Gaston III de Foix-Béarn dit “Fébus”, prince, écrivain et poète.

Gaston III de Foix-Béarn dit Fébus est un prince pyrénéen, écrivain et poète en langue d’oc et française, né le 30 avril 1331 à Orthez (probablement au château de Moncade) et mort le 1er août 1391 à L’Hôpital-d’Orion.

Comte de Foix, seigneur de Béarn, Gaston III est vicomte ou seigneur d’une dizaine de territoires situés entre Gascogne et pays languedocien. Il profite de la guerre de Cent Ans pour asseoir sa domination sur le piémont nord pyrénéen, jouant sur les conflits entre monarchies françaises et anglaises. Il est l’auteur du Livre de chasse, célèbre manuscrit illustré sur la vénerie.

 

Unique enfant légitime de Gaston II de Foix-Béarn et d’Aliénor de Comminges, Gaston III hérite, à la mort de son père au siège d’Algésiras, d’un territoire morcelé, dépendant pour partie des rois de France, et pour l’autre des rois d’Angleterre. Jouant du conflit franco-anglais, il revendique la souveraineté du Béarn le 25 septembre 1347, pays dans lequel il tient sa cour à Orthez.

Gaston III se révèle être un fin tacticien, alliant diplomatie, stratégie et art militaire. Il remporte des victoires décisives face à l’ennemi héréditaire — la maison d’Armagnac — s’assurant la jonction entre Béarn et pays de Foix. Gaston III est également un communicant habile, il se choisit le surnom Febus à partir de 1358, après une croisade en Prusse, un surnom qui fait référence au mythe solaire associé au dieu antique Phoibos. En 1380, son unique fils héritier Gaston participe à un complot pour l’empoisonner ; démasqué, il est assassiné, probablement de la main de son père.

Fébus est décrit comme l’un des plus grands chasseurs de son temps, une passion prise avec le plus grand des sérieux, car préparant à la guerre. Il renforce et fait construire plusieurs forteresses pour mener à bien son désir d’indépendance. Doté d’un immense trésor, Fébus fait notamment construire le château de Montaner qu’il veut voir devenir un palais forteresse, symbole de la réunion entre Béarn et Foix. Le prince des Pyrénées fait preuve d’un despotisme éclairé dans sa pratique du pouvoir, jouant le rôle du seigneur protecteur pour son peuple. Fébus occupe une place particulière dans l’histoire pyrénéenne, bénéficiant de son œuvre politique et militaire, mais aussi de l’impact des récits de plusieurs chroniqueurs contemporains, dont Jean Froissart dans ses Chroniques. L’historien Pierre Tucoo-Chala joue également un rôle majeur dans la perception contemporaine de Fébus, grâce à plusieurs ouvrages consacrés à la vie du Prince Soleil.


Fébus, carte maximum, Foix, 13/07/1991.

Peu de temps après le mariage de Gaston III, Philippe VI décède le 22 août 1350 et Jean II, son fils, prend la succession sur le trône de France. Ce prince est qualifié d’impulsif et d’indécis. Les hostilités franco-anglaises recommencent dès avril 1351, ramenant de nouveau l’instabilité au nord des Pyrénées. En octobre 1352, les capitouls de Toulouse demandent à Gaston III de protéger le pays toulousain contre les troupes anglaises postées aux portes de Lafrançaise. Gaston III accepte et signe un type d’accord qui marquera son action politique et militaire ; il se place ainsi comme un véritable entrepreneur de guerre. Durant ses nombreuses absences, le Béarn est gouverné par son demi-frère Arnaud-Guilhem. Ce dernier doit faire face à une révolte du petit peuple d’Orthez en octobre 1353, une occasion pour Gaston III d’affirmer son autorité à l’intérieur de ses domaines. Tandis qu’Arnaud-Guilhem fait rétablir l’ordre, Gaston III punit les coupables d’une forte amende financière, respectant ainsi l’esprit des fors de Béarn et montrant fermeté et souplesse dans la gestion de cette crise.

