipzig, qui lui manifeste peu de considération : ainsi, jamais il n’obtient un poste à la mesure de son génie et de son importance dans l’histoire de la musique occidentale, malgré la considération de certains souverains allemands, tel Frédéric le Grand, pour le « Cantor de Leipzig ».

Orphelin de bonne heure, sa première formation est assurée par son père, Johann Ambrosius Bach, puis par son frère aîné, Johann Christoph Bach. Mais il est aussi un autodidacte, passionné de son art, copiant et étudiant sans relâche les œuvres de ses prédécesseurs et de ses contemporains, développant sa science de la composition et particulièrement du contrepoint jusqu’à un niveau inconnu avant lui et, depuis lors, jamais surpassé. Jean-Sébastien Bach est un virtuose de plusieurs instruments, le violon et l’alto, mais surtout le clavecin et l’orgue. Sur ces deux derniers instruments, ses dons exceptionnels font l’admiration et l’étonnement de tous ses auditeurs ; il prétend tout jouer à première vue et peut improviser sur-le-champ une fugue à trois voix. Il a aussi une compétence reconnue et très sollicitée en expertise de facture instrumentale.

À la croisée des principales traditions musicales européennes (pays germaniques, France et Italie), il en opère une synthèse très novatrice pour son temps. Bien qu’il ne crée pas de forme musicale nouvelle, il pratique tous les genres existant à son époque, à l’exception de l’opéra : dans tous ces domaines, ses compositions, dont seules une dizaine sont imprimées de son vivant, montrent une qualité exceptionnelle en invention mélodique, en développement contrapuntique, en science harmonique, en lyrisme. La musique de Bach réalise l’équilibre parfait entre le contrepoint et l’harmonie, avant que cette dernière prenne le pas à partir du milieu du xviiie siècle. Il est, en particulier, le grand maître de la fugue, du prélude de choral, de la cantate religieuse et de la suite, qu’il a portés au plus haut degré d’achèvement. La principale destination de ses œuvres dépend beaucoup des fonctions exercées : pièces pour orgue à Arnstadt, Mühlhausen ou Weimar, de chambre et orchestrales à Cöthen, religieuses à Leipzig notamment.

Inspiré d’une profonde foi chrétienne, ses contemporains le considèrent souvent comme un musicien austère, trop savant et moins tourné vers l’avenir que certains de ses collègues. Il forme de nombreux élèves et transmet son savoir à plusieurs fils musiciens pour lesquels il compose quantité de pièces à vocation didactique, ne laissant cependant aucun écrit ou traité. Mais la fin de sa vie est consacrée à la composition, au rassemblement et à la mise au propre d’œuvres magistrales ou de cycles synthétisant et concrétisant son apport théorique, constituant une sorte de « testament musical ».

Peu connue de son vivant au-dehors de l’Allemagne, passée de mode et plus ou moins oubliée après sa disparition, pleinement redécouverte au XIXe siècle, son œuvre, comprenant plus de mille compositions, est  généralement considérée comme l’aboutissement et le couronnement de la tradition musicale du baroque : elle fait l’admiration des plus grands musiciens, conscients de son extraordinaire valeur artistique. Objet, chez les musicologues et musiciens, d’un culte, qui a pu susciter l’ironie de Berlioz, Jean-Sébastien Bach est considéré, depuis sa redécouverte au XIXe siècle, comme un des plus grands compositeurs de tous les temps, si ce n’est comme le plus grand.


Comme nombre de musiciens des XVIIe et XVIIIe siècles, Jean-Sébastien Bach est issu d’une famille de musiciens : mais la famille Bach — peut-être venue de Hongrie au XVIe siècle et implantée en Thuringe pour pouvoir y pratiquer librement sa confession luthérienne — est la plus nombreuse de toutes.

Un document, probablement établi par Jean-Sébastien Bach lui-même, donne des informations sur la généalogie et la biographie de cinquante-trois musiciens membres de cette famille ; il est intitulé Ursprung der musicalisch-Bachschen Familie (Origine de la famille des Bach musiciens) et trois copies existent, à défaut du manuscrit autographe.

