Jean Lurçat, peintre, céramiste et créateur de tapisserie.

Jean Lurçat est un peintre, céramiste et créateur de tapisserie français, né à Bruyères (Vosges) le 1er juillet 1892 et mort à Saint-Paul-de-Vence le 6 janvier 1966.

Il doit principalement sa notoriété à ses travaux de tapisserie dont il rénova en profondeur le langage au XXe siècle.

En 1917, Jean Lurçat fait exécuter par sa mère ses premiers canevas : Filles vertes et Soirées dans Grenade. Dès la fin de la guerre, en 1918, il revient en Italie où il passe, en 1919, au Tessin, des vacances en compagnie de Rilke, Ferruccio Busoni, Hermann Hesse et Jeanne Bucher. Sa deuxième exposition se tient à Zurich cette année-là.

En 1920, il voyage beaucoup : Berlin, Munich, Rome, Naples… puis s’installe à Paris avec Marthe Hennebert (qui avait été, à partir de 1911, la muse de Rainer Maria Rilke). C’est elle qui tisse au petit point deux tapisseries : Pêcheur et Piscine. Il expose cette année-là au Salon des indépendants deux tapisseries et quatre toiles. Il fait la connaissance du marchand d’art Étienne Bignou.

En 1921, il rencontre Louis Marcoussis, il découvre Pablo Picasso et Max Jacob, crée décor et costumes, pour le spectacle de la compagnie Pitoëff : Celui qui reçoit des gifles, et passe l’automne au bord de la Baltique. L’année suivante, il crée sa cinquième tapisserie au canevas, Le Cirque, pour Mme Cuttoli. Sa première exposition personnelle se tient à Paris, en avril et septembre (huiles, gouaches, aquarelles, dessins). Il réalise un grand décor mural — aujourd’hui disparu — au château de Villeflix, propriété de Berheim. Puis il voyage à Berlin où il retrouve Busoni.

Pendant deux années, Lurçat reprend la route des voyages. En 1923, il va en Espagne (Barcelone, Cadix, Séville et Tolède) ; en 1924, il découvre l’Afrique du Nord, le Sahara, la Grèce et l’Asie Mineure. À son retour il signe un contrat sans exclusivité avec son ami marchand Étienne Bignou. Son frère André construit sa nouvelle maison, la villa Seurat, à Paris. Il consacre une partie de l’année 1924 à la création d’un sixième canevas, Les Arabes (12 m2). Le 15 décembre, il épouse Marthe Hennebert et voyage en 1925 en Écosse, puis en Espagne et Afrique du Nord.

À son retour, il s’installe à la villa Seurat. Il participe à plusieurs expositions avec Raoul Dufy, Louis Marcoussis, Jean-Francis Laglenne… Il expose chez Jeanne Bucher ; participe au décor (tapis et peintures) du film de Marcel l’Herbier, Le Vertige ; écrit, illustre, et édite Toupies et Baroques. En 1926, il expose personnellement à Paris et à Bruxelles, et participe à des expositions collectives à Vienne, Paris et Anvers. Sa renommée commence à l’atteindre : de nombreux articles lui sont consacrés. Ses œuvres représentent des portraits et des paysages orientaux.

En compagnie de Marthe, il part en 1927 pour l’Orient, passe l’été en Grèce et en Turquie. Il décore le salon de la famille David David-Weill avec quatre tapisseries au petit point (28 m2), et réalise L’Orage pour Georges Salles (Paris, musée national d’art moderne). Il revient en Grèce et en ltalie (Rome) en 1928. Avant de s’embarquer en octobre pour les États-Unis, à l’occasion de sa première exposition à New York. L’année suivante, 1929, il séjourne au Maroc.

En 1930, il expose à Paris, Londres, New-York, Chicago, illustre de neuf pointes sèches Les Limbes de Charles-Albert Cingria, œuvre éditée par Jeanne Bucher. Puis il va séjourner aux États-Unis. Il divorce de Marthe Hennebert à qui il demande, néanmoins de tisser L’Été (20 m2). L’année suivante, en mai 1931, il fréquente Rossane Timotheef et s’installe à Vevey (Suisse). S’il écrit de nombreux articles sur sa peinture, il réduit sa production picturale. La Neige (18 m2), est tissée au petit point par Marthe Hennebert.

Jean Lurçat, carte maximum, Aubusson, 19/11/1966.

