Hugo Chávez, homme d’état.

Hugo Rafael Chávez Frías dit Hugo Chávez, né le 28 juillet 1954 à Sabaneta (Llanos, sud du Venezuela) et mort le 5 mars 2013 à Caracas, est un militaire et homme d’État vénézuélien, président de la République de 1999 à 2013.

Fondateur et chef du parti politique du Mouvement Cinquième République de 1997 à 2007 – date à laquelle il fonde le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) –, il est élu président de la République du Venezuela fin 1998.

Se réclamant du bolivarisme et ayant pour objectif l’établissement du « socialisme du xxie siècle », il met en place un ensemble de réformes, désigné sous le nom de « Révolution bolivarienne », et comprenant la promulgation d’une nouvelle Constitution, une politique de « démocratie participative », et la nationalisation des industries clés. Les ressources naturelles du Venezuela – premières réserves de pétrole au monde – et la hausse du prix des matières premières des années 2000 lui permettent de financer un ensemble de politiques sociales, et suscite l’enthousiasme d’une partie de la gauche et des nationalistes-révolutionnaires à l’échelle internationale. Sa politique fait l’objet de controverses : il lui est notamment reproché de ne pas poser les bases d’un développement durable au Venezuela, de gouverner de façon autoritaire et d’entretenir des liens avec plusieurs dictatures.

En 2012, après avoir annoncé qu’il était atteint d’un cancer, il est réélu pour un quatrième mandat, mais ne peut prêter serment, succombant des suites de sa maladie. Nicolás Maduro lui succède après l’élection de 2013.


Chávez grandit dans une petite maison faite de feuilles de palmiers et d’un sol en terre battue. Sa famille vivait dans un petit village juste à la sortie de Sabaneta. Chávez et ses frères et sœurs ont été poussés par leurs parents à considérer leur éducation comme une échappatoire à leur environnement rural, afin d’atteindre de meilleures vies dans les villes plus prospères. La mère de Chávez aurait souhaité qu’il devienne un prêtre catholique, il servit alors comme enfant de chœur pendant un an. L’une de ses obligations consistait à nettoyer et polir des statuettes représentant les saints et Jésus. Chávez commença alors à développer une aversion à la représentation en figurine de Jésus. Chávez s’offensa, en particulier, du portrait que son église faisait de Jésus, le représentant comme un idiot, alors que Chávez, lui, le considérait comme un « rebelle ». Cela poussa Chávez à se méfier des hiérarchies religieuses tout au long de sa vie.

