Henrik Ibsen, dramaturge.

Henrik Johan Ibsen, né le 20 mars 1828 à Skien (Norvège) et mort le 23 mai 1906 à Christiania (actuelle Oslo, Norvège), est un dramaturge norvégien.


Fils de Marichen Ibsen (née Altenburg) et de Knud Ibsen, Henrik Johan Ibsen naît dans un foyer que la faillite des affaires paternelles, à la suite de spéculations malheureuses, en 1836, désunit rapidement. L’ensemble de la famille déménage à Gjerpen, où Henrik Ibsen fait sa confirmation en 1843.

Son père sombre dans l’alcoolisme après que les biens familiaux ont dû être vendus, tandis que sa mère se tourne vers le mysticisme protestant. À cette époque et jusqu’en 1945, l’Église luthérienne est la seule autorisée en Norvège, les catholiques ayant été chassés et leurs biens confisqués depuis 1683. Cette autorité unique et marquée par l’intransigeance morale marque durablement le jeune Ibsen ; plusieurs pièces s’en font l’écho, dont Une maison de poupée.

Ibsen, carte maximum, Roumanie.

Il quitte le domicile familial la même année pour s’installer à Grimstad : entre 1844 et 1850, il travaille comme apprenti en pharmacie chez Jens Aarup Reimann, tout en poursuivant ses études pour devenir médecin. Orientation qu’il abandonne ensuite.

Les événements révolutionnaires de 1848 le conduisent, l’année suivante, à écrire sa première pièce, Catilina. Celle-ci est publiée à compte d’auteur, en 1850, en 250 exemplaires, sous le pseudonyme de Brynjolf Bjarme, par les soins d’Ole Carelius Schulerud. Cet ami de Henrik y consacre une somme d’argent héritée, après le refus du manuscrit par le Christiana Theater. La pièce sera jouée pour la première fois en 1881 à Stockholm.

À l’époque de cette première publication, Henrik Ibsen travaille toujours comme apprenti préparateur en pharmacie, étudie et écrit la nuit, prend des cours privés de latin et participe à la rédaction du journal de l’Association des étudiants et de l’hebdomadaire littéraire et satirique Andhrimner. Le 1er avril 1850, il se rend à Christiana (aujourd’hui Oslo) pour passer son baccalauréat et entrer à l’université.

Cette même année, il couche sur le papier une seconde pièce en un acte, Le Tertre des guerriers, qui est acceptée par le Christiana Theater. Le 26 septembre 1850 est ainsi jouée pour la première fois une pièce de Henrik Ibsen (toujours sous le pseudonyme de Brunjolf Bjarme), devant un public de 557 spectateurs. L’accueil est mitigé. En 1851, il publie Norma et s’intéresse à la politique, notamment au syndicalisme et au mouvement socialiste de Marcus Thrane.

La même année, le violoniste Ole Bull, fondateur du Norske Theater de Bergen, lui propose d’en devenir le directeur artistique. Henrik Ibsen accepte ce poste et s’installe à Bergen. Il fait aussi un voyage d’études à Copenhague, puis à Dresde, pour se familiariser avec les techniques du théâtre.

Entre 1852 et 1857, Ibsen collabore au Théâtre national de Bergen, pour lequel il écrit et met en scène. Ses propres représentations n’y connaissent cependant pas un grand succès, jusqu’à la présentation du Banquet de Solhaug, pièce influencée par le folklore populaire norvégien, en 1856. Durant ses six années à Bergen, Ibsen ne se fait guère remarquer. Séparé de sa famille, rejetant la religion dominante, naviguant à la limite de la pauvreté, Ibsen est dépeint par tous ceux qui l’ont connu alors comme solitaire et taciturne. De plus, les pièces qu’il écrit ne rencontrent guère de succès : le style épique n’est pas le sien. Sa quatrième pièce recueille pourtant un certain écho, ce qui lui permet de fréquenter des cercles plus influents. C’est parmi eux qu’Ibsen rencontre Suzannah Thorensen, qui va devenir son épouse en 1858 et l’accompagner jusqu’à la fin de sa vie, en 1906.

En 1857, il revient dans la capitale norvégienne Christiana afin de reprendre la direction du Théâtre national, le Christiana Theater. Il épouse, l’année suivante, Suzannah Thorensen (1836-1914), avec qui il a un fils, Sigurd, né le 23 décembre 1859. Son fils unique deviendra premier ministre norvégien de 1903 à 1905 au moment de la séparation de la Norvège du royaume de Suède. Sigurd achèvera sa vie en Italie, où il avait en partie grandi.

Très rapidement, la situation se dégrade : Ibsen se soucie peu du théâtre qu’il est censé diriger : il se laisse aller et se met à boire ; on le retrouve parfois, errant dans la ville. Financièrement, sa situation se dégrade ; celle du théâtre également : les recettes fondent, les dettes s’accumulent. Incapable de gérer une telle institution, Ibsen voit peu à peu des oppositions se lever. Il est démis de ses fonctions de directeur, mais gardé au Christiana Theater en tant que conseiller. Il vit essentiellement de commandes de textes en vers. Après avoir demandé une bourse du gouvernement pour un voyage en Europe, il essuie un refus qui laisse peu à peu la place à une profonde déception, renforcée par ses ennemis qui réclament sa démission complète.

