Jean-Jacques Waltz, dit “Hansi”, artiste illustrateur.

Jean-Jacques Waltz, alias Hansi ou Oncle Hansi, né le 23 février 1873 à Colmar et mort le 10 juin 1951 à Colmar, est un artiste illustrateur alsacien et français.


Après son séjour à Lyon, il retourne en Alsace où il devient célèbre comme dessinateur de cartes postales, dont certaines sont distribuées par l’Association des hôteliers et restaurateurs des Hautes-Vosges. Il est bien connu pour sa grande taille, sa lavallière et son chapeau de feutre, signes distinctifs des artistes à cette époque. Les motifs de ses illustrations allient souvent des scènes villageoises idylliques avec de mordantes caricatures anti-allemandes. Tandis qu’au premier abord, ses illustrations paraissent d’innocentes scènes de la vie alsacienne, une observation plus attentive permet d’y déceler une aversion pour les Allemands qui sera la marque de Hansi.

Grâce à deux peintres Alexis Kreyder et Léon Hornecker, il fait connaissance des artistes strasbourgeois de la Revue alsacienne illustrée qui travaillent au maintien du particularisme alsacien, l’un d’eux est Charles Spindler. Le jeune Jean-Jacques Waltz s’engage contre l’annexion de l’Alsace-Lorraine (et surtout de l’Alsace) par l’Allemagne, conséquence du traité de Francfort qui fait suite à la guerre franco-allemande de 1870. Pour cela, il fait de nombreux dessins satiriques d’Allemands en Alsace qu’il rend ridicules. Son frère aîné est étudiant en pharmacie et l’aide à publier ses dessins dans le bulletin de l’Association des étudiants en pharmacie de Strasbourg (H2S ou Hazweiess), publication ironique, critique et anti-allemande. C’est pour signer ces dessins qu’il utilise pour la première fois le pseudonyme Hansi qui est à la fois « Hans » (Jean) suivi de « J » pour « Jakob » (Jacques), Hansjakob Waltz. Hansi ridiculise le touriste allemand qu’il représente avec son chapeau tyrolien, son sac à dos et son bâton. Il représente l’expansionnisme allemand, lui-même encouragé par les associations nationalistes dont la Ligue pangermaniste. Comme Colmarien, Hansi rejoint l’opposition anti-allemande et anti-prussienne, dont les leaders sont l’abbé Wetterlé, Jacques Preiss et Daniel Blumenthal, qui sont députés au Reichstag.

Hansi, carte maximum, Colmar, 24/10/2009.

Grâce à ce succès, Jean-Jacques Waltz peut imprimer en 1907 un recueil d’aquarelles intitulé Tours et Portes d’Alsace. Ce livre qui n’est pas vraiment engagé est néanmoins préfacé par Joseph Fleurent, avocat colmarien qui défend la seule culture française pour les Alsaciens. En 1908 son éditeur Bahy réédite les Vogesenbilder et publie une deuxième série Die Hohkönigsburg im Wasgenwald und Ihre Einweihung (le Haut-Koenigsbourg et son inauguration). Le professeur Knatschké est censé commenter les illustrations, ce qui permet à Hansi de railler l’inauguration du château du Haut-Kœnigsbourg restauré à l’initiative de Guillaume II.

En 1908, parait chez Bader le livre Der Professor Knatschke qui avait auparavant été publié sous la forme de feuilleton dans le journal de Mulhouse l’Express. Bien que Hansi ne s’implique pas dans la politique, il se trouve mêlé à l’affaire Gneisse. Ce proviseur du lycée de Colmar avait, dans un article publié dans la Strasburger Post, soutenu la nécessité d’un enseignement uniquement en allemand pour ne pas permettre à l’armée française d’obtenir des renseignements de la part des Alsaciens. Hansi publie une caricature de Gneisse qui porte plainte et Hansi est condamné à cinq cents marks d’amende et l’éditeur du journal l’abbé Wetterlé à deux mois de prison. Dans son numéro de Noël 1911, la revue L’Illustration publie des aquarelles de Hansi présentées par Maurice Barrès. En 1912 paraît chez Henri Floury une édition française du Professeur Knatschké due au Docteur Colli, pseudonyme de H. Collignon, secrétaire général de la présidence de la République. Pour Noël de la même année, il publie Histoire d’Alsace racontée aux petits enfants de France par l’oncle Hansi où l’histoire est présentée de façon partielle et partiale.

