Jean Dubuffet, peintre, sculpteur et plasticien.

Jean Dubuffet (Le Havre, 31 juillet 1901, Paris, 12 mai 1985) est un peintre, sculpteur et plasticien français, le premier théoricien d’un style d’art auquel il a donné le nom d’« art brut », des productions de marginaux ou de malades mentaux : peintures, sculptures, calligraphies, dont il reconnaît s’être lui-même largement inspiré.

Le 20 octobre 1944, la première exposition marquante dans Paris libéré est celle de ses œuvres à la galerie René Drouin, alors qu’il n’est encore qu’un peintre inconnu, provoquant un véritable scandale. Il est aussi l’auteur de vigoureuses critiques de la culture dominante, notamment dans son essai, Asphyxiante culture (1968), qui crée une polémique dans le monde de l’art. À l’occasion de la première exposition de sa collection d’art brut qu’il organise en 1949, il rédige un traité, L’Art brut préféré aux arts culturels.

Officiellement propulsé sur le devant de la scène artistique par une rétrospective de 400 peintures, gouaches, dessins, sculptures, qui a lieu au Musée des arts décoratifs de Paris du 16 décembre 1960 au 25 février 1961, l’artiste français le plus contesté et le plus admiré de l’après-guerre crée l’événement de ce début d’année. Il devient l’inspirateur de nombreux artistes, adeptes de « l’art autre », variante de l’art brut, parmi lesquels Antoni Tàpies, ainsi que des adeptes de la contestation artistique comme le groupe espagnol Equipo Crónica.

Oeuvre de Jean Dubuffet, carte maximum, Le Havre, 14/09/1985.

Son œuvre est composée de peintures, d’assemblages souvent qualifiés à tort de collages, de sculptures et de monuments dont les plus spectaculaires font partie d’un ensemble, L’Hourloupe (1962-1974), ainsi que des architectures : la closerie Falbala et la villa Falbala. Il a fait l’objet de rétrospectives au palais Grassi de Venise, au musée Solomon R. Guggenheim.

Sa collection personnelle, la Collection de l’art brut qui regroupait, depuis 1945, des artistes découverts dans les prisons, les asiles, des marginaux de toutes sortes, alors propriété de la Compagnie de l’art brut fondée en 1948, aurait dû rester à Paris. Mais les atermoiements de l’administration française ont poussé Dubuffet à accepter l’offre de la ville de Lausanne en Suisse, où la collection a été installée au château de Beaulieu et définitivement donnée.

Considéré comme peu amène, procédurier, atrabilaire, il se fâchait souvent avec son entourage. Avant la mort de Dubuffet, en 1985, Jean-Louis Prat a eu toutes les peines du monde à organiser la rétrospective de 150 tableaux de l’artiste, qui s’est finalement tenue du 6 juillet au 6 octobre à la fondation Maeght.

En revanche, il était généreux, comme en témoignent ses amis, Alexandre Vialatte, Alphonse Chave, Philippe Dereux, et les nombreuses donations qu’il a faites de son vivant, entre autres, un ensemble de 21 tableaux, 7 sculptures et 132 dessins au musée des arts décoratifs de Paris, provenant de sa collection personnelle.

Fils de Charles-Alexandre Dubuffet et de Jeanne-Léonie Paillette, négociants aisés en vin, Jean Dubuffet appartient à la bonne bourgeoisie havraise1. Il entre au lycée du Havre où il fera toutes ses études secondaires. Parmi les élèves du lycée se trouvent Armand Salacrou, Georges Limbour et Raymond Queneau2. Dubuffet n’est pas passionné par ses études. Il préfère le dessin et il s’inscrit dès la classe de seconde à l’école des beaux-arts du Havre, qui compte aussi parmi ses anciens élèves Georges Braque, Raoul Dufy et Othon Friesz.

Après avoir passé son baccalauréat, il s’inscrit à Paris à l’Académie Julian. Quand il constate qu’il préfère apprendre seul, il quitte l’académie et établit un atelier au 37, rue de la Chaussée-d’Antin, dans une dépendance de l’affaire familiale. Suzanne Valadon et Élie Lascaux lui présentent alors Max Jacob, Charles-Albert Cingria et Roger Vitrac. Bien qu’il ait rencontré Fernand Léger, André Masson et Juan Gris, Dubuffet choisit de vivre en reclus, d’étudier les langues. Il s’essaie aussi à la littérature, à la musique et se disperse.

Expo Chaissac, Dubuffet, collector de 4 timbres.

