Jacques Chaban-Delmas, résitant, Général de brigade et homme d’état.

Jacques Chaban-Delmas, souvent surnommé « Chaban », né Jacques Delmasa le 7 mars 1915 à Paris 13e et mort le 10 novembre 2000 à Paris 7e, est un résistant, général de brigade et homme d’État français.

Considéré comme l’un des « barons du gaullisme », il est notamment maire de Bordeaux de 1947 à 1995, ministre sous la IVe République et président de l’Assemblée nationale à trois reprises entre 1958 et 1988.

Premier ministre de 1969 à 1972, sous la présidence de Georges Pompidou, il préconise une Nouvelle société, d’inspiration centriste et sociale. Il se présente sans succès à l’élection présidentielle de 1974.


Fils de l’ingénieur Pierre Delmas (1887-1980) et de Georgette Barrouin (1895-1985), professeur de musique à Bordeaux, il naît au 76 boulevard de l’Hôpital à Paris. Ses parents se séparent en 1927 et sa mère se remarie en 1928 avec Maurice Legendre, pilote de chasse pendant la Première Guerre mondiale, devenu marchand de meubles.

Élève médiocre au lycée Lakanal, à Sceaux, il y découvre le rugby et sa tradition éducative. Puis il étudie à la faculté de droit de Paris et est diplômé de l’École libre des sciences politiques (Sciences Po), licencié en droit et diplômé d’études supérieures d’économie politique et de droit public en 19373. En 1933, il entre en tant que journaliste financier au quotidien L’Information économique et financière.

En 1938-1939, pour son service militaire au 37e régiment d’infanterie de Bitche en Moselle, il fait les EOR, est reçu premier et sort major de promotion à Saint-Cyr en mars 1939. Au moment de la défaite de juin 1940, il est sous-lieutenant au 75e bataillon alpin de forteresse dans le massif de l’Authion au nord de Nice.

Jacques Chaban-Delmas, carte maximum, Bordeaux, 10/11/2001.

Il a 25 ans en juin 1940. Ne supportant pas l’humiliation de la défaite , il passe en zone libre, où il rencontre le colonel Groussard qui le met en contact avec le réseau de résistance Hector en décembre 1940. Il se lie avec Maurice Bourgès-Maunoury, Henri Sacquet et Félix Gaillard. De 1941 à 1942, il travaille au cabinet du secrétariat d’État à la Production industrielle, dirigé par Pierre Pucheu puis par François Lehideux sous Darlan, puis Jean Bichelonne, dans le deuxième gouvernement de Pierre Laval, dont les services parisiens étaient installés dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle, rue de Grenelle dans le 7e arrondissement parisien. Comme haut fonctionnaire, il est sous les ordres de l’inspecteur des Finances Raymond Panié, qui sait que, sous le pseudonyme de Chaban — ce nom de résistant choisi en août 1943, un an avant la Libération, a pour origine un écriteau indiquant le château de Chaban —, il fournit des renseignements économiques à la France libre. Chaban représente le chef du service des relations extérieures aux conférences qui réunissent les représentants des services responsables de l’économie en zone occupée. Jacques Delmas / Chaban est également l’un des trois membres du COFI, le Comité financier de la Résistance créé par Jacques Bingen, à avoir une délégation de signature pour l’émission de créances.

En mai 1944, il est nommé délégué militaire national par Socrate (Lazare Rachline/Lucien Rachet), envoyé personnel du général de Gaulle. Devant peser dans les négociations, Socrate le recommande — alors qu’il n’est que lieutenant — au grade de général de brigade au général de Gaulle et au Gouvernement provisoire, qui entérinent. Il est le plus jeune général nommé depuis François Séverin Marceau, général à 24 ans à la Révolution, même s’il ne commande aucune troupe. Il participe à la Libération de Paris en août 1944 mais sans combattre, assumant essentiellement un rôle de renseignement et de liaison auprès du général Leclerc et des forces alliées. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur et compagnon de la Libération.

Il est l’un des quatre généraux de brigade FFI, avec Pierre de Bénouville (1914-2001), Maurice Chevance-Bertin (1910-1996) et Alfred Malleret-Joinville (1911-1960). Un « Additif à l’annuaire des officiers généraux de 1946 », daté du 11 juin 1946, précise : « Ces officiers ont reçu le titre de général de brigade en raison de leurs fonctions dans la Résistance et pour la durée de leur mission. Ce titre a été transformé en celui de général honoraire après la libération de la France ».