De fait, cette famille exerce une sorte de monopole sur toute la musique pratiquée dans la région : ses membres sont musiciens de ville, de cour, d’église, cantors, facteurs d’instruments, dominant la vie musicale de toutes les villes de la région, notamment Erfurt, Arnstadt, etc. Chaque enfant a donc son destin déterminé : recevoir l’enseignement de son père, de ses oncles ou d’un frère aîné, puis suivre leur trace, celle de ses ancêtres et de ses nombreux cousins.

L’ancêtre Veit Bach, que quatre générations séparent de Jean-Sébastien, aurait été meunier, boulanger et joueur de cithare. Son fils Hans Bach est le premier musicien professionnel de la famille, et a trois fils également musiciens : Johann (1604-1673), Christoph (1613-1661) et Heinrich (1615-1692) ; parmi les enfants de Christoph, on trouve des frères jumeaux : Johann Christoph (1645-1693) et Johann Ambrosius (1645-1695), le père de Jean-Sébastien, nés à Erfurt, qui est une des villes de résidence de la famille.

Jean-Sébastien Bach naît à Eisenach le 21 mars 1685, selon le calendrier julien alors en usage dans l’Allemagne protestante, soit le 31 mars 1685 selon le calendrier grégorien adopté en Allemagne le 18 février 1700 (qui devient le 1er mars 1700), dans une maison à ce jour disparue, proche de l’actuel musée Jean-Sébastien Bach d’Eisenach. La famille Bach est réputée pour ses musiciens, car les Bach qui pratiquent cette profession à l’époque sont déjà au nombre de plusieurs dizaines, exerçant comme musiciens de cour, de ville ou d’église dans la Thuringe. Jean-Sébastien Bach se situe à la cinquième génération de cette famille depuis le premier ancêtre connu, Veit Bach, meunier et musicien amateur de confession protestante qui, fuyant des persécutions religieuses en Hongrie ou en Slovaquie, s’installe dans la région, à Wechmar, au XVIe siècle.

Jean-Sébastien Bach est le dernier des huit enfants (quatrième  survivant) de Johann Ambrosius Bach (1645-1695), trompettiste à la cour du duc et Haussmann, c’est-à-dire musicien de ville, et de son épouse Elisabeth, née Lämmerhirt, originaire d’Erfurt (1644-1694). Il est baptisé dans la confession luthérienne le 23 mars à l’église Saint-Georges (Georgenkirche).

Son enfance se passe à Eisenach, et il reçoit sa première éducation musicale de son père, violoniste13 de talent. Il est aussi initié à la musique religieuse et à l’orgue par un cousin de son père, Johann Christoph Bach, qui est l’organiste de l’église Saint-Georges et claveciniste du duc. Il fréquente, à partir de ses huit ans, l’école de latin des dominicains d’Eisenach.

Sa mère, Maria Elisabetha Lämmerhirt, meurt le 1er mai 1694, alors qu’il vient d’avoir neuf ans. Le 27 novembre suivant, son père se remarie avec Barbara Margaretha Bartholomäi née Keul, (elle-même doublement veuve depuis la fin de 1688 : d’abord d’un Bach et ensuite d’un diacre), mais il meurt quelques semaines plus tard, le 20 février 1695. Orphelin dès dix ans, Jean-Sébastien est recueilli par son frère aîné, Johann Christoph, âgé de vingt-quatre ans, élève de Johann Pachelbel et organiste à Ohrdruf — à une cinquantaine de kilomètres de là —, et sa tante Johanna Dorothea, qui est l’Ersatzmutter (la mère de substitution), dont cinq des neuf enfants deviennent des musiciens accomplis.

Dans cette ville, Jean-Sébastien Bach fréquente le lycée, acquérant une culture plus approfondie que celle de ses aïeux. Il a pour camarades de classe l’un de ses cousins, Johann Ernst Bach, et un ami fidèle, Georg Erdmann. Johann Christoph poursuit son éducation musicale et le forme aux instruments à clavier. Jean-Sébastien se montre très doué pour la musique et participe aux revenus de la famille en tant que choriste au sein du Chorus Musicus, composé d’une vingtaine de chanteurs. Son frère le laisse suivre la construction d’un nouvel orgue pour l’église, puis toucher l’instrument. Il aime à recopier et étudier les œuvres des compositeurs auxquelles il peut accéder, parfois même contre la volonté de son aîné. La passion d’apprendre reste un de ses traits de caractère et en fait un connaisseur érudit de toutes les cultures musicales européennes : « Le trait le plus saillant de Johann Sebastian enfant est sa puissante autonomie. Il se garde libre. Il dévore ce qui lui paraît bon. Il travaille. Il imite. Il corrige. Il refait. Il s’impose. C’est un prodigieux empirique. Le génie fait le reste. »

