Giorgione, peintre.

Giorgio Barbarelli ou Zorzi da Vedelago ou da Castelfranco, dit Giorgione (Vedelago ou Castelfranco Veneto 1477 – Venise 1510) est le premier grand peintre vénitien du Cinquecento italien.

Il n’a vécu que 32 ans. Il était cependant l’un des peintres les plus célèbres à Venise, de son vivant. La plupart de ses tableaux ont été commandés par les premiers collectionneurs et le contexte intellectuel de ces personnalités cultivées, aujourd’hui mal connu, nous rend ces tableaux bien mystérieux.

Giorgione a innové dans sa pratique de peintre, ce qui lui a permis de modifier son tableau au moment même où il peignait. Le dessin y était donc moins contraignant. Cette pratique s’est, rapidement, communiquée à tous les peintres vénitiens et bien au-delà jusqu’à aujourd’hui : car elle ouvre la création à une plus grande spontanéité et à une plus grande recherche en matière de peinture.

Giogione, carte maximum, Togo, 1969.

On ignore tout de son patronyme : Giorgio, en vénitien Zorzo ou Zorzi, de Castelfranco Veneto, lieu de naissance. Sa maison natale a été transformée en musée, où l’une des rares œuvres qui lui sont attribuées avec certitude est exposée : la « Frise des arts libéraux et mécaniques ». On dit que le surnom de Giorgione (Giorgione ou Zorzon signifient grand Georges) lui fut donné par Giorgio Vasari « pour son allure et sa grandeur d’âme ».

Les œuvres qui lui sont attribuées le sont bien rarement avec un consensus général et le catalogue raisonné établi en 1996 par Jaynie Anderson se limite à 24 tableaux à l’huile sur bois ou sur toile et deux dessins, l’un à l’encre brune et au lavis, l’autre à la sanguine.


On ne possède que très peu d’informations sur la vie de Giorgione. Selon les historiens, il serait d’extraction très humble.

Ses dates de naissance et de mort ont été fournies par Giorgio Vasari dans Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes. La date de naissance, corrigée dans la seconde édition des Vies, serait 1478, et ceci semble vraisemblable car cette date est cohérente avec l’activité artistique de Giorgione à la fin du XVe siècle. Une anecdote permet de situer le jeune peintre à Venise à la fin des années 1490. Comme l’indique Mauro Lucco les peintres vénitiens parvenaient à maturité et s’établissaient à leur compte à l’âge de 18 ans. Vers 1495 ou 96, après avoir parfait son apprentissage dans l’atelier de Giovanni Bellini, il aurait donc réalisé ses premières peintures en toute autonomie. Il semble à Alessandro Ballarin, au regard des œuvres qu’il considère comme étant les premières de l’artiste, que celui-ci avait connaissance de la peinture protoclassique du Pérugin, des gravures sur bois et sur cuivre de Dürer et des peintures « néogothiques » de Jérôme Bosch, car tous étaient à Venise en 1494-96. Le passage de Léonard de Vinci dans les premiers mois de 1500 aurait été tout aussi déterminant.

Au dire de Vasari, Giorgione, homme courtois, épris de conversations élégantes et de musique (il jouait des madrigaux sur son luth), fréquentait à Venise les milieux raffinés et cultivés, mais assez fermés, des Vendramin, Marcello, Venier, Contarini. Il est reconnu comme un artiste « engagé » dans le milieu de la philosophie néo-aristotélicienne professée à Venise et à Padoue.

Son accès aux plus célèbres commanditaires pourrait avoir été assuré par un protecteur comme Pietro Bembo, ou des Vénitiens très riches comme Taddeo Contarini ou Gabriele Vendramin. Fin octobre 1510, Isabelle d’Este, la plus ardente collectionneuse de l’Italie du Nord, écrivit à son agent vénitien pour lui demander d’acheter une Nativité de Giorgione, après le décès du peintre. Mais sa recherche ne put aboutir : le tableau, en deux versions, avait été commandé par deux autres collectionneurs vénitiens et ils ne souhaitaient pas s’en séparer. Giorgione avait en effet inventé le tableau de chevalet conçu et réalisé pour la délectation de ses commanditaires patriciens, et l’ornement de leur studiolo. Ces nouveaux objets étaient parfois protégés par un « couvercle » peint que l’on ôtait pour les contempler en compagnie d’amis choisis.