Mandaté par son père Édouard III, roi d’Angleterre, pour mener sa politique sur le continent, le Prince Noir débarque à Bordeaux en 1355. Il mène alors une terrible chevauchée à travers l’Armagnac et le pays toulousain. L’attitude complaisante de Gaston III envers le Prince Noir, peu appréciée par Jean II, est suivie en 1356 par des intrigues contre le roi de France auxquelles participent Gaston III en compagnie de Charles II de Navarre. Cet épisode et le refus de Gaston III de prêter hommage à Jean II pour le Béarn, entraînent son emprisonnement durant plusieurs mois au Petit Châtelet. Devant l’imminence d’une nouvelle chevauchée du Prince Noir de Bordeaux vers Calais, et dans l’impossibilité de le voir partir vers le camp anglais, Gaston III est relâché sans avoir eu à prêter hommage pour le Béarn.

Fébus, épreuve de luxe.

Fébus mate la Jacquerie de Meaux lors de son retour de croisade en 1358, il lance pour la première fois son cri de guerre Febus aban. Miniature de Loyset Liédet, tirée des Chroniques de Froissart, Après Crécy en 1346, les troupes françaises connaissent une nouvelle débâcle lors de la bataille de Poitiers le 19 septembre 1356. Jean II est fait prisonnier et une trêve est signée entre Français et Anglais. Cette période plus stable permet à Gaston III de s’engager dans une croisade en Prusse. Au côté de l’État monastique des chevaliers teutoniques, il embarque à Bruges, effectue des escales en Norvège et Suède, pour arriver à Königsberg le 9 février 1358. Les croisés mènent plusieurs assauts dans la tradition de l’ordre, avant d’être faits chevaliers dans le château de Marienbourg. C’est durant cette croisade que Gaston III se dote de son surnom Fébus, de son cri de guerre Febus abano et de sa devise Toquey si gausesp. Le prince de Béarn a vite l’occasion de mettre en pratique ces nouveaux outils de communication. Lors du retour des croisés à cheval durant le printemps 1358, ces derniers viennent en aide à la dauphine de France Jeanne de Bourbon lors du siège de Meaux. La jacquerie est matée dans le sang et Gaston III aurait pour la première fois lancé son cri Febus aban.

Pendant la crise avec les Armagnac, Fébus obtient le fils héritier qu’il attendait. Né en septembre 1362, l’enfant prend le nom de Gaston dans la tradition des seigneurs béarnais. Mais trois mois après, en décembre 1362, Fébus répudie Agnès sans ménagement. Elle se réfugie à la cour de son frère, Charles II de Navarre, Fébus prétextant (à raison) que sa dot n’a pas été complètement payée. Arrivé à Bordeaux le 29 juin 1363 afin d’administrer la nouvelle principauté d’Aquitaine, le Prince Noir souhaite d’abord prendre possession des territoires cédés par le traité de Brétigny. La question de la souveraineté béarnaise représente vite l’enjeu principal pour Fébus. Il use d’une stratégie habituelle pour lui : gagner du temps, ne pas provoquer son adversaire, mais rester ferme sur le fond. Fébus joue cette carte de l’esquive une première fois en mars 1363 auprès d’un émissaire anglais, il évite la tournée d’hommage du Prince Noir tout au long de 1363, mais se rend finalement à Agen le 14 janvier 1364 pour y rencontrer le prince.

Devant lui, Fébus prête hommage pour toutes ses terres « à l’intérieur de la principauté d’Aquitaine ». Chandos, un serviteur du roi, demande alors à Fébus s’il venait de prêter hommage pour la terre de Béarn, ce à quoi Fébus lui répond que son hommage ne concerne que Marsan et Gabardan, car « il ne tenait (le Béarn) de personne ». Conformément à ses habitudes, Fébus laisse à son adversaire une porte de sortie, précisant qu’il prêterait hommage pour le Béarn si preuve en était faite par une étude des archives. Dans un premier temps, enclin à faire arrêter ce seigneur orgueilleux, le Prince Noir laisse Fébus partir dans l’attente de pouvoir attester de sa vassalité. Les archivistes anglais trouvent par la suite la trace d’un hommage rendu par Marguerite de Béarn en 1290 pour le Béarn, de quoi assurer le Prince Noir de son bon droit à revendiquer l’hommage de Fébus. Il s’ensuit, tout au long de 1364 et 1365, une partie de cache-cache de la part de Fébus afin d’user son adversaire. Le Prince Noir doit demander l’intervention du roi de France Charles V par une lettre du 6 décembre 1365, se disant prêt à l’usage de la force si nécessaire.

