Hanoucca, fête juive.

Hanoucca (en hébreu : חג החנוכה Hag HaHanoukka, «  Fête de l’Édification » ou « de l’Encénie ») est une fête juive d’institution rabbinique, commémorant la réinauguration de l’autel des offrandes dans le Second Temple de Jérusalem, lors de son retour au culte judaïque, après trois ans d’interruption et de fermeture par le roi séleucide Antiochos IV au IIe siècle av. J.-C.

Elle marque une importante victoire militaire des Maccabées et symbolise la résistance spirituelle du judaïsme à l’assimilation hellénistique.

Selon la tradition rabbinique, au cours de cette consécration, se produisit le miracle de la fiole d’huile, permettant aux prêtres du Temple de faire brûler pendant huit jours une quantité d’huile à peine suffisante pour une journée. C’est pourquoi Hanoucca est aussi appelée la « Fête des Lumières ».

Elle est célébrée à partir du 25 kislev (qui correspond, selon les années, aux mois de novembre ou décembre dans le calendrier grégorien) et dure huit jours, jusqu’au 2 ou 3 tevet (en fonction de la longueur de kislev, mois de 29 ou 30 jours).

Les pratiques et coutumes qui s’y rattachent sont liées au miracle de la fiole d’huile, en particulier l’allumage du chandelier à neuf branches de Hanoucca pendant les huit jours de la fête et la consommation de friandises à base d’huile d’olive (latkes, soufganiyot…). On y joue aussi avec des toupies à quatre faces.


La réinauguration du Temple, célébrée à Hanoucca, se place dans le  contexte de la révolte des Maccabées. Un récit en a été compilé dans le premier livre des Maccabées par un auteur proche des évènements (et idéologiquement orienté, selon Maurice Sartre). Ce livre n’a pas été inclus dans la Bible hébraïque, mais il l’est dans la Septante.

Selon ce récit, à la suite de nombreuses persécutions menées par le pouvoir séleucide contre l’étude de la Torah2, les Juifs qui souhaitent observer leur Loi, regroupés autour du prêtre juif, Mattathias l’Hasmonéen, fils de Yohanan, prennent la tête d’une insurrection et désignent Juda Maccabée comme successeur de son père Mattathias.

Après trois ans de lutte, « le vingt-cinquième jour du […] mois de kislev de la cent quarante-huitième année, […] ils firent la dédicace de l’autel pendant huit jours, et ils offrirent des holocaustes avec joie, et un sacrifice d’action de grâce et de louange. […] Alors Juda, avec ses frères et toute l’assemblée d’Israël, ordonna que le jour de la dédicace de l’autel serait célébré en son temps, d’année en année, pendant huit jours, à partir du vingt-cinquième jour du mois de kislev, avec joie et allégresse. »

Cette victoire ne constitue qu’un épisode de la révolte, qui se poursuivit pendant vingt ans jusqu’à ce que les Juifs retrouvent une indépendance de fait1.

On apprend de la Mishna que le rite de Hanoucca est connu et que son importance est reconnue à l’époque de sa rédaction :

  • du fait de Hanoucca, des émissaires sont dépêchés de Jérusalem aux communautés de la Diaspora pour leur annoncer la néoménie de Kislev ;
  • on lit une section biblique particulière au cours de la fête ;
  • on ne peut y décréter de jeûne public ;
  • si un chameau chargé de lin passe dans le domaine public et que son chargement provoque un incendie dans une boutique au contact d’une lampe placée à l’extérieur, le propriétaire du magasin est responsable des dommages causés sauf, dit Rabbi Yehouda, s’il s’agit d’une lampe de Hanoucca.

Cependant, à la différence des autres fêtes, y compris celle de Pourim, également instituée par les rabbins, aucun traité mishnaïque ne se consacre à Hanoucca en particulier.

Certains expliquent l’omission par des motifs historico-politiques : méfiance des Pharisiens vis-à-vis des autorités romaines, particulièrement après la révolte de Bar Kokhba ou répugnance de l’auteur de la Mishna, Juda Hanassi, à glorifier les haut-faits d’une dynastie qui avait usurpé à ses yeux la place de la maison de David.

