Henri VIII, roi d’Angleterre et d’Irlande.

Henri VIII (en anglais : Henry VIII), né le 28 juin 1491 et mort le 28 janvier 1547, fut roi d’Angleterre et d’Irlande de 1509 à sa mort.

La controverse juridique et théologique relative à la validité de son premier mariage avec Catherine d’Aragon et à sa reconnaissance de nullité fut l’une des principales causes du schisme en 1534 de l’Église d’Angleterre avec Rome et de la Réforme anglaise. Henri VIII supervisa cette séparation avec notamment la dissolution des monastères et fut pour cela excommunié ; il resta néanmoins un défenseur des fondamentaux de la théologie catholique. Henri VIII se maria à six reprises et fit exécuter deux de ses épouses, Anne Boleyn et Catherine Howard.

En politique étrangère, Henri VIII participa notamment aux guerres d’Italie contre la France de François Ier en s’alliant fréquemment à Charles Quint. Ses succès sur le continent furent cependant limités. Dans les îles Britanniques, il s’opposa à plusieurs reprises à l’Écosse alors alliée à la France tandis que son règne marqua le début d’une plus grande influence anglaise en Irlande. Ces guerres et les dépenses fastueuses du roi affectèrent profondément les finances du royaume, et les mesures prises pour  équilibrer le budget ne firent qu’aggraver la situation économique de l’Angleterre.

Humaniste de la Renaissance, athlétique et cultivé, il s’exerçait à l’écriture et à la musique. Néanmoins, un accident de tournoi et l’usure du temps affectèrent la santé physique et mentale du roi, qui devint obèse et était à la fin de sa vie considéré comme un tyran égoïste. Au fil de ses mariages, il avait écarté de sa succession ses deux filles aînées Marie et Élisabeth au profit de son fils Édouard. Tous ses enfants légitimes montèrent néanmoins sur le trône mais en l’absence de descendance, ses filles furent les dernières souveraines de la dynastie Tudor.


Henri VIII, carte maximum, Barbuda.

Né au palais de Placentia le 28 juin 1491, Henri Tudor est le troisième enfant et le second fils du roi Henri VII et d’Élisabeth d’York. Sur les six frères et sœurs de Henri, seuls trois (Arthur de Galles, Marguerite et Marie) atteignent l’âge adulte. Il est baptisé par l’évêque d’Exeter Richard Fox dans une église franciscaine non loin du palais. En 1493, à l’âge de deux ans, il est fait connétable du château de Douvres et gouverneur des Cinq-Ports. L’année suivante, il devient comte maréchal d’Angleterre, lord lieutenant d’Irlande, duc d’York, gardien des Marches et il intègre l’ordre du Bain. En mai 1495, il est nommé à l’ordre de la Jarretière.

Henri reçoit une éducation très soignée, il parle couramment l’anglais, le latin et le français et a quelques notions d’italien. On ne sait que peu de choses de son enfance car n’étant pas prince de Galles, il n’est pas destiné à devenir roi. En novembre 1501, il joue un rôle important dans les  cérémonies entourant le mariage de son frère Arthur avec Catherine d’Aragon, la plus jeune fille du roi Ferdinand II d’Aragon et de la reine Isabelle Ire de Castille, et donc la tante maternelle de Charles Quint.

Arthur meurt soudainement, peut-être de la suette ou de la tuberculose, à 15 ans, en avril 1502, après 20 semaines de mariage avec Catherine. Toutes ses prérogatives et tous ses titres sont ainsi transmis à Henri, âgé de dix ans, qui devient duc de Cornouailles en octobre, puis prince de Galles et comte de Chester en février 1503. Henri VII ne délègue que quelques missions à son nouvel héritier. Les actes du jeune Henri sont également étroitement encadrés et il accède au trône « sans entraînement à l’art exigeant de la royauté ».

La mort d’Arthur est suivie de très près par celle de la mère de Henri VIII, Élisabeth d’York, lors de la naissance d’une fille qui meurt elle aussi. Cette mort a visiblement affecté Henri VIII, suffisamment pour qu’il appelle sa propre fille Élisabeth et que, à la mort de son père, il fasse revenir à la cour sa cousine, Lady Margaret Pole. Il semblerait aussi que la mort de sa mère fut un traumatisme et que plus tard il recherchera à retrouver toutes les qualités de sa mère avec ses épouses, ce qui aboutit à plusieurs désastres.