Plus tard, ses parents envoyèrent Chávez ainsi que son frère aîné, Adán, vivre chez leur grand-mère paternelle, Rosa Inés Chávez, qui vivait dans Sabaneta. De ce fait, Chávez noua une relation plus forte avec sa grand-mère qu’avec sa propre mère. Plus tard, les parents de Chávez et ses autres frères et sœurs s’installèrent dans une maison aux alentours1. Chávez raconte la situation étrange dans laquelle il se trouva lorsque ses parents s’installèrent dans une autre maison que celle dans laquelle il vivait en compagnie de sa grand-mère paternelle à Sabaneta1 : « [Ils déménagèrent à Sabaneta] et mon père construisit une petite maison… diagonalement opposée à celle en chaume de ma grand-mère. Mes parents y vivaient avec les autres enfants… [Leur maison] était une petite maison faite de [blocs de ciments], une maison rustique, mais avec un toit en amiante et un sol en ciment1. » Ainsi, Chávez et Adán restèrent chez leur grand-mère, tout en étant régulièrement en contact avec leurs parents8. La plupart des enfants de la région dans laquelle il grandit ne suivaient jamais d’études supérieures. Cependant, Chávez prouva être l’une des exceptions. Il commença par fréquenter l’école primaire Julián Pino. En même temps, il continua ses passe-temps, la peinture et le chant. À l’âge de douze et treize ans, Chávez était un garçon très mince aux pieds anormalement grands, et ses camarades le surnommèrent « Tribilin », le nom espagnol du personnage de Disney, Dingo9. Le soir après l’école, Chávez travaillait comme marchand ambulant, vendant des friandises de fruits caramélisés confectionnées par sa grand-mère1. Chávez se rappela plus tard avoir développé un goût pour la nature. Cela vint du fait que sa famille se trouvait à proximité de la rivière Guanare. Là-bas, il allait pêcher avec son père. Et les jours de fêtes comme Pâques par exemple, sa famille organisait des pique-niques sur les bancs de la rivière. Chávez était particulièrement intéressé par le baseball. L’un de ses rêves d’enfance était de devenir lanceur pour l’équipe des Giants de San Francisco, suivant les traces de son héros de jeunesse, le lanceur vénézuélien, Isaías « Látigo » Chávez (pas de liens familial entre les deux). Lorsque Látigo mourut à l’âge de 23 ans, le 16 mars 1969 à Zulia dans le second accident d’avion le plus grave de l’histoire du Venezuela, Chávez était tellement triste qu’il refusa d’aller à l’école pendant deux jours. Cinq ans plus tard, Chávez écrivait encore sur Látigo dans son journal intime. Chávez continua à jouer et à aimer le baseball tout au long de sa vie. Chávez joua aussi au baseball et au softball avec l’équipe des Criollitos de Venezuela, qui joua dans le championnat national de baseball du Venezuela en 1969. Il écrivit aussi des poèmes, des récits et des drames14. Dès son plus jeune âge, Hugo Chávez s’intéresse à la vie, à l’idéologie, ainsi qu’aux écrits de Simón Bolívar. Bolívar est très respecté à la fois au Venezuela et dans le reste de l’Amérique du Sud en tant que révolutionnaire vénézuélien et membre de l’armée de libération. On se souvient de lui en particulier pour son rôle central dans les guerres d’indépendance en Amérique du Sud. En effet, dès son enfance, Chávez liait les dates clés de sa propre vie avec les anniversaires importants liées aux actions de Bolivar. Plus tard, Chávez s’installa dans une plus grande ville, Barinas, où il fréquenta le collège Daniel Florencio O’Leary. Durant ses années au lycée, les meilleurs amis de Chávez étaient deux frères, les fils de Jose Ruiz, un communiste qui avait été incarcéré par le gouvernement de la dictature militaire de Marcos Pérez Jiménez. C’est dans la bibliothèque de la famille Ruiz que Chávez lut ses premiers livres sur le communisme et le socialisme. Plus tard, à l’âge de 17 ans, Chávez rejoint l’armée vénézuélienne. Il se rappela plus tard qu’il s’était engagé afin de pouvoir jouer dans la ligue de baseball de l’armée. Plus tard, il s’inscrit en tant que cadet à la Academia militar de Venezuela – l’Académie militaire  vénézuélienne.

Alors qu’il étudiait à l’académie, Chávez lisait également des livres d’histoire et débattait avec ses camarades. Entre 1971 et 1973, un groupe de cadets panaméens vinrent dans l’école militaire où Chávez étudiait. À leur contact, Chávez s’intéressa d’abord au chef panaméen Omar Torrijos, ainsi qu’à la récente révolution de la gauche au Panama. La curiosité de Chávez était attisée par les efforts de Torrijos destinés à reprendre le contrôle de la zone du canal de Panamá ainsi que du canal de Panamá lui-même, des mains de son propriétaire le gouvernement des États-Unis. Par la suite, Chávez considéra Torrijos comme un modèle de dirigeant.

