Ferdinand de Lesseps, diplomate et entrepreneur.

Ferdinand, comte de Lesseps, né à Versailles le 19 novembre 1805 et mort à La Chesnaye près de Guilly (Indre) le 7 décembre 1894, est un diplomate et entrepreneur français. Il est surtout connu pour avoir fait construire le canal de Suez et pour être impliqué injustement dans le scandale de Panama. Il était le neveu du diplomate Jean-Baptiste Barthélemy, baron de Lesseps.


Surnommé « le Grand Français », Ferdinand de Lesseps – on voit souvent apparaître le deuxième prénom Marie mais son acte de naissance ne  mentionne que Ferdinand – a été le principal promoteur des deux projets de canaux les plus ambitieux de son temps, le canal de Suez puis le canal de Panama. Ce dernier projet fit perdre tant d’argent aux actionnaires que le promoteur fut condamné à cinq ans de prison, peine qu’il ne purgea pas en raison de son grand âge (88 ans) et de son état de santé précaire. Sa statue trône sur la place de France à Panama avec son nom écrit de cette manière : Fernando Maria Vizconde de Lesseps.

L’origine de sa famille remonterait à la fin du XVIe siècle. Son plus ancien ancêtre connu en ligne paternelle est un maître charpentier né dans la deuxième moitié du XVIe siècle. Un de ses arrière-grands-pères est le secrétaire de la reine Marie-Anne de Neubourg, veuve de Charles II d’Espagne, exilé à Bayonne après l’accession au trône de Philippe V.

Depuis le milieu du XVIIIe siècle, les ancêtres de Ferdinand de Lesseps suivent la carrière diplomatique, dans laquelle lui-même occupe plusieurs fonctions de 1825 à 1849. Son oncle est anobli par le roi Louis XVI, et son père, Mathieu de Lesseps (1774-1832), est fait comte par Napoléon Ier. Sa mère, Catherine (de) Grevignée, est espagnole, et tante maternelle de la comtesse de Montijo, mère de l’impératrice Eugénie.

Il est né à Versailles au 19, rue des Réservoirs, – au no 18 sur son acte de naissance – le 19 novembre 1805 à trois heures et demie de l’après-midi. Il passe ses premières années en Italie, où son père est en poste. Il suit ses études au lycée Henri-IV à Paris. Son éveil intellectuel se serait produit, selon le témoignage de l’intéressé, dans un cycle de conférences donné par l’abbé de La Mennais et ses amis ultramontains. Bachelier à Amiens, le futur perceur d’isthme s’inscrit aux cours de droit commercial en vue du quai d’Orsay, mais il préfère de loin les séances d’équitation. Il deviendra un cavalier remarquable, d’une adresse qui lui donnera grand crédit auprès de ses partenaires arabes. De 1825 à 1827, il est vice-consul auxiliaire à Lisbonne, où son oncle, Barthélemy de Lesseps, est chargé d’affaires. Cet oncle embarqua sur l’Astrolabe, commandée par Fleuriot de Langle, et participa ainsi à l’expédition de La Pérouse. Alors que l’expédition faisait relâche à la presqu’île de Kamtchatka, La Pérouse lui demanda d’apporter ses documents à Versailles (journaux, cartes et notes), lui sauvant ainsi la vie, sans le savoir.

En 1828, Ferdinand de Lesseps est envoyé en tant que vice-consul auxiliaire à Tunis, où son père est consul-général. Il facilite courageusement l’évasion de Yusuf, alors mamelouk, poursuivi par les soldats du Bey dont il est un des officiers. Yusuf se montrera reconnaissant de cette protection française en se distinguant dans les rangs de l’armée française à l’heure de la conquête de l’Algérie : il deviendra général. Ferdinand se voit ensuite confier par son père une mission auprès du comte Clauzel, général en chef de l’armée de conquête en Algérie. Dans une lettre du 18 décembre 1830 à Mathieu de Lesseps, le général écrit : « J’ai eu le plaisir de rencontrer votre fils, qui promet de soutenir avec grand crédit le nom qu’il porte. »

En 1832, Ferdinand de Lesseps est nommé vice-consul à Alexandrie. Afin de le faire patienter pendant la quarantaine du navire, le Diogène (des Postes françaises) qui l’a conduit en Égypte, monsieur Jean-François Mimaut, consul-général de France à Alexandrie, lui envoie plusieurs livres, parmi lesquels le mémoire écrit, selon les instructions de Bonaparte, par l’ingénieur Jacques-Marie Le Père, membre de l’expédition scientifique d’Égypte, chargé d’étudier le creusement d’un canal à travers l’isthme de Suez. De ces lectures et de sa rencontre avec les Saint-Simoniens (voir Cercle Saint-Simon) venus là marier l’Orient et l’Occident, naît le projet du canal dans l’imagination de Ferdinand.