Henri VII poursuit ses tentatives pour sceller une alliance entre l’Angleterre et l’Espagne en proposant de marier Henri à Catherine. L’idée avait germé immédiatement après la mort d’Arthur et un accord en vue d’un mariage est signé le 23 juin 1503. Les lois religieuses interdisent le mariage entre membres de la même famille et une dispense papale est demandée par Henri VII et l’ambassadeur espagnol. Celle-ci n’est nécessaire que si l’union a été consommée, ce qui n’était pas arrivé, selon Catherine et sa  chaperonne, la duègne Dona Elvire. Le pape Jules II accorde néanmoins la dispense10. Le jeune âge de Henri empêche toute cohabitation tandis que la mort d’Isabelle Ire en 1504 et la crise de succession qui suit compliquent la question. Son père préfère qu’elle reste en Angleterre, mais les relations entre Henri VII et Ferdinand II se détériorent et la perspective d’un mariage semble s’éloigner. Catherine vit donc relativement recluse, et elle est nommée ambassadeur par son père pour lui permettre de rester indéfiniment en Angleterre.

Henri VII meurt de la tuberculose le 21 avril 1509, et le jeune Henri lui succède sous le nom d’Henri VIII. Peu après l’enterrement de son père le 10 mai, Henri VIII déclare qu’il épousera Catherine même si les questions entourant la dispense pontificale restent irrésolues. La cérémonie de mariage est sobre et organisée à l’église franciscaine de Greenwich. Le 23 juin 1509, Henri VIII mène Catherine de la tour de Londres à l’abbaye de Westminster pour leur couronnement qui a lieu le lendemain. Le trajet du couple royal est décoré de tapisseries et un luxueux banquet dans la grande salle du palais de Westminster suit la cérémonie.

Deux jours après son couronnement, Henri VIII fait arrêter deux des ministres les plus impopulaires de son père : Richard Empson et Edmund Dudley. Ils sont condamnés pour haute trahison et exécutés en 1510. L’historien Ian Crofton considère que de telles exécutions ont été largement utilisées par Henri VIII pour éliminer ceux qui s’opposaient à son autorité. À l’inverse, il est beaucoup plus modéré que son père envers la maison d’York qui a des revendications sur la Couronne d’Angleterre. Plusieurs nobles emprisonnés par Henri VII, comme Thomas Grey, sont amnistiés mais certains sont exécutés ; Edmond de la Pole est ainsi décapité en 1513, après que son frère Richard a rejoint les adversaires de l’Angleterre durant la guerre de la Ligue de Cambrai.

Catherine d’Aragon, enceinte peu après le mariage, accouche d’une fille mort-née le 31 janvier 1510. À nouveau enceinte peu après, elle donne naissance à un fils appelé Henri, le 1er janvier 1511. Après le chagrin causé par la perte de leur premier enfant, le couple se réjouit de cette naissance et de nombreuses célébrations, dont un tournoi de joute, sont organisées ; l’enfant meurt cependant au bout de sept semaines. Il est révélé en 1510 qu’Henri VIII a une liaison extra-conjugale avec l’une des sœurs d’Edward Stafford (le duc de Buckingham, exécuté pour trahison en 1521), Anne ou Elizabeth. Catherine fait une nouvelle fausse couche en 1514 puis accouche d’une fille, Marie, en février 1516. Les relations au sein du couple royal s’améliorent après cette naissance et rien n’indique que le mariage ait été autre chose qu’« exceptionnellement bon » pour la période.

Elizabeth Blount, la cousine de lord Mountjoy, est la principale maîtresse d’Henri VIII pendant trois ans à partir de 1516. Elle est l’une des deux seules femmes dont le statut de maîtresse est incontesté, ce qui est peu pour un jeune roi de l’époque, comparativement à François Ier et Charles Quint par exemple. Leur nombre exact fait l’objet de débats : David Loades estime qu’Henri VIII n’en avait « qu’un nombre très limité » tandis qu’Alison Weir considère qu’elles furent nombreuses. Il convient toutefois de faire la distinction entre les maîtresses régulières et les rencontres d’un soir, puisqu’on reconnaît généralement que le roi n’a eu que trois ou quatre « régulières » pendant toute sa vie. Catherine d’Aragon ne proteste pas et accouche d’une fille mort-née en 1518. En juin 1519, Blount donne naissance à un fils illégitime appelé Henry Fitzroy (qui signifie « fils du roi »). Le garçon est fait duc de Richmond en juin 1525, dans ce que certains estimèrent être un premier pas vers une éventuelle légitimation. En 1533, FitzRoy est marié à Marie Howard, la fille du duc de Norfolk Thomas Howard. Il meurt le 23 juillet 1536 de la tuberculose. Au moment de sa mort, le Parlement adopte le Second Acte de Succession qui lui aurait permis de devenir roi si Henri VIII mourait sans héritier légitime.