En 1974, Chávez, accompagné d’environ une douzaine d’autres cadets et de soldats, tous jeunes, se rendit à Ayacucho, au Pérou, afin de célébrer le 150e anniversaire de la bataille d’Ayacucho. Là-bas, ils furent personnellement accueillis par Juan Velasco Alvarado, radical de gauche ainsi que le président péruvien de 1968 à 1975. Velasco leur donna à chacun une édition de poche miniature de La Revolución Nacional Peruana (La Révolution nationale péruvienne). Les cadets remarquèrent la proximité des rapports de Velasco avec à la fois le peuple péruvien et l’infanterie militaire péruvienne. Chávez s’attacha à ce livre et aurait à la fois étudié son contenu ainsi qu’il l’aurait porté constamment sur lui. Cependant, Chávez perdit le livre après son arrestation lors du coup d’État de 1992 au Venezuela. Vingt-cinq ans plus tard, Chávez alors président, ordonna l’imprimerie de millions de copies de la nouvelle Constitution du Venezuela de son gouvernement, sous la forme d’un livret miniature bleu, en honneur du cadeau de Velasco17. Au cours de ses années à l’académie, Chávez et ses différents acolytes développèrent une doctrine de gauche-nationaliste qu’ils surnommèrent le « bolivarianisme ». Bien que largement inspirée des idéaux de Simón Bolívar, cette philosophie était également influencée par les écrits de l’historien marxiste Federico Brito Figueroa. D’autres contributions provenaient des opinions de Jorge Eliécer Gaitán, Fidel Castro, Salvador Allende, et Che Guevara — tous étant des représentants sud-américains socialistes et communistes. Néanmoins, Simón Bolívar, Simón Rodríguez (le compagnon et tuteur de Bolívar), et Ezequiel Zamora (un meneur paysan combattant en soutien pour les pauvres non propriétaires de terres) furent d’une importance centrale pour Chávez18. Toutes ensemble, ces influences étaient la clé de la formation de sa philosophie politique et de son style de gouvernance19. Durant ses études à l’académie militaire, Chávez évita généralement toute discussion politique avec sa famille, spécialement lors de ses séjours en vacances. Il répugnait particulièrement aux discussions politiques avec son père, un membre de la COPEI (un parti politique démocrate-chrétien). En effet, son père obtint un poste de directeur de l’Éducation de Barinas sous le gouvernement COPEI de Luis Herrera Campins. Néanmoins, Chávez appréciait ce genre de discussions lorsqu’elles se tenaient au domicile de la famille Ruiz à laquelle il rendait visite régulièrement20. Pendant quelques mois, au cours de l’année 1974, Chávez tint un journal intime. Dedans, il faisait très attention à l’utilisation de son espagnol. Chávez y exprimait une orientation politique gauchiste, écrivant son aversion pour la politique étrangère des États-Unis ainsi que pour le manque d’identité nationale ou culturelle du Venezuela. Par exemple, il remarqua que tant le sport national (le baseball) que la musique populaire du Venezuela provenaient finalement tous deux d’Amérique du Nord.

Chávez était considéré comme un provinciano (« provincial ») à la fois poli et timide. Cependant, une fois diplômé, il avait animé un concours de beauté et avait en charge son propre programme de radio, plutôt obscur1. Jeune homme, Chávez eut deux petites amies, qui étaient considérées ternes par les autres étudiants. Chávez, lui aussi était en général considéré plutôt fade, et les filles étaient plus intéressées par ses deux meilleurs amis, les frères Ruiz, que par Chávez lui-même. Chávez eut sa part de désagréments sociaux. Par exemple, quand une jeune femme qu’il considérait attirante le rejeta, il alla trouver une tête d’âne pourrie sur le bord de la route et la plaça en face de sa porte. Plus tard, Chávez se trouva une autre petite amie, Herma Marksman, qui l’aida à mettre une touche finale à la thèse qu’il devait achever afin d’obtenir son diplôme. Après son mariage avec Nancy Colmenares à l’âge de 23 ans, Chávez eut une liaison avec Marksman. Elle dura neuf ans. Chávez sortit huitième de sa classe1 le 5 juillet 1975 en tant que sous-lieutenant avec un diplôme militaire en arts et sciences. Après avoir reçu le sabre de commande des mains du président Carlos Andrés Pérez en personne durant le défilé annuel, Chávez entra officiellement dans la carrière militaire.

Le 24 juillet 1983, lors de la journée du 200e anniversaire de la naissance du Libertador (Libérateur) du Venezuela et des autres colonies espagnoles d’Amérique du Sud, Simón Bolívar, Chávez crée avec notamment Raúl Isaías Baduel, au sein de l’armée, le Movimiento Bolivariano Revolucionario 200 (Mouvement révolutionnaire bolivarien 200, MBR-200) d’orientation socialiste.

Le 4 février 1992, le MBR-200, dirigé par Hugo Chávez, tente un coup d’État contre le président Carlos Andrés Pérez accusé de mener une politique contraire aux engagements électoraux et d’avoir engagé l’armée dans une vague de répressions sanglantes qui indignent Chávez (lequel prétexta un arrêt maladie pour ne pas y participer). Le putsch prend pour nom « opération Ezequiel Zamora ». Cette tentative échoue, et Chávez est emprisonné pendant deux ans. Lors de son séjour carcéral, il enregistre une vidéocassette dans laquelle il appelle à l’insurrection. Elle est diffusée vers 4 heures du matin dans la nuit du 26 au 27 novembre 1992, lors d’un deuxième coup d’État préparé par le MBR-200. La deuxième tentative avorte également, bien que les membres du MBR-200 aient tout de même pris le contrôle du pays pendant quelques minutes. En 1994, Rafael Caldera est élu pour la deuxième fois au Venezuela. Réalisant une de ses promesses politiques faites avant d’être élu, il ordonne la libération de Chávez.