Des circonstances bien particulières facilitèrent la réalisation du projet. Méhémet Ali, qui était le vice-roi d’Égypte, devait, au moins dans une certaine mesure, sa position aux recommandations faites au gouvernement français par Mathieu de Lesseps, consul-général en Égypte quand Mehemet Ali n’était qu’un simple colonel. Ferdinand fut donc amicalement et  affectueusement accueilli par le vice-roi. Plus tard, c’est Saïd Pacha (fils de Mehemet Ali), qui lui accordera la concession pour la construction du canal de Suez.

En 1833, Ferdinand de Lesseps est nommé consul au Caire, et peu après consul général à Alexandrie, poste qu’il tient jusqu’en 1837. Pendant cette période, une terrible épidémie de peste sévit pendant deux années, coûtant la vie de plus d’un tiers des habitants du Caire et d’Alexandrie. Faisant preuve d’une ardeur imperturbable, Ferdinand poursuit sa mission, allant d’une ville à l’autre selon la présence du danger.

En 1839, il est nommé consul à Rotterdam, et l’année suivante, transféré à Malaga, dans le pays d’origine de la famille de sa mère. En 1842, il est envoyé à Barcelone, et bientôt promu au rang de consul général. Au cours d’une insurrection sanglante en Catalogne, qui finit par le bombardement de Barcelone, Ferdinand de Lesseps fait preuve du courage le plus persistant en sauvant de la mort, sans distinction, des hommes appartenant aux factions rivales, et en protégeant non seulement les Français en danger mais aussi des étrangers de toutes les nationalités. En 1859 il crée une école pour scolariser les enfants des Français immigrés à Barcelone, cet établissement qui porte son nom est aujourd’hui le plus ancien établissement français de la péninsule Ibérique. De 1848 à 1849, il est ministre de la France à Madrid.

Après cela, il fut envoyé de toute urgence à Rome, en tant que légat de la République romaine naissante. Il arriva que le 24 avril, un corps expéditionnaire français, dirigé par le général Oudinot, avait trompé 7 000 hommes à Civitavecchia, prétendant être venus défendre la République romaine de l’intervention des Autrichiens. Le 28 avril, cependant, à la demande urgente du pape Pie IX, qui s’est enfui à Gaète avec la cour, il a marché sur la ville avec 3 000 hommes et quelques fusils (ce qui n’a pourtant pas manqué d’endommager le Vatican), convaincu que ” les Italiens ne l’ont pas battu » mais où au lieu de cela, le 30 avril, il a été mis en fuite et inculpé par les hommes de Garibaldi, avec de nombreux morts, blessés et 300 prisonniers. Les Oudinot avaient maintenant besoin de gagner du temps pour attendre les renforts et se préparer au siège. À ce moment-là, Lesseps arriva, avec le poste de plénipotentiaire, mais en réalité en tant que temporeggiatore, et accepta la trêve des armes. Cela a permis aux Français de rassembler 30 000 hommes et un puissant parc de siège. Plus tard, le 1er juin, il rompit la trêve et le 3 juin, avec une nouvelle tromperie, il attaqua, mais seulement pour rencontrer une résistance beaucoup plus dure que prévu. L’Assemblée de la République romaine n’a pas capitulé, mais a cessé toute activité belligérante le 1er juillet, donnant mandat à un nouveau triumvirat de le faire connaître aux Français. Désavoué, Ferdinand de Lesseps « entre en dissidence » selon son expression et démissionne du service diplomatique. Il est alors accusé de collusion avec l’ennemi et sera défendu devant la Chambre par Ledru-Rollin après avoir été déféré par l’Assemblée conservatrice devant la juridiction du Conseil d’État qui l’accuse d’avoir reconnu au gouvernement romain « une autorité morale et point seulement de fait ». Il rédige un mémoire qui est rendu public en juillet 1849.

