Hugo De Groot, humaniste, avocat, théologien et juriste.

Hugo de Groot (également Huig de Groot) dit Grotius (Delft, 1583 – Rostock, 1645) est un humaniste, diplomate, avocat, théologien et juriste né dans les Provinces-Unies (aujourd’hui Pays-Bas). Jeune prodige intellectuel, il a étudié à l’Université de Leyde. Il a été emprisonné pour son implication dans les conflits intra-calvinistes de la République néerlandaise, mais s’est échappé caché dans un coffre à livres. Grotius a écrit la plupart de ses œuvres majeures en exil en France.

Hugo Grotius est une figure majeure dans les domaines de la philosophie, de la théorie politique et du droit durant les XVIe siècle et XVIIe siècle. Avec les travaux antérieurs de Francisco de Vitoria et Alberico Gentili, il a jeté les bases du droit international, fondé sur le droit naturel dans son versant protestant. Deux de ses livres ont eu un impact durable dans le domaine du droit international : Le De Jure Belli ac Pacis (Le Droit de la guerre et de la paix) dédicacé à Louis XIII de France et le Mare Liberum (De la liberté des mers). Grotius a également beaucoup contribué à l’évolution de la notion de « droits ». Avant lui, les droits étaient avant tout perçus comme rattachés aux objets ; après lui, ils sont vus comme appartenant à des personnes, comme l’expression d’une capacité d’agir ou comme des moyens de réaliser telle ou telle chose.

On pense que Grotius n’est pas le premier à avoir formulé la doctrine de la l’école anglaise en relations internationales, mais il a été l’un des premiers à définir expressément l’idée d’une société unique d’États, régie non par la force ou la guerre, mais par des lois effectives et par un accord mutuel visant à faire respecter la loi. Comme le déclarait Hedley Bull en 1990 : « L’idée de la société internationale proposée par Grotius a été concrétisée par les traités de Westphalie. Grotius peut être considéré comme le père intellectuel de ce premier accord général de paix des temps modernes ».

Hugo De Groot, carte maximum, Paris, 27/04/1963.

De plus, ses contributions à la théologie arminienne ont contribué à jeter les bases des mouvements arminiens ultérieurs, tels que le méthodisme et le pentecôtisme; Grotius est reconnu comme une figure importante du débat arminien-calviniste. En raison du fondement théologique de sa théorie du libre-échange, il est également considéré comme un « économiste théologien ».

Les Hollandais étaient en guerre avec l’Espagne ; bien que le Portugal fût étroitement allié à l’Espagne, il n’était pas encore en guerre avec les Hollandais. La guerre commença lorsque le cousin de Grotius, le capitaine Jacob van Heemskerk captura une caraque de marchands portugais, le Santa Catarina, au large de Singapour, en 1603. Heemskerk était employé par la United Amsterdam Company (faisant partie de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales), et bien qu’il n’ait pas l’autorisation de la compagnie ou du gouvernement pour initier l’usage de la force, de nombreux actionnaires étaient désireux d’accepter les richesses qu’il leur avait ramené.

Non seulement il était questionnable de conserver la prise douteuse en vertu de la loi néerlandaise, mais une faction d’actionnaires (principalement mennonites) de la Société s’est également opposée à la saisie forcée pour des raisons morales, et bien sûr, les Portugais exigèrent la restitution de leur cargaison. Le scandale conduisit à une audience judiciaire et à une campagne plus vaste visant à influencer l’opinion publique (et internationale)[réf. nécessaire]. C’est dans ce contexte plus large que les représentants de la société demandèrent à Grotius de rédiger une défense polémique de la saisie.

De Groot, carte maximum, Strasbourg, 14/09/1963.

Le résultat des efforts de Grotius en 1604/05 est un long traité, chargé de théorie, qu’il intitula provisoirement De Indis (Sur les Indes). Grotius chercha à fonder sa défense de la saisie sur le fondement des principes naturels de la justice. En cela, il avait jeté un filet beaucoup plus large que l’affaire; son intérêt était la source et le terrain de la légalité de la guerre en général. Le traité n’a jamais été publié intégralement du vivant de Grotius, peut-être parce que la décision de justice rendue en faveur de la Société préempta la nécessité de recueillir le soutien du public.

