Jacques-Yves Cousteau, officier de marine et explorateur océanographique.

Jacques-Yves Cousteau, né le 11 juin 1910 à Saint-André-de-Cubzac (Gironde) et mort le 25 juin 1997 à Paris, est un officier de la Marine nationale et explorateur océanographique français.

Surnommé « le commandant Cousteau », « JYC » ou encore « le Pacha », il est connu pour avoir perfectionné avec Émile Gagnan le principe du scaphandre autonome avec l’invention du détendeur portant leurs noms, pièce essentielle à la plongée sous-marine moderne.

Les films et documentaires télévisés de ses explorations sous-marines en tant que commandant de la Calypso ont rencontré une large audience.


Daniel Cousteau, le père de Jacques-Yves, est avocat international et assistant d’un homme d’affaires américain. Sa mère s’appelle Elizabeth Cousteau. Ses parents avaient une pharmacie à Saint-André-de-Cubzac, près de Bordeaux, où elle a tenu à accoucher (bien qu’habitant Paris depuis 1904). C’est pourquoi Jacques-Yves est né à Saint-André et y est enterré, comme ses parents. De 1920 à 1923, la famille vit aux États-Unis où le jeune Jacques-Yves pratique la nage et l’apnée. À son retour en France, il découvre la mer dans les calanques près de Marseille où la famille vit désormais. À cette époque, la France compte déjà un explorateur marin et polaire célèbre, dont les aventures font rêver la jeunesse : Jean-Baptiste Charcot, qui navigue à bord de son fameux navire, le Pourquoi Pas ?.

Jacques-Yves Cousteau, carte maximum, Macédoine 20/10/2010.

En 1930, après avoir fait ses études préparatoires au Collège Stanislas de Paris, Jacques-Yves Cousteau entre à l’École navale de Brest et embarque sur la Jeanne d’Arc, navire-école de la Marine. Il devient officier canonnier en 1933. Il se destine à être pilote de l’Aéronautique navale mais un accident de la route en 1935 lui impose une convalescence forcée à Toulon qui prend fin en 1936 avec une affectation sur le cuirassé Condorcet. C’est à bord de ce bâtiment que Cousteau rencontre pour la première fois Philippe Tailliez, qui lui prête aussitôt des lunettes sous-marines Fernez, ancêtres des actuelles lunettes de natation. Il les utilise au Mourillon et est impressionné par la beauté de la vie sous-marine qui évolue sur le fond rocheux et dans les posidonies. Réalisant que le monde sous-marin représente plus des deux-tiers de la Terre, il décide de consacrer sa vie à l’exploration subaquatiques.

Il épouse le 12 juillet 1937 Simone Melchior, fille d’un ancien contre-amiral de la Marine nationale et cadre d’Air liquide, avec qui il a deux enfants : Jean-Michel en 1938 et Philippe en 1940. En 1938, Tailliez rencontre lors d’une chasse sous-marine un autre chasseur du nom de Frédéric Dumas, qu’il présente à Cousteau. Ainsi réunis les trois forment un trio d’amis consacré à la recherche subaquatique, trio que Tailliez baptisera en 1975 du surnom affectueux de « Mousquemers ». Comme les mousquetaires d’Alexandre Dumas, les « Mousquemers » seront eux aussi quatre, avec Léon Vêche qui assurait leur logistique, comme le raconte Cousteau dans son livre Le Monde du Silence.

À plusieurs reprises en 1939 et 1942 ils utilisent déjà les palmes de natation de Louis de Corlieu (initialement inventées pour les sauveteurs en mer), des appareils de prises de vues sous-marines mis au point par Hans Hass, le masque de plongée avec valve de non-retour de Maurice Fernez (alimenté en air de surface par un tuba de caoutchouc), le manodétendeur pour les bouteilles d’air comprimé « Le Prieur » et deux recycleurs fonctionnant à l’oxygène pur.

Cousteau appartient alors au service de renseignements de la marine française et à ce titre, est envoyé en mission à Shanghai. En 1940, il est assigné au service de contre-espionnage, à Marseille, et son commandant lui donne toutes facilités pour continuer ses expériences de plongée lorsque son service le lui permets.

