Gnassingbé Eyadema, militaire et homme d’état.

Étienne Eyadéma Gnassingbé, dit Gnassingbé Eyadéma, né le 26 décembre 1935 à Pya (Togo) et mort le 5 février 2005, à bord de l’avion présidentiel qui l’évacuait pour des soins vers la France. Militaire et homme d’État togolais, il a occupé durant 38 ans, de 1967 à sa mort, le poste de président de la République et était considéré par plusieurs ONG et médias comme un dictateur. Depuis 1999, avec le décès du roi Hassan II du Maroc, il était le doyen des chefs d’État en Afrique.


Issu d’une modeste famille paysanne protestante, Étienne Eyadéma (ses deux prénoms, sous lesquels il se fera appeler jusqu’en 1974, avant finalement d’escamoter le prénom chrétien) Gnassingbé (son nom de famille) serait né le 26 décembre 1935 à Pya, dans le nord du Togo, de Gnassinbgé et de N’Danida (connue plus tard comme Maman N’Danida, née en 1878, d’après l’historiographie officielle).

On sait peu de choses sur sa famille, son enfance et son éducation, consciencieusement entourées d’un halo de mystère. Selon la bande dessinée à sa gloire parue en 1976 (Eyadema. Histoire du Togo, Afrique Biblio Club, de Serge Saint-Michel), son père aurait été tué pour s’être rebellé contre les travaux forcés imposés par l’administration coloniale (il s’agira de la seule évocation officielle de cet épisode).

Il perd ainsi son père très tôt, qui aurait succombé après avoir été passé à tabac à la suite d’une altercation avec des éléments de l’armée coloniale, les fameux Abongo sodja, dirigés au moment des faits par un certain Alfa Wissi, originaire de la même région que Gnassingbé, dans des circonstances obscures. Des sources racontent qu’Eyadema, après sa prise de pouvoir, aurait vengé son père en commanditant l’assassinat d’Alfa Wissi, mais ces informations n’ont pas été vérifiées.

Après la mort de son père, Eyadéma s’inscrit à l’école primaire évangélique de Pya, où il ne dépassera pas le cours élémentaire.

La légende raconte qu’il était sorti champion des luttes traditionnelles qui servent de rites préparatoires pour le passage de l’adolescence au monde des adultes. En fait, Eyadéma n’était pas champion : il a diffusé cette légende à des fins de propagande. La preuve en est que lors de l’initiation d’un des fils d’Eyadéma passant les mêmes rites en 1997, il devait affronter un des fils de celui-là même qui avait battu Eyadéma. Il aurait exhorté son fils à « laver l’affront » que constituait son élimination par le père de l’adversaire de son fils. Ce dernier effectivement lava l’affront et terrassa son adversaire.

Après avoir travaillé comme métayer chez un agriculteur de Kabou-Sara, en pays bassar à l’ouest de Kara, Eyadéma part pour Ouidah au Dahomey voisin, actuelle république du Bénin, où il se fait recruter dans les rangs de l’armée coloniale française en 1954. Envoyé en Indochine puis en Algérie, il est resté au poste de soldat dans l’armée française et fait croire publiquement au peuple qu’il a atteint le grade de sergent, à la fin de la guerre. À la suite de l’indépendance politique du Togo et à la fin de la guerre d’Algérie, Eyadéma et d’autres combattants indigènes de l’armée coloniale sont démobilisés et rentrent dans leur pays d’origine, nouvellement indépendants en 1962.

Contrairement aux autres États qui ont incorporé les démobilisés de l’armée coloniale dans les toutes nouvelles armées nationales, le Togo a refusé d’incorporer les démobilisés dans la gendarmerie nationale togolaise, officiellement pour des raisons budgétaires. À l’époque la gendarmerie comptait 300 hommes et une seule caserne à Lomé, sous le commandement du commandant Georges Maîtrier, gendarme français envoyé au Togo comme coopérant et conseiller militaire du chef de l’État togolais. Le président Sylvanus Olympio aurait proposé aux démobilisés de leur octroyer un fonds afin qu’ils investissent dans le projet de leur choix.

Cependant d’autres sources non vérifiées rapportent qu’officieusement, Olympio aurait reproché aux démobilisés d’avoir servi dans une armée coloniale et qu’il n’entendait pas incorporer « ceux qui combattent les combattants de la liberté » dans l’armée togolaise. En janvier 1963, Gnassingbé Eyadéma participe activement à l’assassinat de Sylvanus Olympio, premier président du Togo depuis l’indépendance en 1960. Il revendiquera dans la presse cet assassinat.

Rejoignant l’armée togolaise, il devient le 1er novembre 1965 chef d’état-major des armées avec le grade de lieutenant-colonel.