En 1862, le Christiana Theater doit fermer ses portes. Ibsen, libéré de ses obligations de directeur, entreprend un voyage dans le Gudbrandsdal et dans l’ouest de la Norvège afin de récolter des éléments de légendes populaires nordiques. Ces matériaux lui permettent d’écrire une pièce qui revêt la forme d’une apologie de la nation : Les Prétendants de la couronne (1863). Le succès de cette pièce lui permet d’obtenir une bourse, complétée par son ami Bjørnstjerne Bjørnson : il quitte la Norvège pour l’Italie ; il ne reviendra dans son pays qu’en 1891.

Ibsen part pour Rome où il s’installe, après des séjours à Copenhague, pendant quatre ans. C’est là qu’il écrit, dès 1865, un drame en vers très acerbe contre les notables : Brand (« Incendie »). Rompant avec le lyrisme national à la gloire de la Norvège, ce texte apparaît comme un premier pas vers le réalisme social. La pièce connaît un fort succès et suscite un grand intérêt. Le Storting, le Parlement norvégien, décide de lui accorder une bourse d’écrivain annuelle, une pension à vie. Il fait publier l’année suivante Peer Gynt qui est particulièrement acclamé en Norvège et qui inspirera le compositeur Edvard Grieg.

En 1868, Ibsen quitte Rome pour Dresde, où il s’installe pendant près de sept ans ; il écrit Empereur et Galiléen en 1873, pièce qui passe plutôt inaperçue à sa publication.

En 1874, Ibsen part pour Munich, où il vit jusqu’en 1878. C’est dans cette ville qu’il écrit en 1877 Les Piliers de la société, pièce qui constitue un véritable tournant dans l’œuvre du dramaturge, avec l’ouverture d’un cycle centré sur la critique sociale, marqué par le réalisme des descriptions et l’usage de la prose. « Le drame ibsénien, c’est un peu la tragédie grecque qui se démocratise et qui frappe la famille bourgeoise », écrit le philosophe belge Michel Meyer.

De retour à Rome – pour sept ans – en 1878, Henrik Ibsen poursuit dans la même veine, avec la publication du drame social Une maison de poupée, publié en 1879. La pièce, en raison de sa chute novatrice et scandaleuse, obtient un succès international. Sa renommée est telle que ses pièces sont progressivement montées dans toutes les capitales d’Europe. Deux ans plus tard, sa pièce Les Revenants est l’objet d’une critique sévère qui augmente encore son aura ; il y aborde des thèmes houleux, tels que les maladies vénériennes, l’inceste et l’euthanasie.

Entre 1882 et 1890, il publie cinq pièces qui l’installent définitivement parmi les plus grands dramaturges de son temps : Un ennemi du peuple (1882), satire des idéaux petit-bourgeois, Le Canard sauvage (1884), illustrant son relativisme croissant, Rosmersholm (1886), La Dame de la mer (1888), dans laquelle le folklore populaire est mis au service d’une analyse psychologique des personnages8, et Hedda Gabler (1890). Ces trois dernières pièces sont écrites à Munich, où Ibsen séjourne entre 1885 et 1891.

En 1890, ses œuvres sont traduites pour la première fois en anglais par William Archer.

Il rentre en Norvège en 1891, après vingt-sept ans d’absence, en auteur internationalement connu. Installé à Christiana, où il demeure jusqu’à la fin de sa vie, il continue d’écrire des pièces, qui connaissent le même succès : Solness le constructeur (1892), Le Petit Eyolf (1893), John Gabriel Borkman (1896) et Quand nous nous réveillerons d’entre les morts (1899). Cette dernière pièce est considérée comme le testament littéraire d’Ibsen, en raison de la longue réflexion du héros principal sur son œuvre.

Son 70e anniversaire, en 1898, est l’occasion de festivités nationales à Christiana, Copenhague et Stockholm notamment. Cet anniversaire est l’objet de célébrations un peu partout en Europe. Ses œuvres complètes sont éditées et des représentations de ses pièces sont jouées dans tous les plus grands théâtres.

En 1900, il est victime d’une attaque cérébrale, qui le laisse dans l’incapacité d’écrire jusqu’à son décès le 23 mai 1906. Un télégramme reçu par le Berliner Lokal-Anzeiger, en novembre 1905, et traduit par Le Temps, relate que, selon son médecin, l’écrivain, bien que s’étant « de plus en plus affaibli au cours des six derniers mois » et n’ayant reçu aucun étranger depuis un an, se lève cependant plusieurs heures par jour, passées dans sa bibliothèque, et « s’entretient avec ses proches des événements de la vie quotidienne », parmi lesquels, à ce moment-là, « le temps qu’il ferait pour l’arrivée du roi à Christiania », ses seuls interlocuteurs, depuis un an, n’étant que sa femme, son fils, son médecin et son infirmier.

Ses œuvres les plus connues sont Une maison de poupée, Le Canard sauvage, Rosmersholm, Hedda Gabler. Certaines plus politiques, comme Les Prétendants à la couronne, Les Soutiens de la société, Les Revenants et surtout Un ennemi du peuple ont souvent heurté l’opinion progressiste ou de la gauche norvégienne. Cependant, selon Jeanne Pailler, Henrik Ibsen est un « auteur de drames historiques et de pièces intimistes, considéré comme un réformiste acharné par les uns, comme un conservateur par les autres »11. Hostile aux partis cléricaux et au traditionalisme de la monarchie norvégienne de son temps, il est souvent vu comme un libéral en Norvège. Bien que traduite par le titre Le Canard sauvage, le volatile dont il est question dans la pièce est en réalité une cane ; les déterminants du nom dans la langue d’origine le confirment.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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