Fébus profite une nouvelle fois des circonstances, avec la reprise des hostilités entre Français et Anglais, sur un nouveau terrain cette fois, en Castille. Charles V souhaite y installer Henri de Trastamare sur le trône, à la place de Pierre le Cruel, soutenu par le parti anglais. Fébus soutient dans cette opération Henri de Trastamare, à qui il a confié son fils bâtard Bernard de Béarn. La manœuvre est une réussite, et Henri de Trastamare accède au trône. Une contre-offensive se monte néanmoins durant l’hiver 1366, avec le Prince Noir, les Albret, les Armagnac et Pierre le Cruel. Une partie de cette armée doit passer par les ponts d’Orthez et de Sauveterre-de-Béarn pour rejoindre le col de Roncevaux puis la Navarre. Fébus fait respecter la neutralité du Béarn, mais tout est à craindre lors du retour de l’armée. L’expédition du Prince Noir débute par un succès le 3 avril 1367 à Nájera, elle tourne ensuite au désastre à cause de la conduite de Pierre le Cruel et d’une maladie qui décime une grande partie de l’armée. Le Prince Noir est lui-même touché par cette maladie, il revient « tout brisé » et à la tête d’une expédition ruinée. Dès le 8 mai 1366, Fébus prépare le Béarn à la mobilisation générale dans l’attente du retour de l’expédition ; il publie une ordonnance dans le même sens le 27 juillet 1367. Finalement, c’est une armée en déroute qui traverse le Béarn à l’été 1367, le Prince Noir sollicitant l’autorisation préalable de Fébus et s’engageant à payer son ravitaillement jusqu’à « la moindre poule ». Un épisode qui revient alors, pour le Prince Noir, à reconnaître de facto la souveraineté béarnaise.

Enchaînant les succès, Fébus devient de plus en plus impérieux avec l’âge. Il crée des mécontentements en Béarn, qui finissent par aboutir à un complot en 1380. Le chef de file de ce complot apparaît être l’évêque de Lescar, Odon de Mendousse. Le clergé n’apprécie que très peu la rareté de ses fondations pieuses, sa position face aux papes durant le grand schisme d’Occident et l’absence de constructions religieuses. Une partie de la noblesse béarnaise se détourne également de Fébus, dont notamment le baron d’Andoins, se sentant écarté du pouvoir au profit de « technocrates » de petite origine. Depuis la répudiation d’Agnès en 1362, Charles II de Navarre a toutes les raisons pour vouloir nuire à son beau-frère. La conjonction de tous ces mécontents conduit à la réalisation d’un complot contre Fébus, dont les premières traces remontent à l’été 1378.

La dernière pièce du complot est représentée par le prince héritier Gaston, celui-ci est grandement insatisfait de sa condition, ne jouant aucun rôle politique, servant de pion pour son père, et disposant d’un train de vie jugé trop modeste pour son rang. Âgé de 18 ans, le prince héritier est la clé de voûte du complot, il doit administrer à son père un poison afin de régner à sa place, et ainsi favoriser les volontés des autres membres du complot. Entre fin juillet et début août 1380, le prince héritier est démasqué avant d’avoir pu administrer le poison. Gaston est incarcéré au château de Moncade à Orthez, tandis qu’Odon de Mendousse et le baron d’Andoins partent en exil auprès de Charles II. La suite des événements ne peut être racontée avec certitude, mais Gaston décède probablement mi-août 1380 sous la main de son père Fébus. La tragédie bouleverse Fébus qui dit : « Jamais je n’aurai de joie aussi parfaite qu’avant ». Il rédige son Livre des oraisons, accréditant la thèse du geste involontaire, et quitte Orthez pour Pau, ne revenant au château de Moncade que quatre ans plus tard.

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Sources : wikipédia, YouTube.

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