Dans le livre, Professor Knatschke, Hansi avait identifié le ridicule professeur avec son ancien proviseur du Gymnasium de Colmar, nommé Gustav Gneisse. L’affaire a des conséquences, puisque Gustav Gneisse, devenu le symbole du pangermanisme et de la sottise, est expulsé d’Alsace après 1918 et le retour des Français. Revenu en Alsace en 1940, à la faveur de la victoire allemande, afin d’habiter chez sa fille qui peut s’occuper de lui alors qu’il est malade et presque aveugle, Gustav Gneisse est de nouveau contraint de repasser la frontière vers l’Allemagne après la Libération.

En mai 1913 Hansi est condamné à neuf cents marks d’amende pour avoir insulté, dans son Histoire d’Alsace, la collectivité des Allemands venue en Alsace après 1870. Le 9 juillet 1914, un nouveau procès s’ouvre à Leipzig, qui condamne Hansi à un an de prison. Il profite d’un passage à Colmar pour s’échapper et gagner la France.

À la même époque, son ami, Henri Zislin, dessinateur et tout aussi patriote, effectue plusieurs séjours en prison pour attaque contre l’Empire.

Hansi s’engage au 152e régiment d’infanterie en tant que caporal. Il est ensuite muté à l’état-major de la division où il est d’abord interprète stagiaire (sous-officier) puis officier Interprète militaire. Il est ensuite affecté au service de la propagande aérienne aux côtés d’Ernest Tonnelat. Tous deux publieront leurs souvenirs de cette expérience en 1922.

Il réalisera une affiche pour l’emprunt de guerre de 1917, où il met en scène une ville alsacienne. En 1918 lorsque l’Alsace réintègre la France, il crée une autre affiche. Après la victoire des Alliés, il publie deux livres en 1918 : Le Paradis tricolore et en 1919 L’Alsace heureuse. Dans ce dernier livre, il raconte ses démêles avec des juges allemands, son évasion, sa guerre, l’entrée des troupes françaises en Alsace et le départ des émigrés. En 1920, il est fait officier de la Légion d’honneur par le président Millerand.

Sa haine de l’Allemagne lui fit écrire après que Wilson eut tout simplement obligé la France à respecter les termes du Traité de Versailles :

Après la signature de la paix, quelle déception pour les Alsaciens, quel soulagement pour les Allemands, quand l’Alsace a vu des Allemands revenir en foule ! La France, avec une mentalité de vaincu, appliquait pleinement, plus que pleinement, l’article du Traité qui confère la nationalité française à tout Allemand ayant épousé une Alsacienne ou une Lorraine. En vérité la France n’était nullement obligée d’appliquer le traité jusque dans ses articles qui lui nuisent le plus, alors que l’Allemagne vaincue déclarait son mépris pour le « chiffon de papier » signé à Versailles. Et, si la France pouvait se considérer comme obligée à rouvrir ses portes aux Allemands qui se sont mariés chez elle, était-elle obligée de leur rendre leurs places d’avant-guerre, avec tous les bénéfices d’après-guerre ?
Dans l’après-guerre, non seulement la popularité de Hansi décroît, mais l’incompréhension s’installe également. Si les Alsaciens ont accueilli l’armée française avec joie, ils ne veulent toutefois pas perdre une identité durement préservée pendant la période allemande. Hansi se trouve dans un situation paradoxale : il n’approuve pas l’autonomisme, dans lequel il ne voit que la main de l’Allemagne. Ses livres, Le Voyage d’Erika en Alsace française (1921) et La Fresque de Geispolsheim (1935), n’ont pas d’écho. Il écrit des livres qui expriment son attrait pour la beauté de l’Alsace mais qui ne rencontrent plus le même succès : Colmar en France (1923), La Merveilleuse Histoire du bon Saint Florentin d’Alsace (1925), Les Clochers dans les Vignes (1929), et Au pied du Mont Sainte-Odile (1934). Aujourd’hui, ces livres sont particulièrement recherchés par les collectionneurs car ils ont été tirés à peu d’exemplaires. Hansi dessine des cartes postales, des aquarelles et des dessins publicitaires, ainsi que des enseignes que l’on peut encore voir, en particulier dans les rues de Colmar. Hansi succède à son père comme conservateur du musée Unterlinden à la mort de celui-ci en 1923 et reprend un de ses manuscrits sur L’Art héraldique en Alsace. Hansi est célibataire et vit avec le couple de son frère et de sa belle-sœur dans une maison qu’ils possèdent dans la vieille ville de Colmar.

