Frans Masereel, graveur, peintre et illustrateur.

Frans Masereel est un graveur, peintre et illustrateur belge né le 30 ou le 31 juillet 1889 à Blankenberge (Belgique) et mort le 3 janvier 1972 (à 82 ans) à Avignon (France).

Il a principalement travaillé entre la Suisse, l’Allemagne et la France. Artiste engagé, humaniste, libertaire, pacifiste antimilitariste, marqué par le tourment sanglant de la Première Guerre mondiale, ses œuvres dénoncent sans concessions les horreurs de la guerre, de l’oppression et de l’injustice sociale.

Auteur d’une œuvre profuse, illustrateur infatigable, pédagogue, son travail graphique le plus connu est sans doute Mon livre d’heures (1919) : il est considéré à ce titre comme le précurseur du roman graphique.


Fils de François Masereel et Louise Vandekerckhove, couple de bourgeois aisé, Frans Masereel est né le 31 juillet 1889 à Blankenberge, station balnéaire du nord de la Belgique. Il est l’aîné d’une fratrie de trois enfants, Robert Masereel, né en 1891 et Marie Louise, né en 1893.

En 1894, la famille Masereel emménage à Gand où François Masereel meurt en novembre. La mère de Frans se remarie en 1897 avec Louis Lava, flamand francophone libéral et libre-penseur qui a sans doute eu une influence décisive sur le jeune Frans. Après l’école moyenne, Frans Masereel passe une année à l’Athénée Royale de Gand où il pratique prioritairement le dessin. Puis il s’inscrit en 1906 à la Stedelijke Ambachtsschool voor Jongelingen de Gand, sorte de lycée professionnel enseignant les arts et métiers. Il y est initié à la lithographie et à la typographie et y reste trois ans. D’octobre 1907 à octobre 1910, il suit en parallèle les cours du soir à l’académie des beaux-arts de Gand dans la classe de Jean Delvin.

En 1909, exempt du service militaire, il fait un premier voyage à Paris et se rend en Angleterre et en Allemagne. En 1910, il se rend en Tunisie avec sa future épouse Pauline Imhoff (1878-1968) et s’installe avec elle et sa fille à Paris fin 1911. Il y rencontre l’anarchiste Henri Guilbeaux qui l’introduit auprès de grands écrivains comme Stefan Zweig avec qui il lie de forts liens d’amitié. En 1912 et 1913, il participe au Salon des indépendants et y rencontre un certain succès. Cette première période parisienne lui permet de se familiariser avec la gravure sur bois par l’intermédiaire de lectures sur les graveurs anonymes du XVe siècle, Dürer, l’imagerie d’Épinal, les vieilles cartes à jouer, les incunables et les biblia pauperum du bas Moyen Âge.

En août 1914, alors qu’il est en Bretagne, Frans Masereel est surpris par la déclaration de guerre et se rend rapidement à Gand où il découvre qu’il a été rayé des registres de la population. Ses obligations militaires n’étant pas clairement définies, il rentre fin octobre à Paris. Il ne revient en Belgique que quinze ans plus tard et ne voit plus ses parents pendant six ans. Les horreurs de la guerre marquent son engagement pacifiste et humaniste et il n’aura de cesse de dénoncer la violence et la mécanique des conflits par son travail graphique. Il participe au recueil de dessins La Grande Guerre et illustre le roman du journaliste belge Roland de Marès (1874-1955), La Belgique envahie (Paris, Georges Crès, 1915), de croquis pris sur le vif : c’est son premier travail comme illustrateur.

Courant 1915, après avoir obtenu un visa, il rejoint le pacifiste et objecteur de conscience Henri Guilbeaux à Genève en Suisse où il reste jusqu’en 1921. Il travaille comme traducteur bénévole au Comité international de la Croix-Rouge et fait la connaissance de l’écrivain français Romain Rolland. Cet homme érudit, résolument pacifiste, devient le maître à penser de Masereel, alors âgé de 26 ans. En plus de son activité de traducteur, il travaille comme illustrateur pour des journaux et des magazines pacifistes comme Demain de Guilbeaux, les Tablettes de Claude Le Maguet (pseudonyme de l’anarcho-syndicaliste Jean Salives) et, à partir du 28 août 1917, La Feuille, où il est un collaborateur incontournable.

Masereel, carte maximum, Belgique, 1972.

C’est en 1917 qu’il publie ses deux premières séries de bois gravés Debout les morts et Les morts parlent. Cette période suisse est décisive dans la vie de l’artiste : c’est le véritable point de départ de son œuvre[réf. nécessaire]. Il est exposé à la Galerie Tanner de Zurich en 1918. Ses publications de séries de gravures sur bois s’enchaînent à vive allure et lui assurent une renommée internationale. Parmi ses travaux de cette période, on peut citer 25 images de la passion d’un homme (1918), Mon livre d’heures (1919), Le Soleil (1919), Idée. Sa naissance, sa vie, sa mort (1920), Histoire sans paroles (1920) ou encore La Ville, démarré en 1918 et terminé en 1925. À cette époque, il fait aussi des illustrations pour des œuvres de Thomas Mann, Émile Zola ou Stefan Zweig.

