Hassan II, ancien roi du Maroc.

Hassan II (en arabe : الحسن الثاني), né le 9 juillet 1929 à Rabat et mort le 23 juillet 1999 dans la même ville, est un roi du Maroc. Son règne s’étend du 26 février 1961 à sa mort en 1999. Appelé Moulay Hassan en tant que prince héritier (variantes : Moulay El Hassan, Moulay Al Hassan), il est le fils du sultan et futur roi Mohammed V. Son fils Sidi Mohammed lui a succédé sous le nom de Mohammed VI.

Il est enterré au mausolée Mohammed V de Rabat, où reposent son père et son frère Moulay Abdellah.


Hassan II est le vingt et unième monarque de la dynastie alaouite, qui règne sur le Maroc, depuis le milieu du XVIIe siècle ; il est le deuxième qui ait porté le titre de roi (malik), au lieu de celui de sultan.

Selon la tradition, la lignée des Alaouites serait originaire de Yanbū‘ an-Nakhīl, oasis de la côte d’Arabie sur la mer Rouge et descendrait du prophète Mahomet par la voie de sa fille Fatima (d’où le titre de chérif et l’expression « empire chérifien » utilisée autrefois pour désigner le Maroc).

Le prince Moulay El-Hassan reçoit, au palais royal de Fes, les premiers enseignements de la science coranique, auprès de professeurs comme Moulay Tayeb El Alaoui. Il a également Mehdi Ben Barka comme professeur de mathématiques. Après des études universitaires à Rabat et à Bordeaux (France), le roi obtient, en 1951, le diplôme d’études supérieures en droit public.

Moulay El-Hassan est très tôt initié aux arcanes du pouvoir et de la diplomatie. En 1943, il assiste, aux côtés de son père, à la conférence d’Anfa où il rencontre Sir Winston Churchill et Franklin Roosevelt. Cette conférence des Alliés se tenait à la veille de la libération de l’Europe. En 1947, le prince participe au voyage historique de Mohammed V à Tanger, et assiste au discours de son père qui, alors qu’il s’était accommodé de façon pragmatique pendant des années du statut de protectorat, prend conscience (sous l’influence de Roosevelt) de la portée des mouvements indépendantistes à travers le monde, réclame l’indépendance du pays, son unité, son intégrité territoriale et son adhésion à la Ligue arabe. Il lance lui-même un appel aux jeunes les invitant à se mobiliser pour la libération. En 1952, il participe au discours du Trône, considéré comme la charte du nationalisme marocain contre le protectorat.

L’année suivante, il est exilé avec le sultan en Corse à Zonza, puis à Madagascar, avant de rentrer le 23 novembre 1955. L’indépendance acquise en 1956, son père le nomme chef d’état-major des forces armées royales – il réprime, à ce titre, le soulèvement du Rif – avant de le proclamer officiellement prince héritier le 9 juillet 1957.

Le 3 mars 1961, à la mort de Mohammed V, Moulay El-Hassan est proclamé roi du Maroc sous le nom de Hassan II.

Le prince Moulay Abdallah frère de Hassan II et sa femme Lamia El Solh.
Dès son ascension au pouvoir, Hassan II décide de s’appuyer sur l’élite politique, administrative et militaire formée par la France à partir des années 1930. Celle-ci, généralement francophile et résolument anti-istiqlalienne, comprend notamment Mohamed Oufkir.

En décembre 1962, il fait adopter une constitution sur mesure, mal acceptée par les partis politiques – le roi, proclamé commandeur des croyants, est une personnalité « inviolable et sacrée ».

Une vague de répression s’abat alors sur l’opposition de gauche, suivie, après les émeutes de Casablanca et au Rif en 1965, par cinq ans d’état d’exception. En mars 1965, les manifestations de lycéens protestant contre une loi limitant l’âge de l’accès aux lycées sont réprimées avec violence : des centaines de jeunes sont tués en quelques jours. Le 29 octobre de cette même année, Mehdi Ben Barka, est enlevé au boulevard Saint-Germain à Paris (devant la brasserie Lipp), puis secrètement assassiné. De nombreux militants de l’UNFP sont emprisonnés et certains dirigeants du parti condamnés à mort.