Le 19 janvier 1700, doté d’une bourse, Georg Erdmann quitte Ohrdruf pour le pensionnat Saint Michel de Lunebourg. Dès le 15 mars suivant, Jean-Sébastien Bach le rejoint, parcourant à pied une distance de plus de 300 km : le désir de retrouver son ami et d’alléger la charge de son entretien par l’aîné, qui est marié et père de famille, le décide probablement à ce changement décisif. Il est admis, avec son ami, dans la manécanterie de la Michaelisschule, qui accueille les jeunes garçons pauvres ayant une belle voix.

Outre la musique, il y apprend la rhétorique, le latin, le grec et le français. Il fait la connaissance de Georg Böhm, un compatriote de Thuringe, musicien de la Johanniskirche et élève du grand organiste de Hambourg Johann Adam Reinken ; Böhm l’initie au style musical de l’Allemagne du nord et l’on retrouve quelques menuets dans le Klavierbüchlein. Il côtoie aussi à Lunebourg ou à la cour ducale de Celle des musiciens français émigrés, notamment Thomas de La Selle, élève de Lully et professeur de danse : c’est l’approche d’une autre tradition musicale (François Couperin notamment, Lully, Destouches et Collasse). Après la mue de sa voix, il se tourne vers la pratique instrumentale : orgue, clavecin et violon. Il peut fréquenter la bibliothèque municipale de Lunebourg et les archives de la Johanniskirche, qui recèlent de nombreuses partitions des plus grands musiciens de l’époque. En 1701, il se rend à Hambourg et y rencontre Johann Adam Reinken et Vincent Lübeck, deux grands virtuoses titulaires des plus belles orgues de l’Allemagne du nord.

Bach passe sa première audition en 1702, à Sangerhausen, à l’ouest de Halle. Il s’agit de trouver un successeur à Gottfried Christoph Gräffenhayn qui vient de mourir le 9 juillet 1702. En dépit de l’excellente audition qu’il donne, le duc en personne, Johann Georg de Saxe-Weissenfels, s’oppose à cette nomination et attribue le poste au petit-fils d’un ancien titulaire de cette charge. Au début de mars 1703, fraîchement diplômé, Bach prend un poste de musicien de cour dans la chapelle du duc Jean-Ernest III de Saxe-Weimar à Weimar, grande ville de Thuringe. « Il est employé comme laquais et violoniste dans l’orchestre de chambre du frère du duc de Weimar. ». En sept mois, jusqu’à la mi-septembre 1703, il se forge une solide réputation d’organiste et est invité à inspecter et inaugurer le nouvel orgue de l’église de Saint-Boniface d’Arnstadt, au sud-ouest de Weimar. Il a dix-huit ans.

En août 1703, il accepte le poste d’organiste de cette église, qui lui assure des fonctions légères, un salaire relativement généreux, et l’accès à un orgue neuf et moderne. La famille de Bach entretient depuis toujours des relations étroites dans cette ville, la plus ancienne de Thuringe. Mais cette période n’est pas sans tensions : il n’est apparemment pas satisfait du chœur. Des conflits éclatent et, par exemple, il en vient aux mains avec un bassoniste, Johann Heinrich Geyersbach. Ses employeurs lui reprochent une absence excessive lors de son voyage à Lübeck : il annonce partir pour quatre semaines, mais ne revient que quatre mois plus tard, faisant quatre cents kilomètres à pied pour rendre visite à Buxtehude afin d’assister aux fameuses Abendmusiken (Concerts du soir) à l’église Sainte-Marie. C’est à cette époque que Bach achève d’élaborer son art du contrepoint et sa maîtrise des constructions monumentales.