En 1919, la Première Guerre mondiale terminée depuis peu, il vit le début de la période dite des Années folles. Elle est caractérisée par son effervescence, son bouillonnement culturel et un retour au goût de la vie et des plaisirs après quatre années de guerre ; elle influence l’artiste qui se lance, en plus de son travail graphique, dans la peinture et l’aquarelle. Il fonde cette année-là les Éditions du Sablier avec le romancier et poète René Arcos. Il est aussi exposé à la Librairie Kundig à Genève. En 1921, Mon livre d’heures jouit d’une édition populaire grâce à l’éditeur munichois Kurt Wolff et sera tiré à 15 000 exemplaires en trois ans.

Étant interdit de séjour en Belgique, Masereel quitte définitivement Genève en 1921 et revient s’installer à Paris, où il peint ses célèbres scènes de rue. Il est exposé à la galerie parisienne Nouvel Essor. Il entreprend aussi un voyage à Berlin avec Carl et Thea Sternheim, couple de lettrés allemands fervents admirateurs de son œuvre ; Carl est écrivain et Masereel illustre une de ses nouvelles, Fairfax, en 1922. À Berlin, Masereel fait notamment la connaissance du peintre George Grosz avec qui il devient ami.

Jusqu’en 1925, Masereel expose à Paris et en Allemagne, et sa première monographie, écrite par Stefan Zweig et Arthur Holitscher, y est publiée en 1923. En 1925, La Ville est enfin publié et l’argent qu’il a gagné en illustrant le Ulenspiegel de Charles De Coster lui permet de quitter Paris pour résider dans une maison de pêcheurs à Equihen près de Boulogne-sur-Mer. Il y peint des zones côtières, des ports, et des portraits de marins et de pêcheurs. Il continue d’être exposé à Paris et en Allemagne.

En 1926, il reçoit un peu de reconnaissance de la part de son pays natal par le biais d’une exposition individuelle de ses peintures et aquarelles à la galerie Le Centaure de Bruxelles. En 1929, les autorités belges lui délivrent son passeport.

Pendant les années 1930, il réalise moins d’illustrations et de gravures mais continue à peindre et exposer. Son engagement pacifiste ne s’essouffle pas, il participe au Congrès mondial contre la guerre et le fascisme à Amsterdam en 1932 en tant que coorganisateur pour la Belgique et continue de collaborer à des mensuels et hebdomadaires anti-fascistes. Son œuvre est internationalement connue, des éditions-pirates de ses romans-images sont même publiées en Chine et quand il se rend en Russie en 1935, l’accueil est chaleureux.

Son œuvre est largement connue et diffusée en Allemagne et à l’arrivée des nazis au pouvoir en 1933, ses romans-images et livres illustrés sont massivement confisqués et détruits : son engagement « social-humanitaire-pacifiste » est bien entendu peu apprécié par le régime national-socialiste. C’est une semaine avant l’élection d’Hitler qu’il perd de vue Gorge Grosz, parti se réfugier aux États-Unis. En 1938, ses toiles sont décrochées des murs des musées allemands. Elles ne seront pourtant ni vendues ni détruites. Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, Masereel continue de créer et il est professeur de dessin pour les ouvriers du Cercle de Peinture de l’Union des Syndicats de la Région Parisienne. Il tente même de s’engager dans l’armée française mais il est refusé en raison de son âge. À la mi-juin 1940, il prend la route de l’exode et quitte Paris avec sa femme pour se rendre à Avignon via Bordeaux et Bellac. Il tente même de fuir en Amérique du Sud en prenant contact avec Louis Aragon et Elsa Triolet mais son projet échoue.

Durant l’Occupation, Masereel fait tout pour éviter les nazis et il quitte Avignon en 1943 pour se réfugier à Monflanquin dans le Lot-et-Garonne, puis emménage au château de Claude Sarrau de Boynet. C’est durant cette période qu’il rencontre sa future deuxième épouse, l’artiste avignonnaise Laure Malclès (1911-1981). Il perd aussi son ami et maître Romain Rolland, mort en 1944.

Il est nommé professeur à la Hochschule der Bildenden Künste Saar de Sarrebruck de 1947 à 1951 et en 1948, sa première exposition en Allemagne depuis la fin de la guerre s’ouvre à la galerie Günther de Mannheim. Il conçoit une grande mosaïque pour la façade du siège de Villeroy & Boch à Mettlach (1949).

En 1949, Masereel s’installe à Nice où il réside et travaille durant vingt ans. Jusqu’en 1968, il crée plusieurs séries de gravures sur bois qui diffèrent de ses « romans en images » et constituent plus des variations sur sujet qu’un récit continu. . Il dessine également des décors et costumes pour de nombreuses productions théâtrales, et reçoit le prix d’art graphique à la biennale de Venise en 1951, puis travaille et expose avec Picasso entre 1952 et 1954 et parachève sa consécration en Belgique en étant nommé membre de l’Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique.

À la mort de Pauline en 1969, Frans Masereel se marie avec Laure Malclès et s’installe à Avignon la même année. Il s’y éteint le 3 janvier 1972 et son corps est rapatrié à Gand. Une grande cérémonie funéraire a lieu en son honneur dans le hall du Musée des Beaux-Arts de Gand. De nombreux dignitaires belges et étrangers lui rendent un dernier hommage et accompagnent le cortège funèbre jusqu’au cimetière Campo Santo à Mont-Saint-Amand. Laure Malclès-Masereel meurt en 1981.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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