Dans le même temps, il poursuit l’unification du royaume et la consolidation de son indépendance et de son intégrité territoriale : libération de la province de Tarfaya (1958) et de l’ancienne colonie espagnole, la province de Sidi Ifni (1969).

Pour Hassan II, le danger viendra ensuite de l’armée. Le 10 juillet 1971, alors qu’il organisait une réception à l’occasion de son anniversaire, près de 600 soldats pénètrent dans les enceintes du palais royal de Skhirat, faisant plus d’une centaine de morts (dont l’ambassadeur belge), dans une tentative de coup d’État. Le 16 août 1972, c’est le général et ministre de l’Intérieur et de la Défense Mohamed Oufkir qui monte une attaque aérienne contre l’avion du souverain alors que celui-ci rentre d’un voyage en France. Oufkir, selon la thèse officielle, se suicide (pourtant, on retrouvera la dépouille d’Oufkir avec cinq balles dans le dos). À chaque fois, Hassan II en réchappe. Il faudra attendre encore trois ans pour que le roi trouve enfin un terrain d’entente avec son opposition, son armée et, sans doute, son peuple.

Il emprisonnait certains de ses opposants, et leurs familles, et les faisait torturer dans les caves de la Sûreté à Rabat.

Selon le média Orient XXI, en 1975, Alexandre de Marenches, directeur du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage français (SDECE) aurait imaginé la « marche verte » (en direction de la colonie espagnole du Sahara occidental) comme moyen de mobilisation du peuple marocain autour de son monarque. Elle permettrait également à ce dernier de se débarrasser d’une partie de l’armée marocaine, perçue comme une menace potentielle.

Sur les questions diplomatiques, il est proche des États-Unis sans pour autant s’opposer frontalement à l’Union soviétique. Il adopte par ailleurs une approche ambiguë au sujet des conflits opposant Israël à certains pays arabes. D’après Yediot Aharonot pour le journal The Times of Israel, il aurait fait enregistrer au profit du Mossad les travaux d’une réunion secrète des dirigeants arabes destinée à évaluer leurs capacités militaires ; enregistrements qui seront déterminants pour Israël lors de la guerre des six jours. En revanche, il envoie en 1973 au Golan un contingent se battre aux côtés des Syriens lors de la guerre d’octobre 1973. Il suspend l’adhésion du Maroc à l’Organisation de l’unité africaine et entre en conflit avec le président burkinabé Thomas Sankara en raison de la décision de celui-ci de reconnaitre la République arabe sahraouie démocratique.

Il entretient de très bons rapports avec la France, y compris avec une partie de son élite médiatique et financière. Ainsi, 1988, le marché de la grande mosquée de Casablanca, un projet considérable financé via des contributions obligatoires, est accordé à son ami Francis Bouygues, l’un des plus puissants hommes d’affaires français. Son image en France est écornée après la parution en 1990 de Notre ami le roi de Gilles Perrault, dans lequel l’écrivain décrit les conditions de détention au bagne de Tazmamart, la répression visant les opposants de gauche et Sahraouis, les assassinats politiques, mais aussi la situation sociale et la pauvreté dans laquelle vit la majorité des Marocains.

En ce qui concerne les chrétiens, Hassan II accomplit un geste qui n’était pas seulement un symbole. En effet, il admit monseigneur Norbert Calmels (1908-1985), un dignitaire du Vatican et ami du roi, à l’Académie royale. Cet ecclésiastique originaire du département de l’Aveyron, en France, était chargé d’opérer le rapprochement entre l’islam et le christianisme. Aujourd’hui, le clergé catholique, quoique réduit, est non seulement libre d’exercer son culte, mais est également rétribué par les pouvoirs publics.