En 1510, la France a formé une alliance fragile avec le Saint-Empire romain germanique au sein de la ligue de Cambrai contre Venise. Henri VIII maintient les bonnes relations de son père avec le roi Louis XII de France, mais cette question divise ses conseillers et, peu après, il signe un pacte contradictoire avec Ferdinand II d’Aragon contre la France. Le problème est résolu par la formation, en octobre 1511, de la Ligue catholique dirigée  contre la France par le pape Jules II. Henri VIII rejoint cette coalition peu après et prépare une attaque anglo-espagnole en Aquitaine, visant à reprendre les territoires perdus durant la guerre de Cent Ans. L’offensive est un désastre qui détériore les relations entre les deux pays, mais le retrait français d’Italie apaise les tensions. Henri VIII remporte ensuite un grand succès diplomatique en convainquant l’empereur Maximilien Ier de rejoindre la coalition. Il obtient également du pape d’être couronné roi de France si Louis XII est vaincu.

Le 30 juin 1513, Henri VIII et ses troupes battent une armée française à Guinegatte dans le Pas-de-Calais et s’emparent de Tournai lors de la célèbre bataille des Éperons. Le roi mène personnellement ses troupes et son absence pousse son beau-frère Jacques IV d’Écosse (qui a épousé sa sœur aînée Margaret en 1503) à envahir l’Angleterre pour soutenir Louis XII. Les Écossais sont néanmoins écrasés lors de la bataille de Flodden Field, le 9 septembre 1513, et la mort du roi entraîne la fin de la brève participation de l’Écosse au conflit. Henri VIII a apprécié son expérience militaire, mais il décide de ne pas mener une nouvelle campagne en 1514. Il a soutenu financièrement Ferdinand II et Maximilien Ier mais a peu obtenu en retour, aussi les coffres anglais sont à présent vides. Le nouveau pape Léon X étant favorable à une paix avec la France, Henri VIII signe son propre traité avec Louis XII : sa sœur Marie épousera le roi de France et une trêve est signée pour huit ans, une durée particulièrement longue pour l’époque. Parmi les demoiselles d’honneur de la nouvelle reine, figurent deux femmes qui allaient jouer un rôle capital dans les événements qui vont suivre : Anne Boleyn et sa sœur aînée Marie.

Louis XII décède le 1er janvier 1515. François Ier, le gendre de Louis XII, lui succède, tandis qu’après la mort respective de ses grands-pères Ferdinand II et Maximilien Ier en 1516 et 1519, Charles d’Autriche (Charles Quint) devient roi d’Espagne et empereur germanique. La reine Marie, qui ne peut gouverner elle-même en France en raison de la loi salique, retourne en Angleterre où elle épouse l’ami intime d’Henri, Charles Brandon, qui vient d’être nommé duc de Suffolk. La diplomatie prudente du lord chancelier, le cardinal Thomas Wolsey, permet la signature du traité de Londres de 1518 qui vise à créer une paix permanente en Europe occidentale et à se prémunir contre la menace grandissante de l’Empire ottoman. Le 7 juin 1520, Henri VIII et François Ier se rencontrent au camp du Drap d’Or près de Calais pour deux semaines de somptueuses festivités. Les deux hommes espèrent mettre en place des relations amicales après les affrontements de la décennie passée, mais les tensions restent élevées et un nouveau conflit inévitable. Le roi anglais se sent plus proche de Charles Quint, qu’il a rencontré à Londres à l’automne 1519 avant sa rencontre avec François Ier.

Une nouvelle guerre éclate entre l’Empire et la France en 1521,  et Henri VIII propose sans grand succès sa médiation. Toujours désireux de reprendre les anciens territoires anglais en France, il se rapproche de la Bourgogne, alors terre d’Empire, et apporte son soutien à Charles Quint. Une armée anglaise mène une offensive dans le Nord de la France, à partir de 1522, avec des résultats mitigés. Le tournant du conflit est la capture du roi de France à Pavie, en février 1525, par les forces de Charles Quint qui peut, à présent, dicter ses conditions de paix, et estime qu’il ne doit rien à Henri VIII. Charles Quint décide donc de négocier une paix séparée qui est signée le 30 août 1525 et ramène quasiment les belligérants à la situation d’avant-guerre.