Il entre en politique à la Libération en adhère au Parti radical en 1946. Mais dès avril 1947, il s’engage dans le RPF, qui se constitue autour du général de Gaulle et dont il devient une des figures. Après l’échec du RPF, il fonde et dirige, de 1954 à 1958, un autre mouvement gaulliste, le Centre national des républicains sociaux, dont la stratégie est de combattre le « système » de l’intérieur.

Dès novembre 1946, avec cette double appartenance et jouant du double patronage de Herriot et de Gaulle, il se présente aux législatives en Gironde. Avec le soutien de l’aristocratie protestante du négoce viticole, il est élu député de Gironde le 10 novembre 1946 ; il conservera ce mandat jusqu’en 1997. Il est élu maire de Bordeaux en 1947 et le sera jusqu’en 1995.

Européen convaincu, Jacques Chaban-Delmas, milita pour la création de la Conférence européenne des pouvoirs locaux, aujourd’hui Congrès des pouvoirs locaux et régionaux de l’Europe (CPLRE), organe de représentation des collectivités locales et régionales et en fut président du 12 janvier 1957 au 24 janvier 1960. Le Congrès devenait alors l’une des institutions du Conseil de l’Europe.

Il est plusieurs fois ministre sous la Quatrième République. Ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme sous Pierre Mendès France, Jacques Chaban-Delmas démissionne le 14 août 1954, en compagnie du général Koenig et de Maurice Lemaire. La raison de leur démission trouve son explication dans les conclusions arrêtées par le gouvernement Mendès France concernant le « compromis » dessiné par ce dernier à propos du traité de la Communauté européenne de défense (CED). Ils font savoir, par ce geste, qu’il leur est impossible de s’associer à ces conclusions.

Il est également ministre de la Défense nationale et des Forces armées du gouvernement Félix Gaillard. À ce titre, il inaugure le Centre d’instruction à la pacification et à la contre-guérilla de Philippeville, dans le Constantinois (Algérie), le 10 mai 1958 ; il en confie la direction au colonel Marcel Bigeard. En tant que ministre de la Défense, il fait partie du lobby qui pousse le CEA, sous la direction de Francis Perrin, à fabriquer une bombe atomique, en profitant des faiblesses du régime de la Quatrième République.

Chaban-Delmas définit ainsi sa position sous la IVe République :

« J’accompagnai de Gaulle dans sa traversée du désert et j’étais un marginal engagé dans les structures de la IVe République […] un des acteurs du mouvement gaulliste et […] un participant aux délices et aux poisons d’un système que le Général dénonçait ».

Maire de Bordeaux durant 48 ans, Jacques Chaban-Delmas mène plusieurs projets pour la ville.

En 1955, la municipalité décide la rénovation totale du quartier de Mériadeck. Le projet prévoit la construction d’immeubles « barres » typiques de ces années. En 1963, la rénovation devient restructuration et le quartier Mériadeck est finalement le quartier d’affaires de Bordeaux avec des bâtiments modernes commerciaux et administratifs, ainsi que des équipements sportifs (patinoire…). De nombreuses administrations et services sont regroupés dans ces grands bâtiments, dont la hauteur a finalement été limitée, construits autour d’un jardin central. De plus, la circulation automobile et celle des piétons ont été séparées par la construction d’une dalle, l’actuelle esplanade Charles-de-Gaulle.

En juin 1958, la municipalité bordelaise se rend propriétaire d’un vaste espace inondable au nord de Bordeaux de 1 000 hectares à aménager pour favoriser le rééquilibrage de la ville au nord. Le marais est asséché et un lac artificiel de 160 hectares est construit. Il s’agit du Bordeaux-Lac.

