Jan Hus, théologien, universitaire et réformateur religieux.

Jan Hus ou Jean Huss, né en 1372 à Husinec (royaume de Bohême) et mort supplicié en 1415 à Constance (principauté épiscopale de Constance), est un théologien, universitaire et réformateur religieux tchèque des XIVe et XVe siècles.

Son excommunication en 1411, sa condamnation par l’Église romaine pour hérésie, puis sa mort sur le bûcher le 6 juillet 1415, lors du concile de Constance, déclenchent la création de l’Église hussite et les croisades contre les hussites. Le protestantisme voit en lui un précurseur.

La langue tchèque lui doit son diacritique, le háček.

Les Tchèques ont fait de lui un héros national, allégorie de leur combat contre l’oppression catholique, impériale et allemande. Son supplice, le 6 juillet, est commémoré par un jour férié.

Il compte au nombre des martyrs de la liberté de penser. L’Église catholique par la voix du pape Jean-Paul II a amorcé une forme de réhabilitation en 1999.


Jan Hus naît entre 1369 et 1373 dans la ville éponyme de Husinec (district de Prachatice), en Bohème méridionale. Il vient au monde dans une famille de paysans pauvres.

Il étudie à l’université de Prague, où il obtient la licence en 1393 puis la maîtrise ès arts libéraux en 1396. En 1400, il est nommé professeur.

Ordonné prêtre, il commence à prêcher à l’église de Saint-Michel.

En 1401, il devient (pour une année) doyen de la faculté de philosophie.

En 1402, Jan Hus devient prédicateur à Prague. Influencé par Wyclif, il s’interroge sur les conséquences pratiques de l’obéissance au Christ. À la chapelle de Bethléem, il prononce des sermons contre « les erreurs du catholicisme », où il préconise une réforme de l’Église. Avec d’autres, il prêche le retour à une Église apostolique, spirituelle et pauvre. Il soutient que la réforme de l’Église doit passer par le pouvoir laïc. Ces propos trouvent un écho favorable dans la noblesse, qui y voit l’occasion de s’approprier les biens ecclésiastiques.

Des mouvements millénaristes annoncent la venue des faux prophètes et de l’Antéchrist. L’idée d’un avènement des temps derniers se répand. Beaucoup de fidèles désirent renouer avec l’Église originelle. Jan Hus se trouve bientôt à la tête d’un mouvement national de réforme. Il prend publiquement la défense des écrits de Wyclif, condamnés par une bulle pontificale du 20 décembre 1409 qui ordonne leur destruction et l’interdiction de prêcher leur doctrine. C’est en vain qu’il fait appel au « pape de Pise », l’antipape Alexandre V.

Dans son ouvrage de grammaire De orthographia bohemica rédigé entre 1406 et 1412, Jan Hus invente une graphie utilisant des diacritiques — tel le point suscrit, qui deviendra le háček — pour noter ce que les langues slaves considèrent comme des consonnes molles. Pour noter les voyelles longues, Jan Hus préconise l’usage de l’accent au lieu d’un redoublement des voyelles. À une époque où papier et parchemin coûtent cher, économiser de l’espace lors de l’écriture constitue une économie précieuse.

Ce diacritique, adopté par le croate, le slovaque et le slovène, est parfaitement adapté aux langues slaves. Globalement, il correspond, dans l’alphabet latin, aux modifications apportées au grec par Cyrille et Méthode lorsqu’ils créèrent l’alphabet glagolitique.

Hus, entier postal, Tchéquie.

Prague est alors la capitale du Saint-Empire romain germanique. Son université, d’envergure internationale, est divisée en sections appelées « nations » : bavaroise, tchèque, saxonne et polonaise. Lors des votes du Conseil universitaire sur le choix des programmes et leur financement, chacune dispose d’une voix.

En 1407, le pape Grégoire XII ordonne à l’archevêque de Prague d’interdire la diffusion des thèses de l’Anglais John Wyclif. L’université condamne comme hérétiques les théories de Wyclif, introduites en Bohême une vingtaine d’années auparavant. En 1381, l’opinion de Wyclif sur l’eucharistie est débattue par Mikuláš Biskupec. En 1393, l’archevêque de Prague Jean de Jenstein réfute dans ses prêches les idées wycliffiennes sur la nécessaire pauvreté de l’Église.

Jan Hus traduit en tchèque le Trialogus. Il louvoie entre son allégeance à l’Église et son idéal wycliffien.