De retour à Arnstadt en janvier 1706 — après avoir rendu visite à Johann Adam Reinken à Hambourg et à Georg Böhm à Lüneburg — le consistoire critique vivement sa nouvelle manière d’accompagner l’office, entrecoupant des strophes et usant d’un contrepoint si riche que le choral n’en est plus reconnaissable. En l’occurrence, il lui est fait le reproche suivant : « comment se fait-il, monsieur, que depuis votre retour de Lübeck, vous introduisiez dans vos improvisations, beaucoup trop longues d’ailleurs, des modulations telles que l’assemblée en est fort troublée ? » Le consistoire l’accuse aussi de profiter des sermons pour s’éclipser et rejoindre la cave à vin, et de jouer de la musique dans l’église avec une « demoiselle étrangère », sa cousine Maria Barbara.

Le décès de l’organiste de l’église Saint-Blaise de Mühlhausen, situé à soixante kilomètres d’Arnstadt, lui offre l’occasion qu’il attend : de  l’automne 1707 à la mi-juillet 1708, il est organiste à Mühlhausen. Il y écrit sa première cantate (peut-être la BWV 131), prélude à une œuvre liturgique monumentale à laquelle vient se rajouter l’œuvre pour orgue. Il compose durant sa vie plus de trois cents cantates, correspondant à cinq années complètes de cycle liturgique. Plusieurs dizaines de ces compositions sont perdues, dont une partie date de cette période.

Mühlhausen est alors une petite ville de Thuringe, récemment dévastée par le feu, et Bach peine à trouver à se loger à un prix convenable. Le 17 octobre 1707, à Dornheim près d’Arnstadt, il épouse sa cousine Maria Barbara, dont il admire le timbre de soprano. Il doit se battre pour constituer une dot convenable, aidé par l’héritage modeste de son oncle Tobias Lämmerhirt, et pour donner à sa femme une place dans les représentations, car jusqu’au xixe siècle les femmes ne sont généralement pas admises à la tribune d’honneur. Ils ont sept enfants dont quatre atteignent l’âge adulte, parmi lesquels Wilhelm Friedemann et Carl Philipp Emanuel.

Bach rassemble une bibliothèque de musique allemande, et fait travailler le chœur et le nouvel orchestre. Il récolte les fruits de son labeur lorsque la cantate BWV 71, inspirée de Buxtehude, écrite pour l’inauguration du nouveau conseil est donnée dans la Marienkirche, où ce conseil a son siège, le 4 février 1708.

Le gouvernement de Mühlhausen est satisfait du musicien : il ne fait aucune difficulté pour rénover à grands frais l’orgue de la Divi-Blasii-Kirche (Blasiuskirche ou église Saint-Blaise) et lui confie la supervision des travaux. Le gouvernement édite également à ses frais la cantate BWV 71, l’une des rares œuvres (et unique cantate) de Bach publiées de son vivant, et réinvite par deux fois le compositeur pour la diriger.

Cependant, une controverse naît au sein de la ville : les luthériens  orthodoxes, amoureux de musique, s’opposent aux piétistes, plus puritains et qui refusent les arts. Bach, dont le supérieur direct, Johann Adolf Frohne, est un piétiste, sent que la situation va en se dégradant et accepte une meilleure situation à Weimar.

De 1708 à 1717, il est organiste et, de 1714 à 1717, premier violon soliste à la chapelle du duc de Saxe-Weimar, Guillaume-Ernest de Saxe-Weimar. Il dispose de l’orgue, mais aussi de l’ensemble instrumental et vocal du duc. Cette période voit la création de la plupart de ses œuvres pour orgue, dont la plus connue, la célèbre Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565. Il compose également de nombreuses cantates, et des pièces pour clavecin inspirées des grands maîtres italiens et français.

Bach a la compétence, la technique et la confiance pour construire des structures de grande échelle et synthétiser les influences de l’étranger, italiennes ou françaises. De la musique des Italiens tels que Vivaldi, corelli et Torelli, il apprend l’écriture d’ouvertures dramatiques et en applique les développements ensoleillés, les motifs rythmiques dynamiques et les arrangements harmoniques décisifs. Bach adopte ces aspects stylistiques grâce à sa méthode habituelle de travail : la transcription pour le clavecin et l’orgue. En douze mois, il réalise seize transcriptions pour clavecin et cinq pour orgue seul des concertos de Vivaldi.

