Georges Simenon, écrivain.

Georges Simenon est un écrivain belge francophone né à Liège en Belgique, officiellement, le 13 février 1903 et mort à Lausanne en Suisse le 4 septembre 1989.

L’abondance et le succès de ses romans policiers — dont les Maigret — éclipsent en partie le reste de son œuvre très riche : cent quatre-vingt-treize romans, cent cinquante-huit nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom, ainsi que cent soixante-seize romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous vingt-sept pseudonymes. Il est l’auteur belge le plus lu dans le monde. Les tirages cumulés de ses livres atteignent 550 millions d’exemplaires. Georges Simenon est, selon l’Index Translationum de l’UNESCO de 2013, le dix-septième auteur toutes nationalités confondues, le troisième auteur de langue française après Jules Verne et Alexandre Dumas, et l’auteur belge le plus traduit dans le monde (3 500 traductions en 47 langues).


Georges Simenon, carte maximum, Belgique.

Georges Joseph Christian Simenon naît la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 février 1903 au 2e étage du 26 (aujourd’hui 24)5, rue Léopold à Liège. Son acte de naissance, en date du 12 février, porte qu’il est né « à Liège, rue Léopold, 26, le douze de ce mois, à onze heures et demie du soir ». Mais, dans Je me souviens…, son autobiographie parue en 1945, il a révélé être né « le vendredi 13 février 1903, à minuit dix » — c’est-à-dire à 0 h 10 heure locale — et que sa mère, par superstition, avait fait promettre à la sage-femme de garder secret le vrai jour de sa naissance. Il le confirmera en 1975 en demandant que la plaque commémorative apposée le 15 mai sur la façade de sa maison natale mentionne le 13 février. Pourtant, dans Au-delà de ma porte-fenêtre, paru en 1978, il reviendra sur sa déclaration en affirmant ignorer s’il était né « à minuit moins le quart le jeudi 12 février 1903, ou à minuit dix, c’est-à-dire le vendredi 13 février 1903 », ayant « cru comprendre, mais sans jamais avoir de certitude », être né le 12 « un peu avant minuit » tout en ayant entendu aussi son père dire qu’il était né « le 13 un peu après minuit ».

Il est le premier fils de Désiré Simenon, comptable dans un bureau d’assurances et fils d’un chapelier, et d’Henriette Brüll, employée dans le magasin L’Innovation, treizième enfant issue d’une famille aisée, mariés le 22 avril 1902. Fin avril 1905, la famille déménage au 3, rue Pasteur (aujourd’hui 25, rue Georges-Simenon) dans le quartier d’Outremeuse. On retrouve l’histoire de sa naissance au début de son roman Pedigree.

La famille Simenon est originaire du Limbourg belge, une région de basses terres proches de la Meuse, carrefour entre la Flandre, la Wallonie et les Pays-Bas (voir aussi Euregio Meuse-Rhin). La famille de sa mère est aussi originaire du Limbourg, mais du côté hollandais, plat pays de terres humides et de brumes, de canaux et de fermes. Du côté de sa mère, il descend de Gabriel Brüll (nl) (paysan et criminel de la bande des Verts-Boucs qui, à partir de 1726, sous le régime autrichien, écuma le Limbourg, rapinant fermes et églises, et dont les membres finirent pendus en septembre 1743 au gibet de Waubach). Cette ascendance explique peut-être l’intérêt particulier que porta le commissaire Maigret aux gens simples devenus assassins. Le Limbourg apparaît aussi. Simenon a logé quelques semaines à Neeroeteren, notamment dans une maison qui lui inspira le roman La Maison du canal.

Le 21 septembre 1906, naît son frère Christian qui sera l’enfant préféré de sa mère, ce qui marquera profondément Georges. Ce malaise se retrouve dans des romans comme Pietr-le-Letton et Le Fond de la bouteille. Il apprend à lire et à écrire dès l’âge de trois ans à l’école Sainte-Julienne pour les petits. À partir de septembre 1908, il suit ses études primaires à l’institut Saint-André où, durant les six années qu’il y passera jusqu’en juillet 1914, il se classera toujours dans les trois premiers.

En février 1911, la famille s’installe dans une grande maison au 53, rue de la Loi, où la mère va pouvoir louer des chambres à des locataires, étudiants ou stagiaires, de toutes confessions et origines (russe, polonaise ou belge). Ce fut pour le jeune Georges une extraordinaire ouverture au monde que l’on retrouvera dans nombre de ses romans comme Pedigree, Le Locataire ou Crime impuni. À peu près à cette époque, il devient enfant de chœur, expérience que l’on retrouvera dans L’Affaire Saint-Fiacre et dans Le Témoignage de l’enfant de chœur.