Une fois libéré, Chávez fonde un parti politique d’orientation socialiste, le Mouvement Cinquième République (MVR), une version civile du MBR-200.

En 1998, année d’élections législatives et d’élection présidentielle, sa cote dans les sondages augmente progressivement (30 % en mai, 39 % en août). Le slogan de sa campagne électorale le désigné comme « fléau de l’oligarchie et héros des pauvres ». La coalition de partis de gauche, rassemblés autour du MVR, remporte une majorité des sièges du Congrès national lors des élections législatives, avec toutefois une assemblée fragmentée composée de nombreux petits partis.

Le 6 décembre 1998, Hugo Chávez sort victorieux de l’élection  présidentielle, avec 56,2 % des voix, la plus forte majorité jamais constatée pour une élection démocratique de ce type. Le 2 février de l’année suivante, il prête serment sur une constitution qu’il qualifie de moribonde et dont il demandera la modification à deux reprises par la suite.

La situation économique du pays est mauvaise : 80 % de la population vit dans la pauvreté, le taux de chômage est de 18 % et les analystes prévoient une récession pour les années à venir.

Élu président de la République en 1998, il présente ensuite une nouvelle Constitution, qui accroît les droits des groupes les plus défavorisés et marginalisés et modifie la structure du gouvernement vénézuélien, avant d’être réélu en 2000. Au cours de son deuxième mandat présidentiel, il crée un système de missions bolivariennes, de conseils communaux et de coopératives, ainsi qu’un programme de réforme agraire, tout en nationalisant des industries clés. L’opposition arguant qu’il est un populiste qui érode la démocratie représentative et est de plus en plus autoritaire, tente de le chasser du pouvoir par un coup d’État militaire en 2002 et un référendum révocatoire en 2003, sans succès. En 2005, il a ouvertement proclamé son adhésion au socialisme, et a de nouveau été élu au pouvoir en 2006, après quoi il fonde un nouveau parti politique, le PSUV, en 2007.

Fervent opposant à l’impérialisme et au capitalisme néolibéral, il s’oppose à la politique étrangère des États-Unis. Il s’appuie sur des alliances fortes avec les gouvernements socialistes comme Evo Morales en Bolivie, Rafael Correa en Équateur, Raúl Castro à Cuba. Sa présidence est considérée comme une partie de la « vague rose » socialiste qui balaye l’Amérique latine. Il a soutenu la coopération entre l’Amérique latine et les Caraïbes et a contribué à la mise en place de l’Union des nations sud-américaines, de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, de la Banque du Sud, et du réseau régional de télévision Telesur. D’après le Time, il fait partie des 100 personnes les plus influentes du monde en 2005 et 2006.

Les élections générales promises par Chávez ont lieu le 30 juillet 2000. Chávez est réélu président avec 59,5 % des voix. Le MVR remporte 93 des 165 sièges de l’Assemblée nationale. Le 10 août 2000, dans le cadre d’une tournée de l’OPEP (pays producteurs de pétrole), Chávez effectue une visite officielle en Irak. Il est le premier chef d’État à s’y rendre depuis la première guerre du Golfe. À la suite des attentats du 11 septembre 2001, les cours du pétrole brut s’effondrent ce qui provoque une crise économique, l’économie du Venezuela reposant en grande partie sur le pétrole dont le pays est le troisième exportateur mondial. Dans le même temps le gouvernement est aux prises avec d’importants troubles sociaux.

Trois séries de mesures sur le plan de la politique intérieure sont particulièrement critiquées par l’opposition et le patronat : la réforme agraire, la prise en main du secteur pétrolier et l’augmentation des redevances sur le pétrole, et la saisie de terrains côtiers pour une surface équivalente à celle de la Belgique. L’opposition et le patronat jugent en particulier que ces mesures vont à l’encontre du droit à la propriété privée. Ces grèves et ce climat de tension contribueront à alimenter un mouvement qui culminera dans le coup d’État de Pedro Carmona en 2002.