Au début des années 1520, Henri VIII entretient une relation avec Mary Boleyn, devenue une des dames de compagnie de Catherine d’Aragon. Il a été avancé qu’il était le père de ses deux enfants, Catherine et Henry, mais cela n’a jamais été prouvé et le roi ne les a pas reconnus comme il l’avait fait pour Henry FitzRoy. Une autre rumeur non corroborée affirme qu’Henri avait également eu une liaison avec la mère de Marie, Elizabeth Howard. Alors qu’Henri VIII se désespère de l’incapacité de Catherine à lui donner l’héritier mâle qu’il désire, il se rapproche de la sœur de Mary, Anne Boleyn, une jeune femme qui est aussi une des demoiselles d’honneur de la reine. Elle résiste néanmoins à ses avances et refuse de devenir sa maîtresse comme l’est sa sœur. C’est dans ce contexte que Henri VIII évalue ses trois options pour obtenir un héritier et ainsi résoudre ce que la cour qualifie de « grand dilemme » ou la Grande Affaire du roi. Il peut légitimer Henry FitzRoy, ce qui nécessiterait l’intervention du pape et pourrait être contesté ; fiancer sa fille Marie le plus vite possible et espérer un petit-fils qui pourrait hériter directement — mais elle n’a qu’une dizaine d’années et peut ne produire un héritier qu’après sa mort ; ou se séparer d’une façon ou d’une autre de Catherine et épouser une femme capable de lui donner un fils. Cette dernière possibilité et la perspective d’épouser Anne semble la plus désirable pour Henri VIII et sa volonté d’obtenir l’annulation de son mariage devient rapidement évidente.

Les motivations et les intentions précises deHenri VIII dans les années qui suivent ne font pas l’unanimité. Du moins dans la première partie de son règne, Henri VIII est un catholique pieux et instruit dont le traité théologique (en) qu’il rédigea en 1521 contre les attaques de Martin Luther lui vaut de recevoir le titre de Défenseur de la Foi par le pape Léon X. Vers 1527, il est persuadé qu’en épousant Catherine, l’épouse de son frère, il a violé la loi divine (Lévitique) et que même une dispense papale ne pouvait rendre cette union valide. En réalité, un autre extrait de la Bible, dans le Deutéronome, autorise le frère du défunt, qui n’a pas eu de progéniture, à épouser sa belle-sœur, le lévirat. Catherine est invitée à se retirer discrètement dans un couvent mais elle refuse en déclarant qu’elle est la « seule et véritable épouse du roi ». Henri VIII dépêche donc des émissaires auprès du Saint-Siège pour demander l’annulation du mariage, mais le pape refuse car il ne veut pas désavouer son prédécesseur et irriter Charles Quint, le neveu de Catherine, dont les troupes se trouvent à proximité du Vatican et ont pillé Rome en mai 1527.

Il est alors décidé d’organiser, en octobre 1528, un tribunal ecclésiastique chargé de se prononcer sur la validité du mariage en Angleterre, en présence d’un représentant du pape. Même si Clément VII approuve la constitution d’une telle cour, il n’a pas l’intention de déléguer à son émissaire Lorenzo Campeggio l’autorité pour accepter la demande d’Henri VIII. Après deux mois de discussions, Clément VII demande, en juillet 1529, que l’affaire soit jugée à Rome, où il est certain que la validité du mariage sera confirmée. Cette incapacité à obtenir le divorce désiré entraîne la chute « soudaine et totale » de Thomas Wolsey qui est accusé de trahison en octobre, et meurt ruiné et malade sur la route de Leicester le 29 novembre 1530. Thomas More le remplace au poste de lord chancelier et de principal conseiller du roi. Intelligent et capable mais également catholique fervent et opposant au divorce, More soutient initialement le roi devant le Parlement.

En 1531, Catherine d’Aragon est expulsée de la cour et ses appartements sont attribués à Anne Boleyn. Cette dernière, femme particulièrement intelligente et cultivée pour l’époque (elle a été demoiselle d’honneur en France et en Autriche), s’intéresse grandement aux idées des réformateurs protestants, même si son degré d’adhésion au protestantisme reste débattu. Lorsque l’archevêque de Cantorbéry William Warham meurt en 1532, l’influence d’Anne et le besoin de trouver un ecclésiastique favorable au divorce entraînent la nomination de Thomas Cranmer. Ce choix est approuvé par le pape, qui ignore les plans du roi d’Angleterre.

Durant l’hiver 1532, Henri VIII et Anne Boleyn rencontrent François Ier à Calais et obtiennent le soutien du roi de France pour le mariage. Immédiatement après son retour à Douvres, Henri VIII et Anne se marient en secret. Elle tombe rapidement enceinte, et une deuxième cérémonie est organisée à Londres le 25 janvier 1533. Le 23 mai 1533, Cranmer préside un tribunal spécial et annule le mariage de Henri VIII et de Catherine ; cinq jours plus tard, il officialise le mariage de Henri VIII et d’Anne. Catherine perd formellement son titre de reine et devient « princesse douairière » en tant que veuve d’Arthur, et Anne est couronnée reine consort le 1er juin 1533. Elle accouche, le 7 septembre, d’une fille nommée Élisabeth en l’honneur de la mère du roi, Élisabeth d’York.