En classe de sixième, en septembre 1914, il entre au collège Saint-Louis et, dès l’âge de douze ans, il décide de vouer sa vie au roman. Lors de l’été 1915, il connaît sa première expérience sexuelle avec une « grande fille » de quinze ans, ce qui sera pour lui une véritable révélation, à l’encontre des préceptes de chasteté promus par les pères jésuites. Cependant il poursuivra sa scolarité dans un autre collège jésuite de Liège, le collège Saint-Servais, qui prépare aux sciences et aux lettres et où il passera trois années de sa scolarité. Cependant, le futur écrivain est toujours mis à l’écart par ses camarades plus fortunés et, s’il s’était éloigné de la religion malgré l’enseignement reçu à Saint-Louis, il trouve au collège Saint-Servais maintes raisons de haïr les riches qui lui font sentir son infériorité sociale.

Un jour de l’année 1916, le médecin de la famille Simenon fait appeler le jeune Georges pour lui dire que son père n’a pas plus d’une année à vivre et qu’il lui faut travailler. Cette révélation bouleverse le jeune Georges. En février 1917, la famille déménage pour s’installer dans un ancien bureau de poste désaffecté du quartier d’Amercœur. En juin 1918, prétextant les problèmes cardiaques de son père, il décide d’arrêter définitivement ses études, sans même participer aux examens de fin d’année ; s’ensuivent plusieurs petits boulots sans lendemain (apprenti pâtissier, commis de librairie).

En janvier 1919, en conflit ouvert avec sa mère, il entre comme reporter à la rubrique « faits divers » du journal très conservateur La Gazette de Liège, dirigée par Joseph Demarteau, troisième du nom. Cette période journalistique est pour le jeune Simenon, juste âgé de seize ans, une extraordinaire expérience qui lui permet d’explorer les dessous de la vie d’une grande ville, ceux de la politique, mais aussi de la criminalité, de fréquenter et pénétrer la vie nocturne réelle, de connaître les dérives dans les bars et les maisons de passe ; elle lui permet aussi d’apprendre à rédiger de façon efficace. Il écrira plus d’un millier d’articles sous plusieurs pseudonymes, dont 150 sous le pseudonyme « G. Sim ». Durant cette période, il s’intéresse particulièrement aux enquêtes policières et assiste aux conférences sur la police scientifique données par le criminaliste français Edmond Locard. Outre ces thèmes que l’on retrouvera plus tard dans ses romans, l’influence catholique et « réactionnaire » de La Gazette de Liège l’ont conduit à signer, sous le titre « Le Péril juif », une série de 17 articles pugnaces, radicalement et fortement antisémites. Simenon méprisait également les grévistes, le mouvement dada, et manifestait « un antisocialisme radical à relents populistes, un anticommunisme caustique [et] un antimaçonnisme de circonstance ».

En juin 1919, la famille déménage à nouveau pour revenir dans le quartier d’Outremeuse, dans la rue de l’Enseignement. Simenon y rédige son premier roman « Au pont des Arches », publié en 1921 sous son pseudonyme de journaliste. À partir de novembre 1919, il publie les premiers de ses 800 billets d’humeur, sous le nom de Monsieur Le Coq (jusqu’en décembre 1922). Durant cette période, il approfondit sa connaissance du milieu de la nuit, des prostituées, de l’ivresse d’alcool, des garçonnières en ville. Parmi ses fréquentations, il rencontre des anarchistes, des artistes bohèmes, et même deux futurs assassins, qu’on retrouvera dans son roman Les Trois Crimes de mes amis (1938). Il fréquente aussi un groupe artistique, dénommé « La Caque », mais sans réellement s’investir ; cependant, c’est dans ce milieu qu’il rencontre l’éditeur Robert Denoël et une étudiante en Beaux-Arts, Régine Renchon qu’il épousera en mars 1923. Dans Quand j’étais vieux, Simenon évoque (4 janvier 1961) l’influence qu’a eue sur lui le journal de la FGTB liégeoise La Wallonie, nomme André Renard, et auparavant (30 décembre 1960), la grève de 1960-1961 dont les images le font souffrir et lui donnent envie d’envoyer un télégramme « à la Wallonie qui est à la tête de la révolte du peuple belge », sans qu’on puisse dire s’il s’agit du journal La Wallonie, du pays ou des deux.