Il est attiré en particulier par la structure italienne qui fait alterner solo et tutti, dans laquelle un ou plusieurs instruments soli alternent avec l’orchestre dans un mouvement entier. Ce dispositif instrumental italianisant peut être entendu dans la suite anglaise no 3 pour le clavecin (1714) : l’alternance solo-tutti est matérialisée par le passage au clavier inférieur (sonorité plus pleine) ou au clavier supérieur (sonorité plus expressive).

Mais Bach souhaite quitter cette ville où il s’ennuie. Il a comme élève le neveu du duc et son héritier, Ernest-Auguste Ier. Celui-ci, bon claveciniste, a épousé Éléonore-Wilhelmine d’Anhalt-Köthen, mais critique  ouvertement la politique de son oncle. Bach passe une bonne partie de son temps au château d’Ernest-Auguste. Voulant marquer son mécontentement à l’égard de son neveu, le duc de Weimar interdit aux musiciens de jouer chez ce dernier, mais Bach ne tient pas compte de cette interdiction. Le duc s’en trouve alors offusqué. En 1716, lorsque meurt le maître de la chapelle, Drese, la place doit logiquement revenir à Bach, mais le duc, essayant d’abord de s’assurer les services de Georg Philipp Telemann, nomme finalement à ce poste le fils de Drese. Bach affiche alors ouvertement son soutien à Ernest-Auguste et cesse d’écrire des cantates pour Guillaume II.

Bach refuse un poste à la cour du roi de Pologne à Dresde lorsque le duc de Saxe-Weimar double ses appointements pour le garder. Le prince Léopold d’Anhalt-Köthen, beau-frère du duc, très impressionné par la musique écrite par Bach pour le mariage de sa sœur Éléonore-Wilhelmine avec Ernest-Auguste Ier, lui propose le poste de maître de chapelle de la cour de Köthen, le plus élevé des postes de musiciens, permettant à Bach d’être appelé Herr Kapellmeister. Cette fois-ci, Bach accepte l’offre. En apprenant la nouvelle, le duc fait emprisonner Bach durant un mois, du 6 novembre au 2 décembre. C’est alors en prison que Bach compose les quarante-six chorals du Petit livre d’orgue (Orgelbüchlein).

De décembre 1717 à avril 1723, il succède à Johann David Heinichen (un ancien élève de Köthen) comme maître de chapelle (Kapellmeister) à la cour du prince Léopold d’Anhalt-Köthen, beau-frère du duc de Weimar. Le prince est un brillant musicien (il a étudié avec Heinichen à Rome) : il joue avec talent du clavecin, du violon et de la viole de gambe. Son Grand Tour de 1710 à 1713 le met en contact avec la musique profane italienne et le convainc de la nécessité de développer la musique profane allemande, d’autant que ses convictions religieuses calvinistes lui interdisent la musique d’église. Une occasion se présente à lui car Frédéric-Guillaume Ier vient d’accéder au pouvoir, et celui-ci ne montre aucun intérêt pour les arts : il licencie les artistes de la cour et les dépenses baissent de 80 % en une année. Le prince Léopold peut attirer des musiciens de la cour de Berlin vers celle de Köthen, qui dispose rapidement de 18 instrumentistes d’excellent niveau. La musique représente dès lors le quart du budget pourtant limité de la principauté de Anhalt-Köthen, qui devient un important centre musical.

L’ambiance y est informelle, et le prince traite ses musiciens comme ses égaux. Il les emmène à Carlsbad (devenue Karlovy Vary en République tchèque) pour « prendre les bains », et il joue souvent avec eux, parfois même chez Bach lorsque sa mère, Gisela Agnes, s’irrite de la présence perpétuelle de l’orchestre au palais. Son poste offre à Bach un certain confort pécuniaire, avec une dotation de 400 thalers par an. Le prince Léopold est par ailleurs le parrain de Léopold Augustus Bach, le dernier enfant de Maria Barbara.

Cette période heureuse est propice à l’écriture de ses plus grandes œuvres instrumentales pour luth, flûte, violon (Sonates et partitas pour violon seul), clavecin (premier livre du « Clavier bien tempéré »), violoncelle (Suites pour violoncelle seul), Six concertos brandebourgeois, et probablement la Suite orchestrale no 3 en ré majeur BWV 1068 (dont la célèbre Aria ou Air sur la corde de sol de son 2e mouvement, appelé « Air de Jean-Sébastien Bach »).

