Jean-Joseph Rabearivelo, écrivain.

Jean-Joseph Rabearivelo, né Joseph-Casimir Rabe le 4 mars 1901 ou 1903 à Isoraka (quartier de Tananarive), est le premier écrivain Malgache d’expression française. Il est considéré comme étant une figure littéraire majeure à Madagascar et également en Afrique.

Lorsqu’il se fait renvoyer du Collège Saint-Michel, à l’âge de 13 ans, il ne connaît des rudiments du français, mais par un travail passionné, il devient un homme de lettres. Il se suicide au cyanure le 22 juin 1937 à Antananarivo).


Son éducation est confiée à son oncle, de confession catholique. Cette formation le distingue à nouveau de la haute société, qui est protestante. À cinq ans, il entre à l’École des Frères des Écoles chrétiennes d’Andohalo, puis il fréquente le collège Saint-Michel des Jésuites à Amparibe. À 13 ans, Rabearivelo en est renvoyé pour avoir refusé de prendre part à un service religieux. Après avoir été brièvement scolarisé dans une école privée dénommée Flacourt, à Faravohitra, il abandonne toute éducation organisée car ses études sont plutôt médiocres. Rabearivelo devra apprendre le français en autodidacte. De cette époque date son probable désir, vite éteint, d’entrer dans les ordres. Il perdra ensuite la foi jusqu’à devenir, selon ses dires, « anti-chrétien »

Sa mère, Rabozivelo, protestante, était originaire d’Ambatofotsy, qui signifie « à la pierre blanche » en malgache, village au nord dans la province d’Antananarivo, et elle était apparentée à la caste noble des Zanadralambo, prétendus descendants du souverain Ralambo. La famille de sa mère est celle de grands propriétaires fonciers ruinés, comme beaucoup de ces familles, par les bouleversements introduits par la colonisation, notamment l’abolition de l’esclavage traditionnel. La famille du poète vit ainsi dans la pauvreté. La mère de Rabearivelo vendra les quelques rizières et bijoux – souvenirs de sa richesse passée – pour que le jeune poète puisse s’acheter des livres. Protectrice et dévouée, Rabozivelo élèvera d’ailleurs le fils de Rabearivelo, Solofo, après son suicide. Ceci étant, cette ascendance aristocratique renforça la vénération de Rabearivelo pour le passé royal Merina.

Jean-Joseph Rabearivelo, épreuve de luxe madagascar.

Rabearivelo se présente lui-même comme ayant « la taille de Napoléon, la taille des grands hommes ». Il poursuit : « J’ai le front dévasté que j’aime à comparer à celui que telle estampe donne de Baudelaire ».

Lecteur vorace et autodidacte, Rabearivelo publie des anthologies de poésie malgache et collabore à deux revues littéraires, 18 Latitude Sud et Capricorne.

En 1933, sa fille Voahangy meurt, ce qui crée une grande tristesse en lui.

Sur le plan littéraire, en 1935, ses amis Armand Guibert et Jean Amrouche publient à Tunis, dans leur collection des Cahiers de Barbarie, Traduit de la nuit, un recueil de poèmes présentés comme « transcrits du hova par l’auteur ». En 1936, une nouvelle fille lui naît, Velomboahangy ce qui suscita chez lui une grande émotion. Il dit :

« Tsy misy ahatsapana ny maha ray sy reny, raha tsy very ny iray amin’ny asan’ny nofo sy rà » soit « On ne peut ressentir réellement ce qui fait de nous un père ou une mère, avant d’avoir perdu notre chair et notre sang »

En 1936, il publie :

  • le recueil de poésie Chants pour Abéone, à Antananarivo, chez Henri Vidalie, en édition de luxe, tiré à cinquante exemplaires.
  • Tananarive, ses quartiers et ses rues, à Antananarivo, à l’Imprimerie de l’Imerina. Il s’agit d’une sorte de guide onomastique des rues et des quartiers de la ville du poète, écrit en collaboration avec Eugène Baudin, le rédacteur en chef de La Tribune de Madagascar.
  • la version française d’Aux portes de la ville, à Antananarivo , à l’Imprimerie officielle.

La même année, Rabearivelo devient membre de la commission chargée de préparer la participation de Madagascar à l’Exposition Universelle de 1937. Son espoir de quitter l’île pour la représenter en France est immense. Il sera à la hauteur de sa terrible désillusion. En 1937, il est jeté en prison à cause de ses nombreuses dettes et apprend qu’il ne représentera pas son pays à l’Exposition Universelle. Désabusé, Rabearivelo se sent trahi et on lui reproche sa proximité avec la société coloniale. Plusieurs de ses compatriotes faisaient montre de méfiance à son égard :

« les désordres de sa vie privée, vie d’artiste avide d’explorer toutes les sensations, et même de braver tous les interdits, quoique Rabearivelo [soit] marié et père de cinq enfants. Mais surtout, on le suspect[e] de singer les Européens, de servir d’alibi à la France »

Au soir du 23 juin 1937, après avoir envoyé diverses lettres d’adieu, Rabearivelo se suicide au cyanure, notant ses derniers moments dans le dernier de ses Calepins Bleus, un journal de 1 800 pages environ. Des quelque 20 volumes qu’il produisit, notamment de la poésie, du théâtre, des romans et des critiques littéraires, la moitié restait inédite à sa mort.

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