Durant toute cette période, lors de laquelle il fréquente des bohèmes et des marginaux, Georges commence à caresser l’idée d’une véritable rupture, qu’il concrétise après la mort de son père sur la suggestion répétée de sa fiancée artiste-peintre Régine Renchon, dénommée affectueusement Tigy. Le 11 décembre 1922, il débarque à Paris pour s’installer et préparer la venue de Tigy qu’il prévoit d’épouser au printemps. Ce grand jeune homme blond, sûr de lui, confiant dans son avenir et plein d’une vitalité effrontée sous des apparences prudentes et timides, n’a pas choisi la vie d’artiste, puisqu’il bénéficie par l’intermédiaire de Georges Plumier, homme d’affaires, de solides recommandations auprès d’un réseau politique animant la droite française, auréolée de sa représentation à la Chambre bleu horizon. En particulier, Binet-Valmer, écrivain mondain, animateur de la Ligue des chefs de sections et des anciens combattants s’est engagé à le prendre sous son aile. Las, Simenon découvre que cette protection ne comporte que des menus services de portefaix et de manutention sommaires mal rétribués, même si son protecteur présomptueux s’est engagé à le présenter à des cercles littéraires. Aussi, vite remis de cette première désillusion, le jeune homme encore pauvre reporte son enthousiasme sur la Ville Lumière, la grande capitale des arts, découvre avec avidité ses multiples charmes et apprend à aimer ses délires, ses désordres et ses délices.

Le jeune homme n’abandonne pas ses projets et se marie à Liège avec Tigy le 24 mars 1923. Disposant des meubles de l’épousée, qui a d’ailleurs plus de ressources financières que le mari, le couple emménage à Paris. Active, Tigy installe un atelier et peint beaucoup de portraits qu’elle expose à Montmartre. Simenon, hâbleur, sait faire la « chasse aux femmes » (il aura de nombreuses aventures, et se forge la légende de « l’homme aux dix mille femmes »), qui constituent les plus importants modèles de Tigy. Avec son épouse, Georges Simenon approfondit sa connaissance des arts. Il est attiré par la gravure et la sculpture, poursuit inlassablement sa découverte de la peinture impressionniste commencée à Liège. Jeune poète sensuel, il voudrait en plus donner une troisième dimension à l’expression écrite, exalter par l’écriture une sorte de « matière des mots », donner du poids et de la consistance aux choses écrites. Dans cette quête littéraire solitaire, ce manuel qui aime toucher, sentir physiquement ce qu’il accomplit retient surtout comme maître d’écriture Gogol et ses héritiers, à commencer par Dostoïevski et le courant psychologique né des écrivains russes jusqu’à Tchekhov.

Le couple aux revenus très modestes fréquente le petit cercle des expatriés liégeois. Enfin, la recommandation au réseau parisien lui permet de s’extirper de l’obscur travail à la Ligue. Le marquis Jacques de Tracy, jeune héritier récemment marié, l’un des grands bienfaiteurs de la Ligue, le prend pendant plus d’une année en tant que secrétaire et homme de confiance. Un revenu et un statut plus confortable extirpent Simenon de sa dépendance associative.

Alors que le jeune homme intelligent pénètre les arcanes de l’aristocratie française en déclin, tant en campagne qu’à Paris, ses premières tentatives littéraires l’amènent à fréquenter le milieu des lettres et des journalistes littéraires. Il place, racontera-t-il plus tard, beaucoup d’espérances en des contes et nouvelles, qu’il apporte à Colette, directrice littéraire du très puissant quotidien parisien Le Matin. Et l’écrivain des années cinquante de suggérer tacitement la sévérité et la cruauté de la patronne Colette, refusant fermement toute chance d’édition au jeune écrivain raté.

La femme mûre vivant dans la haute société luxueuse proche du pouvoir lui impose des conseils de rigueur française, afin d’éviter la préciosité d’un style empâté ou pastiché : « Écrivez des histoires simples, surtout pas de littérature. » Et lorsqu’il récidive, elle lui rend le manuscrit, dépitée : « Encore trop littéraire ! » Vis-à-vis de la presse de l’après-guerre, Simenon, qui n’ignore pas la popularité de l’écrivain, immortelle égérie de la littérature française, l’appelle l’« adorable Colette » et lui fait endosser mythiquement la paternité de son style et de son œuvre. En réalité, les faits démentent cette histoire pour journalistes : nullement insensible à la beauté du jeune homme à l’accent liégeois – qu’elle appelle « mon petit Sim » – et qui, sous des airs narquois, paraît encore si timide, Colette a finalement accepté au moins deux manuscrits, nécessairement concis pour des impératifs de publication, dans la rubrique « Les mille et un matins », et dont l’un fut publié le 27 septembre 1923. Ce qui est plus probable est le rôle à longue échéance de la mondaine Madame Colette, introductrice surtout de l’écrivain reconnu auprès de la belle société.