Hus rassemble alors autour de lui un cénacle d’érudits acquis à ses vues : Jérôme de Prague, mais aussi Stanislas de Znoyme, Étienne de Páleč, Christian de Prachatice, Jan de Jecenice et Jacques de Mies dit Jacobellus8. Le 14 mai 1408, ces représentants de la « nation » tchèque de l’université de Prague, dirigée par Jan Hus, rejettent publiquement les articles de Wyclif mais soulignent que, replacés dans leur contexte et correctement interprétés, ils ne sont pas totalement hérétiques. L’archevêque de Prague écrit au pape Grégoire XII qu’« il n’y a pas d’âme errante en Bohême ».

Les autres « nations » se rallient unanimement à Grégoire XII. Pour défendre ses convictions, Jan Hus met à profit l’opposition du roi Venceslas à Grégoire XII.

Le 17 octobre 1409, Jan Hus est nommé recteur de l’université de Prague. Il obtient alors que la « nation » tchèque dispose de trois voix lors des votes sur l’administration de l’université, les autres nations ne bénéficiant que d’une seule voix chacune. Cette décision, appelée décret de Kutná Hora10, provoque le départ des enseignants allemands qui, en mai de la même année, contribuent à la fondation de l’université de Leipzig.

L’université de Prague perd alors la majorité de ses étudiants. Tout au plus national, son rayonnement décline. Pendant quelques décennies, plus aucun diplôme ne sera délivré. Pour voir l’université renaître de ses cendres, il faudra attendre Sigismond et surtout Rodolphe II, qui rétablira Prague comme capitale.

Les détracteurs de Jan Hus ne peuvent l’attaquer sur le terrain du patriotisme. Ils cherchent donc à l’atteindre à travers ses positions religieuses. En dénonçant sa proximité théologique avec Wyclif, ils l’accusent d’hérésie.

Excommunié le 21 février 1411 par Grégoire XII, Jan Hus en appelle au jugement du Christ, instance inconnue du droit canonique.

Soutenu par les Praguois, il ne réserve pas ses diatribes aux seules autorités ecclésiastiques. Il entre aussi en conflit avec le roi de Bohême Venceslas IV, qui a autorisé des envoyés du pape à vendre des indulgences pour financer une croisade contre le roi de Naples. Il dresse le peuple contre le roi et l’Église, ce qui le rend persona non grata à Prague. En 1412, il doit fuir au château de Kozí Hrádek, dans le Sud de la Bohême. Il y rédige De Ecclesia et une Explication des Saints Évangiles (1413).

Le pape Alexandre V meurt en 1410. L’antipape Jean XXIII lui succède. En 1411, il entreprend une croisade contre le roi Ladislas Ier de Naples, protecteur du « pape de Rome » Grégoire XII (Ladislas a envahi Rome et est l’allié des Colonna). Cette croisade nécessite un financement. La vente d’indulgences permet à la papauté de lever des fonds.

Dans son « adresse » Quæstio magistri Johannis Hus de  indulgentiis — copie quasi-conforme du dernier chapitre du De Ecclesia de Wyclif — Jan Hus s’élève contre ce « trafic ». Le pamphlet déclare qu’aucun évêque, aucun prêtre ni même aucun religieux ne peut prendre l’épée au nom du Christ : ils doivent prier pour les ennemis du Christ et bénir ceux qui les combattent. Le repentir de l’homme passe par l’humilité et non par l’argent, les armes ou le pouvoir.

Le 24 juin 1412, Jan Hus, remarquable orateur, provoque une émeute populaire durement réprimée. Un cortège d’étudiants, conduit par le disciple de Hus Jérôme de Prague cloue au pilori la bulle pontificale puis la brûle. Trois étudiants, qui ont empêché un prêtre de prêcher l’achat d’indulgences, sont exécutés à la hache.

Les docteurs de la Faculté de théologie accusent Jan Hus d’avoir fomenté ces troubles.

Début novembre 1414, l’antipape Jean XXIII convoque le concile de Constance. Jan Hus souhaite s’y rendre car il y voit l’occasion de défendre publiquement ses thèses. Sigismond veut donner l’apparence d’un soutien à Jan Hus. Il s’engage à l’accompagner mais se contente de lui délivrer un sauf-conduit dont, peu après, il nie la validité.

C’est en grand apparat que les représentants des grandes nations catholiques — c’est-à dire tous les prélats et princes que compte alors la chrétienté, y compris des orthodoxes, des lituaniens et des coptes — se réunissent à Constance. Le Concile, convoqué sous la pression de Sigismond, vise à mettre fin au scandale du Grand Schisme d’Occident. Trois « papes » se disputent alors le trône de saint Pierre : Grégoire XII, « pape de Rome », Jean XXIII, « pape de Pise », Benoît XIII, « pape d’Avignon ».