Jacques-Yves Cousteau participa comme tous les marins français aux opérations alliées de septembre 1939 à juin 1940, et notamment, en tant qu’officier canonnier, à l’Opération Vado contre l’Italie. Ayant des amis parmi ses homologues italiens, il rapporte avoir pleuré en service durant le bombardement de Gênes. Mis en congé d’armistice après juin 1940, comme ses collègues, il ne cesse pas ses activités pour autant et en 1941, à la demande de son voisin Darlan monte une opération contre les services italiens de renseignement en France. Pour ses faits de guerre, Cousteau a reçu plusieurs décorations militaires dont la croix de guerre 1939-1945 « avec palme et deux citations ». Ces distinctions lui seront cependant contestées par certains de ses coéquipiers, tel que le résistant Dimitri Weliachew, également décoré, entre-autres pour les mêmes faits, avec qui il opérait près de la frontière franco-italienne, qui était de 10 ans son ainé et son supérieur hiérarchique dans ces opérations de résistance (dont Jacques-Yves Cousteau revendiquera pourtant la paternité après-guerre), emprisonné et torturé à San Giminiano et qui reproche à Jacques-Yves Cousteau le fait d’avoir délibérément fui devant la menace et abandonné les opérations en cours, sans se soucier le moins du monde du sort du reste de l’équipe.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, après l’armistice de 1940, la famille de Simone et Jacques-Yves Cousteau (désormais en « congé d’armistice ») rencontre à Megève la famille Ichac. Cousteau et Marcel Ichac partagent la même volonté de faire découvrir au grand public des lieux inconnus et inaccessibles : pour le premier, c’est le monde sous-marin, pour le second, c’est la haute montagne. Les deux voisins décrocheront le premier prix ex æquo du Congrès du film documentaire de 1943, pour le premier film sous-marin français : Par dix-huit mètres de fond. Celui-ci a été tourné en apnée l’année précédente aux Embiez avec Philippe Tailliez (qui en écrit le commentaire) et Frédéric Dumas (qui tient le premier rôle), grâce au boîtier étanche de caméra sous-marine conçu par l’ingénieur mécanicien Léon Vèche, ingénieur des Arts et Métiers et de l’École navale. Marcel Ichac obtient, lui, le prix pour son film À l’assaut des aiguilles du Diable.

En 1943, Cousteau, Tailliez et Dumas tournent Épaves, avec le soutien de l’entreprise marseillaise de renflouage Marcellin. Si Par dix-huit mètres de fond a été tourné en apnée en 1942, Épaves est le premier film sous-marin tourné à l’aide de scaphandres autonomes. Les deux prototypes utilisés dans le film sont ceux fournis par la société Air liquide ; ils sont mentionnés au générique sous l’intitulé « scaphandre autonome « Air liquide » système Cousteau ».

En 1945, Cousteau projette le film Épaves au chef d’état-major général de la marine, l’amiral André Lemonnier. Celui-ci charge Tailliez, Cousteau et Dumas de mettre en place le Groupement de Recherches Sous-marines de la Marine nationale à Toulon (GRS), connu depuis 2009 sous le nom « CEllule Plongée Humaine et Intervention Sous la MER » (CEPHISMER).

En 1948, entre missions de déminage, d’exploration sous-marine et d’essais technologiques et physiologiques, Cousteau entreprend une première campagne en Méditerranée à bord de l’Élie-Monnier, aviso base du GRS avec Philippe Tailliez, Frédéric Dumas, Jean Alinat et le cinéaste Marcel Ichac. L’équipe explore aussi l’épave romaine de Mahdia en Tunisie. L’expédition est considérée par Tailliez comme la « première opération sous-marine de grande envergure comportant exploration et travail par grande profondeur, en scaphandre autonome ». Cousteau et Marcel Ichac rapportent de cette expédition le film Carnet de plongée, présenté lors du Festival de Cannes 195116. En 1957, l’assistant de Marcel Ichac, Jacques Ertaud, réalise sur la galère de Mahdia son film La Galère engloutie.

Cousteau, Tailliez, Dumas et l’Élie-Monnier participent ensuite au sauvetages du bathyscaphe du professeur Jacques Piccard, le FNRS II (qui venait d’être perdu en mer à la suite d’une immersion d’essai sans équipage), lors de l’expédition de 1949 à Dakar. À la suite de ce sauvetage, la Marine nationale veut réutiliser la sphère du bathyscaphe pour réaliser le FNRS III ce qui sera impossible, « le flotteur du FNRS 2 […], n’est plus en effet qu’un amas de ferraille ».

Les aventures de cette période sont racontées dans les deux livres, Le Monde du silence de Jacques-Yves Cousteau, James Dugan et Frédéric Dumas (en 1953) et Plongées sans câble de Philippe Tailliez (en 1954).

En 1958, avec Tailliez, Alinat, Morandière, Dumas, Broussard, Lehoux, et Girault, il est diplômé d’honneur de plongée par la nouvelle FFESSM, ainsi nommée depuis 1955, après avoir été créée en 1948 par Jean Flavien Borelli (décédé en 1956) sous le nom de FSPNES.

