Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, officier et homme politique.

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, dit « La Fayette », né le 6 septembre 1757 au château de Chavaniac, paroisse de Saint-Georges-d’Aurac (province d’Auvergne) et mort le 20 mai 1834 à Paris (ancien 1er arrondissement), est un noble d’orientation libérale, officier et homme politique français et américain.

Convaincu que la cause des insurgés américains est noble, il s’engage dans leur guerre révolutionnaire en 1777, à la recherche de la gloire. Nommé général par George Washington à l’âge de 19 ans, La Fayette joue un rôle décisif aux côtés des Américains dans leur guerre d’indépendance contre le pouvoir colonial britannique et en particulier lors de la victoire de Yorktown le 19 octobre 1781. La Fayette œuvre également à l’émergence en France d’un pouvoir royal moderne, avant de devenir une personnalité de la Révolution française (1789) jusqu’à son émigration, son arrestation et sa mise en prison pour cinq ans en 1792. La Fayette est aussi un acteur politique majeur des débuts de la monarchie de Juillet. Surnommé le « héros des deux mondes », il est l’un des huit citoyens d’honneur des États-Unis. Il y fait d’ailleurs un retour triomphal en 1824, à l’invitation du président James Monroe, où il est accueilli et honoré dans 182 villes des 24 États que compte l’Union à cette époque.

La Fayette, carte maximum, Paris.

Après la révolution de 1789, La Fayette décide de signer tous ses courriers d’un « Lafayette » en un seul mot, en réaction contre le système nobiliaire. C’est aussi la graphie utilisée par ses contemporains jusqu’à sa mort.


En août 1775 le capitaine Gilbert de La Fayette est envoyé par son beau-père, le duc d’Ayen, en garnison à Metz pour y parfaire sa formation militaire. Il raconte dans ses Mémoires qu’il participe le 8 août à un dîner offert par le comte de Broglie au duc de Gloucester, frère du roi d’Angleterre, qui y évoque le soulèvement des Insurgents. C’est le jour même de ce « fameux dîner de Metz » que le jeune officier — il a 17 ans — prend la décision de partir combattre pour l’indépendance de l’Amérique.

De retour à Paris à l’automne, La Fayette participe à des sociétés de pensée qui débattent de l’engagement de la France dans la révolution américaine. Lors de ces réunions, un conférencier, l’abbé Raynal, insiste sur les « Droits de l’homme » et la fin des colonies, critique le clergé comme la noblesse. Censuré, il exprime dès lors secrètement ses vues auprès de loges maçonniques, entre autres celle dont La Fayette est membre.

Le jeune capitaine se fait réformer de l’armée le 11 juin 1776 puis, grâce au soutien du comte de Broglie et à ses futurs protecteurs le baron de Kalb et Silas Deane, diplomate et commissaire des Insurgents, signe à Paris le 7 décembre 1776 son engagement dans l’armée « américaine » comme major général. Le comte de Broglie, chef du « cabinet secret » de Louis XVI qui souhaite aider discrètement les Insurgents contre la Couronne britannique, lui fait financer secrètement l’achat de La Victoire, un navire de 200 tonneaux, avec seulement 2 canons, trente hommes d’équipage et comme cargaison 5 à 6 000 fusils.

Après un voyage en Angleterre destiné à tromper espions anglais et opposants français à son entreprise, il s’échappe et gagne Bordeaux. Là il embarque ouvertement pour l’Espagne et le port basque de Pasajes de San Juan (Le Passage) près de Saint-Sébastien, drôle de destination pour qui veut partir pour les Amériques. Revenu rapidement à Bordeaux, il y apprend qu’il serait sous le coup d’un ordre d’arrestation à l’origine duquel se trouve son beau-père qui réclamerait à son encontre une lettre de cachet auprès du roi, qui lui avait déjà interdit officiellement de quitter le pays après que des espions britanniques eurent découvert son plan.

Obéissant à un ordre lui enjoignant de partir pour Marseille, il feint d’en prendre la route en chaise de poste mais après quelques lieues, la voiture change de direction et file sur Bayonne. Arrivé à Pasajes de San Juan le 17 avril 1777, il embarque sur la Victoire avec quelques fidèles et le 26 avril appareille pour l’Amérique. Suivant une route passant bien au large des Antilles où les flottes anglaise et française pouvaient lui faire barrage et après une traversée longue de sept semaines, il touche terre le 13 juin à South Inlet, près de Georgetown où les fusils sont vendus pour armer la milice de Géorgie.

Il fait prêter à ses compagnons le serment de vaincre ou de périr, puis rencontre le major Benjamin Huger ; il est adopté par George Washington qu’il rencontre le 1er août 1777 (il est affecté à son état-major comme aide de camp avec le titre de major général) et malgré un accueil au début mitigé des membres d’un Congrès à Philadelphie, il participe aux combats dès l’été. Il reçoit une balle à la jambe à la bataille de Brandywine, le 11 septembre 1777.