Le Grand Parc est un quartier d’urbanisation qui s’inscrit dans la politique de construction de grands ensembles menée en France après la guerre. Plus localement, il participe au projet d’extension de la ville de Bordeaux sur les terrains marécageux du Nord (assèchement des terrains marécageux). Les plans de la ville prévoient la construction d’une cité HLM de 4 000 logements. Les travaux entrepris en 1959 par la Société bordelaise d’urbanisme et de construction et l’office d’HLM Aquitanis aboutissent en 1975. La cité accueille des rapatriés d’Algérie, des habitants de Mériadeck dont la restructuration est en cours et des fonctionnaires mutés. Les 4 000 logements de « la cité du Grand Parc » s’organisent autour d’une grande zone de verdure centrale qui accueille la majorité des équipements associés.

Jacques Chaban-Delmas est également l’un des principaux moteurs politiques qui conduisent à la construction et à l’inauguration en 1963 du campus de Bordeaux de l’école d’ingénieurs Arts et Métiers ParisTech. Il s’agit du premier établissement de cette école ouvert après celui de Paris (1912). Depuis lors, Jacques Chaban-Delmas est membre d’honneur, d’abord à vie, puis à titre posthume, de la société des ingénieurs Arts et Métiers.

Au milieu du XXe siècle, l’université de Bordeaux (et les universités françaises en général) voit ses effectifs augmenter fortement. Les locaux situés en centre-ville deviennent trop petits et la plupart des facultés déménagent vers un nouveau campus : le domaine universitaire de Talence Pessac Gradignan (sciences en 1960, droit en 1966-67, lettres en 1971).

Le 12 octobre 1987, en compagnie du président de la SNCF Philippe Essig et du directeur régional Marc Cauty, Jacques Chaban-Delmas inaugure les nouvelles installations modernisées de la gare de Bordeaux-Saint-Jean, devant permettre l’accueil du futur TGV Atlantique.

Le 20 juin 1969, il est nommé Premier ministre par Georges Pompidou, élu nouveau président de la République. Il a notamment pour conseiller Jacques Delors.

Jacques Chaban-Delmas entouré des chefs de gouvernements et des ministres européens lors du sommet de la CEE à La Haye le 1er décembre 1969.

Il est contraint à la démission, le 5 juillet 1972, par le président de la République, qui n’apprécie ni son projet de « Nouvelle société », trop progressiste, ni certaines maladresses de son Premier ministre (par exemple, la nomination de Pierre Desgraupes à la direction de l’information de l’ORTF). Il est aussi visé par une campagne de presse virulente (au sujet de sa feuille d’impôt par exemple). Georges Pompidou aurait pris la décision de le remplacer à la tête du gouvernement sur les conseils de Marie-France Garaud et Pierre Juillet, adversaires acharnés de la Nouvelle société qui jouaient un rôle majeur d’éminence grise auprès du président de la République. Dans ses lettres personnelles, Georges Pompidou lui reproche de peu travailler, de « [mourir] de peur d’être classé à droite » et de vouloir « plaire à tout le monde ».

Après la mort de Georges Pompidou le 2 avril 1974, Jacques Chaban-Delmas se porte candidat à l’élection présidentielle de 1974. Son slogan de campagne (« Chaban pour la France, il l’a déjà prouvé ») met l’accent sur sa carrière résistante. Il fait alors figure de favori.

Cependant, avant et pendant la campagne, il accumule les maladresses. Prévenu qu’un autre candidat de la majorité pourrait se déclarer à sa place, il officialise sa candidature dès le 4 avril 1974, alors que l’hommage de l’Assemblée nationale au président défunt n’est même pas terminé ; une partie de l’opinion juge le geste inélégant envers l’ancien président. Par ailleurs, sa feuille d’impôts, publiée par Le Canard enchaîné le 19 janvier 1972, révèle qu’il ne paie que 16 808 francs d’impôts pour des revenus déclarés de 250 000 francs ; en effet, l’indemnité parlementaire est alors quasiment nette d’impôts : les revenus de son mandat de maire et de président du conseil général sont exonérés et l’avoir fiscal créé en 1965 correspond à ce qui lui resterait à payer pour ses autres revenus. De plus, l’inculpation des frères Dega le déstabilise : Édouard Dega, inspecteur des impôts, est accusé de favoriser la fraude fiscale de riches contribuables, conseillé par son frère Georges Dega, membre du cabinet de Chaban-Delmas lorsqu’il était président de l’Assemblée nationale et conseiller fiscal personnel de l’homme politique. En outre, sa deuxième femme, Marie-Antoinette Iôn, est morte lors d’un accident automobile le 12 août 1970 ; il se remarie avec Micheline Chavelet un an après, le 24 septembre 1971 ; une rumeur se propage sur les causes de l’accident, notamment du fait d’une campagne dans la presse à scandales contre lui.