Giorgione réalise plusieurs innovations dans la peinture vénitienne du début du XVIe siècle. Il produit les premiers tableaux conçus et réalisés pour des commanditaires privés, qui sont aussi les premiers collectionneurs de peinture contemporaine. La Tempête est le premier tableau de la peinture occidentale où le paysage occupe une telle place, comparativement à l’espace réservé aux figures. Il introduit de nouveaux effets avec une peinture opaque, très riche en pigments, et fondue insensiblement, comme un sfumato modulé dans la matière et par taches ou frottis du pinceau, sur une préparation sombre. Les dessins sous-jacents, qui apparaissent dans les radiographies des peintures, parfois se superposent ou témoignent d’une première disposition des éléments du tableau. Ces dessins n’ont pas été systématiquement suivis par une mise en couleurs comme l’auraient fait les contemporains du jeune Giorgione, bien au contraire, la peinture opaque lui permet de recomposer son projet initial, de suivre une évolution plus naturelle du tableau, de dessiner en peignant.

Dans L’Adoration des bergers (Nativité Allendale) (v. 1500), il introduit plusieurs innovations. D’abord un format modeste correspondant à un tableau destiné à la dévotion privée, alors que ce thème était traditionnellement traité sur des retables, ou en tout cas de grands formats en raison de leur usage pour de nombreuses assemblées. Ensuite il décentre le sujet principal sur la droite au profit des bergers, lesquels ressemblent plutôt à des personnes pour lesquelles la grâce, des mœurs cultivées sont le comportement naturel11. Enfin, et surtout, le paysage occupe un espace considérable : c’est l’occasion de donner forme à tout un courant littéraire, bucolique, qui va de Filenio Gallo, Giovanni Badoer à Pizio da Montevarchi, et du Songe de Poliphile (1499) à l’Arcadie de Sannazaro (1502).

Dans le retable de Castelfranco (vers 1502) sa peinture marque un écart dans l’art vénitien, avec ses saints curieusement introvertis et ses modulations sensibles de couleur comme un voile unifiant la peinture. C’est aussi, pour lui, le dernier tableau à sujet traditionnel qu’il réalise. Ensuite il se consacre à des portraits individualisés et à des sujets peu ou jamais traités. Ces tableaux sont peints avec de minuscules taches de couleur, ou plutôt de subtiles touches de peinture opaque, technique que Giorgione a introduite dans la peinture à l’huile. Celles-ci ont donné aux œuvres de Giorgione la lumière modulée en surface, dans la matière colorée. Alors qu’avant lui, la lumière venait du fond de la peinture préparée en blanc, une préparation soigneusement poncée afin de permettre le dépôt de très fines couches de peinture, quasi transparentes, dans les zones les plus lumineuses. Avec cette peinture opaque des retouches pouvaient, non seulement, permettre d’effectuer des modifications très importantes au cours de la réalisation, mais aussi d’apporter la lumière par des couleurs claires, en faisant surgir les figures du fond sombre, comme le préconisait Léonard de Vinci.

Giorgione a, semble-t-il, été vivement intéressé par le travail de Léonard de Vinci qui séjourna à Venise en 1500. Celui-ci apporta au moins un dessin à Venise : le carton du portrait d’Isabelle d’Este (actuellement conservé au Louvre).Mais il y en avait sans doute d’autres, et peut-être en rapport avec La Cène qu’il venait d’achever à Milan. Cet impact est particulièrement visible dans le tableau L’éducation du jeune Marc Aurèle. « Giorgione essaya alors d’imiter le « sfumato » du maître et délaissa ses recherches sur l’effet des couleurs compactes denses et veloutées. Il tenta au contraire [dans ce tableau] de rendre le « flou » atmosphérique ». Il emploie, ici, une texture très légère, fluide, avec une très faible quantité de pigments dilués dans beaucoup d’huile.

Il ne signait pas ses œuvres. À sa mort soudaine de la peste, il a probablement laissé quelques travaux non finis, qui ont pu avoir été terminés par ses élèves, Titien ou Sebastiano del Piombo, comme pour Le Concert champêtre (mais cela a été l’objet d’âpres débats). L’incertitude résultant de la difficulté à identifier ses œuvres et la signification de son art a fait de Giorgione une des figures les plus mystérieuses de la peinture occidentale.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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