En 1949, ayant atteint le grade de capitaine de corvette, Cousteau quitte la Marine pour fonder les Campagnes océanographiques françaises (Cof) en 1950. Depuis 1950, année où Abenteuer im Roten Meer (« Aventures en Mer Rouge » de Hans Hass) a été primé à la Biennale de Venise, Cousteau a un projet de film sous-marin en couleurs, mais il lui faut des moyens et, pour cela, il doit convaincre des mécènes : 19 juillet 1950, à Nice, le millionnaire Loël Guiness lui achète un bateau, la Calypso, avec lequel il peut parcourir le globe. Il effectue d’abord des fouilles archéologiques sous-marines en Méditerranée, en particulier sur le site du Grand-Congloué en 1952. Son équipage est composé de grands noms de la plongée française : Frédéric Dumas, Albert Falco, Claude Wesly, Jacques Ertaud, Pierre Labat, André Galerne.

En 1953, Cousteau et Dumas narrent les expériences subaquatiques réalisées depuis le milieu des années 1930 dans un livre, le Monde du silence. Le film, coréalisé par Cousteau et Louis Malle en 1955, ne reprend pas du livre éponyme les scènes sous-marines qui y sont décrites, celles du film ayant été tournées en Méditerranée, Mer Rouge, Océan Indien et Golfe Persique indépendamment des événements décrits dans le livre. La Calypso en devient la base, le lieu secondaire et la vedette discrète. Le documentaire obtient la Palme d’or au Festival de Cannes lors de sa sortie en salles l’année suivante, en 1956. On y voit déjà Cousteau et son équipage porter le bonnet rouge qui, quelques années plus tard, devient leur emblème : ce bonnet est un hommage aux anciens scapahandriers « pieds-lourds » à casque qui le portaient sous leur bonnet en caoutchouc pour amortir les coups de tête qu’ils donnaient dans le clapet anti-retour de leur casque pour augmenter le débit d’air ; selon Alain Perrier, sa couleur remonte au temps du bagne de Toulon, lorsque les bagnanrd ou anciens bagnards étaient fréquemment « désignés volontaires » pour les interventions dangereuses en scaphandre, or le bonnet de bagnard était rouge.

En 1957, Jacques-Yves Cousteau est élu à la direction du Musée océanographique de Monaco et est admis à la Académie nationale des sciences des États-Unis.

Dans les années 1960, il dirige au large de Cagnes-sur-Mer et en mer Rouge les expériences Précontinent de plongées en saturation lors d’immersions de longue durée ou d’expériences de vie dans des maisons sous la mer. Le film Le Monde sans soleil relate ces aventures et obtient l’oscar du meilleur film documentaire en 1965.

Entre 1970 et 1972, il prend, grâce à son bathyscaphe, des milliers de photos des fonds marins sur lesquels devaient être posées les conduites du futur gazoduc algérien, Transmed.

En 1972 il est nommé Commandeur de la Légion d’honneur au titre du premier ministre.

La même année, il remet en ordre le squelette d’une baleine à bosse dépecée en Antarctique par des chasseurs de cétacés, près de la base brésilienne Comandante Ferraz pour rappeler l’extermination des espèces animales au XXe siècle.

L’année 1973 voit les Campagnes océanographiques françaises laisser place à une société humoristiquement baptisée Les Requins associés tandis qu’aux États-Unis est créée la Cousteau Society, ultérieurement basée à Norfolk, en Virginie.

En 1975, Cousteau retrouve l’épave du Britannic, navire-jumeau du Titanic, par 120 mètres de fond. Il doit attendre 1976 pour plonger sur l’épave et pénétrer à l’intérieur de celle-ci. Aussi en 1975, en décembre, la Cousteau Society lance une expédition en Antarctique et tourne le troisième et dernier film documentaire à métrage long de Cousteau, Voyage au bout du monde, que ce dernier coréalise avec son fils Philippe. Alors qu’un drame était survenu lors de l’expédition, le second du bord de la Calypso, Michel Laval, ayant été tué à terre (sur l’île de la Déception) par l’hélice de queue de l’hélicoptère de l’expédition, le tournage se poursuit et le film sort en salles, en France, en novembre 1976.

Le 28 juin 1979, lors d’une mission de la Calypso au Portugal, son second fils et successeur désigné, Philippe, avec lequel il coproduit tous ses films depuis 1969, meurt frappé par l’hélice de son hydravion de type Catalina. Cousteau en est profondément affecté. Il appelle par la suite son fils aîné, Jean-Michel, à ses côtés. Cette collaboration dure jusqu’en 1991.