Pourtant Hansi ne délaisse pas son adversaire préféré, le pangermanisme. Il pense que les Allemands n’ont pas renoncé à dominer l’Alsace et qu’ils développent une propagande insidieuse qui s’appuie sur les activités d’associations culturelles (Institut d’Études alsaciennes, associations d’histoire locale, représentations théâtrales comme celles du théâtre de Fribourg à Colmar ou Strasbourg). Il s’en prend à des sympathisants allemands comme l’abbé Brauner qui, selon Hansi, sont directement financés par l’Allemagne. Hansi attaque directement le mouvement autonomiste et soupçonne le quotidien anti-français et autonomiste Elz (Elsaß-Lothringische Zeitung), fondé en 1929, d’œuvrer pour l’Allemagne. Juste après le début de la Seconde Guerre mondiale, Hansi approuve l’arrestation des autonomistes alsaciens et il considère comme un juste châtiment l’exécution pour espionnage en février 1940 de Karl Roos, autonomiste membre du Parti National Indépendant.

Deux jours après la déclaration de guerre de 1939, Hansi se rend très rapidement en Bourgogne, puis à Agen où les services de la préfecture du Haut-Rhin ont été évacués. Dans la nuit du 10 au 11 avril 1941, il est battu par trois hommes de la Gestapo et laissé pour mort. Hansi échappe de peu à la mort, vit dans le Midi, puis va en Suisse fin 1942 et habite à Lausanne. Il survit en reproduisant des aquarelles faites en Alsace. Il ne reviendra à Colmar qu’en juin 1946, après que sa maison, dévastée et pillée, aura été remise en état. Affaibli par l’attentat dont il a été victime, il se remet néanmoins au travail et peint des dessins publicitaires et des enseignes. Le livre Le professeur Knatschké est réédité en 1947, mais il rencontre peu de succès. Il y dénonce le danger d’un retour du national-socialisme. Hansi publie ses mémoires sous le titre Les Souvenirs d’un annexé récalcitrant, en deux tomes, Madame Bissinger prend son bain et Le Premier Phonographe. Hansi y avoue qu’il avait pour ami un Allemand. Jusqu’à sa mort, Hansi reçoit de nombreuses distinctions : entre autres, il est fait citoyen d’honneur de la ville de Colmar, il est élu membre correspondant de l’Académie des Beaux-Arts et reçoit l’insigne de commandeur de la Légion d’Honneur. Jean-Jacques Waltz-Hansi meurt le 10 juin 1951. Ses obsèques sont menées par une compagnie du 152e régiment d’infanterie, le fameux 15-26, dans lequel il avait servi.

Hansi, prêt-à-poster.

La fin de sa vie n’en fut pas moins bien triste. En janvier 1951 il écrivait : « Voici l’hiver et la vieillesse inséparables – et le froid, la neige, les courtes journées sombres et les interminables nuits blanches, et l’anémie, l’arthritisme, les autres infirmités – et les médecins. A présent, plus de promenades du soir dans les vieilles rues, plus de tournée au Musée et plus de regard de déférente admiration et de reconnaissance pour le chef-d’œuvre , mais le soir, dans l’ombre de l’atelier on devine l’affreux cafard, l’ennemi du joyeux et divin travail… » et Robert Heitz écrivait une semaine après sa mort : « Trop fier pour récriminer, veillant jalousement à son indépendance, il a payé son intransigeance au prix d’une solitude frisant l’oubli et d’une vie matérielle pénible. Aussi bien, quand demain, sur sa tombe les officiels vanteront avec force trémolos les mérites et la gloire d’un des meilleurs serviteurs que la France ait eus en Alsace, ceux qui savent ne seront pas dupes. On a eu beau le couvrir de médailles et de cravates rouges, il n’en reste pas moins que la France officielle, sans imagination et sans cœur, n’a pas su trouver la formule qui eût évité à ce vieillard de vivre dans une gêne matérielle qui, sans le concours discret de quelques amis fidèles, eût été la misère pure et simple. »

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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