Lâché par trente-neuf parlementaires et quatre ministres de l’UDR, dont Jacques Chirac, qui soutiennent la candidature de Valéry Giscard d’Estaing dans l’« appel des 43 », soutenu froidement par le Premier ministre Pierre Messmer, affaibli par quelques maladresses (en particulier des retournements de position d’André Malraux, qui le soutient, sur un éventuel remplacement du livre par l’audiovisuel à l’école), il voit rapidement ses chances s’effondrer dans les sondages pendant la campagne du premier tour. Françoise Giroud, qui soutient François Mitterrand, dédaigne de l’attaquer et lui réserve ce mot : « On ne tire pas sur une ambulance ».

Au premier tour, avec 15,1 % de suffrages, il arrive en troisième position, largement distancé par Valéry Giscard d’Estaing (32,6 %) et François Mitterrand (43,2 %). En vue du second tour, il apporte au candidat de centre droit son « soutien conditionnel » contre François Mitterrand. Cette défaite entraîne la naissance du néologisme « se faire chabaniser ».

En 1978, un renversement d’alliances et l’appui du président Giscard d’Estaing lui permet de récupérer le « perchoir », c’est-à-dire la présidence de l’Assemblée nationale, en évinçant Edgar Faure qui l’occupait depuis 1973 et qui avait l’appui du président du RPR, Jacques Chirac, à l’époque très influencé par le tandem Garaud-Juillet. Le Canard enchaîné montre dans une caricature une ambulance stationnant au pied du « perchoir ». En janvier 1980, il se voit confier une mission de renforcement des liens entre Moscou et Paris. Se trouvant à Moscou alors qu’Andreï Sakharov est assigné à résidence, il quitte l’URSS précipitamment afin de signifier le désaccord de la France. Il soutient Michel Debré à l’élection présidentielle de 1981.

Après les élections législatives de mars 1986, Chaban-Delmas fait partie des favoris pour devenir Premier ministre du premier gouvernement de cohabitation, tout comme Simone Veil ou encore Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. Finalement, ce dernier est nommé chef du gouvernement par le président de la République, François Mitterrand. En revanche, le 2 avril 1986, un accord avec Jacques Chirac lui permettra de regagner facilement la présidence de l’Assemblée nationale.

Bien qu’ayant désavoué l’alliance RPR-Front national aux élections municipales de 1983 à Dreux, il est réélu à la présidence du conseil régional d’Aquitaine grâce aux voix du Front national à la suite des élections régionales de 1986. Il affirme ne pas avoir mené de négociations avec le FN et que chaque élu est libre de voter comme il l’entend.

Après les législatives de 1988, il est le candidat des députés de droite à la présidence de l’Assemblée, mais, avec 268 voix contre 301, il doit céder le perchoir à l’ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius.

En 1995, à l’âge de 80 ans, Chaban-Delmas décide de ne pas se représenter à la mairie de Bordeaux et soutient alors le candidat RPR, et tout nouveau Premier ministre, Alain Juppé, qui lui succède. À partir de là, il se retire progressivement de la vie politique. Il soutient Jacques Chirac à l’élection présidentielle de 1995 le 24 mars.

Le 12 novembre 1996, sur proposition du président Philippe Séguin, il est élu président d’honneur de l’Assemblée nationale par l’acclamation de tous les députés réunis dans l’hémicycle, à l’occasion d’un hommage solennel rendu aux cinquante ans de sa vie parlementaire.

Le 10 novembre 2000, alors âgé de 85 ans, il meurt d’une crise cardiaque à son domicile parisien du 1 rue de Lille. L’Assemblée nationale, qui avait fait de lui son président d’honneur, observa, le lundi matin suivant le décès, une minute de silence en hommage à son ancien président. Un hommage national a lieu aux Invalides, en présence du président de la République Jacques Chirac et de nombreuses personnalités politiques de droite et de gauche31. L’ancien Premier ministre est inhumé à Ascain, dans les Pyrénées-Atlantiques.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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