D’autres suggèrent que les règles de la fête étaient parfaitement connues à l’époque de la Mishna ou étaient déjà détaillées dans d’autres livres.
Hanoucca et les faits qui s’y rattachent sont en effet abondamment évoqués dans d’autres œuvres contemporaines de l’élaboration ou de la composition de la Mishna. Les plus connues de celles-ci sont :

  • la Meguilat Taanit qui consigne les jours fastes commémorant les victoires maccabéennes ;
  • la Meguilat Antiochos (en) qui sera pour de nombreux Juifs la source de référence sur les faits ;
  • le deuxième livre des Macchabées, compilation d’une histoire en cinq volumes de la révolte des Maccabées attribuée au Juif hellénisé Jason de Cyrène.

Ces sources font une part assez large au merveilleux et au martyrologe : on y exalte les Juifs mis à mort pour avoir refusé de transgresser, dont les plus célèbres sont Hanna et ses sept fils. D’autre part, les Maccabées ne sont plus de simples agents de la volonté divine qui parviennent à la victoire par leur génie militaire : Dieu lui-même leur assure la victoire, selon leurs mérites.

Par ailleurs, Dieu produit des miracles qui éclairent et réchauffent le cœur des hommes :

selon II Maccabées, on demande de célébrer le 25 kislev le miracle du feu : lors de la restauration de l’autel du Temple au temps de Néhémie, ce dernier envoya chercher le feu sacré que les prêtres avaient caché dans un puits sec et profond avant d’être exilés à Babylone mais l’on trouva, à la place du feu, un liquide épais et gras semblable à de l’huile. Les prêtres la fit répandre sur l’autel et le bois qui avait été arrosé de ce liquide s’enflamma aussitôt lorsque le soleil commença à paraître. Néhémie et ses compagnons  nommèrent ce liquide nephtar, qui se traduit « purification » (II Macc 1:18-36) ; certains ont suggérée le lien avec le nom Nephtali car le territoire de Nephtali était réputé très-fertile en huile (Dt 33.23-24).
selon le Talmud (TB Chabbat 21b) qui le tient de la Meguilat Taanit (et bien que les témoins de ce texte ne le mentionnent pas), les Maccabées parvenus dans le Temple n’y auraient trouvé qu’une petite flasque d’huile consacrée, à peine suffisante pour alimenter la Menora pendant un jour ; cette flasque aurait miraculeusement duré huit jours, le temps d’en fabriquer une autre. C’est sur ce miracle de la fiole d’huile que fait fond le judaïsme rabbinique, plus que sur la victoire militaire.

Parallèlement, Flavius Josèphe, qui dit descendre de Jonathan Maccabée, fait découvrir l’histoire de la « Fête des Lumières » au monde romain, en suivant largement le premier livre des Maccabées.

Une référence à la fête dans les Évangiles suggère sa popularité un siècle plus tôt, au temps de Jésus de Nazareth18. Elle y est appelée « Fête de la Dédicace » bien que les termes de « renouvellement » ou d’« encénie » soient plus appropriés.

Le Talmud comprend de nombreux récits (aggadot) sur la fête de Hanoucca, ses protagonistes et leurs descendants.

Certaines traditions du Talmud ressemblent à celles de II Macchabées, d’autres s’en distinguent, par le rejet de l’hellénisation et de l’hellénisme (contrairement aux Juifs hellénisés et aux descendants des Hasmonéens eux-mêmes).

Le Talmud attribue ainsi l’un des revers militaires majeurs des Hasmonéens à un vieux Juif hellénisé qui les aurait persuadés d’apporter des porcs en offrande et d’étudier la sagesse grecque.

Les divers aspects pratiques de Hanoucca sont couverts dans le second chapitre du traité Chabbat21, à l’occasion d’une discussion sur les luminaires autres que celui de chabbat.

La seule prescription de Hanoucca est, selon une baraïta (enseignement oral non retenu par la Mishna) d’allumer un luminaire chez soi, du fait du miracle de la fiole d’huile.

