Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, écrivain, diplomate, journaliste et homme politique.

Honoré Gabriel Riqueti aussi orthographié Riquetti, comte de Mirabeau, plus communément appelé Mirabeau, né le 9 mars 1749 au Bignon-Mirabeau, Loiret et mort le 2 avril 1791 à Paris, est un écrivain, diplomate, journaliste et homme politique français, figure de la Révolution.

Surnommé l’Orateur du peuple et la Torche de Provence, il reste le premier symbole de l’éloquence parlementaire en France. Bien que membre de la noblesse, il se distingue en tant que député du tiers état aux états généraux. Fort aimé par les révolutionnaires, son corps est transporté au Panthéon à sa mort, mais la découverte de ses relations secrètes avec la royauté retourne l’opinion, et sa dépouille est retirée du mausolée dont il était le premier occupant.


Il étudie à la faculté de droit de l’université d’Aix-en-Provence où il fréquente, notamment Jean-Étienne-Marie Portalis, futur rédacteur du Code civil.

En 1768, il est incorporé à un régiment, mais contracte des dettes, ce qui provoque de nouveau la colère de son père. Il gagne une réputation de libertinage : Mais le monde ne pardonne pas à Mirabeau cette sorte de férocité, d’exaspération physique que remplaçait chez lui la légèreté du libertinage à la mode : une fougueuse nature éclatait dans ces vices, au lieu de la gracieuse corruption qu’on était accoutumé à admirer.

Mirabeau, carte maximum, Bignon Mirabeau, 25/02/1989.

Il participe à la campagne de Corse en 1768-1769, ce dont il se repentira. En novembre 1789, Mirabeau dénoncera les exactions qui ont accompagné la conquête de la Corse : « J’avoue, messieurs, que ma première jeunesse a été souillée par une participation à la conquête de la Corse. »

Il épouse le 23 juin 1772 en l’église du Saint-Esprit d’Aix-en-Provence Émilie de Covet-Marignane11, fille du puissant marquis de Marignane, qui avait refusé sa main au comte de Valbelle. Ils ont un fils, Victor, mort en bas-âge en 1778.

En 1774, son père demande son emprisonnement au château d’If, au large de Marseille, pour le remettre dans le droit chemin, emprisonnement qui durera près d’un an. Pour le soustraire à ses créanciers, son père le fait plusieurs fois enfermer au donjon de Vincennes, et finalement exiler en 1775 au château de Joux, en Franche-Comté. Là, Mirabeau use de son charme auprès du gouverneur pour se rendre de nombreuses fois à Pontarlier : à l’occasion des fêtes organisées pour le sacre de Louis XVI, il y rencontre Sophie de Monnier, jeune femme mariée au marquis de Monnier, président de la chambre des comptes de Dole et près de cinquante ans son aîné ; celle-ci devint sa maîtresse. Ils s’enfuient tous deux aux Provinces-Unies, tandis qu’on les juge à Pontarlier par contumace (Sophie sera condamnée à l’enfermement à vie dans une maison de repentance pour crime d’adultère, Mirabeau à mort pour rapt et séduction).

Durant sa fuite, en 1776, Mirabeau publie son Essai sur le despotisme, qui dénonce l’arbitraire du pouvoir royal : le despotisme n’est pas une forme de gouvernement […] s’il en était ainsi, ce serait un brigandage criminel et contre lequel tous les hommes doivent se liguer. Les deux amants seront rattrapés à Amsterdam : Sophie arrêtée, Mirabeau se livrera. Après avoir mis au monde une fille, prénommée Gabrielle Sophie, elle est condamnée à être enfermée au couvent des Saintes-Claires, à Gien, où elle est effectivement conduite en 1778. Lui échappe au bourreau, mais retourne, à cause d’une autre lettre de cachet, au donjon de Vincennes, durant quarante-deux mois12. Gabrielle Sophie sera confiée à une nourrice de Deuil et décédera en 1780 sans que son père n’ait jamais pu la connaître.

Mirabeau est donc emprisonné au donjon de Vincennes de 1777 à 1780. Il y rencontre Sade, qui y est enfermé à la même époque. Il y écrit beaucoup : des lettres, notamment à Sophie de Monnier, publiées en 1792 sous le titre de Lettres à Sophie, chef-d’œuvre de la littérature passionnée, ainsi qu’un virulent libelle contre l’arbitraire de la justice de son temps, Des Lettres de cachet et des prisons d’État, mais aussi une œuvre érotique particulièrement crue. Des Lettres de cachet et des prisons d’État sera publiée en 1782. Les décès coup sur coup de ses deux seuls petits-enfants, Victor et Gabrielle Sophie, adoucissent Mirabeau père, qui ne souhaite pas que sa lignée s’éteigne. Il accepte de faire libérer son fils aîné, à condition de détenir une autre lettre de cachet qui pourrait le renvoyer en prison : Mirabeau fils accepte la condition, et doit lui-même écrire aux ministres pour appuyer la requête paternelle.