Dans Mare Liberum [Les Mers Libres] (publié en 1609), Grotius formula le nouveau principe selon lequel la mer était un territoire international et que toutes les nations étaient libres de l’utiliser pour le commerce maritime. Grotius, en revendiquant la « Liberté des mers », a fourni une justification idéologique appropriée à la dissolution par les Pays-Bas de divers monopoles commerciaux par le biais de son formidable pouvoir naval (et en établissant ensuite son propre monopole). L’Angleterre, rivalisant farouchement avec les Néerlandais pour la domination du commerce mondial, s’opposa à cette idée et affirma dans le Mare clausum [La mer fermée] de John Selden, « Que la domination de la mer de Grande-Bretagne, ou ce que comprend l’île de la Grande-Bretagne, est et a toujours été une part ou un droit de l’empire de cette île. »

Il est généralement admis que Grotius énonça le principe de la liberté des mers, alors que tous les pays de l’océan Indien et d’autres mers asiatiques avaient accepté le droit de navigation sans obstacle; et ce bien avant que Grotius n’écrive son De iure Praedae [Sur le droit de capture] en 1604. De plus, le théologien espagnol du XVIe siècle, Francisco de Vitoria, avait déjà postulé l’idée de la liberté des mers de manière plus rudimentaire sous les principes du jus gentium11. La notion de liberté des mers de Grotius perdurera jusqu’au milieu du XXe siècle et continue de s’appliquer de nos jours à une grande partie de la haute mer, bien que l’application du concept et sa portée aient changés.

Grâce à son association continue avec Johan van Oldenbarnevelt, Grotius progressa considérablement dans sa carrière politique. Il fut retenu comme conseiller résident d’Oldenbarnevelt en 1605 et avocat général (de l’administration fiscale) de Hollande, de Zélande et de Frise en 1607.

En 1608, il se marie avec Maria van Reigersbergen, union dont naissent trois filles et quatre garçons8, (dont quatre survécurent au-delà de la jeunesse) et qui fut d’une aide inestimable, ainsi que sa famille, à faire face à la tempête qui devait venir.

En 1613, il est nommé pensionnaire de Rotterdam (équivalent d’un poste de maire). Cette même année, à la suite de la capture de deux vaisseaux hollandais par les Anglais, il est envoyé en mission à Londres, une mission taillée sur mesure pour un homme qui a écrit Mare liberum (Les Mers libres) en 1609. Toutefois, il se voit opposer par les Anglais la raison du plus fort et ne peut obtenir la restitution des bateaux.

Durant ces années, une grande controverse théologique éclata entre la chaire de théologie de Leyde, Jacobus Arminius ainsi que ses disciples les « remontrants », arminiens, et le théologien fortement calviniste, Franciscus Gomarus, dont les partisans sont appelés gomaristes ou « contre-remontrants ».

L’Université de Leyde « était sous l’autorité des états de la Hollande ; ils étaient responsables, entre autres choses, de la politique concernant les nominations dans cette institution, qui était régie en leur nom par un conseil de curateurs et, en dernière instance, il incombait aux États de traiter les cas d’hétérodoxie parmi les professeurs. » La guerre avec l’Espagne éclipsa les dissensions internes résultant du poste de professeur d’Arminius. Celui-ci décéda en 1609 à la veille de la trêve de douze ans. La nouvelle paix déplaça l’attention du peuple sur la controverse et les partisans d’Arminius. Grotius pris une part déterminante dans ce conflit politico-religieux, opposant les remontrants, partisans de la tolérance religieuse, et les calvinistes orthodoxes ou contre-remontrants.

De Groot, entier postal, Pays-Bas.

Au fur et à mesure de l’intensification du conflit entre autorités civiles et religieuses, Oldenbarnevelt a finalement proposé de donner aux autorités locales le pouvoir de mobiliser des troupes afin de maintenir l’ordre civil (« Résolution sévère » (Scherpe resolutie) du 4 août 1617). Une telle mesure risquait de saper l’autorité du stathouder, le « lieutenant » de la république, Maurice de Nassau, prince d’Orange. Maurice saisit l’occasion pour consolider la prééminence des gomaristes, qu’il avait soutenus, et pour éliminer la nuisance qu’il avait perçue en la personne de Oldenbarnevelt (ce dernier avait déjà négocié la trêve de douze ans avec l’Espagne en 1609 contre la volonté de Maurice). Au cours de cette période, Grotius tenta une nouvelle fois de s’attaquer à la politique ecclésiastique en complétant De Imperio Summarum Potestatum circa Sacra, sur « les relations entre les autorités religieuses et laïques […] Grotius avait même caressé l’espoir que la publication de ce livre inverserait la tendance et ramènerait la paix de l’église et de l’Etat ».