À la suite du mariage, plusieurs législations sont adoptées pour régler les problèmes causés par cette union. Les changements au droit canon sont supervisés par Cranmer tandis que les réformes présentées au Parlement sont soutenues par Thomas Cromwell, Thomas Audley et Thomas Howard ainsi que par Henri VIII. Mécontent de cette évolution et plus  particulièrement de la création d’une église anglicane indépendante de Rome, Thomas More démissionne et Cromwell devient le principal conseiller du roi67. Le Premier Acte de Succession de 1534 exclut Marie, fille de Catherine, de la succession au trône, légitime le mariage de Henri VIII avec Anne, et spécifie que les enfants qu’il aura avec elle deviendront ses héritiers. L’Acte de suprématie (1534) et la loi sur la restriction de l’appel  font d’Henri VIII le chef suprême de l’Église en Angleterre. Ces décisions poussent Paul III à excommunier le roi et l’archevêque de Cantorbéry Thomas Cranmer, même si cela n’a été rendu public que plus tard.

Le roi et la reine ne sont pas satisfaits de leur vie de couple, notamment parce qu’Anne refuse d’être la femme soumise qu’il attend d’elle. La vivacité d’esprit qui l’a rendue si attirante est désormais incompatible avec le rôle largement cérémoniel d’une reine, et cela lui vaut de nombreuses inimitiés, particulièrement celle de Cromwell. De son côté, Henri VIII apprécie peu l’irritabilité d’Anne et, après une grossesse nerveuse ou une fausse couche en 1534, il voit son incapacité à lui donner un fils comme une trahison. Dès Noël 1534, Henri VIII discute avec Cranmer et Cromwell de la possibilité de quitter Anne sans avoir à revenir auprès de Catherine. L’année suivante, il entame une relation avec Margaret Shelton.

L’opposition aux politiques religieuses de Henri VIII est rapidement réprimée en Angleterre. De nombreux moines sont exécutés et beaucoup d’autres furent cloués au pilori. Les plus importants opposants sont l’évêque de Rochester, John Fisher, et Thomas More qui refusent de prêter allégeance au roi. Henri VIII et Cromwell ne souhaitent pas leur mort et ils espèrent qu’ils changent d’avis. Ce n’est pas le cas, et les deux hommes sont condamnés pour haute trahison et exécutés à l’été 1535. Cette répression, associée à la dissolution des monastères de 1536, accroît le mécontentement populaire, et un large soulèvement appelé pèlerinage de Grâce comprenant entre 20 000 et 40 000 rebelles menés par Robert Aske éclate dans le Nord de l’Angleterre en octobre. Henri VIII promet de prendre en compte leurs revendications et décrète une amnistie ; confiant dans la parole du roi, le meneur renvoie ses disciples ; le monarque considère néanmoins les rebelles comme des traîtres et environ 200 d’entre eux, dont Aske, sont exécutés. Le roi confisque les terres des religieux, il en distribue environ un quart à ses proches, et revend le reste à des nobles pour renflouer les caisses du royaume, presque complètement vides en raison des guerres et du mode de vie somptueux du roi.

Le 8 janvier 1536, le couple royal apprend la mort de Catherine d’Aragon et Anne Boleyn demande l’organisation de festivités pour célébrer cette nouvelle. Le roi et Anne sont vêtus de jaune, la couleur traditionnelle de la joie en Angleterre. La reine est à nouveau enceinte, consciente des conséquences si elle ne donne pas naissance à un fils. Le 24 janvier, le roi, désarçonné, est gravement blessé lors d’une joute, et sa vie semble temporairement en danger. Choquée par la nouvelle, la reine accouche d’un garçon mort-né, d’une quinzaine de semaines, le jour des funérailles de Catherine le 29 janvier. Pour la plupart des commentateurs, cette tragédie personnelle marque le début de la fin du mariage royal. Étant donné le fort désir du roi d’avoir un fils, la série de grossesses d’Anne attire largement l’attention. L’historien Mike Ashley avance qu’Anne a fait deux fausses couches entre la naissance d’Élisabeth et l’accouchement du fils mort-né en 1536. La plupart des sources parlent de la naissance d’Élisabeth en septembre 1533, d’une possible fausse couche à l’été 1534, et de la fausse couche d’un garçon à environ quatre mois de grossesse en janvier 1536.

Même si la famille Boleyn occupe encore d’importantes positions au sein du Conseil privé, Anne s’est fait de nombreux ennemis, dont le général Charles Brandon, duc de Suffolk. Les Boleyn privilégient une alliance avec la France tandis que le roi, sous l’influence de Cromwell, est plus favorable au rapprochement avec le Saint-Empire et cela affecte l’influence de la famille. Les opposants à Anne sont également les partisans d’une réconciliation avec la princesse Marie, devenue majeure, dont les anciens soutiens de Catherine. Un second divorce est devenu une réelle possibilité mais il est largement considéré, peut-être à tort, que Cromwell cherche un moyen de se débarrasser physiquement de la reine.