Il est donc libéré le 13 décembre 1780, mais reste sous la tutelle vigilante de son père. Celui-ci le force notamment à demander une lettre de cachet contre Briançon, un de ses anciens amis, et surtout à le soutenir contre sa propre mère, en procès contre son mari au sujet de son héritage. En 1781, Mirabeau fuit Paris et ses créanciers ; il se rend à Gien, où il voit Sophie dans son couvent, mais repart bientôt et ne la reverra plus. Sophie, bien que libre en 1783, après le décès du marquis de Monnier, restera près du couvent de Gien, et se donnera la mort en 1789. Se réconciliant avec son père, qui commence à voir en lui la puissance politique et l’intelligence, Mirabeau se concentre désormais sur l’absolution de ses différentes condamnations. S’il ne purge pas sa peine avant mai 1782, il devra 40 000 livres de dommages et intérêts ; il se livre donc le 8 février 1782 à Pontarlier, et demande l’absolution aux juges. Sa défense est assez simple : une femme mariée ne peut être victime de rapt, et Sophie l’a suivi parfaitement librement, la séduction ne pouvant donc être retenue.

Sa femme demande la séparation de corps en 1782 et est défendue par Portalis. Mirabeau défend sa propre cause dans ce procès qui défraie la chronique. Il le perd, après une joute oratoire assez hostile entre les deux orateurs. Elle obtient la séparation de corps en juillet 1783. Mirabeau ne montre pas de ressentiment à l’encontre de Portalis car, non seulement il reconnaît publiquement ses qualités oratoires et sa loyauté, mais, de surcroît, il le consultera plus tard sur une affaire et demandera son appui lors de la campagne électorale de 1789 pour les états généraux, en Provence.

En juin 1786, Talleyrand, avec qui il est lié, lui obtient une mission secrète à Berlin, où il reste six mois pour le compte du Contrôleur général des finances de Louis XVI, Charles-Alexandre de Calonne. Il tente en vain d’être nommé à un vrai poste diplomatique. À son retour en janvier 1787, furieux de n’avoir rien obtenu, il publie un pamphlet Dénonciation de l’agiotage (mars 1787) qui entraîne une lettre de cachet et le contraint à fuir à Liège.

Proche du philosophe juif alsacien Cerf Beer, Mirabeau fait paraître en 1787 Sur Moses Mendelssohn, sur la réforme politique des Juifs, inspiré du travail de l’auteur allemand J. Ch. Dohm qui publie Über die bürgerliche Verbesserung der Juden (De la réforme politique des juifs) en 1781 (puis traduit en 1782).

Il fait partie en 1788, entre autres avec Brissot, Clavière et Condorcet, des fondateurs de la Société des amis des Noirs, créée pour l’abolition immédiate de la traite des Noirs et progressive de l’esclavage dans les colonies.

Mirabeau se présente en Provence aux élections des états généraux de 1789. Repoussé par la noblesse, cet aristocrate déclassé publie un discours véhément adressé aux nobles provençaux. Il est alors nommé par le tiers état, à Aix et à Marseille, le 6 avril 1789.

Le 7 mai 1789, États généraux, le journal que le nouveau député publie depuis le 2 mai, est saisi. Une interdiction de publier les comptes-rendus des séances des états généraux est édictée par le conseil d’état. Mirabeau n’en tient pas compte et continue à publier le compte-rendu des séances de l’Assemblée, ainsi que les analyses des questions politiques à l’ordre du jour, d’abord sous le titre Lettres du comte Mirabeau à ses commettants du 10 mai au 25 juillet 1789, puis sous le titre Courrier de Provence, qui paraît encore après la mort de son fondateur jusqu’au 30 septembre 1791.

Lors de la séance royale du 23 juin 1789, Mirabeau fait une réponse à Henri-Évrard, marquis de Dreux-Brézé, grand maître des cérémonies, venu apporter l’ordre de dissolution de l’Assemblée constituante signé par le roi Louis XVI, que le Moniteur rapporte deux jours plus tard en ces termes : Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu’on a suggérées au Roy ; et vous qui ne sauriez être son organe auprès des États-Généraux, vous qui n’avez ici ni place ni voix, ni droit de parler, vous n’êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je vous déclare que si l’on vous a chargé de nous faire sortir d’ici, vous devez demander des ordres pour employer la force ; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes.

La tradition la ramenant à Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu’on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes. Il ne tarde pas à devenir l’un des plus énergiques orateurs de l’Assemblée nationale et de la société des Jacobins.

Le surnom d’« hercule de la liberté » lui est donné par l’abbé Sieyès. À la sortie de l’Assemblée nationale, alors que la foule l’applaudit vivement, il proclame en désignant Mirabeau : Vive, vive l’hercule de la liberté. Montrant son ami en retour, ce dernier répondit Voilà Thésée.