En 1932, Jeanne Bucher édite huit dessins à la plume, P.P.C. (pour prendre congé). En décembre, il participe avec Matisse, Picasso, Georges Braque, André Derain et Raoul Dufy à l’exposition Sélections : manifestation organisée à New-York par la Valentine Gallery. Ayant souscrit un engagement politique ancré dans la gauche communiste, il mêlera dès lors beaucoup sa production artistique à ses opinions politiques. En 1933, il séjourne à New-York. Il crée le décor et les costumes pour le Jardin Public, ballet de George Balanchine sur une musique de Dukelsky ; compose Orage, carton réalisé à la demande de Marie Cuttoli. 1933 est aussi et surtout l’année qui voit sa première tapisserie tissée à Aubusson suivant la technique nouvelle et révolutionnaire qu’il a mise au point.

En juillet 1937, à Angers, la vision de la tenture de l’Apocalypse (XIVe siècle) provoque chez lui un choc esthétique et artistique annonciateur de l’œuvre à venir. En 1938, Moisson (2,75 × 5,50 m) est tissée chez Tabard. La manufacture de Beauvais tisse les tapisseries pour quatre fauteuils, un divan et un paravent destinés à accompagner la tenture d’Icare. En 1939, il expose à New-York et Paris (Petit Palais). En septembre, il s’installe à Aubusson avec Marcel Gromaire et Pierre Dubreuil dans le but de redonner vie à la tapisserie qui, à l’époque, subit une grave crise. Il met au point un nouveau langage technique : carton numéroté, palette réduite, tissage robuste à large point. Désormais, il abandonne la peinture à l’huile au profit de la gouache. Le musée national d’Art moderne acquiert Jardin des Coqs et L’Homme aux Coqs, dont le carton sera détruit par les SS en 1944 à Lanzac. En 1940, il collabore avec André Derain et Raoul Dufy. Les ateliers d’Aubusson tissent une vingtaine de ses œuvres.

Jean Lurçat, essais de couleurs.

En 1941, il participe avec Boris Taslitzky à la création d’un carton de Dufy, Le Bel Été, et s’installe dans le Lot avec Rossane Timotheef. Aux États-Unis, Victor, son fils adoptif, s’engage dans les réseaux clandestins opérant en France. Lurçat séjourne à l’abbaye bénédictine d’En-Calcat et initie Dom Robert à la tapisserie. En 1942, il s’installe à Lanzac. Les tapisseries Libertés sur le poème de Paul Éluard (conservée au musée d’art moderne de la ville de Paris) et Es La Verdad sur un poème de Guillaume Apollinaire (collection particulière), sont tissées à Aubusson. En 1943, une exposition de tapisseries contemporaines se tient au musée des Augustins à Toulouse (Lurçat, Gromaire, Dufy, Marc Saint-Saëns, Dom Robert). En 1944, ses tapisseries sont exposées à Paris et ses peintures à New-York.

En 1945, Lurçat achète le château des Tours-Saint-Laurent, vestige d’une forteresse du XIe siècle qui domine de ses remparts la ville de Saint-Céré (Lot).

En 1946, il participe à l’exposition La Tapisserie du Moyen Âge à nos jours (Paris, Amsterdam, Bruxelles, Londres). En 1947, il compose L’Apocalypse (4,53 × 12,40 m) pour l’église du plateau d’Assy (Haute-Savoie) et la tapisserie Le Vin (4,04 × 10,50 m) pour le musée du vin de Bourgogne à Beaune. Cette tapisserie a été tissée dans l’atelier Tabard à Aubusson avec la collaboration de poètes tels que Pierre Albert-Birot, Jean Cassou, Luc Estang, Jean Marcenac et Léon Moussinac et de musiciens comme Francis Poulenc et Roger Désormière. Elle fait honneur au célèbre vin de Bourgogne. Il s’agit d’une commande commune de la Ville de Beaune ainsi que de la Direction Générale des Arts et Lettres. Elle a été installée dans la dernière salle du musée du Vin de Bourgogne, en 1948, pour l’inauguration du musée en juin 1949. Le Vin est richement composé de références à la mythologie gréco-romaine ainsi qu’à la culture chrétienne. Elle représente la résurrection après la mort avec le squelette qui se transforme en arbre et le coq qui pressure les raisins pour en faire du vin. Celui-ci est signe de renaissance après la mort.

Il publie également trois ouvrages sur la tapisserie. En 1948, il se rend pour des conférences et des expositions, en Angleterre, en Belgique et en Tchécoslovaquie. Il publie à Lausanne Géographie animale, recueil de dix-huit poèmes illustrés par dix-huit lithographies, dédié à son fils adoptif, Victor. En 1949-1950, il mène à bien un travail d’illustration par lithographies en couleurs pour La Création du Monde, texte d’André de Richaud, Le Monde merveilleux des insectes de Jean-Henri Fabre et Vingt Fables de La Fontaine. Il voyage aussi en Suisse et en Pologne. En 1951, son ami Étienne Bignou disparaît. Il voyage pour un cycle de conférences à Varsovie, Cracovie, Copenhague, Stockholm, Bâle. Il exécute une série de gouaches publiées sous le titre Le Bestiaire fabuleux.

