Friedrich List, économiste.

Friedrich List (6 août 1789, Reutlingen – 30 novembre 1846 (à 57 ans), Kufstein) est un économiste allemand. Critique d’Adam Smith, il était partisan et théoricien du « protectionnisme éducateur » ainsi que du Zollverein, l’union douanière allemande. Néanmoins libéral tant en politique qu’en économie, le protectionnisme ne devant être qu’une phase dans le développement industriel des nations, il a également été considéré comme l’un des pères du nationalisme germanique.


Né à Reutlingen dans le Saint-Empire de Johannes List, mégissier en grand, il quitte l’école latine (Lateinschule) à quatorze ans avec une très bonne connaissance de l’allemand. Destiné à exercer le métier de son père, il délaisse celui-ci et quitte Reutlingen à dix-sept ans pour suivre une carrière d’employé, où il gravit peu à peu les échelons de l’administration. Il reçoit en 1817 une chaire dans la nouvelle Faculté de sciences politiques de Tübingen.

De retour dans la ville de Reutlingen, celle-ci lui confie un mandat politique. Il entre enfin à la Diète de l’État de Wurtemberg le 6 décembre. Il établit quelques mois plus tard un projet de pétition critiquant en termes vifs la bureaucratie de son pays. Cet exemplaire, tombé entre les mains du gouvernement de Metternich, provoque son exclusion en février 1821. Il est condamné à dix mois de travaux forcés pour outrage et calomnie envers le gouvernement par les tribunaux du Wurtemberg. Il trouve alors refuge à Strasbourg, puis, expulsé par le régime de Charles X, dans le grand-duché de Bade et enfin en Suisse.

Il retourne en Wurtemberg, comptant sur la clémence royale, mais il est emprisonné dans la forteresse d’Asperg jusqu’en janvier 1825.

Invité par La Fayette, qui lui promet un accueil digne de son talent, il trouve asile aux États-Unis en juin 1825. Il aura l’occasion de rencontrer Henry Clay, James Madison et Andrew Jackson et d’étudier de près la politique d’Alexander Hamilton qui assurera, par les mêmes principes protectionnistes qui avaient assuré la croissance de l’Angleterre, le développement industriel du pays.

Invité à participer à une campagne de la Société de Philadelphie pour l’encouragement de l’industrie nationale, société fondée par Hamilton et présidée par Mathew Carey, il écrit Esquisses d’un nouveau système d’économie politique (1827). Il publie cet ouvrage sous la forme de douze lettres adressées à Charles Ingersoll dans la National Gazette de Philadelphie. Dans ces lettres, il cite avec éloges les deux auteurs français Dupin et Chaptal, qui défendait dans De l’industrie française (1819) les tarifs douaniers afin de protéger l’industrie française naissante.

Bien qu’il ait été auparavant le disciple de Smith et de Say, il déclare également avoir été frappé par le succès matériel des protectionnismes américain et allemand.

List, carte maximum, RDA.

Il s’installe à Philadelphie et entreprend l’exploitation d’un gîte houiller qu’il découvre au hasard d’une promenade. L’exploitation de la mine, et la construction d’un chemin de fer reliant celle-ci au canal de Schuylkill, lui assure d’importants revenus.

Après avoir acquis la citoyenneté américaine, List revient en Allemagne à l’été 1833 pour servir en tant que consul des États-Unis à Leipzig.

En Allemagne, il sera un des théoriciens et initiateurs du Zollverein de 1834 et de la construction des chemins de fer, qui seront un des facteurs de la victoire de la Prusse contre la France en 1870. Il entreprend la construction d’une ligne de chemin de fer entre Leipzig et Dresde en 1837. Malgré son succès, cette entreprise ne répond pas à ses attentes personnelles et financières, et il décide de retourner en France. Correspondant de La Gazette d’Augsbourg à Paris, c’est là qu’il écrit la majeure partie du Système national d’économie politique.