« Je cherchais « l’Entrée ». Or ça n’allait pas ; j’avais l’impression que je n’étais pas adapté à ma condition humaine […] j’avais à l’arrière-plan comme une angoisse que tout cela ne pesait pas lourd. »

Il voyage en Italie, en Suisse, il cherche sa voie. Il est convaincu que l’art occidental meurt sous le foisonnement des références plus ou moins académiques : La peinture de l’après-guerre est en effet une réaction contre les audaces du début du siècle. Il décide de se consacrer au commerce, et après un voyage d’affaires à Buenos Aires, il retourne au Havre où il travaille dans l’affaire de son père. Il se marie avec Paulette Bret (1906-1999) en 1927 et il décide de s’installer à Bercy, où il fonde un commerce de vins en gros. Mais après un voyage en Hollande en 1931, le goût de la peinture lui revient et il loue un atelier, rue du Val-de-Grâce, où il va travailler régulièrement. Dès 1934, il met son commerce en gérance et se consacre à de nouvelles expérimentations artistiques. Il est à la recherche d’une forme d’expression nouvelle. Il se lance dans la fabrication de marionnettes et de masques sculptés d’après les empreintes de visages, sans grand succès. Il a installé son atelier au 34, rue Lhomond et il envisage de se faire montreur de marionnettes.

En réalité, Dubuffet est un autodidacte, ce qui explique sa curiosité pour les trouvailles d’artistes « non culturels », pour « l’art des fous », et sa révolte aussi contre l’art des musées qui lui vaudra de multiples inimitiés nées de multiples batailles.

« Naïve est l’idée que quelques pauvres faits et quelques pauvres œuvres des temps passés qui se sont trouvés conservés sont forcément le meilleur et le plus important de ces époques. Leur conservation résulte seulement de ce qu’un petit cénacle les a choisis et applaudis en éliminant tous les autres. »

Découragé, Dubuffet reprend son activité commerciale en 1937. Il a divorcé de Paulette en 1935. En 1937, il épouse Émilie Carlu, née le 23 novembre 1902 à Tubersent et morte en 1988 à Cucq, deux ans après la reprise de son activité commerciale, en 1939, et cette même année, il est mobilisé au ministère de l’Air, à Paris. Mais il est bientôt envoyé à Rochefort pour indiscipline. Au moment de l’exode, il se réfugie à Céret où il est démobilisé. Et il reprend ses affaires à Paris en 1940. Mais dès 1942, il décide pour la troisième fois de se consacrer exclusivement à la peinture. Dubuffet est un peintre « quasi clandestin », selon Gaëtan Picon.

Il réalise plusieurs tableaux dont le premier véritablement important est Les Gardes du corps, huile sur toile (113 × 89 cm, collection privée), considéré comme le point de départ de l’œuvre. À la fin de cette même année, son ami Georges Limbour, qui lui achète les Gardes du corps, le sort de sa « clandestinité » en le présentant à Jean Paulhan. Dubuffet, qui vient de s’installer dans un nouvel atelier au 114 bis, rue de Vaugirard, a déjà réalisé de nombreux tableaux notamment des gouaches : Les Musiciennes (65 × 47 cm). Il participe par l’intermédiaire de Jean Paulhan à l’exposition « Le Nu dans l’art contemporain » à la galerie Drouin, avec Femme assise aux persiennes (mai 1943), huile sur toile (73 × 68 cm) et dans la même galerie, en juillet, il présente Vingt et un paysages et Paysage herbeux et terreux.

Expo Chaissac Dubuffet, entier postal, 2013.

Les Gardes du corps marquent une rupture brutale dans la peinture de l’artiste qui s’éloigne du souci de ressemblance de ses tableaux précédents. Cette œuvre est considérée par Gaëtan Picon comme des esprits dressés au seuil de l’œuvre pour en annoncer l’esprit […] ce sont de hauts pavois marqués de son signe.

L’autre œuvre marquante est Métro (mars 1943), huile sur toile (162 × 180 cm), présentant des bonshommes et bonnes femmes serrés comme des harengs, avec des nez immenses et des chapeaux rigolos. Dubuffet a choisi des couleurs crues posées rapidement sur la toile. L’artiste qui a toujours eu pour ambition de peindre l’homme en complet-veston envisage de confectionner sur ce thème un petit album composé de lithographies dont le texte sera écrit par Jean Paulhan. Sur ce thème, il fera une série composée d’huiles et de gouaches, isolant parfois deux personnages. Son autre thème d’inspiration est la foule qu’il initie avec La Rue (mars 1943), huile sur toile (92 × 73 cm), qui sera exposée à la galerie Drouin en 1944 et en janvier 1950, à la galerie Pierre Matisse de New York. Un thème qu’il reprend plus tard dans un nouveau style : Rue passagère (1961), huile sur toile (129,3 × 161,7 cm).

Le peintre décrit lui-même son installation à Vence : À la fin de janvier 1955, les médecins préconisant pour ma femme l’habitat de Vence, je m’y transportai avec elle. J’eus quelque peine à y trouver un local approprié à mes travaux. Ne disposant d’abord que d’un petit atelier très exigu, j’y organisai un chantier d’assemblages d’empreintes à l’encre de Chine51. C’est pour Dubuffet une période de recherches préliminaires qui vont l’amener à une deuxième série de Petit travaux d’ailes de papillons, puis aux Personnages monolithes, aux Empreintes de sols avec lesquelles l’artiste confectionne des assemblages en découpant des panneaux peints à l’avance. Ou bien, il conserve ces panneaux quand ils lui plaisent, ce qui aboutit à des tableaux comme la série des Routes et Chaussées dont fait partie Sol du chemin très usagé, le jardin de pierres à Vence, huile sur toile (89 × 116 cm).