C’est mu par ses expériences que Georges Simenon simplifie radicalement son écriture et observe avec rigueur le fonctionnement de l’écriture commerciale selon les genres : littérature enfantine d’aventures et de combats, écrits de cœur pour midinettes, histoires sensuelles pour dactylos, drames effrayants pour concierges, historiettes de gare pour voyageurs, écrits érotiques ou licences pornographiques… Il commence à écrire sous des pseudonymes de plus en plus nombreux, visite maintenant les éditeurs et diffuseurs industriels pour collecter des demandes concrètes, fréquente de moins en moins et en tous cas sans plus rien en attendre l’oisive et futile coterie littéraire parisienne. Les jours de relâche ou de fatigue, il part encore plus souvent à la découverte des bistrots, bougnats, meublés, hôtels minables, brasseries et petits restaurants, qui lui offrent le beaujolais, l’andouillette et les petits plats mitonnés.

Il rencontre avec plus d’attention le petit peuple parisien d’artisans besogneux, de concierges acariâtres et de pauvres types à la double vie, d’autant plus que, dès l’été 1924, le fructueux labeur du couple lui donne accès à un bel appartement, 21 place des Vosges.

Georges Simenon, épreuve de luxe.

Sa créativité, stimulée par rencontres, voyages et séjours au-delà de la ville éditrice, lui assure un succès financier rapide en trois années. Passé vingt-deux ans, il abat directement avec sa machine à écrire deux écrits de genre populaire par semaine à raison de huit heures et quatre-vingts pages par jour. À la maturité, commençant toujours à partir de 4 heures du matin, il avoue rédiger vingt pages fermes par d’intenses matinées et écrire invariablement un roman en onze journées, nécessairement continues.

En 1928, il entreprend un long voyage en bateau (un canot de cinq mètres équipé d’un petit moteur) dont il tire des reportages. Il y découvre l’eau et la navigation, qui deviendra un fil rouge tout au long de son œuvre. Il décide en 1929 d’entreprendre un tour de France des canaux et fait construire un bateau, l’Ostrogoth, sur lequel il vivra jusqu’en 1931. En 1930, dans une série de nouvelles pour Détective, écrites à la demande de Joseph Kessel, apparaît pour la première fois le personnage du commissaire Maigret.

En 1932, Simenon part pour une série de voyages et de reportages en Afrique, en Europe de l’Est, en Union soviétique et en Turquie. Après une longue croisière en Méditerranée, il s’embarque pour un tour du monde en 1934 et 1935. Lors de ses escales, il effectue des reportages, rencontre de nombreux personnages et fait beaucoup de photos. Il en profite aussi pour découvrir le plaisir auprès des femmes sous toutes les latitudes.

En avril 1977, lors d’un entretien avec son ami Federico Fellini, il avoue sur le ton de la boutade avoir effectué un petit calcul et être arrivé à un total de 10 000 femmes depuis l’âge de treize ans et demi, dont 8 000 étaient des prostituées. Sa connaissance de ce monde peut expliquer la sympathie dont fait preuve Maigret à l’égard des prostituées, comme dans Maigret et l’Indicateur qui se passe à Pigalle.

Simenon passe donc la Seconde Guerre mondiale en Vendée et entretient une correspondance avec André Gide. Son dernier roman écrit en Vendée, Le Cercle des Mahé, a pour thème la crise de la quarantaine. En 1945, au sortir de la guerre, il fuit la justice française, le Comité national d’épuration des gens de lettres à Paris enquêtant sur ses succès littéraires et cinématographiques sous l’Occupation. Il part s’installer au Canada, dans la contrée laurentienne, au nord de Montréal. Avant de partir, il confie les droits d’édition de tous ses livres à Sven Nielsen, fondateur des Presses de la Cité, quittant les Éditions Gallimard, afin de pouvoir mieux gérer son œuvre, notamment au niveau de la promotion et des droits d’auteur pour l’adaptation de ses romans au cinéma. Lors de son séjour au domaine d’Estérel (Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson), développement immobilier de style Art déco réalisé grâce aux investissements du baron Louis Empain, il travaillera dans une des Log Cabin. Il y écrit trois romans, dont Trois chambres à Manhattan.