Le 10 décembre 2001, le patronat et des syndicats vénézuéliens appellent à une grève générale pour protester contre les mesures économiques d’Hugo Chávez. À cette occasion Pedro Carmona considère que les mesures économiques prises par Chávez représentent la plus grande confiscation de propriété privée de l’histoire du Venezuela. Au même moment, des milliers de partisans du gouvernement se réunissent à Caracas afin de soutenir le président, et écoutent un discours de Chávez justifiant les mesures engagées. La population vénézuélienne est partagée entre pro et anti-chavistes[réf. souhaitée]. Le dimanche 7 avril 2002, Chávez, en direct lors de son émission Aló Presidente et avec un sifflet, met à la porte sept dirigeants de la Compagnie nationale des pétroles du Venezuela (PDVSA) et en force douze autres à prendre leur retraite. Mécontents, les cadres de la compagnie protestent et la Confederacion de Trabajadores de Venezuela (Confédération des travailleurs du Venezuela, CTV), de concert avec le patronat, appelle à une grève générale de 24 heures. Le secteur pétrolier, responsable de 80 % des exportations du pays n’emploie que 2 % de la main-d’œuvre et dispose d’un poids économique important lors des mouvements de grève.

Le 7 avril 2002, Hugo Chávez annonce, à la télévision, le licenciement des cadres dirigeants de la compagnie pétrolière PDVSA. S’ensuit une intensification des manifestations de l’opposition. Le 9 avril, les syndicats CTV et Fedecámaras annoncent une grève générale de 24 heures pour soutenir les dirigeants licenciés. L’opposition convoque une manifestation le 11 avril et réussit à regrouper plus de 200 000 personnes. Cette manifestation est au départ prévue et autorisée jusqu’au siège de PDVSA, situé dans le secteur de Chuao, vers l’est de Caracas, mais sur un appel à « marcher sur Miraflores », elle est déviée vers le palais présidentiel, où a lieu le rassemblement pro-Chávez. Lorsque la manifestation atteint le centre-ville, de violents affrontements éclatent. Le maintien de l’ordre est assuré, selon le secteur, par la police métropolitaine de Caracas ou par la garde nationale. Hugo Chávez, qui se trouve dans le palais, active le « plan Avila » (plan d’opérations de l’armée pour contenir des troubles à l’ordre public). L’ordre n’est pas exécuté car le général Manuel Antonio Rosendo, chef du Commandement unifié de la Force armée nationale, soutient les officiers qui demandent la démission du gouvernement. Les chaînes de télévision privées émettent, le 11 avril, avec un « écran divisé », montrant sur une moitié les émissions habituelles et sur l’autre Chávez et des scènes des troubles au centre de Caracas. Le gouvernement ordonne l’arrêt des émissions, mais les chaînes réussissent à les rétablir quelques minutes plus tard.

Les premiers morts et blessés par balle ont lieu en début d’après-midi. Quelques heures plus tard, les chaînes de télévision diffusent un message lu par le général Lucas Rincon Romero, entouré de hauts officiers, qui déclare ne pas reconnaître l’autorité du gouvernement de Chávez et fait allusion aux décès survenus à Caracas. Venevision diffuse ensuite des images d’un groupe de partisans de Chávez qui tirent au pistolet depuis le pont Llaguno vers le sud (ce qui leur donnerait un angle de vision favorable mais dépassant la distance d’engagement des armes de poing). Ces images, selon Chávez et le gouvernement, étaient manipulées et ne montraient pas qui était la cible des tireurs, bien que la voix off indiquait qu’ils tiraient sur des manifestants de l’opposition. Les tireurs, arrêtés quelques jours plus tard, déclareront qu’ils ripostaient au feu des snipers postés sur les étages élevés des immeubles adjacents et des fonctionnaires de la police métropolitaine de Caracas. Dans ce secteur, douze décès sont comptabilisés. Lors du procès pour ces homicides et les blessures infligées à 29 autres personnes, neuf fonctionnaires de police et deux militaires de la garde nationale, en plus des tireurs du pont Llaguno (dont un conseiller municipal du parti de Chávez) seront mis en examen, le jugement final prononçant une condamnation contre trois commissaires et huit agents de la police métropolitaine. Pendant la nuit, les officiers à l’origine du coup demandent à Chávez de se rendre et démissionner, sous peine de voir le palais de Miraflores, toujours entouré par des partisans du gouvernement, attaqué. Vers minuit, le 12 avril 2002, le général Rincon Romero, ministre de la Défense, apparaît à la télévision et déclare qu’« on a demandé la démission [de Chávez], ce qu’il a accepté ». Quelques heures plus tard, Chávez se rend, quitte Miraflores et est transporté à la base militaire de Fuerte Tiuna, à Caracas. Ces évènements sont filmés de l’intérieur du palais par les journalistes Kim Bartley et Donnacha O’Brien, réalisatrices du documentaire irlandais Chávez, le film (The revolution will not be televised).

