Guy Môquet, militant communiste et résistant.

Guy Môquet, né le 26 avril 1924 à Paris et mort le 22 octobre 1941 à Châteaubriant (Loire-Inférieure), est un militant communiste, célèbre pour avoir été le plus jeune des quarante-huit otages fusillés, le 22 octobre 1941, à Châteaubriant, Nantes et Paris en représailles après la mort de Karl Hotz.

Son nom, plus particulièrement associé à celui des vingt-sept fusillés du camp de Châteaubriant, est passé dans l’histoire comme un symbole des héros et des martyrs français de l’Occupation allemande durant la Seconde Guerre Mondiale.


Guy Prosper Eustache Môquet est né le 26 avril 1924 dans le 18e arrondissement de Paris. Élève au lycée Carnot, dans la même classe que Gilles Deleuze, il est un fervent militant des Jeunesses communistes. Le journaliste et écrivain Pierre-Louis Basse le présente comme un « titi », volontiers gouailleur tout en ne dédaignant pas d’écrire des poèmes, plaisant aux filles et doué dans les disciplines sportives. Au sprint, son seul rival au lycée est Charles Éboué, fils de Félix Éboué.

L’URSS ayant signé avec l’Allemagne hitlérienne un pacte de non-agression, la direction du PCF, suivant la politique de Staline, adopte une ligne d’opposition à la guerre, considérée comme une « guerre interimpérialiste » allant à l’encontre des intérêts de la classe ouvrière. De nombreux militants communistes, dont le père de Guy Môquet, sont arrêtés sur l’ordre du gouvernement français sous l’accusation de sabotage, démoralisation de l’armée, en un mot affaiblissement des arrières.

Après la défaite de la France en juin 1940, l’occupant maintient en détention les communistes incarcérés. À l’automne 1940, le PCF subit une vague de répression menée par la police française et facilitée par la politique de légalisation qui a prévalu pendant l’été 1940. Jusqu’en mars-avril 1941, la revendication nationale, anti-allemande, n’est pas prioritaire pour le PCF par rapport à la revendication sociale (pour plus de détails, voir Histoire du Parti communiste français – 1939-1945 : Seconde Guerre mondiale et Parti communiste français pendant la drôle de guerre).

Guy Moquet, carte maximum, Paris, 2007.

En ce qui concerne Guy Môquet, l’arrestation de son père en octobre 1939 est un événement marquant qui renforce son ardeur militante. D’abord réfugié avec sa mère et son frère Serge dans la Manche, il revient ensuite seul à Paris et milite clandestinement au sein des Jeunesses communistes. En novembre, il écrit une lettre à Édouard Herriot, président de la Chambre des députés, demandant la libération de son père.

Lors de l’occupation de Paris par les Allemands et l’instauration du régime de Vichy, Guy Môquet déploie une grande ardeur militante pour coller des « papillons » et distribuer des tracts qui reflètent la ligne politique du PCF durant l’été 1940 : dans le 17e arrondissement, ces tracts demandent souvent la libération de Prosper Môquet : « Châtiment pour les responsables de la guerre ! Liberté pour les défenseurs de la paix ! Libérez Prosper Môquet. Député des Épinettes » ; « Libérez Prosper Môquet, jeté en prison par Daladier pour avoir voulu la paix […] ». Parmi les papillons retrouvés dans ce même arrondissement, on retrouve les slogans « À bas la dictature de Laval » ; « Châtiez les responsables français ayant déclaré la guerre à l’Allemagne » ; « Il faut un gouvernement du peuple » ; « Les soviets, c’est le pouvoir du peuple » ; « Les riches doivent payer » ; « Un emploi pour les jeunes qui corresponde à leurs aspirations » ; « Pour les chômeurs, la famine. L’opulence aux profiteurs de guerre. Chômeur, fais rendre gorge aux voleurs. Exige l’indemnité de 20 francs par jour ». Pierre-Louis Basse cite un autre tract distribué à Paris : « Des magnats d’industrie (Schneider, De Wendel, Michelin, Mercier […]), tous, qu’ils soient Juifs, catholiques, protestants ou francs-maçons, par esprit de lucre, par haine de la classe ouvrière, ont trahi notre pays et l’ont contraint à subir l’occupation étrangère […] De l’ouvrier de la zone, avenue de Saint-Ouen, à l’employé du quartier de l’Étoile, en passant par le fonctionnaire des Batignolles […] les jeunes, les vieux, les veuves sont tous d’accord pour lutter contre la misère […] ».