C’est lors d’un séjour à New York en novembre 1945 qu’il engage en qualité de secrétaire bilingue Denise Ouimet, qu’il épousera le 22 juin 1950 à Reno dans le Nevada (ville réputée pour ses procédures de mariage et de divorce rapide), un jour après avoir obtenu le divorce avec Régine Renchon. En 1946, il quitte le Canada pour les États-Unis et Hollywood qui lui faisait des appels d’offre pour l’adaptation de ses œuvres à l’écran depuis de nombreuses années. Il s’installe d’abord en Californie, puis en Floride et dans l’Arizona en 1947, à Carmel-by-the-Sea en Californie en 1949, avant de s’établir en juillet 1950 à Lakeville dans le Connecticut, dans une propriété nommée Shadow Rock Farm, dont la grande maison de dix-huit pièces comporte huit chambres à coucher et six salles de bains. Pendant dix années, il parcourt cet immense continent en voiture. Afin d’assouvir sa curiosité et son appétit de vivre, il visite intensément New York, la Floride, l’Arizona, la Californie et toute la côte est, des milliers de miles, de motels, de routes et de paysages grandioses.

Il découvre aussi une autre façon de travailler pour la police et pour la justice. Avec sa seconde épouse Denise Ouimet, canadienne française originaire d’Ottawa, plus jeune de dix-sept ans que lui, il vit une passion faite de sexe, de jalousie, de disputes et d’alcool, que son épouse évoquera dans le roman Le Phallus d’or publié en 1981 sous le pseudonyme d’Odile Dessane. Denise lui donne trois autres enfants, Jean (dit Johny), Marie-Georges (dite Marie-Jo) et Pierre. Pendant les années qu’il passe en Amérique, il écrit 48 livres, dont certains ont atteint dans la traduction anglaise des tirages de 500 000 exemplaires : « Je suis bien en Amérique, parce que là-bas il n’y a pas de cafés littéraires où des intellectuels racontent les romans qu’ils n’écriront jamais. » Dès cette époque, les étudiants en langue française des universités américaines commencent à étudier l’œuvre de Simenon. C’est là qu’il rencontre l’avocat Harry Torczyner avec qui il reste en contact. De ce séjour outre-Atlantique, il garde la sensation d’avoir perdu son « pari américain », sa « bataille américaine ».

En 1952, il est reçu à l’Académie royale de Belgique et il revient définitivement en Europe le 18 mars 1955. Après une période mouvementée sur la Côte d’Azur à côtoyer la jet set, il finit par s’installer en Suisse dans le château d’Echandens en 1957. En 1956, il participe à un ballet, La Chambre, pour la Compagnie Roland Petit et raconte, sur une musique de Georges Auric et dans un décor de Bernard Buffet, une histoire policière. Satisfait du travail accompli, il écrit ensuite, avec son vieil ami Georges Auric, un opéra où il fera chanter des policiers et des mauvais garçons.

En 1958, il est président du jury du festival du film international de Bruxelles, tenu avec un lustre exceptionnel dans le cadre de l’Exposition universelle de Bruxelles et durant lequel seront nommés, pour la première fois dans l’histoire du cinéma, « les douze meilleurs films de tous les temps ».

En 1960, il préside le Festival de Cannes à l’issue duquel fut attribuée la Palme d’Or au film culte La Dolce Vita de Federico Fellini. En 1963, il s’installe à Épalinges, au nord de Lausanne, où il se fait construire une gigantesque maison. Sa femme Denise, qui sombre dans l’alcool et la dépression (comme sa fille Marie-Jo), quitte la maison, le laissant seul avec ses enfants.

En 1972, Simenon, qui a soixante-neuf ans, renonce au roman, mais n’en a pas fini avec l’écriture et l’exploration des méandres de l’homme, à commencer par lui-même. Il rédige une longue autobiographie de vingt et un volumes, dictant tout sur un petit magnétophone :

« Des idées, je n’en ai jamais eu. Je me suis intéressé aux hommes, à l’homme de la rue surtout, j’ai essayé de le comprendre d’une façon fraternelle… Qu’ai-je construit ? Au fond, cela ne me regarde pas. »

En 1974, il quitte Epalinges pour vivre modestement dans la maison rose, avenue des Figuiers à Lausanne, se rapprochant de « l’homme nu » qu’il a toujours cherché à appréhender.

En 1978, le suicide de sa fille Marie-Jo d’une balle de revolver dans la poitrine à l’âge de 25 ans, endeuille ses dernières années.

En 1989, à quatre-vingt-six ans, Georges Simenon s’éteint à son domicile lausannois à l’aube du 4 septembre ; son corps est incinéré le 6. De nuit, Teresa Sburelin, sa servante et sa dernière compagne, jette ses cendres sur l’herbe du jardin, dans l’ombre du cèdre du Liban, les mêlant à celles de sa fille.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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