Dans l’après-midi du 12 avril, Pedro Carmona, président du syndicat patronal Fedecamaras, est proclamé président par intérim avec l’« acte de constitution du gouvernement de transition démocratique et d’unité nationale », signé par environ 400 personnes présentes au palais de Miraflores. Dans la foulée, le pouvoir législatif est dissous et les députés de l’Assemblée nationale (et leurs suppléants) sont destitués, de même que les maires élus depuis l’élection de Chávez, les membres du Tribunal suprême de justice, des institutions du ministère public et de la Cour des comptes (la Fiscal General de la República et la Contraloría General de la República), du Défenseur du peuple et du Conseil national électoral44,45,46,47,48. Le 13 avril, dans la matinée, des manifestations de soutien à Chávez s’organisent dans plusieurs secteurs de Caracas. Elles bloquent les autoroutes qui vont vers l’est et vers la Guaira (où se trouvent le principal port du pays et l’aéroport de Caracas). Les émissions de certaines chaînes privées vénézuéliennes ne comportent alors que des dessins animés et des films. Cependant, la chaîne d’informations par câble CNN et la chaîne privée colombienne Caracol (radio et télévision) continuent à diffuser des informations sur les événements. Chávez est alors transféré dans une base navale à Turiamo, où il écrit, dans une note manuscrite, qu’il n’a « pas renoncé au pouvoir légitime que le peuple [lui] a donné ». Il est ensuite transféré à l’île La Orchilla.

Pendant la nuit, des partisans de Chávez parviennent à s’emparer de la chaîne Venezolana de Televisión, jusqu’alors contrôlée par la police de l’État de Miranda, gouverné par l’opposant Enrique Mendoza. Les partisans de Chávez rétablissent le signal et commencent à émettre en direct. Un bataillon, basé à Maracay et sous le commandement de Raúl Isaías Baduel, déclare son adhésion à la Constitution et met en route l’« opération de sauvetage de la dignité nationale ». Les partisans de Chávez occupent le palais de Miraflores, abandonné par le gouvernement de facto en début d’après-midi et, un peu plus tard, le vice-président Diosdado Cabello prête serment comme président provisoire. Au petit matin du 14 avril, une unité héliportée libère Chávez à La Orchilla et le ramène à Caracas. Diosdado Cabello effectue la passation des pouvoirs. Chávez fait alors une déclaration en montrant un crucifix, et appelle au calme.

D’importants groupes médiatiques vénézuéliens comme El Universal, El Nacional, El Nuevo País, Globovisión, Televen, CMT et RCTV ont soutenu le coup. En même temps, le point de vue de l’opposition anti-Chávez a été relayé dans les dépêches de plusieurs agences de presse et média internationaux. La une du 11 avril du quotidien El Nacional titrait « La bataille finale sera à Miraflores ». Pendant le mois de mars, RCTV a donné une couverture médiatique extensive des manifestations anti-Chávez, tout en évitant de couvrir les manifestations pro-Chávez.