Le marquis de La Fayette en uniforme de l’armée continentale.
Par sa motivation, son désintéressement et sa constante présence à la tête du régiment de Virginie, même pendant l’hiver rigoureux qu’ils passèrent à Valley Forge, il finira par convaincre les chefs de la révolution américaine qu’il pouvait leur être utile. Le 6 février 1778 une alliance officielle est enfin instaurée entre la France et le nouveau pays. Une flotte d’une douzaine de bateaux, commandée par l’amiral d’Estaing est envoyée. Dès mars 1778 La Fayette établira également des alliances avec plusieurs tribus indiennes.

En février 1779, de retour en France, La Fayette sait très habilement rendre populaire la cause des Insurgents et son expédition américaine auprès de l’opinion publique en France24. La sanction qu’il reçoit pour avoir désobéi et quitté la France n’est que symbolique, puisqu’elle n’est limitée qu’à une dizaine de jours d’arrêts qu’il passe chez lui dans son hôtel de Noailles auprès de sa femme, Adrienne.

La Fayette rentre en France vers la fin de 1781. Sa participation aux opérations militaires sur le sol américain est sa première tentative pour appliquer les théories d’indépendance américaine à la société française. L’intention de La Fayette est de brusquer les réformes qu’il méditait. Mais Washington, avec qui il ne cesse de correspondre, le ramène à plus de mesure : « C’est une partie de l’art militaire de connaître le terrain avant de s’y engager. On a souvent plus fait par les approches en règle que par une attaque à force ouverte ». Cette observation ralentit un peu la fougue du jeune réformateur, et il renonce à emporter de haute lutte ce que Louis XVI opèrera de lui-même sans secousses peu de temps après.

En mai 1784 La Fayette écrit une lettre enthousiaste à propos des travaux du médecin allemand Franz Anton Mesmer à George Washington, moins convaincu, et influencé par Benjamin Franklin fortement dubitatif : Un docteur allemand nommé Mesmer, ayant fait la plus grande découverte sur le magnétisme animal, a formé des élèves, parmi lesquels votre humble serviteur est appelé l’un des plus enthousiastes29. Cette lettre est suivie d’une lettre de Mesmer lui-même le 16 juin à laquelle Washington répond cinq mois plus tard en confirmant qu’il a bien rencontré La Fayette30. Ce dernier a entre-temps donné une ou deux leçons de magnétisme animal et rencontré une communauté de Shakers ayant vu une similarité entre les pratiques de transe de ces derniers et les crises mesmériennes. Lafayette participa également à des rituels nord-amérindiens, persuadé que le magnétisme animal était la redécouverte d’une pratique ancienne et primitive.

La Fayette repart pour l’Amérique le 1er juillet 1784. C’est un voyage privé, sur invitation de Washington. Le 4 août 1784, il est acclamé à New York par la foule qui l’accueille. Après trois jours de réceptions, il part faire un grand tour des provinces, partout accueilli avec la même chaleur. De grands banquets lui sont offerts à Philadelphie, Baltimore et Boston. Après un séjour à Mount Vernon, chez Washington, La Fayette passe par New York, avant de remonter l’Hudson et de signer un traité de paix avec des Hurons et des Iroquois. La Fayette continue son voyage par Boston, Chesapeake, Yorktown et Richmond, avant de quitter le pays à New York le 21 décembre 1784.

La Fayette vient à Paris dans les derniers jours de 1785. Son retour excite un enthousiasme considérable. La reine Marie-Antoinette, qui assistait alors à une fête à l’hôtel de ville, veut conduire madame de La Fayette dans sa propre voiture à l’hôtel de Noailles où vient de descendre son époux. Le lendemain il est reçu à la cour, et ne cesse d’être pendant plusieurs jours l’objet des hommages et de la curiosité publics. Accueilli en héros à Paris, il peut jeter son dévolu avec succès sur l’une des plus célèbres beautés de l’époque, Aglaë de Barbentane, comtesse d’Hunolstein puis comtesse de Simiane dont le mari, le comte de Simiane, se tue en 1787 en apprenant que sa femme est la maîtresse de La Fayette.

Exposition La Fayette, Le Havre, 1957.

La Fayette participe à la première assemblée des notables, réunie à Versailles au mois de février 1787, et appartient au bureau présidé par le comte d’Artois. Il saisit avidement cette occasion de produire quelques-unes des réformes qu’il a méditées, fait voter la suppression de la gabelle et la mise en liberté des personnes détenues à l’occasion de cet impôt, réclame l’abolition des lettres de cachet et des prisons d’État, et la révision des lois criminelles. Il est de ceux qui obtiennent le renvoi du ministre Calonne en 1787. Il formule même le vœu d’une convocation des États généraux, comme le seul remède efficace aux maux de la situation ; mais ce vœu demeure sans écho. Il fait la motion expresse (mot prononcé pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires.

Porte-parole de l’aristocratie libérale, député de la noblesse d’Auvergne aux États généraux et chef de la Garde Nationale, il est membre de la société des amis des Noirs. Comme de nombreux militaires à cette époque, il a été initié comme franc-maçon dès 1775.