Carnet de 10 timbres “Lamouche” avec couverture Guy Moquet.

Son camarade Georges Abbachi décrit les deux modes opératoires les plus utilisés : le collage de papillons sur les réverbères ou les becs de gaz et le lancer de tracts depuis les balcons des salles de cinéma.

Guy Môquet est arrêté, sur dénonciation, le 13 octobre 1940 (il a 16 ans) au métro Gare de l’Est en compagnie de René Pignard par trois inspecteurs de police française de la Brigade spéciale de répression anticommuniste (BS), conséquence d’un décret-loi d’Édouard Daladier du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste, « décret-loi prorogé et utilisé par l’État français [de Vichy] dans une perspective qui n’a plus rien à voir avec la défense nationale qui l’avait justifié ». René Grandjean, supérieur hiérarchique de Guy dans les Jeunesses communistes est également arrêté le 13 octobre et Georges Grünenberger, responsable du groupe, est lui-même arrêté le 15 octobre.

Les policiers n’arrivent pas à établir de façon irréfutable la participation aux distributions de tracts de Guy Môquet, qui ne passe pas aux aveux alors que ses camarades ont reconnu les faits et que Pignard et Granjean l’ont également mis en cause. Il est néanmoins incarcéré à la prison de Fresnes. Le 23 janvier 1941, la 15e chambre correctionnelle de Paris condamne René Pignard, René Grandjean et Georges Grünenberger à des peines de prison comprises entre huit et douze mois, mais « acquitte le jeune Môquet comme ayant agi sans discernement. Dit qu’il sera confié provisoirement à ses parents, une mention indique que : « rien ne s’oppose […] à l’exécution immédiate de cette décision ». Mais en vertu de la loi du 3 septembre 1940 et de la « circulaire Peyrouton » du 16 novembre 1940 qui autorisent l’internement administratif par simple décision préfectorale (alors que le décret Daladier laissait cette prérogative au seul ministre de l’Intérieur) et « offre [la circulaire Peyrouton] à ces derniers la possibilité d’interner tous azimuts », le jour même de son acquittement, il est conduit au dépôt de la Préfecture de police de Paris où il reste jusqu’au 10 février 1941, pendant que le « Bureau des internés » est appelé à enquêter sur l’appartenance de Guy aux Jeunesses communistes et à se prononcer sur l’opportunité de sa libération. Il écrit une lettre de protestation au procureur pour dénoncer ce qu’il considère comme des « actes illégaux ». Il n’aura jamais de réponse. Suivant l’avis de la 1re section des Renseignements généraux le bureau donne un avis défavorable et Guy est transféré à la maison d’arrêt de la Santé, puis, le 27 février 1941, à la centrale de Clairvaux.

Enfin, le 14 mai 1941 il est transféré, en même temps que 100 autres internés communistes venant de Clairvaux, au camp de Choisel, à Châteaubriant, où étaient détenus d’autres militants communistes généralement arrêtés entre septembre 1939 et octobre 1940. Durant le mois de mai 219 militants communistes sont transférés à Choisel. Il est placé dans la baraque 10, celle des jeunes, où il se lie d’amitié avec Roger Sémat et Rino Scolari. Ce dernier, un peu plus âgé que lui, deviendra un des responsables FFI au moment de la Libération de Paris.

Le 20 octobre 1941, Karl Hotz, commandant des troupes d’occupation en Loire-Inférieure, est abattu à Nantes par un commando formé de trois communistes de l’Organisation spéciale et des Bataillons de la jeunesse : Spartaco Guisco, Gilbert Brustlein et Marcel Bourdarias. À la suite de cet acte, qualifié de « terroriste » par les autorités allemandes d’occupation, compte tenu du grade élevé de l’officier abattu, un Avis (Bekanntmachung) du général von Stülpnagel, chef des forces d’occupation en France (le Militärbefehlshaber in Frankreich), annonce, en application de ses décisions du 19 septembre 1941 (s’octroyant le droit de faire fusiller également des détenus arrêtés par les autorités françaises) et du « code des otages » du 28 septembre 1941, dont il est l’auteur, que cinquante otages seront exécutés immédiatement en représailles.

Les services du ministre de l’Intérieur du gouvernement de collaboration de Pétain, Pierre Pucheu, proposent une liste de 61 noms, des otages essentiellement communistes « pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français ». Sur les 27 fusillés de Châteaubriant, les listes de Pucheu en contiennent 17. Guy Môquet n’était pas dans les listes de Pucheu, ce sont les Allemands qui l’ont rajouté en fonction de leur propre politique des otages.