En 1981, Jacques-Yves Cousteau se rapproche de la mairie de Norfolk pour construire un « parc océanique » dont la particularité serait de ne contenir ni aquarium, ni animaux vivants. Cette ville abritant la plus grande base navale des États-Unis, la municipalité désire aussi valoriser les activités de la Navy. Cousteau se montre intransigeant sur le concept purement civil du parc et n’accepte pas de le modifier. Le projet se chiffre à 25 millions de dollars et Cousteau s’engage à hauteur de 5 millions. La ville abandonne la partie en 1987 car elle considère que le commandant tarde à apporter sa contribution.

En 1985, le navire océanographique l’Alcyone est mis à l’eau à La Rochelle.

Le commandant et son fils Jean-Michel concrétisent le projet de parc océanique à Paris dans le Forum des Halles. L’idée est de ne mettre aucun animal en captivité mais de jouer sur la puissance de l’image et du son pour plonger le visiteur au cœur des mers et des océans. Le Parc océanique Cousteau est inauguré en juillet 1989. La conception et la construction ont nécessité 120 millions de francs français (soit 18,3 millions d’euros). Les actionnaires sont, entre autres, Jacques-Yves Cousteau à 10 % et Jean-Michel Cousteau à 2 %. Le parc est cependant un gouffre financier. Il dépose le bilan le 16 juillet 1991 et ferme définitivement ses portes en novembre 1992. Après la fermeture, le site est absorbé lors de l’agrandissement du multiplexe UGC Ciné Cité Les Halles.

Ces années sont riches en récompenses pour Cousteau avec le « Pahlavi Prize » du Programme des Nations unies pour l’environnement reçu en 1977 avec Peter Scott puis le Palmarès mondial des 500 en 1988.

Il devient officier de l’ordre du Mérite maritime en 1980 et lauréat du prix Claude Foussier de l’Académie des sports, pour ses actions de protection de la nature et de la qualité de la vie en 1983. En 1985, le président des États-Unis Ronald Reagan lui décerne la médaille présidentielle de la Liberté et il devient Grand-Croix de l’Ordre national du Mérite. Le 24 novembre 1988, il est élu à l’Académie française et succède à Jean Delay au 17e fauteuil. Sa réception officielle sous la Coupole a lieu le 22 juin 1989, la réponse à son discours de réception étant prononcée par Bertrand Poirot-Delpech. Erik Orsenna lui succède le 28 mai 1998.

Le 1er décembre 1990, Simone Cousteau meurt d’un cancer. Cette femme, qui avait passé plus de temps que son mari à bord de la Calypso, était l’égérie de l’Équipe Cousteau. Il se remarie le 28 juin 1991 à Francine Triplet avec laquelle il a déjà deux enfants : Diane Élisabeth en 1979 et Pierre-Yves en 1981. Francine Cousteau poursuit actuellement l’œuvre de son mari à la tête de la Fondation Cousteau et de la Cousteau Society.

À partir de ce moment, les relations entre Jacques-Yves et son fils aîné Jean-Michel se détériorent et leur collaboration prend fin. En 1996, il poursuit en justice celui-ci qui souhaite ouvrir un centre de vacances « Cousteau » dans les îles Fidji.

En 1992, il est invité à la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement à Rio de Janeiro. Il devient alors conseiller régulier de l’ONU et plus tard de la Banque mondiale ainsi que président du Conseil pour les droits des générations futures.

Jacques-Yves Cousteau s’éteint le 25 juin 1997 à Paris. Il lègue la totalité et l’exclusivité des droits liés à l’usage de son nom, son image et son œuvre à la Cousteau Society ainsi que la mission de continuer son travail. Sa disparition est ressentie jusqu’aux États-Unis et au Canada, où il était l’un des Français les plus populaires. James Cameron par exemple déclare « tenir sa veine écologique » des films de Cousteau :

« Il a développé l’imagination de toute une génération. Je pense qu’il a eu un impact profond sur tous les hommes de la planète. »

Ses obsèques ont lieu à Notre-Dame de Paris devant plusieurs de ses pairs académiciens. Il est inhumé dans le caveau familial à Saint-André-de-Cubzac (Gironde). Sa ville lui rend hommage par l’inauguration d’une « rue du Commandant Cousteau », qui mène à sa maison natale (l’ancienne pharmacie de son grand-père), et la pose d’une plaque commémorative sur celle-ci.

En 2008, plus de dix ans après sa disparition, il demeure la deuxième personnalité ayant le plus marqué les Français, derrière l’abbé Pierre et celui qui « ces 20 dernières années, a le plus souvent occupé la première place du Top 50 du JDD ».

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.