Le conflit entre Maurice et les États de Hollande, dirigé par Oldenbarnevelt et Grotius, au sujet de la « Résolution sévère » et du refus de la Hollande d’autoriser un synode national, prit fin en juillet 1619 lorsqu’une majorité des États généraux autorisa Maurice à licencier les troupes auxiliaires d’Utrecht. Grotius se rendit en mission dans les États d’Utrecht pour renforcer leur résistance à ce mouvement, mais Maurice l’emporta. Les États généraux l’autorisèrent ensuite à arrêter Oldenbarnevelt, Grotius et Rombout Hogerbeets le 29 août 1618. Ils furent jugés par un tribunal composé de juges délégués des États généraux. Van Oldenbarnevelt fut condamné à mort et décapité en 1619. Grotius fut condamné à la prison à vie et transféré au château de Loevestein.

Depuis son emprisonnement à Loevestein, Grotius justifia par écrit sa position « quant à mon point de vue sur le pouvoir des autorités [civiles] chrétiennes en matière ecclésiastique, je me réfère à mon […] livret De Pietate Ordinum Hollandiae et plus particulièrement à un livre De Imperio resume potestatum circa sacra, où j’ai traité la question plus en détail […] Je peux résumer mes sentiments ainsi : que les autorités [civiles] devraient examiner la Parole de Dieu de manière si minutieuse qu’elle est certaine de n’imposer rien qui soit contre elle; s’ils agissent de la sorte, ils auront en toute conscience le contrôle des églises et des cultes publics ; mais sans persécuter ceux qui ne sont pas sur le droit chemin. »

Parce que cela dépouillait de tout pouvoir les responsables de l’Église, certains de leurs membres (comme Johannes Althusius dans une lettre à Lubbertus) ont déclaré diaboliques les idées de Grotius.

En 1621, avec l’aide de son épouse et de sa servante, Elsje van Houwening, Grotius réussit à s’échapper du château dans un coffre à livres et s’enfuit à Paris. Aux Pays-Bas aujourd’hui, il est principalement connu pour cette évasion audacieuse. Le Rijksmuseum d’Amsterdam et le musée Het Prinsenhof de Delft prétendent avoir le coffre à livres original dans leur collection.

Grotius s’enfuit alors à Paris, où les autorités lui octroient une pension annuelle. Grotius a vécu en France de façon quasi-continue de 1621 à 1644. Son séjour coïncide avec la période (1624-1642) durant laquelle le cardinal de Richelieu dirige la France sous l’autorité de Louis XIII. Le Cardinal et Grotius sont des hommes de la même génération qui meurent à trois ans d’intervalle.

C’est dans à Paris qu’il publie en 1625 son livre le plus célèbre, De iure belli ac pacis (Le Droit de la guerre et de la paix), qu’il dédie à Louis XIII de France.

Grotius entreprit de traduire en prose latine une œuvre qu’il avait à l’origine écrite en vers néerlandais en prison, fournissant des arguments rudimentaires mais systématiques en faveur de la vérité du christianisme. Le poème néerlandais, Bewijs van den Waren Godsdienst, a été publié en 1622 et un traité de latin en 1627, sous le titre De veritate religionis Christianae.

En 1631, il tente de retourner en Hollande, mais les autorités lui demeurent hostiles. Il s’installe alors à Hambourg, en 1632. Mais, dès 1634, les Suédois – superpuissance européenne – l’envoient à Paris comme ambassadeur. Il reste dix ans à ce poste où il a pour mission de négocier pour la Suède la fin de la guerre de Trente Ans. Durant cette période, il s’intéresse à l’unité des Chrétiens et publie de nombreux textes qui seront regroupés sous le titre de Opera Omnia Theologica.

Source : Wikipédia.