Mais sa femme, Maria Barbara, meurt le 7 juillet 1720, et cet événement le marque profondément. Il en est d’autant plus bouleversé qu’il n’apprend la mort et l’enterrement de son épouse qu’à son retour de Dresde. Il se remarie un an et demi plus tard avec Anna Magdalena Wilcke, fille d’un grand musicien et prima donna de la cour de Köthen.

Bach, carte maximum, Allemagne.

Il songe à quitter cet endroit rempli de souvenirs à la recherche d’une ville universitaire pour les études supérieures de ses enfants, d’autant qu’il ne peut composer de musique sacrée dans une cour calviniste. De plus, le prince se remarie en 1721, et sa deuxième épouse semble être eine amusa, selon le dire de Bach, c’est-à-dire peu sensible aux arts en général, et en détourne son mari. Parallèlement, le prince doit contribuer davantage aux dépenses militaires prussiennes.

Bach cherche un nouvel emploi. À la Katharinenkirche de Hambourg, il donne un concert très remarqué, en particulier par Johann Adam Reinken, presque centenaire, et se voit presque proposer un poste. Il rassemble un recueil de ses meilleures œuvres concertantes (les six concertos brandebourgeois), et les envoie au margrave de Brandebourg qui lui avait marqué un certain intérêt deux ans auparavant. Il postule à Leipzig, où le poste de cantor est vacant et lui permet une plus grande renommée dans le Saint-Empire, mais aussi en Pologne et en France : le prince-électeur de Saxe est roi de Pologne et a fréquenté la cour de Versailles, avec laquelle il garde de bonnes relations.

Il obtient le poste de cantor de Leipzig, succédant à Johann Kuhnau,  fonction pourtant d’un rang inférieur à celui de Kapellmeister qu’il occupait auprès du prince. C’est peu après sa nomination, alors qu’il est encore à Köthen, qu’il compose la Passion selon saint Jean destinée à l’église Saint-Thomas de Leipzig. Cette ville de commerce n’a pas d’orchestre de cour et l’opéra a fermé ses portes, sa femme doit y abandonner sa carrière de cantatrice. Elle l’aide alors dans ses travaux de copie et de transcription.

À Leipzig, le poste de Johann Kuhnau, le Thomaskantor de l’église luthérienne saint Thomas, est à pourvoir. La place ayant été précédemment refusée par Georg Philipp Telemann, le conseil tente de débaucher d’autres compositeurs : Christoph Graupner décline l’offre (son précédent employeur, le landgrave Ernst Ludwig de Hesse-Darmstadt, refuse de lui rendre sa liberté et augmente ses émoluments) ainsi que Georg Friedrich Kauffmann (employé à Mersebourg), Johann Heinrich Rolle (employé à Magdebourg), et Georg Balthasar Schott (employé à la Nouvelle Église de Leipzig). Le Docteur Platz, membre du conseil, révèle dans sa  correspondance les raisons du choix qu’ils se résolvent à faire : « Pour des raisons importantes, la situation est délicate et puisque l’on ne peut avoir les meilleurs, il faut donc prendre les médiocres. » Bach est choisi le 22 avril 1723 et signe son contrat en quatorze clauses le 5 mai.

À l’époque, Leipzig, avec ses 30 000 habitants, est la deuxième ville de Saxe. Elle est le siège de foires commerciales réputées, un centre d’édition reconnu et s’enorgueillit d’une université renommée qui dut compter dans le choix que fit Bach de venir s’installer dans la ville. La possibilité que ses fils y étudient entre en effet dans les projets du futur Cantor.