«  Le vrai art il est toujours là où on ne l’attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L’art, il déteste d’être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt. L’art est un personnage passionnément épris d’incognito. Sitôt qu’on le décèle, que quelqu’un le montre doigt, alors il se sauve en laissant à sa place un figurant lauré qui porte sur son dos une grande pancarte où c’est marqué Art, que tout le monde asperge aussitôt de champagne et que les conférenciers promènent de ville en ville avec un anneau dans le nez »-

Au bout de deux ans, les recherches de Dubuffet aboutissent à d’autres séries de « terrains » qu’il classe sous les intitulés : « Topographies » « Texturologies », « Matériologies », « Aires et sites » dont les résultats vont surprendre le public une fois de plus.

« De toutes les recherches que Jean Dubuffet effectua, la série des Texturologies et des Matériologies est celle qui suscita le maximum de défiance et de quolibets. C’est peut-être parce qu’elle marquait le point ultime (et peut-être le plus accompli) de ses expériences sur le regard et sur les choses. […] Dubuffet avait enfin fabriqué ce qu’il avait toujours souhaité : des machines à rêver avec des nappes de poussière indistinctes. Avec les Texturologies, il atteignait les sommets de la plus aride, mais aussi de la plus poétique abstraction. À l’opposé, avec les Matériologies, il révélait les vertus interloquantes du concret élémentaire »

Dubuffet parle de « dessin au petit point » lorsqu’il décrit ses travaux de 1958 à 195956 qui sont des « Empreintes texturologiques » sur papier, obtenues pour la plupart avec de la peinture à l’huile noire, affectant quelquefois la forme de fins réseaux de traits entrecroisés.

Plus précisément, la série des texturologies prolonge les recherches « Sols et terrains » commencée au début des années 1950. Ce sont des huiles sur toile « au petit point » qui donnent l’effet d’une matière étoilée58, comme Chaussée urbaine mouillée (1957), huile sur toile (80 × 100 cm), ou Texturologie XVIII (Fromagée) (1958), huile sur toile (81 × 100 cm)59.

Oeuvre de Dubuffet, épreuve de luxe.

Les Matériologies sont des œuvres réalisées avec les matériaux les plus travaillés. Les unes sont faites d’éléments de papier d’argent froissé et peint, colmaté et assemblé sur des panneaux d’isorel. D’autres sont faites d’épaisses triturations de papier mâché, appliqué sur panneaux d’Isorel ou sur grillage, certaines comportent du papier mâché mastiqué sur pâte plastique : Joies de la terre, 1959, papier mâché teinté dans la masse dans les tons sépia clair (130 × 162 cm), Vie minérale ardente (1959), papier d’argent (54 × 65 cm), Messe de terre (1959), papier mâché sur Isorel (150 x 195 cm).

Les travaux de cette période seront exposés à Paris au Musée des arts décoratifs en 1961 avec d’autres œuvres datant de ses périodes antérieures. À cette occasion, Dubuffet est de nouveau l’unique artiste par qui le scandale arrive encore. Devant la rétrospective qui comporte quatre cents peintures gouache dessins, sculptures, assemblages, le public et une partie de la critique s’interroge encore : charlatan ou génie ? Dubuffet a soixante ans à ce moment-là, ses recherches ont procédé par cycles d’une prodigieuse puissance créatrice. Certains veulent voir en Dubuffet un second Picasso, les deux artistes ayant en commun le renouvellement constant de leurs moyens d’expression.

Jusqu’en 1960 et dans les années suivantes, à Vence, la production de Jean sera abondante, on trouve des petites statues en papier d’argent froissé, ou en papier mâché coloré dans la masse avec des encres, et parfois repeintes à l’huile, ainsi que des assemblages d’éléments naturels. En 1960, Daniel Cordier est devenu son marchand pour l’Europe et les États-Unis. Dubuffet s’installe dans une nouvelle maison à Vence, Le Vortex. Il vit désormais entre Vence et Paris. Pendant la période Vence, il a fait la connaissance de Philippe Dereux avec lequel il a lié une solide amitié, et pour lequel il réalise à l’aquarelle un grand papillon en mémoire des petits tableaux d’ailes de papillon.

Pendant cette période, Dubuffet noue également une solide amitié avec Alphonse Chave qu’il voit pratiquement tous les jours pendant dix ans. En 1995, la galerie Chave a organisé une rétrospective, réunissant des lettres de l’artiste à Philippe Dereux, des textes de Dereux, celle de son ami très proche Alexandre Vialatte, en particulier la reproduction d’un article écrit pour le journal La Montagne en 1959 dans lequel Vialatte déclarait : La production de Jean Dubuffet est mystérieuse. Une littérature considérable mais coûteuse la décrit, la célèbre, la numérote […]. Toute son œuvre est une espèce de contre-ciel : un récit plein de fautes d’orthographe ; de fautes voulues et recherchées ; il ne la raconte pas, il la bafouille, […].

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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