D’abord favorable à des réformes, La Fayette fait partie des États généraux comme député de la noblesse d’Auvergne. Il ne remplit aucun rôle dans ces premiers engagements, où domine presque seule la figure de Mirabeau. II appuie la motion de Mirabeau sur l’éloignement de la menace des troupes qui encerclent la capitale, et présente un projet de Déclaration des Droits de l’homme à l’Assemblée constituante, fait décréter la responsabilité des ministres, et, ce qui est peut-être le plus marquant de son action, l’établissement d’une garde civique dont il sera élu commandant.

Cent jours après le rapport de Jean-Joseph Mounier sur la constitution française, le 11 juillet 1789, il inaugure sa carrière parlementaire par la présentation d’un des projets de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen36, que l’Assemblée ne retient pas. Ce projet, emprunté à la déclaration d’indépendance des États-Unis d’Amérique, est le premier monument direct de cet esprit d’assimilation entre deux peuples si divers d’origine, de situation et de caractère. La Déclaration des droits qu’il proposait constituait un véritable corps de jurisprudence révolutionnaire qui considérait que le peuple français était abusivement soumis au roi de France, comme celui de l’Amérique l’était à la couronne de Grande-Bretagne, et qu’il convenait qu’il prît son indépendance et se gouvernât lui-même.

La Garde nationale est née sous la pression des troubles qui ensanglantent Paris dans les journées des 12 et 15 juillet, et composée de quarante-huit mille citoyens, enregistrés en un jour. L’assemblée élit La Fayette à la tête de la Garde nationale au moment où, comme vice-président de l’assemblée, il vient de féliciter les électeurs de Paris, réunis à l’hôtel de ville, de la conquête de la Bastille. Le vicomte de Noailles, son beau-frère, lui est adjoint en qualité de major général, et Bailly est élevé au poste de maire de la capitale. Son aide de camp est alors Denis-Michel Jullien, commandant de la Garde nationale parisienne.

Son acte suivant comme commandant de la Garde nationale est de faire démolir la Bastille (16 juillet). Le 26 juillet, il présente aux électeurs de Paris les nouvelles couleurs nationales, la cocarde tricolore.

Par sa fermeté, La Fayette sauve la vie à un grand nombre de personnes que menacent les fureurs populaires, et contient la faction d’Orléans qui aspire à réorganiser les anciennes gardes françaises. Mais il ne peut empêcher le massacre de Foulon et de Berthier de Sauvigny, et ce témoignage de son impuissance le porte à se démettre du commandement dont il est revêtu ; des acclamations unanimes viennent le rappeler à ses fonctions, lorsque surviennent les événements des 5 et 6 octobre.

Ces timides ménagements sont désormais impuissants à sauver la royauté. Chaque jour aggrave les périls qui la menacent. L’émigration, commencée dès le 15 juillet 1789, se propage avec une effrayante activité. Quelques esprits songent à appeler l’intervention étrangère dans les débats intérieurs français ; Louis XVI a secrètement adressé dès le 3 décembre 1790 un mémoire aux cabinets européens pour solliciter l’établissement d’un congrès continental destiné à en imposer, par sa seule existence, aux factieux qui conjuraient la ruine du trône. Ces démarches sont activement secondées par le comte d’Artois et par les nombreux émigrés qui ont fui d’imminentes persécutions.

La Fayette sert l’ordre sans zèle pour le roi. La mort de Mirabeau porte le dernier coup à la cause royale.

Le 18 avril Louis XVI, qui a annoncé hautement l’intention d’aller remplir à Saint-Cloud ses devoirs religieux, en est empêché par une multitude ameutée sur le bruit que ce départ n’est qu’un commencement d’évasion. La Fayette ordonne vainement à la Garde nationale de rendre la circulation libre : il n’est point obéi ; et le roi, forcé de rentrer dans ses appartements, se plaint, sans plus d’effet, à l’assemblée, de la violence qui lui a été faite.

Du 11 au 15 mai, après l’annonce de la mort du mulâtre de Saint-Domingue, Vincent Ogé, se déroule à la Salle du Manège le débat sur les droits des hommes de couleur discriminés par les assemblées coloniales dominées par les Blancs. Conformément à ses opinions de membre de la Société des amis des Noirs, La Fayette défend la cause des Noirs. À la suite du premier vote parlementaire du 12 mai, son nom figure dans une liste de 276 députés qui ont voté pour l’Angleterre dans l’affaire des colonies établie par des colons hostiles.

La discussion de l’adresse au Trône, en , est le dernier débat parlementaire auquel La Fayette prend part. Une pneumonie aiguë, dont il avait contracté le germe aux obsèques de Dulong, s’aggrave rapidement et finit par l’emporter. La Fayette meurt le , dans sa 77e année, au 6 rue d’Anjou-Saint-Honoré (ancien 1er arrondissement), actuellement 8 rue d’Anjou dans le 8e arrondissement de Paris.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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