La chute d’Anne a lieu peu après les relevailles de sa dernière fausse couche. Les premiers signes de cette disgrâce sont l’octroi de logements prestigieux à la nouvelle maîtresse du roi, Jeanne Seymour, et le refus de l’ordre de la Jarretière au frère d’Anne, George Boleyn ; le titre est accordé, à la place, au frère de Jeanne, Édouard, qui devient marquis d’Hertford.

Entre le 30 avril et le 2 mai, cinq hommes (dont le frère d’Anne, George) et elle-même sont arrêtés pour adultère et inceste. Même si les preuves sont peu convaincantes, les accusés sont reconnus coupables et condamnés à mort. George Boleyn, accusé d’être l’amant de sa propre sœur, et les autres hommes (Francis Weston, William Brereton, Henry Norris et le musicien Mark Smeaton) sont exécutés le 17 mai 1536 et le 19 mai à 8 h, Anne est décapitée dans l’enceinte de la tour de Londres, l’exécution ayant été décalée à la suite du retard du bourreau de Saint-Omer qui avait été mandé en raison de sa dextérité dans la décapitation à l’épée.

Le lendemain de l’exécution d’Anne Boleyn, Henri VIII se fiance à Jeanne Seymour, qui a été l’une des dames de compagnie de la reine, et ils se marient dix jours plus tard. Le 12 octobre 1537, Jeanne donne naissance à un fils, Édouard, mais l’accouchement est difficile et la fièvre puerpérale emporte la reine, le 24 octobre 1537. L’euphorie qui a entouré la naissance d’Édouard laisse place à la tristesse, et si Henri VIII semble rapidement surmonter sa mort, il semble que ce soit d’elle qu’il gardera les souvenirs les plus tendres en demandant à être inhumé avec elle. La recherche d’une nouvelle épouse reprend immédiatement, même si le roi a porté le deuil pendant trois mois.

Comme Charles Quint est occupé par les tensions politiques et religieuses au sein de ses nombreux royaumes et qu’Henri VIII et François Ier sont en bons termes, le roi d’Angleterre délaisse la politique étrangère au début des années 1530 pour se concentrer sur les questions intérieures. En 1536, il approuve l’acte d’union qui unit formellement le pays de Galles à l’Angleterre. La même année, le Second Acte de Succession écarte Marie et Élisabeth de la succession au trône et mettra Édouard à la première place ; la législation autorise également le souverain à préciser l’ordre de succession dans son testament. Charles Quint et François Ier font la paix en 1538 et Henri VIII devient de plus en plus inquiet. Enrichi par la dissolution des monastères, il fait construire des défenses côtières et se prépare  financièrement à une attaque franco-germanique.

À la fin des années 1530, Henri VIII, obsédé par sa succession, veut à nouveau se marier. Cromwell, fait comte d’Essex trois mois avant son exécution pour trahison le 28 juillet 1540, suggère le choix d’Anne de Clèves, la sœur du duc de Clèves, considéré comme un allié important dans le cas d’une attaque catholique contre l’Angleterre car il dispute le contrôle du duché de Gueldre à Charles Quint. Anne de Clèves est alors fiancée avec le marquis de Pont-à-Mousson, François Ier de Lorraine, fils d’Antoine de Lorraine, duc de Lorraine et de Bar. Hans Holbein le Jeune, qui est alors le peintre régulier de la cour, est envoyé à Clèves pour réaliser un portrait d’Anne destiné au roi, comme il l’a fait à Bruxelles pour la nièce de Charles Quint, la belle Christine de Danemark, duchesse douairière de Milan et future épouse de François. Même si Holbein a enjolivé son œuvre, il est probable que le portrait soit ressemblant ; Holbein resta d’ailleurs en faveur à la cour. Après avoir vu le tableau et entendu ses courtisans réaliser des descriptions flatteuses de la princesse, le roi accepte d’épouser Anne. Henri VIII est toutefois déçu de son apparence lors de leur première rencontre à Rochester le 3 janvier 1540, mais le mariage est néanmoins célébré trois jours plus tard. Il est pourtant rapidement décidé d’annuler cette union et Anne ne s’y oppose pas ; peut-être en récompense de sa docilité, elle reçoit le titre de « sœur aimée du roi » ainsi que plusieurs résidences royales et une généreuse pension. La nièce de Thomas Howard, 3e duc de Norfolk, Catherine, l’une des dames de compagnie d’Anne de Clèves, attire rapidement l’attention du roi, ce qui inquiète Cromwell car le catholique Howard est l’un de ses principaux opposants.