En 1853, Lesseps perd en l’intervalle de quelques jours son épouse et un de ses fils d’une épidémie de scarlatine. En 1854, l’accession au trône de vice-roi d’Égypte de son vieil ami, Saïd Pacha, donne une nouvelle impulsion aux idées qui l’avaient hanté pendant les vingt-deux dernières années au sujet du canal de Suez. Ferdinand de Lesseps est invité par Saïd Pacha, et le 7 novembre 1854 débarque à Alexandrie. Le 30 du même mois, Saïd Pacha signe la concession autorisant Ferdinand de Lesseps à percer l’isthme de Suez.

Sur la base des trois projets établis par Charles Joseph Lambert transmis à l’ingénieur Louis Maurice Adolphe Linant de Bellefonds, un plan est dessiné par lui et Eugène Mougel. Après avoir été légèrement modifié, le plan est adopté en 1856 par la commission Internationale pour le percement de l’isthme des Suez à laquelle il a été soumis. Conforté par cet aval, Lesseps ne se laisse plus arrêter ni par l’opposition de Lord Palmerston, qui craint alors pour la position commerciale du Royaume-Uni, ni par les avis amusés prédisant le comblement du canal par les sables du désert. Il prend d’ailleurs cette année-là comme secrétaire un journaliste, humoriste et auteur dramatique anglais Charles Lamb Kenney, qui a néanmoins le diplôme d’avocat.

Parmi les trois propositions que fait Ferdinand de Lesseps, c’est l’ingénieur italien Luigi Negrelli qui a été choisi, celui qui avait proposé la canalisation directe, le respect de la forme et de l’absence d’écluses à l’embouchure du canal.

La direction générale du travail a ensuite été assignée à Negrelli mais il est mort après quelques jours de maladie, et donc les travaux seront continués matériellement par Ferdinand sur les plans établis de Negrelli.

Poussé par ses convictions, soutenu par l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie, il réunit par souscription plus de la moitié du capital de deux cents millions de francs nécessaires pour fonder la Compagnie Universelle du canal maritime de Suez. Le gouvernement égyptien souscrit pour quatre-vingts millions.

La compagnie de Ferdinand de Lesseps construit le canal de Suez entre 1859 et 1869. Dans l’affaire, Lesseps s’est entouré d’un vaste réseau de  compétences, sinon de connivences, notamment dans la presse, qui lui seront toujours de la plus grande utilité. Il bénéficie notamment du soutien de l’émir Abd el-Kader qui avait été, du côté oriental, l’un de ses plus actifs et pérennes appuis. En 1869, après l’inauguration du canal de Suez,  Napoléon III propose de nommer Lesseps duc de Suez. Instruit par le précédent des lacs Amers, Lesseps est le premier à applaudir au projet Roudaire.

Il le soutiendra en même temps que d’autres grandes entreprises et projets tels que le creusement d’un tunnel sous la Manche, l’établissement de liaisons ferroviaires à travers l’Asie, le canal de Panama, ou le  transsaharien. Phare du Tout-Paris, homme clé des relations de l’Occident avec l’Orient, « pape » de la géographie et de l’expansion européenne en Afrique, il est président de la Société de géographie en 1881, et membre de la Société protectrice des indigènes.

Le perceur d’isthme laisse derrière lui des zones d’ombre propice au culte comme à la suspicion. En 1893, poursuivi pour trafic d’influences et détournement de fonds dans le cadre des suites judiciaires dues au scandale de Panama, Ferdinand de Lesseps est condamné à cinq ans de prison qu’il n’effectuera pas. Il meurt à l’âge de 89 ans dans son château de La   Chesnaye, à Guilly, dans l’Indre.

Embaumé à Guilly, son corps est emmené en train à Paris où il est inhumé dans une chapelle familiale au cimetière du Père-Lachaise (division 6). Le service funèbre se fait en présence uniquement de sa famille, d’un représentant de la Société de géographie et de directeurs de la Compagnie du canal de Suez. Une partie de son sang repose dans un obélisque blanc au cimetière de Guilly.

Source : Wikipédia.

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