Parti le 11 octobre 1414, Jan Hus arrive à Constance le 28 novembre. Le lendemain, un avis placardé sur les portes des églises annonce que Michal de Nemecky Brod sera l’opposant de Hus « l’hérétique ». Le 4 décembre 1414, Jean XXIII nomme trois évêques pour entamer les investigations contre lui.

Tout d’abord libre de ses mouvements, Jan Hus est emprisonné le 8 décembre 1414 dans un monastère dominicain : on craint qu’il s’échappe. Le sauf-conduit impérial ne lui procure ni aide, ni sécurité.

Sous la pression de Sigismond, le mode de scrutin est modifié : on compte dorénavant une voix non pas par cardinal, ce qui avantageait considérablement l’Italie, mais par nation, ce qui apporte une solution inédite aux problèmes nationaux qui déchirent l’Église. Le 20 mars 1415, comprenant qu’il a perdu le soutien impérial, Jean XXIII s’enfuit.

Le 6 avril 1415, le Concile adopte le décret Haec sancta, qui affirme sa supériorité sur le pape. Les questions institutionnelles en passe d’être réglées, le procès de Hus peut reprendre.

Hussenstein, monument commémoratif élevé à l’endroit du bûcher de Jan Hus, à Constance. L’inscription rend hommage à son disciple Jérôme de Prague, brûlé vif au même lieu 10 mois après lui. Au premier rang des censeurs de Jan Hus siègent des théologiens éminents : le cardinal Pierre d’Ailly, son disciple Jean de Gerson, doctor christianissimus et chancelier de l’université de Paris, les grands inquisiteurs, secondés par les plus brillants canonistes romains.

Pendant plusieurs semaines, Jan Hus subit d’incessants interrogatoires ex cathedra. De sa cellule, il entretient une vaste correspondance avec ses amis de Prague.

Le 27 juin 1415 ses écrits sont condamnés comme hérétiques. Le Concile, qui préfère l’emprisonner à vie plutôt que de l’exécuter, vu le risque de troubles politiques, lui demande de renier 30 points de ses écrits et tente de lui faire accepter une version simplifiée — mais déformée — de ses thèses. Malgré la pression de ses amis, Jan Hus refuse de se soumettre et déclare : « Ces évêques m’exhortent à me rétracter et à abjurer. Mais moi, je crains de le faire pour ne pas être trouvé menteur devant le Seigneur et aussi pour n’offenser ni ma conscience, ni la vérité de Dieu ».

Jan Hus au bûcher. Chronique illustrée de Diebold Schilling le Vieux, 1485.
Le lundi 6 juillet 1415 un jugement condamne solennellement Jan Hus comme hérétique. Le même jour, dépouillé de ses habits sacerdotaux, il est réduit à l’état laïc puis « livré au bras séculier », c’est-à-dire au pouvoir temporel qui le condamne à être brûlé vif.

Avant de mourir il aurait prophétisé en ces termes la venue de Luther : « Ils peuvent tuer l’oie (en tchèque, hus signifie oie) mais, dans cent ans, apparaîtra un cygne qu’ils ne pourront brûler ».

On le coiffe d’une mitre de carton peinte de diables où est inscrit Hérésiarque. Au milieu d’une foule en colère, une escorte armée le conduit au lieu du supplice, un terrain sis hors la ville réservé à l’ensevelissement des chevaux.

Selon la tradition, le bourreau lui arrache ses vêtements, le lie au poteau puis l’entoure de paille humide et de fagots. Le feu prenant difficilement, une femme âgée (ou un paysan, selon Luther) serait venue déposer un fagot de branchages dans le bûcher. La voyant, Jan Hus se serait écrié : « O sancta simplicitas ! » (« Sainte innocence ! » ou, en tchèque, « Svatá prostoto ! »). Ces mots innocentent celui qui est manipulé, mais raillent aussi sa crédulité. Son disciple Jérôme de Prague, brûlé au même endroit 10 mois plus tard, pourrait aussi en être l’auteur. Ils sont l’écho des paroles du Christ « quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu ».

Pour d’autres, ses dernières paroles auraient été « Jésus Christ, Fils du Dieu vivant, pardonne-nous ! », elles aussi inspirées de la première des sept paroles de Jésus en croix (« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Les restes du martyr sont jetés dans le Rhin pour prévenir tout culte de ses reliques.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.