Le 9 juillet 1789, il rédige une adresse au roi pour lui demander de retirer les troupes étrangères massées autour de Paris. Il participe également à la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (dont il écrit le Préambule avec Mounier), ce qui le popularise auprès du peuple.

Le 8 mars 1790, il prononce au club des Jacobins un discours resté longtemps inédit contre la traite des Noirs, dont une formule bières flottantes dénonçant les navires négriers fera mouche puisqu’elle sera reprise, légèrement déformée en longues bières, par Brissot en février 1791, puis par Robespierre en avril 1793. En mai 1790, il défend le système du concours des deux pouvoirs, législatif et exécutif, dans l’exercice du droit de faire la paix et la guerre. Cinq mois plus tard, en octobre 1790, il prononce un vibrant discours où il propose que la couleur blanche soit remplacée par les couleurs bleu, blanc et rouge sur les bâtiments de la marine royale, les matelots devant maintenant crier Vive la nation, la loi et le roi au lieu de Vive le roi. Ce discours suscite une forte opposition chez les royalistes radicaux : Francois-Henri de Virieu évoque le pavillon blanc qui a « rendu libre l’Amérique », Foucauld de Lardimalie tente de faire adopter une question préalable pour faire différer un débat qu’il juge « inutile » et qui « profane la gloire et l’honneur du pavillon français, tandis que Guilhermy est mis aux arrêts pendant trois jours, pour l’avoir traité de « scélérat et d’assassin ».

La dégradation de la monarchie détermine son revirement politique. Il devient le plus solide appui de Louis XVI et de Marie-Antoinette, en étant notamment le conseiller privé de Louis XVI, fonction secrète pour laquelle il se fait rémunérer en livres d’or par heure. Auprès de ses amis révolutionnaires, il appuiera les idées de la révolution, alors que pour le roi, et notamment la reine qu’il rencontre en secret, il se montre comme un ardent défenseur de la monarchie. Trahissant des deux côtés et corrompu par de nombreuses factions, Mirabeau proposera au roi d’accepter la monarchie constitutionnelle voulue par l’assemblée. Elle est selon lui, la seule sauvegarde possible de la royauté. Ses interventions à l’Assemblée permettront notamment à Madame Adélaïde et Madame Victoire, dernières filles de Louis XV encore en vie, d’émigrer en Savoie, alors qu’elles étaient retenues à Arnay-le-Duc.

Après sa mort, quand on retrouvera des traces de sa correspondance avec la famille royale, Mirabeau sera haï par le peuple de Paris et, chose rare, dé-panthéonisé. Ses actes sont à nuancer cependant : l’idéal constitutionnel de Mirabeau ne répondait pas seulement à un besoin vénal, mais certainement aussi à sa volonté de réconcilier l’assemblée et la monarchie, motivée par son obsession d’éviter à la France de sombrer dans l’anarchie.

D’ailleurs, sur son lit de mort, alors qu’il n’aura plus rien à se faire acheter, Mirabeau demandera à Danton et La Fayette d’œuvrer pour une transition vers une monarchie constitutionnelle.

Sa mort à Paris le 2 avril 1791 au 42 rue de la Chaussée-d’Antin survient à la suite d’une maladie que certains attribuent à sa vie de débauché, d’autres à un empoisonnement. Elle provoque une grande affliction à Paris, où tous les spectacles sont annulés. La rue où il meurt, dont le sol avait été couvert de paille pour éviter que le bruit ne trouble son repos pendant son agonie, est rebaptisée « rue Mirabeau ». Le 4 avril, l’Assemblée nationale vote la transformation de l’église Sainte-Geneviève en Panthéon. Le 5 avril, après une cérémonie religieuse dans l’église Saint-Eustache, où Joseph-Antoine Cerutti prononce son oraison funèbre, son corps est transporté en grande pompe au Panthéon et y reste jusqu’au 21 septembre 1794. En effet, la découverte de l’armoire de fer, en novembre 1792, a révélé qu’il avait pris clandestinement contact avec le roi et sa cour. Espérant être ministre de la monarchie constitutionnelle, il avait prodigué ses conseils et donné des informations. Un comité est chargé d’examiner l’accusation. La Convention décide d’exclure sa dépouille du Panthéon. Elle y est remplacée par celle de Marat. Son corps est transporté au dépôt mortuaire du grand cimetière de Saint-Étienne-du-Mont, très voisin du Panthéon, pour y être inhumé. En 1798, sa sœur fit procéder à son exhumation et le fit transférer au cimetière de Clamart, dans une fosse commune. Malgré des recherches entreprises en 1889 pour le centenaire de la Révolution, son corps ne sera pas retrouvé.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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