Il compose la tapisserie La Grande Peur (20 m2)8. En 1952-1953, une grande exposition de ses œuvres se tient à Paris, à la Maison de la pensée française (tapisseries, peintures, gouaches, dessins, céramiques, livres illustrés…). Il exécute de nombreuses tapisseries, Les Loups dans la Bergerie, La Conquête de l’Air. En 1954, il subit un nouveau deuil avec la mort de Rossane Timotheef. Il compose Hommage aux Morts de la Résistance et de la Déportation (4 × 12 m) pour le musée d’art moderne de la ville de Paris, Le Chant Général sur un poème de Pablo Neruda et Le Grand Arbre, tapisserie (7 × 3 m), actuellement exposée dans le hall de l’hôtel La Résidence du Vieux Port à Marseille.

Conférences et expositions le conduisent en Amérique du Sud. En 1955, il voyage en Sicile et peint des gouaches. Il se rend aussi en Chine, où il fait des conférences. Il compose la tapisserie L’Espoir. Une exposition se tient à Bienne, puis à Strasbourg. Il préface un livre sur la tapisserie d’Angers aux Éditions Le Masque d’Or.

En 1956-1957, de nombreuses expositions et conférences le font voyager en Europe et aux États-Unis. En 1960, une série de bijoux dessinés par Jean Lurçat sont réalisés par le maître joaillier Gilbert Albert pour Patek Philippe et exposés à Genève.

Le 11 août 1956, Jean Lurçat épouse Simone, Andrée, Marie-Louise Selves (1915-2009) qui fut sa compagne de la Résistance. Il commence la Joie de Vivre qui deviendra Le Chant du Monde, ensemble de tapisseries qui seront tissées à Aubusson chez Tabard, Goubely et Picaud. Il lance le tissage de l’ensemble La Grande Menace qui comprend : La Bombe Atomique (4,40 × 9 m) ; L’Homme d’Hiroshima (4,40 × 2,90 m) ; La Fin de Tout (4,40 × 2,25 m). Il édite et illustre un recueil de ses poèmes : “Domaine”. En 1958, il compose la suite du Chant du Monde. Il fait tisser l’ensemble “La Tenture des Soleils qui comprend : L’Homme en Gloire dans la Paix (4,40 × 13,20 m) ; L’Eau et le Feu (4,40 × 5,90 m).

Il voyage au Japon, en Inde et au Portugal et publie Mes Domaines, poèmes ornés de vignettes inédites. Il termine la céramique monumentale pour la Maison de la Radio à Strasbourg ; poursuit le Chant du Monde avec Le Grand Charnier (4,40 × 7,40 m) et Champagne (4,40 × 7,00 m). En 1960, de nombreuses expositions de tapisseries ont lieu à Cologne, Menton, Lisbonne, Brême… Il achève le huitième panneau du Chant du monde : La Conquête de l’Espace (4,40 × 10,35 m). En 1961, naît le dernier élément du Chant du Monde tissé de son vivant : La Poésie (4,40 × 10,40 m).

En 1962, malgré une santé devenue fragile, il continue à travailler intensément et à voyager pour des expositions et des conférences en France, Suisse, Allemagne, URSS. Une rétrospective de l’œuvre peint de Jean Lurçat (1920-1962) se tient à Paris. Il compose Transmondia (3,15 × 6,35 m), Couleurs et Lumières (2,75 × 4,50 m), Le Vin et la Musique (5,93 × 12,02 m). En 1963, la première présentation du Chant du Monde a lieu à Annecy. Son état de santé s’aggrave.

De nombreuses expositions dont celle du Chant du Monde se tiennent au musée des arts décoratifs de Paris, puis à Arras et à Lyon. Il reçoit de nombreuses commandes officielles : Dunkerque, Les Deux Boussoles, Beau de Nuit, L’Afghan et les Insectes. Il voyage en Italie, en Égypte. En 1965, il séjourne en Grèce et au Mexique. À son retour, il compose Ornomentos Sagrados (4,40 × 10,50 m), la dixième tenture du Chant du Monde qui sera terminée après sa mort. Il illustre Animalités de Jean Giono.

Jean Lurçat meurt subitement le 6 janvier 1966 à Saint-Paul-de-Vence. Il repose dans le Lot, non loin de Saint-Céré, près des Tours, dans le petit cimetière de Saint-Laurent. Sur sa tombe un soleil gravé dans la pierre avec une devise : « C’est l’aube… », ces deux mots sont le début de la phrase, écrite par lui, qu’il avait fait graver sur son épée d’académicien :

« C’est l’aube d’un temps nouveau où l’homme ne sera plus un loup pour l’homme… »

Source : Wikipédia.

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