Jean Jaurès, homme politique et journaliste

Thème : Presse

Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès, dit Jean Jaurès, est un homme politique français, né à Castres (Tarn) le et mort assassiné à Paris le .

Issu d’une famille de la bourgeoisie, il étudie à l’École normale supérieure (ENS) et obtient une agrégation de philosophie.

Il commence une carrière politique comme républicain. En 1885, devenu le plus jeune député de France, il prend le parti des ouvriers et propose un projet de retraites ouvrières en guise de premier pas vers le socialisme. Il soutient la grande grève des mineurs de Carmaux, s’oppose aux « lois scélérates » et dénonce la collusion d’intérêts économiques avec la politique et la presse. Il prend la défense du capitaine Dreyfus, puis fonde et dirige le quotidien L’Humanité.

En 1905, il est un des rédacteurs de la loi de séparation des Églises et de l’État. La même année, il participe à la création de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO), dont il est l’un des acteurs principaux, unifiant ainsi le mouvement socialiste français. Ses positions réformistes lui valent toutefois l’opposition d’une partie de la gauche révolutionnaire.

Il consacre les dernières années de sa vie à tenter d’empêcher le déclenchement de la Première Guerre mondiale, se liant aux autres partis de l’Internationale ouvrière et faisant planer la menace de grève générale au niveau européen. Ces positions pacifistes lui valent d’être assassiné par le nationaliste Raoul Villain à la veille du conflit. Cet événement contribue paradoxalement à entraîner le ralliement de la gauche à l’Union sacrée.

Jean Jaurès, de son nom complet Auguste Marie Joseph Jean Léon Jaurès, naît à Castres le , rue Réclusane, dans la maison de la famille maternelle des Barbaza. Il appartient à une famille paternelle qui a évolué de la paysannerie vers la bourgeoise provinciale du Tarn : sénateurs, avocats, médecins. Le jeune Jaurès est notamment marqué par la brillante carrière de son cousin Benjamin Jaurès, amiral et ministre de la Marine en 1889.

Epreuve d’atelier en bleu

Son père, Jules Jaurès (1819-1882), est un négociant qui possède une petite exploitation agricole de 6 ha (ferme du domaine de La Fédial près de Castres), dans laquelle son fils passe son enfance et son adolescence jusqu’à l’âge de 17 ans. La famille connaît ponctuellement des difficultés financières. Sa mère, Adélaïde Barbaza (1822-1906), issue d’une famille d’industriels du textile, s’occupe de l’éducation des deux enfants du couple : Jean, l’aîné, et Louis (1860-1937), qui devint amiral et député républicain-socialiste.

Brillant élève au collège de Castres, il y est remarqué par un inspecteur général, Félix Deltour, qui convainc ses parents de lui faire poursuive ses études dans les écoles de l’« élitisme républicain », alors qu’ils le destinaient à l’administration des postes. Il est lauréat du concours général en latin. L’inspecteur lui obtient une bourse qui lui permet de préparer à Paris l’École normale supérieure, au collège Sainte-Barbe puis au lycée Louis-le-Grand. Pur produit de la méritocratie républicaine, il est reçu en 1878 premier à l’École normale supérieure en philosophie, devant Henri Bergson. En 1881, il termine troisième à l’agrégation de philosophie, derrière Paul Lesbazeilles et Henri Bergson.

Devenu professeur, Jaurès enseigne tout d’abord au lycée Lapérouse d’Albi, puis rejoint Toulouse en 1882 pour exercer comme maître de conférences à la faculté des lettres. Il donne également un cours de psychologie au lycée de jeunes filles de cette même ville.

Il se marie le avec Louise Bois (1867-1931), rencontrée au château de Loirac, fille d’un marchand de fromages en gros d’Albi, avec qui il a deux enfants :

  • Madeleine Jaurès, née le , décédée en 1951, mère de Jean-Jacques Delaporte (1910-1931) ;
  • Louis Paul Jaurès, né le à Nontron (Dordogne). Engagé volontaire en 1915 à 17 ans, au 7e régiment de dragons, il passe aspirant au 10e bataillon de chasseurs à pied. Il est tué le à Pernant (Aisne), village où l’armée allemande est arrêtée lors de la seconde bataille de la Marne, et déclaré « mort pour la France ». Une stèle, surmontée du buste de son père, est inaugurée à quelques kilomètres du lieu de sa mort, à Chaudun, le , en présence de Léon Blum, qui prononce un discours.Il figure au Tableau d’honneur de la Grande Guerre, sous le prénom Paul.Dans le contrat de mariage, la famille Bois offre au jeune couple le domaine de Bessoulet près de Villefranche-d’Albigeois où il s’installe rapidement.

Jean Jaurès entre en politique à 26 ans comme candidat républicain dans le Tarn aux élections législatives du 18 octobre 1885. Il est élu et siège à l’Assemblée nationale parmi les républicains « opportunistes » et soutient le plus souvent Jules Ferry. La législature est marquée par les succès du général Boulanger, auquel s’oppose Jaurès. En 1889, il n’est pas réélu.