Quarante-huit otages sont fusillés : seize à Nantes, cinq au fort du Mont-Valérien et vingt-sept à Châteaubriant, dont Guy Môquet. La majorité d’entre eux sont des militants communistes ou syndicaux.

Deux jours plus tard, neuf poteaux sont dressés à la Sablière, vaste carrière à la sortie de Châteaubriant. En trois groupes, les vingt-sept otages s’y appuient, refusent qu’on leur bande les yeux et s’écrient : « Vive la France ! » devant le peloton d’exécution. Charles Michels, Jean-Pierre Timbaud et Jean Poulmarc’h avaient décidé de ne pas se révolter, car cela aurait conduit à un massacre, d’aller à l’exécution dignement, et en chantant La Marseillaise : « C’est ainsi, et ainsi seulement, que notre mort servira à quelque chose. » De même, Guy Môquet avait écrit : « […] mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est que ma mort serve à quelque chose. […] ».

Guy Môquet est le plus jeune. Selon certains récits, à commencer par celui d’Aragon dans Le Témoin des martyrs (voir le chapitre « élaboration de la mémoire »), il a un évanouissement et il est fusillé dans cet état, mais cette version est contestée par le sous-préfet d’alors, Bernard Lecornu. Il est abattu à 16 heures. Avant d’être fusillé, il avait écrit une lettre à ses parents.

Pour les nazis, l’exécution de communistes est préférable pour convaincre les Français que seuls les Juifs et les communistes sont leurs ennemis. La sélection délibérée d’un otage si jeune sert à montrer qu’ils seront impitoyables envers tous ceux qui distribuent des tracts, quel que soit leur âge. Mais abattre un si jeune militant a surtout pour effet de choquer la population française. L’abbé Moyon, qui avait accepté d’assister les prisonniers avant leur exécution, rapporte que Guy Môquet lui avait fait une confidence montrant qu’il était conscient de l’émotion que sa mort allait susciter : « Je laisserai mon souvenir dans l’Histoire, car je suis le plus jeune des condamnés ».

Les corps des fusillés de Châteaubriant sont d’abord répartis, par groupes de trois, dans les cimetières des communes environnantes. Celui de Guy Môquet au Petit-Auverné à quinze kilomètres au sud. La population a interdiction d’approcher les tombes, mais une note de la sous-préfecture adressée aux familles, indiquant les lieux d’inhumation, précise que s’il est interdit de déposer des plaques mentionnant le nom des fusillés, il est permis de fleurir les tombes. Les 27 tombes sont fleuries dès le 24 octobre par le fils d’Henri Barthélémy, un des fusillés. Une semaine plus tard, à la Toussaint, les tombes de Guy Môquet et de ses deux autres compagnons sont abondamment fleuries de bouquets de fleurs bleues, blanches et rouges (une couleur pour chacune des trois tombes, celle de Guy Môquet est au centre). Florence Aubenas, journaliste, en a rendu compte en recherchant des témoins locaux. Les familles ont pu récupérer les corps après la guerre. Le corps de Guy Môquet est transféré au Cimetière du Père-Lachaise (division 97).

Selon Pierre-Louis Basse, Serge, le jeune frère de Guy Môquet, meurt quelques jours plus tard, de chagrin et de peur, déguisé en fille par sa mère qui tente d’échapper à la Gestapo. Mais Serge Môquet aurait été vu à quatre ou cinq reprises accompagnant sa mère sur la première tombe de Guy. Selon la pierre tombale du caveau où il repose au cimetière parisien du Père-Lachaise, aux côtés de son frère et d’autres « héros et martyrs de la Résistance fusillés par les nazis », Serge Môquet est décédé le 19 avril 1944 à l’âge de douze ans et demi, « victime de la Gestapo ». Selon la belle-fille de Prosper Môquet, Anne-Marie Saffray, Serge, traumatisé par l’emprisonnement de son père et par l’exécution de son frère, fragilisé par la disette et les rigueurs de la vie clandestine, mourut d’une méningite. Leur mère, Juliette, fit partie du Comité parisien de Libération et fut de 1945 à 1947 conseillère municipale communiste de Paris. Elle trouva la mort le 10 juin 1956 dans un accident de voiture, que conduisait son mari, Prosper.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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