Le 13 janvier 1967, Gnassingbé Eyadéma renverse Nicolas Grunitzky, second président de la République et prend le pouvoir. Le 15 avril, il devient officiellement président de la République, chef du gouvernement et ministre de la Défense. En 1969, il fonde le Rassemblement du peuple togolais (RPT), le parti unique du pays. Le 9 janvier 1972, Gnassingbé Eyadéma est confirmé à la tête de l’État par un plébiscite (réprimant durement toute forme d’opposition politique, il sera inévitablement « réélu » à cinq reprises en 1979, 1986, 1993, 1998 et 2003).

Le 13 janvier 1980 est proclamée la IIIe République. Le 23 septembre 1986, à la suite de l’attaque d’un commando à Lomé, les autorités mettent en cause le Ghana et le Burkina Faso qui démentent. Le président Gnassingbé Eyadéma, en vertu des accords militaires franco-togolais, demande l’aide militaire de la France. Des soldats français débarquent à Lomé.

En 1990, des grèves et des manifestations secouent le pays. En octobre 1990, l’armée disperse par la force une manifestation de soutien à de jeunes opposants. Les troubles politiques et sociaux au début des années 1990 ont fait plusieurs centaines de morts. En avril 1991, Gnassingbé Eyadéma est obligé d’instaurer le multipartisme, à la suite des pressions du président français François Mitterrand. Du 8 juillet au 28 août 1991, se tient une « conférence nationale », qui opte pour la mise en place d’un régime semi-présidentiel, institue un Haut conseil de la République (HCR) et impose la nomination d’un Premier ministre.

En décembre 1991, à Lomé, les chars tirent sur les bureaux du chef de gouvernement. Gnassingbé Eyadéma récupère alors toutes ses prérogatives. Il fait adopter une nouvelle Constitution le 27 septembre 1992. Le 16 novembre, commence une grève générale de plusieurs mois pour obtenir la neutralité politique de l’armée.

Le 25 janvier 1993, la police tire sur une manifestation de l’opposition à Lomé : au moins 16 morts (sources médicales), plus de 50 selon l’opposition. La Communauté européenne suspend sa coopération. Le 25 mars 1993, Gnassingbé Eyadéma échappe à une attaque lancée contre sa résidence officielle. Il avait déjà été l’objet de plusieurs attentats ou de complots.

Le 21 juin 1998, il est réélu lors d’un scrutin contesté par l’opposition (et mis en doute par de nombreux observateurs européens) qui revendique la victoire pour le candidat de l’Union des forces de changement (UFC) Gilchrist Olympio. Le 21 mars 1999, le Rassemblement du peuple togolais (RPT) du président Gnassingbé Eyadéma remporte la quasi-totalité des sièges du Parlement lors de législatives boycottées par l’opposition. En juillet, Gnassingbé Eyadéma s’engage à quitter le pouvoir en 2003 à la fin de son mandat. Un accord est signé entre le pouvoir et l’opposition qui prévoit de nouvelles élections législatives. Plusieurs fois repoussées, elles auront lieu en 2002.

Le 8 février 2002, le Parlement procède à la modification du code électoral, déclenchant la colère de l’opposition. Le 27 juin, le Premier ministre Agbéyomé Kodjo est démis de ses fonctions. M. Kodjo, qui affirme avoir pris la décision de démissionner, se lance dans une diatribe d’une rare violence contre le chef de l’État et son régime. Les législatives anticipées ont lieu le 27 octobre mais sont boudées par les principaux partis d’opposition dits « traditionnels ». Le RPT confirme sa suprématie à l’Assemblée. Le 30 décembre 2002, le Parlement modifie l’article 59 de la Constitution qui limitait à deux le nombre de mandats présidentiels, ouvrant la voie à une nouvelle candidature de Gnassingbé Eyadéma. Le 2 mai 2003, la candidature de l’opposant Gilchrist Olympio à la présidentielle n’est pas retenue par la Commission électorale pour cause de « dossier incomplet » (il manque un certificat médical). Le 21 mai, Gilchrist Olympio dénonce « le coup d’État permanent » du chef de l’État. Le 1er juin, Gnassingbé Eyadéma est réélu pour un troisième mandat de cinq ans avec 57,78 % des voix lors d’un scrutin dont les résultats sont contestés par plusieurs dirigeants de l’opposition. Le 20 juin, il prête serment devant sept chefs d’État africains.

En 2004, à la suite de l’engagement de la tenue d’élections législatives en 2005, l’Union européenne normalise partiellement ses relations avec le Togo.

Gnassingbé Eyadema meurt le 5 février 2005, victime des conséquences d’une crise cardiaque subie le matin même dans sa ville natale de Piya, à bord du Boeing 707 présidentiel, qui survole alors la Tunisie et l’évacue vers l’Europe pour raisons sanitaires. À l’annonce de son décès, le président français Jacques Chirac présente ses condoléances à sa famille en rappelant : « Avec lui disparaît un ami de la France qui était pour moi un ami personnel ».

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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