De retour en Allemagne, il se voit décerner en novembre 1840 le titre de docteur par l’université d’Iéna, pour ses services dans la cause de la Société de commerce et dans celle des chemins de fer allemands. Il fonde le Zollvereinsblatt en 1843, un journal défendant le système protecteur, puis visite la Belgique, l’Autriche, la Hongrie. Il séjourne à Londres en juin 1846, il y rencontre ses adversaires d’antan : John Bowring, Richard Cobden, mais retourne dès l’automne en Bavière, puis au Tyrol. Ses difficultés financières à répétition, couplées à d’autres problèmes, le conduisent au suicide en novembre 1846.

D’après List, les entreprises nationales ne peuvent se développer si le marché est déjà occupé par les entreprises de pays étrangers économiquement plus avancés. Le « protectionnisme éducateur » a pour objectif de protéger sur le moyen terme le marché national afin de permettre sur le long terme un libre-échange qui ne soit pas à sens unique. Son but est l’éducation industrielle d’une nation. Sa théorie concerne donc particulièrement les pays en voie de développement.

List estime que les pays de la zone tempérée sont spécialement propres au développement de l’industrie manufacturière. D’un autre côté, les pays de la zone torride ont un monopole naturel à la production de matières premières. C’est pourquoi il existe une division du travail spontanée et une coopération des forces productives entre ces deux groupes de pays. Cette théorie, d’ailleurs partagée par les Anglais (notamment concernant les Indes), sera critiquée par Karl Marx dans son Discours sur le libre-échange.

D’après lui, les manufactures développent au suprême degré les forces morales de la nation. Elles permettent l’exploitation de toutes les ressources naturelles d’un pays : eau, vent, minéraux et combustibles. De plus, elles donnent une forte impulsion à l’agriculture, provoquant la hausse de la rente foncière, des profits et des salaires agricoles. Enfin les manufactures constituent un marché constant pour l’agriculture, que ne peuvent empêcher la guerre ni les prohibitions. Ainsi la protection de l’industrie profite indirectement à l’agriculture. Cependant un renchérissement des produits bruts nuirait à l’industrie, c’est pourquoi il rejette l’idée d’une protection sur l’agriculture.

Il fut également l’un des premiers auteurs à diviser l’histoire économique en étapes1. Le développement économique d’un peuple est divisé en plusieurs phases : état sauvage, état pastoral, état agricole, état agricole-manufacturier, état agricole-manufacturier-commercial.

Dans la lettre V des Esquisses d’un nouveau système d’économie politique, List distingue nettement sa propre économie politique des économies individuelle et cosmopolite. Il déclare que chaque nation a son économie particulière, à laquelle des circonstances générales peuvent profiter ou faire obstacle. Il se demande si des éléments particuliers (population, travail, restrictions, moyens de communication, machines, consommation, parcimonie, arts et sciences, importation de capitaux) peuvent améliorer les forces productives.

Il démontre que chaque élément procure avantages et inconvénients dans une circonstance donnée. Il déclare par exemple qu’une nation jeune comme les États-Unis doit protéger uniquement les articles demandant beaucoup de main d’œuvre et de produits agricoles, plutôt que les articles fins. C’est pourquoi chaque nation doit selon lui suivre sa propre voie pour développer ses forces productives.

List fut le plus important promoteur des chemins de fer en Allemagne et ses propositions furent largement adoptées. Il résuma ainsi les différents avantages procurés par le développement du système ferroviaire :

  • Il est un moyen de défense nationale, facilitant la concentration, la distribution et le commandement de l’armée.
  • Il est l’instrument du développement culturel de la nation, apportant talent, connaissance et savoir-faire au marché.
  • Il protège la communauté de la famine, et de la fluctuation excessive des prix des produits de première nécessité.
  • Il améliore l’hygiène de la communauté, et réduit la distance entre le souffrant et ses moyens de guérison.
  • Il renforce le tissu social, rapproche les amis entre eux, et les connaissances entre elles.
  • Il améliore l’esprit de la nation, et provoque la fin de l’esprit philistin qui naît naturellement de l’isolation et de la vanité provinciale. Il relie les régions par des lignes de communication, et permet l’échange de nourriture et de biens, lui donnant ainsi le sentiment d’unité. Le système ferroviaire devient un système nerveux qui, d’une part, renforce l’opinion publique, et d’autre part, renforce le pouvoir de l’État.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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