Le 11 avril, la manifestation anti-Chávez, le message « Chávez dehors » et l’appel à diriger la manifestation vers le palais présidentiel à Miraflores ont été diffusés par les chaînes de télévision privées. Des annonces à la télé, diffusées gratuitement, appelaient les Vénézuéliens à participer à la manifestation. Andrés Izarra, alors directeur de production de l’émission El observador de RCTV, déclarera plus tard à l’Assemblée nationale qu’il a reçu des instructions précises du propriétaire Marcel Granier pour que le 11 avril et les jours suivants, il ne diffuse « aucune information sur Chávez, ses partisans, ses ministres et aucune autre qui pourrait avoir un quelconque rapport avec lui. » Les comploteurs, dont Carmona, se retrouvent au siège de la chaîne de télévision Venevisión. Après la détention de Chávez, des protestations pro-Chávez, incluant des émeutes soldées par dix-neuf morts, ont éclaté à divers endroits de Caracas. RCTV les ignora et envoya ses équipes dans des secteurs calmes de la ville pour Émissions de tranquillité en direct. La télévision vénézuélienne n’a pas informé de la reprise du palais de Miraflores par les partisans de Chávez ; les quatre principales chaînes ont tout simplement arrêté de diffuser des informations sur les évènements. Le St. Petersburg Times signala que RCTV diffusait des dessins animés. Venevisión diffusa un marathon de films hollywoodiens : Lorenzo’s Oil, Nell et Pretty Woman. Une autre chaîne, Televen, conseilla à ses téléspectateurs de « rester à la maison », et diffusa des matchs de baseball et des feuilletons. Globovisión, la plus importante chaîne d’information en continu du pays et associée de CNN, rediffusa en boucle des enregistrements de la sortie de Chávez. Une voix off prévenait les téléspectateurs : « Nous vivons des temps de changement politique ». Les directeurs de Venevisión, RCTV et Globovisión, tout comme l’éditeur d’El Nacional, se sont réunis avec Carmona à Miraflores. Le directeur de Globovisión semble avoir appelé CNN à Atlanta (le siège de CNN en espagnol) « pour demander au réseau américain de se joindre au blackout. » Deux des trois principaux journaux, El Universal et El Nacional ont annulé leurs éditions du dimanche, « pour des raisons de sécurité ». Le troisième journal, Ultimas Noticias (es), a imprimé à tirage limité son édition, rendant compte des faits objectivement. D’autres quotidiens et des médias régionaux ont également couvert les évènements. Lorsque CNN a annoncé l’opposition au coup d’une division stratégique des Forces armées à Maracay, « CNN exprima sa surprise sur le fait que la presse n’en disait rien. » Le communiqué des officiers demandant la restauration de la démocratie depuis Fuerte Tiuna a dû être diffusé par CNN, parce qu’aucune chaîne vénézuélienne n’a accepté de le faire.

En 2004, le ministre des Affaires étrangères espagnoles Miguel Ángel Moratinos accuse le gouvernement de José María Aznar d’avoir encouragé l’ambassadeur à appuyer le coup d’État. Ces évènements ont été filmés de l’intérieur par des journalistes d’une chaîne irlandaise, RTE, qui étaient sur place pour tourner un reportage sur le programme d’Hugo Chávez. Ils en ont tiré un documentaire : The revolution will not be televised. Ce film a été critiqué pour son parti pris pro-Chàvez et pour d’éventuelles manipulations dans son antithèse. Radiografía de una mentira. Le journaliste Brian A. Nelson a écrit dans son livre, The Silence and the Scorpion sorti en 2009, que le coup d’État de 2002 n’était pas prémédité, que les membres des milices contrôlées par Chávez sont les principaux responsables des violences et des morts de ces évènements et que le pouvoir a utilisé ceux-ci à son profit.

Le 7 octobre 2012, à l’issue d’une campagne marquée par les incertitudes sur son état de santé, Hugo Chávez est réélu président du Venezuela avec 55,07 % des voix, battant Henrique Capriles, qui recueille 44,31 % des voix78, soit le meilleur résultat pour un candidat d’opposition depuis l’arrivée au pouvoir de Chávez.

Le 10 juin 2011, en visite officielle sur l’île de Cuba, Hugo Chávez est opéré en urgence sur place pour un abcès pelvien, c’est-à-dire une accumulation de pus dans la zone inférieure de l’abdomen. Aucune information n’est donnée pendant plusieurs semaines sur son état de santé, laissant place à une succession de rumeurs et spéculations. Le 1er juillet, Hugo Chávez annonce qu’il a été opéré une seconde fois pour retirer une tumeur avec présence de cellules cancéreuses. Quelques jours plus tard, le gouvernement annonce que la tumeur n’a pas été totalement retirée. Alors que Chávez retourne à Cuba pour se faire soigner et qu’il observe de longues semaines de convalescence, sa capacité à gouverner est mise en doute.

Peu après la campagne présidentielle de 2012, pendant laquelle il affirmait être guéri, il demande l’autorisation à l’Assemblée nationale de quitter le territoire national afin de continuer son « processus de récupération ». Dans la soirée du jour où l’Assemblée a donné son accord, Hugo Chávez quitte le Venezuela. Le 8 décembre 2012, alors qu’il est rentré la veille à Caracas, il annonce à la télévision qu’il retourne à Cuba afin de suivre un nouveau traitement. Il fait alors une nouvelle demande d’autorisation à l’Assemblée nationale pour quitter le territoire et demande à ses partisans de choisir le vice-président, Nicolás Maduro, comme candidat à une éventuelle élection présidentielle anticipée. L’Assemblée nationale valide, le 9 décembre, la demande du président. Le lendemain, Hugo Chávez part pour La Havane, tout en assurant qu’il continuera d’exercer ses fonctions. Le 16 décembre, le parti au pouvoir remporte les élections régionales.