Privé de son mandat de député, Jaurès reprend son enseignement à la faculté de Toulouse. Il est reçu docteur ès lettres en 1892. Sa thèse principale a pour titre De la réalité du monde sensible, sa thèse secondaire (en latin, selon l’usage de l’époque) De primis socialismi germanici lineamentis apud Lutherum, Kant, Fichte et Hegel.

Il continue également son activité politique. À partir de 1887, il collabore au quotidien de tendance radicale La Dépêche de Toulouse (la future Dépêche du Midi). Il devient conseiller municipal sur les listes radicales-socialistes, puis maire adjoint à l’instruction publique de Toulouse (1890-1893). Ses travaux intellectuels, son expérience d’élu local, sa découverte des milieux ouvriers et des militants socialistes l’orientent vers le socialisme. Cette évolution s’achève avec la grève des mineurs de Carmaux.

Désormais, Jean Jaurès représente à la Chambre des députés les mineurs de Carmaux. Il milite avec ardeur contre les « lois scélérates ». Surtout, Jaurès se lance dans une incessante et résolue défense des ouvriers en lutte. Il défend les verriers d’Albi, renvoyés par leur patron Rességuier, ce qui lui vaut l’ouverture d’une information judiciaire pour entrave à la liberté de travail, abandonnée fin 1895. C’est aussi à l’occasion de la découverte de fonds venant de hauts lieux chez un anarchiste de retour de Carmaux qu’il se lance dans un discours à la Chambre, le . Dans ce dernier, il dénonce la politique répressive du gouvernement, la censure du Père Peinard (« consacré presque tout entier à injurier les députés socialistes »), le deux poids deux mesures avec, d’un côté, la censure des journaux et députés socialistes, de l’autre la tolérance de discours également contestataires de certains catholiques, et enfin l’usage des agents provocateurs :

« C’est ainsi que vous êtes obligés de recruter dans le crime de quoi surveiller le crime, dans la misère de quoi surveiller la misère et dans l’anarchie de quoi surveiller l’anarchie. (Interruptions au centre. — Très bien ! très bien ! à l’extrême gauche.)
Et il arrive inévitablement que ces anarchistes de police, subventionnés par vos fonds, se transforment parfois — comme il s’en est produit de douloureux exemples que la Chambre n’a pas pu oublier — en agents provocateurs. »

Dans le sillage de la grève des mineurs de Carmaux, il participe, en 1895, à celle des verriers de la ville, déclenchée par le licenciement de deux syndicalistes par le patron de la verrerie, Eugène Rességuier. Cette grève aboutira à la fondation de la Verrerie ouvrière d’Albi, premier grand exemple d’entreprise autogérée.

Durant ce mandat, Jean Jaurès dénonça l’indifférence européenne et française aux massacres des Arméniens en Asie mineure organisés par le Sultan, dans un discours devant la Chambre des députés le , particulièrement « visionnaire » dix-neuf ans avant le génocide de 1915.

Dans le Languedoc viticole, il visite « Les Vignerons libres de Maraussan » qui créent la première cave coopérative. Aux élections de 1898, il est battu par le marquis Jérôme Ludovic de Solages, héritier du fondateur de la Compagnie minière de Carmaux.

 

Le pacifisme de Jaurès le fait haïr des nationalistes. Pendant la journée du vendredi , il tente, d’abord à la Chambre des députés, puis au ministère des Affaires étrangères, de stopper le déclenchement des hostilités de la Première Guerre mondiale. En fin d’après-midi, il se rend à son journal, L’Humanité, pour rédiger un article qu’il conçoit comme un nouveau « J’accuse…! ». Avant la nuit de travail qui s’annonce, il descend avec ses collaborateurs pour dîner au Café du Croissant, situé au no 146 de la rue Montmartre, à l’angle de la rue du Croissant. Vers 21 h 40, un étudiant nationaliste, Raoul Villain, tire deux coups de feu par la fenêtre ouverte du café et abat Jaurès à bout portant. Amédée Dunois, militant anarcho-syndicaliste, journaliste, avocat et ami du parlementaire socialiste, qui est présent à ses côtés ce soir-ci, cherche alors, en urgence, un médecin pour permettre d’apporter rapidement les premiers soins à Jean Jaurès. Paulo do Rio Branco da Silva Paranhos, alors ami de Dunois, arrive quelques minutes après l’événement à la demande de celui-ci. Ne pouvant prodiguer les premiers soins à Jean Jaurès après un constat alarmant sur l’hématome intracérébral formé, le médecin et fils de l’ex-ministre des Affaires étrangères du Brésil annonce, après plusieurs tentatives de prise de pouls, la mort officielle du député socialiste. Le corps est provisoirement ramené à son domicile dans la maison à briques rouges de la villa de la Tour, sise au 96 bis, rue de la Tour (16e arrondissement de Paris).

Cet assassinat facilite de facto le ralliement de la gauche, y compris de beaucoup de socialistes qui hésitaient, à l’« Union sacrée ». La grève générale n’est pas déclarée.

Le , le meurtrier de Jaurès est acquitté, dans un contexte de fort nationalisme. La veuve de Jaurès est condamnée aux dépens (paiement des frais du procès).

Patrimoine de France des timbres, feuillet spécial

Sources : Wikipédia, Archives nationales.

 

 

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