Peu après, les réformateurs et protégés de Cromwell, Robert Barnes, William Jerome et Thomas Garret, sont brûlés comme hérétiques. Dans le même temps, Cromwell perd la faveur d’Henri VIII lorsque ce dernier se persuade que son vice-régent protège les Protestants à Calais ; ses idées en politique intérieure et étrangère diffèrent peu de celles du roi et malgré son rôle dans l’affaire, il n’est pas officiellement tenu pour responsable de l’échec du mariage avec Anne de Clèves. Il est néanmoins isolé à la cour tandis que Howard peut s’appuyer sur la position de sa nièce. Cromwell accusé de trahison, d’hérésie et de corruption est exécuté le 28 juillet 1540.

Le 28 juillet 1540, le jour de l’exécution de Cromwell, Henri VIII épouse la jeune Catherine Howard, de 30 ans sa cadette. Ravi de sa nouvelle reine, il lui accorda les propriétés de Cromwell et de nombreux joyaux. Peu après le mariage, Catherine a néanmoins une aventure avec le courtisan Thomas Culpeper et elle emploie comme secrétaire personnel Francis Dereham, avec qui elle a été informellement fiancée avant son union avec le roi. Les rumeurs deviennent pressantes en 1541, et Henri VIII, qui ne se trouve pas à la cour, charge Thomas Cranmer d’enquêter. Le souverain refuse un temps de croire ces allégations malgré les preuves avancées par l’archevêque et les aveux de Catherine ; lorsqu’il les admet enfin, Henri VIII éclate de rage et blâme le Conseil privé avant de se consoler en allant chasser. La reine aurait pu avoir mentionné l’existence de fiançailles informelles avec Dereham, ce qui aurait invalidé son mariage avec le roi mais elle avance que Dereham l’a violée. De son côté, ce dernier révèle la relation de la reine avec Culpeper qui est condamné pour trahison. Il est décapité le 10 décembre 1541, tandis que Dereham est pendu, éviscéré et démembré le même jour. Catherine connait le même sort que Culpeper le 13 février 1542.

La paix entre Charles Quint et François Ier est rompue et les hostilités reprennent dès 1542. Irrité par l’influence française en Écosse, Henri VIII se rapproche de l’empereur, même si ce dernier lui reproche son éloignement du catholicisme. Une invasion de la France est planifiée pour 1543 mais Henri VIII décide au préalable d’éliminer la potentielle menace écossaise. Cela lui permettrait également d’imposer la réforme protestante dans une région encore largement catholique et d’unifier les deux couronnes en mariant son fils Édouard à Marie, la fille du roi d’Écosse Jacques V, la future Marie Stuart qui vient à peine de naître. Cette campagne, qui se poursuit sous le règne d’Édouard VI (qui est placé sous la protection d’Edward Seymour, 1er comte d’Hertford) est surnommée le Rough Wooing (« rude séduction »). Les Écossais sont battus lors de la bataille de Solway Moss le 24 novembre 1542 et Jacques V meurt le 15 décembre des suites de la bataille. Le régent d’Écosse James Hamilton signe le traité de Greenwich prévoyant le mariage mais l’accord est rejeté, en décembre 1543, par le Parlement écossais qui renouvelle de plus son alliance avec la France. Henri VIII organise une nouvelle offensive et ses troupes, dirigées de façon particulièrement impitoyable par Hertford, incendient Édimbourg, en mai 1544, avant d’être battues à Ancrum Moor, en février 1545. Les hostilités se prolongent après la mort d’Henri VIII jusqu’en 1551.

Malgré ses succès en Écosse, Henri VIII hésite à attaquer la France, avant d’ordonner une double invasion en juin 1544. La première, menée par Thomas Howard, attaque sans succès Montreuil tandis que la seconde commandée par le duc de Suffolk Charles Brandon assiège Boulogne-sur-Mer. Henri VIII prend personnellement le contrôle de ses troupes et Boulogne tombe le 18 septembre. La campagne de Charles Quint est cependant dans l’impasse et il décide unilatéralement de signer une trêve avec François Ier le jour de la chute de Boulogne, à la grande colère d’Henri VIII. L’Angleterre étant à présent seule contre la France, les gains anglais sont rapidement repris mais une tentative d’invasion française est repoussée à l’été 1545. L’épuisement des deux belligérants entraîne la signature du traité d’Ardres, le 7 juin 1546, qui prévoit que l’Angleterre restituerait Boulogne dans dix ans, contre le versement d’importantes compensations financières.