L’initiative la plus spectaculaire, fut l’invitation adressée au pape Jean-Paul II à venir visiter le Maroc. Le 19 août 1985, au grand stade de Casablanca, le souverain pontife s’est adressé à plus de 80 000 jeunes Marocains en affirmant que les « chrétiens et les musulmans ont beaucoup de choses en commun, en tant que croyants et en tant qu’hommes […] et que, dans le passé, nous nous sommes mal compris, nous nous sommes souvent opposés, et nous avons dépensé beaucoup trop d’énergie dans des querelles et dans des guerres. Je crois au fait que Dieu nous pousse aujourd’hui à changer nos vieilles méthodes ».

Hassan II citait souvent cette sourate du Coran (l’Araignée): « N’engagez des controverses avec les gens du livre que de la manière la plus honnête, à moins que ce soient des hommes mauvais. Dites : nous croyons aux livres qui nous ont été envoyés, ainsi qu’à ceux qui vous ont été envoyés. Notre Dieu et le vôtre est un. Nous nous résignons entièrement à Sa volonté ».

Il autorise en 1965 les juifs marocains à émigrer en Israël. Environ 80 000 d’entre eux, généralement très pauvres, partiront8.

Son portrait apparaît dans tout le pays, sur les avenues, chez les commerçants qui peuvent être inquiétés par la police s’il n’est pas bien mis en évidence. Mais ce ne sera qu’à la fin des années 1980, après une nouvelle série d’émeutes (au nord particulièrement, région plongée dans la précarité) et la montée en force de l’islamisme, que son régime commence lentement à se libéraliser. Les réformes constitutionnelles de 1992 et 1996 atténuent ainsi le caractère absolutiste de la monarchie. En février 1998, enfin, Hassan II nomme un opposant de toujours, le socialiste Abderrahman el-Youssoufi, au poste de Premier ministre chargé d’assurer « l’alternance ».

Hassan II et le secrétaire américain à la Défense Caspar W. Weinberger.
Parmi les actions emblématiques menées par le roi, on compte la politique de l’eau, avec la construction de grands barrages dans le pays afin de garantir l’approvisionnement en eau de la population, de l’agriculture, de l’industrie, etc. Grâce à cette politique, le Maroc compte 139 grands barrages (2015) avec une capacité de mobilisation des eaux de surface égale à 17,6 milliards de mètres cubes. Cette politique se poursuit toujours avec, en moyenne, la mise en exploitation de 2 à 3 nouveaux barrages chaque année. L’un des barrages construits à l’est du pays dans le cadre de ce plan fut baptisé barrage Hassan II.

Redoutable manœuvrier, jamais aussi à l’aise que dans le jeu complexe de la diplomatie régionale et internationale, ce roi auquel rien n’était interdit – surtout pas les plaisirs d’une vie terriblement dispendieuse – décide de tout derrière les murailles de ses palais, véritables cités interdites.

À partir des années 1990, une opération de grande envergure pour la privatisation des entreprises publiques est menée par le roi et André Azoulay, le conseiller économique de la monarchie. Le groupe français Accor a ainsi pu acquérir six hôtels de la chaîne marocaine Moussafir et la gestion du palais Jamaï de Fès. Cette opération de privatisation permet d’une part aux notables marocains proches du pouvoir de contrôler les entreprises publiques les plus en vue, et, d’autre part, aux sociétés françaises d’opérer un retour en force dans l’économie du pays. La famille royale acquiert notamment le groupe minier Monagem.

Moderniste et traditionnel, féodal et politicien madré, fin stratège conciliant Occident et Orient, mais aussi capable d’arbitraire et d’extrême dureté, Hassan II meurt après un règne de près de 40 ans, le 23 juillet 1999, à l’âge de 70 ans, et laisse à son fils, Mohammed VI, un Maroc structuré et uni. Mais aussi un royaume où les disparités sociales et les inégalités demeurent criantes et à l’héritage lourd.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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