La famille Bach s’installe à Leipzig le 22 mai 1723 et y séjourne jusqu’à sa mort en 1750. En qualité de Thomaskantor et Director Musices, il est responsable de l’organisation musicale des deux églises principales de la ville (Saint-Nicolas et Saint-Thomas) et enseigne la musique aux élèves de Saint-Thomas. Il doit ainsi fournir de très nombreuses partitions et constitue selon sa Nécrologie un ensemble de « Cinq années de cantates pour tous les dimanches et jours de fête » (rassemblant des cantates datant de Weimar et de nombreuses nouvelles œuvres composées essentiellement avant 1729), sans compter le Magnificat (Noël 1723), les Passions (1724 et 1727), et autres œuvres… De ces trois cents cantates supposées et probables, un tiers environ a malheureusement été perdu. Il n’y a qu’une seule répétition pour les cantates, mais le Cantor bénéficie de solistes  instrumentaux brillants (les trompettistes) ou d’excellent niveau, solistes de passage et étudiants du Collegium Musicum. Les chœurs, dont on ne connaît pas l’effectif exact, sont apparemment capables de chanter des parties difficiles après la formation que Bach leur a dispensée. Il se heurte souvent à la jalousie de ses confrères qui forcent notamment les élèves à boycotter ses leçons de musique. Il eut sans cesse des rapports tendus avec les autorités civiles et religieuses de la ville, ce qui le poussa plusieurs fois, mais sans résultat, à chercher une meilleure situation ailleurs.

Le 19 novembre 1736, Bach se vit accorder le titre honorifique de compositeur de la Chapelle royale de la cour de Saxe, sans toutefois que cela s’accompagnât d’un salaire. À cette occasion, il se fit entendre sur le nouvel orgue Silbermann de la Frauenkirche à Dresde.

Il mène une vie riche en connaissances, constituant une bibliothèque spécialisée en bibliologie, théologie et mystique. Sa femme Anna Magdalena l’aide, beaucoup et remarquablement, dans sa fonction de Cantor en recopiant toutes ses partitions. Sa fonction de responsable du Collegium Musicum (de 1729 à 1737, puis — après l’intérim de son élève Carl Gotthelf Gerlach — de 1739 à vraisemblablement 1744) lui permet d’organiser des représentations musicales au Café Zimmermann pour des amateurs de musique. Il ne manque pas une occasion d’aller à l’opéra de Dresde où son fils Wilhelm Friedemann est organiste. C’est à Leipzig qu’il compose la majorité de ses œuvres sacrées.

Il écrit également la Clavier-Übung (ou Klavierübung), le deuxième livre du Clavier bien tempéré. Il compose aussi un important corpus pour orgue, cinq Passions selon son fils Carl Philipp Emanuel (dont une à deux chœurs, la célèbre Passion selon saint Matthieu), un Magnificat, trois oratorios, et son testament musical, écrit pour Noël 1724 (Sanctus) et de 1733 à 1749 : la Messe en si mineur.

Les dix dernières années de sa vie, renonçant aux activités attachées à la fonction de Cantor, Bach limite sa production essentiellement à la musique instrumentale. En 1747, il intègre la Correspondierende Societät der musicalischen Wissenschaften fondée par Lorenz Christoph Mizler pour laquelle il dut fournir chaque année une communication scientifique dans le domaine musical (une composition dans le cas de Bach) ainsi que son portrait à l’huile, celui d’Elias Gottlob Haussmann présenté en haut de l’article. C’est pour cette société qu’il compose et fait publier les Variations canoniques (1747), l’Offrande musicale (1748) et il est probable que l’Art de la fugue devait être la contribution de l’année suivante. Il est dans cette phase de sa vie, où, comme le dit Johann Nikolaus Forkel, « il ne pouvait toucher une plume sans produire un chef-d’œuvre ».

En mai 1747, il se rend en compagnie de son fils Wilhelm Friedemann à Potsdam pour une visite à Frédéric II sollicitée par le souverain lui-même par l’entremise de Carl Philipp Emanuel, claveciniste de la cour depuis 1741.

Il commence à perdre la vue en 1745, et bientôt ne peut plus travailler. Au printemps 1750, il confie par deux fois ses yeux à John Taylor, un  « ophtalmiatre » réputé, qui ne lui permit pas de recouvrer la vue, sinon par intermittence. Deux ans plus tard, le même John Taylor opère Haendel avec le même résultat. Affaibli par ces opérations de la cataracte, Bach ne survit pas plus de six mois. Le 18 juillet, il recouvre soudainement la vue, mais quelques heures plus tard est victime d’une attaque d’apoplexie. Il meurt le 28 juillet 1750, en début de soirée. Anna Magdalena lui survit dix ans, vivant précairement de subsides de la municipalité. Il repose aujourd’hui dans l’église Saint-Thomas à Leipzig en Saxe.

Source : Wikipédia.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.