Henri VIII épouse sa sixième et dernière épouse, la riche veuve Catherine Parr, en juillet 1543. Réformatrice convaincue, elle débat beaucoup avec le roi au sujet de la religion, mais ce dernier reste fidèle à une idiosyncrasie catholique et protestante. Catherine Parr contribue à réconcilier Henri VIII avec ses filles et le Troisième Acte de Succession de 1543 ramène Marie et Élisabeth dans l’ordre de succession, même si elles se trouvent après Édouard. Elles restent néanmoins juridiquement illégitimes, et le texte leur interdit de se marier sans l’accord du Conseil privé. En 1547, il protégera le Troisième Acte de Succession par la loi de Trahison de 1547, stipulant que toute violation de l’Acte de Succession caractérise un acte de trahison et entraîne la peine capitale encourue.

Henri VIII est devenu obèse avec un tour de taille de 53 pouces (135 cm) et un poids de 28 stones (178 kg). Il souffre probablement de la goutte et présente de nombreux furoncles douloureux. Son obésité et ses autres problèmes médicaux sont certainement liés à la blessure à la jambe qu’il a subie lors du tournoi de joute de 1536. L’incident a aggravé un ancien traumatisme et ses médecins sont incapables de traiter la blessure qui a suppuré et s’est ulcérée jusqu’à sa mort. En plus de l’empêcher de maintenir son niveau d’activité antérieur, on considère que cet accident est la cause de ses sautes d’humeur qui ont eu une profonde influence sur sa personnalité.

La théorie selon laquelle il a souffert de syphilis est rejetée par la plupart des historiens. Une étude plus récente suggère que ses symptômes étaient caractéristiques d’un diabète de type 2 non traité ou du scorbut, deux maladies pouvant être causées par la consommation de grandes quantités de viande sans fruits ou légumes frais. Certains ont avancé que les fausses couches de ses épouses et la détérioration de son état mental pouvaient laisser penser qu’il souffrait du syndrome de McLeod. Selon une autre étude, l’évolution morphologique d’Henri VIII fut causée par un traumatisme crânien reçu lors de l’accident de joute de 1536 qui a affecté son système endocrinien. Une déficience en hormones de croissance est peut-être la cause de sa prise de poids et de ses changements de  comportement dans ses dernières années dont ses multiples mariages.

L’obésité d’Henri VIII s’aggrave dans les dernières années de sa vie. Il meurt le 28 janvier 1547, à l’âge de 55 ans, au palais de Whitehall, après plus de 37 ans de règne. Ses derniers mots auraient été Monks! Monks! Monks! (« Moines ! Moines ! Moines ! ») sans doute une allusion à ceux qu’il avait chassés lors de la dissolution de leurs monastères. Il est enterré dans le chœur de la chapelle Saint-George du château de Windsor dans le caveau où repose Jeanne Seymour. Plus d’un siècle plus tard, Charles Ier est inhumé dans le même caveau. Une rumeur a longtemps prétendu que sa fille Marie avait fait brûler le corps du vieux roi schismatique, mais on ne découvrit jamais aucune preuve de cette assertion.

Après sa mort, son seul fils légitime, Édouard, devient roi sous le nom d’Édouard VI. Comme il n’a que neuf ans, il ne peut gouverner et le testament d’Henri VIII désignait seize exécuteurs testamentaires pour former un conseil de régence jusqu’à ce qu’il ait 18 ans. Les exécuteurs, en fait, choisissent Edward Seymour, le frère aîné de Jeanne Seymour, pour devenir lord-protecteur du royaume. Édouard VI meurt sans enfants en 1553 à 15 ans et sa demi-sœur Marie devient reine sous le nom de Marie Ire après une brève crise de succession (élimination de l’éphémère reine Jane Grey). Elle n’a pas eu non plus de descendance et, à sa mort en 1558, la fille d’Henri VIII et d’Anne Boleyn devint Élisabeth Ire. Le testament d’Henri VIII prévoyait que si la lignée de cette dernière s’éteignait, la couronne serait transmise aux descendants de la sœur d’Henri VIII, Marie Tudor (les Grey, issus du mariage avec Charles Brandon, 1er duc de Suffolk), tandis que ceux de son autre sœur Marguerite Tudor (les Stuart), étaient exclus de la succession. Cette dernière disposition ne sera pas respectée quand l’arrière-petit-fils de Marguerite, Jacques VI d’Écosse, devient Jacques Ier d’Angleterre à la mort d’Élisabeth Ire en 1603. La dynastie Tudor disparaîtra donc au profit de la dynastie Stuart et l’union des Couronnes rapprochera les deux pays, qui fusionneront en 1707 pour former le royaume de Grande-Bretagne.

Source : Wikipédia

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