Le 8 janvier 2013, le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello, indique que le président a réclamé la prolongation de son « processus de récupération » post-opératoire au-delà du 10 janvier, ce qui ne lui permet pas de se présenter à cette date devant l’Assemblée nationale pour son investiture. L’article 231 de la Constitution est invoqué et il est indiqué que « la prestation de serment aura lieu à une date ultérieure devant le Tribunal suprême de justice ». Cette décision du Tribunal suprême de justice est considérée par l’opposition comme une atteinte à la Constitution. Nicolás Maduro assure que c’est une journée historique qui marque le début du nouveau mandat d’Hugo Chávez, tandis que plusieurs présidents latino-américains font le déplacement en signe de solidarité.

Après son opération, Chávez est victime d’une infection respiratoire et son état se dégrade, des sources évoquant même son décès. Le 26 janvier 2013, Ernesto Villegas, ministre de la Communication du Venezuela, déclare que « 45 jours après avoir pratiqué une intervention chirurgicale pour extirper une lésion maligne dans le pelvis, avec des complications sévères », « l’évolution est favorable » et que « l’infection respiratoire a été surmontée, bien que persiste encore un certain niveau d’insuffisance respiratoire qui est traité de manière adéquate » à l’hôpital Hermanos Ameijeiras de La Havane. Les personnalités de l’opposition affirment que le président est trop malade pour être en possession de ses facultés et remettent en cause l’authenticité des décrets qu’il aurait signés.

Selon la version officielle, Hugo Chávez revient à Caracas le 18 février 2013, sans toutefois se montrer en public. Certaines sources indiquent qu’il est revenu dans son pays pour y mourir et sa succession est de plus en plus ouvertement évoquée. Sa mort, à l’âge de 58 ans, est annoncée à la télévision le 5 mars 2013 par le vice-président, Nicolás Maduro. Celui-ci accuse les « ennemis historiques » du Venezuela d’avoir provoqué son cancer et fait expulser des diplomates américains. Sept jours de deuil national sont prévus. Néanmoins, selon Leamsy Salazar, ancien chef de la sécurité d’Hugo Chávez, celui-ci serait, en réalité, mort le 30 décembre 2012, soit plus de deux mois avant l’annonce officielle. Pour Guillermo Cochez, ancien ambassadeur du Panama à l’Organisation des États américains (OEA), ce secret d’État aurait servi à mieux assurer la transition entre Hugo Chávez et Nicolás Maduro.

De nombreux chefs d’État participent aux funérailles nationales de Chávez, le soir du 8 mars 2013 à Caracas, parmi lesquels de nombreux représentants de l’Amérique latine : Cristina Fernández (Argentine), José Mujica (Uruguay), Evo Morales (Bolivie), Dilma Rousseff (Brésil), Raúl Castro (Cuba), Enrique Peña Nieto (Mexique), Juan Manuel Santos (Colombie), Rafael Correa (Équateur), Sebastian Piñera (Chili), Ollanta Humala (Pérou), Daniel Ortega (Nicaragua), Ricardo Martinelli (Panama), Mauricio Funes (Salvador), Michel Martelly (Haïti), Danilo Medina (République dominicaine). Des chefs d’État du reste du monde étaient également présents, tels que les présidents biélorusse, Alexandre Loukachenko, ou iranien, Mahmoud Ahmadinejad. La majorité des chefs d’État occidentaux ne se sont pas déplacés : la France a par exemple été représentée par le ministre des Outre-mers, Victorin Lurel, qui a déclaré que « le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chávez puisqu’on prétend que c’est un dictateur », ajoutant même que Chávez, « c’est De Gaulle plus Léon Blum », créant ainsi une vive polémique en France

Nicolás Maduro assure l’intérim à la tête de l’État et confirme sa candidature à la succession de Chávez. Le 9 mars 2013, le Conseil national électoral fixe la date de l’élection anticipée au 14 avril 2013.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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