Cependant, il existe diverses façons de procéder :

  • certains allument une lumière chaque soir par foyer (ner ish oubeïto) ;
  • il est plus beau d’allumer une lumière chaque soir par membre du foyer ;
  • le summum de la beauté (mehadrin min hamehadrin) est de varier le nombre de lumières chaque soir, mais là aussi, il y a deux opinions :l’école de Shammaï, se fondant sur les offrandes de Souccot où le nombre de bêtes diminue journellement, propose de commencer avec huit lumières pour terminer avec une.
  • l’école de Hillel est d’avis d’allumer par ordre croissant, car il faut s’élever en sainteté. Cette opinion a été adoptée par la Loi juive.

Après une longue discussion sur le statut de ces lumières, les Sages  concluent qu’elles sont sacrées et ne peuvent servir à des usages profanes, comme l’éclairage de la maison. Pour cette raison, il faut veiller à ce qu’elles ne soient pas confondues avec les luminaires du foyer (ce qui a peu de chances de se produire de nos jours, avec l’éclairage électrique, lorsqu’il est fonctionnel).

Une autre règle concernant l’allumage est de placer le chandelier de Hanoucca devant la porte d’entrée ou, si l’on n’habite pas au rez-de-chaussée, à une fenêtre donnant sur la rue, pour autant que cela ne comporte pas de risque. Selon Rachi, cela suscite l’interrogation des passants et en leur en fournissant la raison, on contribue à « divulguer le miracle » (judéo-araméen : פִּרְסוּמֵי נִיסָּא pirsoumei nissa) de la fiole d’huile.

Le martyrologe de Hanoucca est l’occasion pour le Talmud de se pencher sur les options de Yèhareg vèal yaavor (mourir plutôt qu’enfreindre) et de pikkouah nefesh (enfreindre plutôt que mourir) ainsi que sur leurs limitations.

Hanoucca est célébrée pendant huit jours, en terre d’Israël comme en Diaspora. Comme Pourim, il s’agit d’une fête de reconnaissance au cours de laquelle les marques publiques de deuil, dont le jeûne et les éloges funèbres, sont interdites. Cependant, ces jours n’ont, contrairement au chabbat et aux fêtes bibliques, aucun caractère saint et ne sont pas chômés (bien qu’ils fussent considérés comme une période de congé scolaire dans certaines communautés d’Europe orientale). Comme ils ne relèvent d’aucun rituel ordonné dans la Bible, leur liturgie a varié dans le temps et ne comporte pas d’office de prière supplémentaire (moussaf).

Les femmes ont l’habitude de restreindre leurs activités le temps que brûlent les lumières de Hanoucca, du fait de la participation supposée de Judith à la lutte contre les Hellènes et des exactions menées par ceux-ci contre la gent féminine.

L’allumage de lumières au soir des huit jours de la fête est son seul rite caractéristique. Il commémore le miracle de la fiole d’huile et contribue à sa « publication ».

Il se fait dans un chandelier spécial appelé Hanikke Leuchter ou Hanikke Menora en yiddish et hanoukkia en hébreu.

La forme de ce chandelier évoque souvent celle de la menora du Temple mais elle comporte huit branches, outre une branche particulière, appelée shamash ou shammes (« serviteur »). C’est avec le shamash qu’on allume les autres lumières du chandelier de Hanoucca.

Bien que toute huile et toute mèche conviennent, il est préférable d’utiliser de l’huile d’olive et des mèches de laine, en souvenir du Temple de  Jérusalem.

L’allumage des bougies suit l’opinion de l’école de Hillel. Il faut allumer de préférence à proximité du domaine public, à une hauteur entre trois et vingt palmes, sur une rangée. Ces lumières doivent brûler au moins une demi-heure après la tombée de la nuit.

L’allumage donne lieu à des bénédictions particulières. Il faut le réaliser à titre privé ; l’allumage à la synagogue (ou, récemment, dans des lieux publics) ne se fait en effet que pour la publication du miracle.

Source : Wikipédia.

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