Farhat Hached, leader syndical et nationaliste.

Farhat Hached, né le 2 février 1914 à El Abassia (Kerkennah) et assassiné le 5 décembre 1952 près de Radès, est un leader syndical et nationaliste tunisien.

En 1946, à 32 ans, il a unifié le syndicalisme de son pays sous la bannière de l’Union générale tunisienne du travail, dont il est élu secrétaire général à l’unanimité, puis lui a donné une notoriété internationale pour renforcer la cause de l’indépendance face au pouvoir colonial français. Avec Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef, il est l’un des principaux chefs de file du mouvement national tunisien.

Alors que le premier est arrêté et le second recherché, la nouvelle de son assassinat en décembre 1952, après des menaces par voie de presse, déclenche des grèves et manifestations dans une quinzaine de pays, qui dégénèrent au Maroc par les émeutes des 7 et 8 décembre à Casablanca.

Selon les historiens, il a été assassiné par la Main rouge, une organisation armée défendant la présence française en Tunisie, qui servait de paravent au SDECE, le service de renseignement placé sous l’autorité directe du président du Conseil français, Antoine Pinay, qui avait consulté le résident général Jean de Hauteclocque.


Au congrès de l’Union départementale de la CGT, tenu en mars 1944, devant l’incapacité du syndicalisme métropolitain et de ses branches socialistes et communistes à apporter des réponses adaptées aux travailleurs tunisiens, il démissionne de la CGT. Hached et ses camarades leur reprochent d’« ignorer les aspirations légitimes des Tunisiens à l’indépendance nationale ». Dès novembre 1944, Hached prend l’initiative, avec d’autres syndicalistes tunisiens, de fonder un syndicat tunisien autonome. Il commence par l’Union des syndicats libres du Sud à Sfax, fixant comme priorité la justice sociale, l’égalité entre les travailleurs tunisiens et leurs homologues français et l’indépendance nationale. À Tunis, il crée, en 1945, l’Union des syndicats indépendants du Nord.

Le 20 janvier 1946, le congrès constitutif d’une organisation commune regroupant les syndicats autonomes du Nord et du Sud et la Fédération générale tunisienne du travail fondée en 1936, crée l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Hached est élu à l’unanimité comme le premier secrétaire général de la nouvelle centrale, à l’âge de trente-deux ans. Jean Lacouture le décrit dans ces termes quelques années plus tard :

« Je ne crois pas qu’aucun de ses adversaires les plus acharnés lui ait jamais dénié la force de sympathie : « Ferhat, m’a dit un vieux dignitaire du Maghzen, ah ! le bandit, qu’il est gentil… » C’est un homme trapu qui vous accueille, la main tendue, le regard bleu et rieur dans un visage rond au teint clair. La voix aigüe surprend chez cet homme vigoureux à l’encolure de lutteur. Une petite moustache rousse, coupée court, accentue le type occidental du leader syndicaliste. »

Dès le départ, Hached inscrit le mouvement syndical dans la lutte pour l’indépendance. Autonome et indépendant, il est un appui important et fidèle pour le mouvement national animé et dirigé par le Néo-Destour. Les grèves, les mouvements de protestations et les manifestations de rue se multiplient pour réclamer l’indépendance et l’amélioration des conditions de vie et de travail des Tunisiens. L’UGTT, sous la direction de Hached, joue un rôle primordial dans le déclenchement, l’encadrement des mouvements et la radicalisation des revendications populaires.

Le quatrième congrès de l’UGTT, en mars 1951, voit Hached dresser son bilan : après cinq ans à sa tête, elle compte désormais 120 000 adhérents, de toutes catégories et de toutes les régions du pays.

L’UGTT constitue une force d’initiative pour structurer la société autour de composantes de la société civile dans les domaines politiques (avec les comités de garanties constitutionnelles) ou sociaux (avec les comités de la cherté de la vie).

Avec son programme économique et social et les chapitres sur les libertés, l’UGTT dote le mouvement national d’un agenda national pour l’après-indépendance. Une vraie guérilla sociale est alors menée de façon organisée et systématique contre les autorités du protectorat français.

L’adhésion de l’UGTT en 1949 à la Fédération syndicale mondiale lui garantit une représentation internationale. Désormais, la création d’une union syndicale nord-africaine devient une priorité pour Hached qui encourage les syndicalistes marocains et algériens à créer des syndicats autonomes et les Libyens à mettre en place des structures syndicales.

Son adhésion à la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) en 1951 mène Hached, à se faire élire au comité exécutif, où il tisse des liens de solidarité, de réunion en réunion (Afrique du Nord, Milan, etc.).

Dès le 17 août 1950, un communiqué officiel français avait accepté le premier vrai gouvernement tunisien, présidé par M’hamed Chenik avec la participation du Néo-Destour, chargé de négocier l’autonomie interne6. Le 31 octobre 1951, Chenik soumet à Paris un mémorandum pour un nouvelle étape vers l’autonomie interne, auquel répond une note du 15 décembre 1951, évoquant des négociations. Mais le 13 janvier 1952, Jean de Hauteclocque arrive à Tunis à bord du croiseur Le Mercure puis remplace, le résident général de France, Louis Périllier. Il juge le second gouvernement Chenik coupable d’avoir porté plainte à l’ONU contre la France, requête déposée au même moment, et demande sans succès son retrait puis instaure le couvre-feu et l’état d’urgence, interdit toute activité politique, fait ratisser le cap Bon par la Légion étrangère et arrêter Habib Bourguiba avec d’autres leaders nationalistes8. Autre leader important, Salah Ben Youssef est en mission auprès de l’ONU.

À la mi-mars, Antoine Pinay devient président du Conseil en France. Dès son élection, il écarte les projets de souveraineté interne de la Tunisie9, que Bourguiba considérait comme « une base raisonnable de négociations » mais qui pour lui « sentaient l’hérésie et laisse toute licence au nouveau résident » Jean de Hauteclocque.

Deux semaines après, le 25 mars, ce dernier demande cette fois le départ du chef du gouvernement tunisien, Chenik, via un « ultimatum comminatoire »

Lamine Bey témoigne alors « d’un esprit de résistance qui surprend les fonctionnaires du protectorat » et refuse. Le 26 mars, De Hauteclocque fait déporter dans le Sud tunisien, à Kébili, quatre ministres — Mahmoud El Materi, Mohamed Salah Mzali, Mohamed Ben Salem — et Chenik lui-même, suscitant « le scandale jusque dans les murs du Palais Bourbon » à Paris10. C’est un coup de force, « perpétré contre le Bey » lui-même, quand toutes les relations avec l’extérieur sont coupées et que les troupes investissent Tunis pour assiéger son palais. De Hauteclocque « justifie ce coup de force » dans la Dépêche tunisienne du 27 mars. Deux jours seulement après ce coup de force à Tunis, appelé en consultation par la CISL, il arrive à Bruxelles le 28 mars pour y « faire le point de la situation en Tunisie au lendemain du coup de force » avec le secrétaire général Jacobus Hendrik Oldenbroek. Dans la foulée, il repart en mission aux États-Unis pour une deuxième mission, du 4 au 27 avril.

Le gouvernement français n’est pas unanime sur ce coup de force. Le ministre de la Défense René Pleven reproche à Vincent Auriol d’avoir laissé faire, sans destituer De Hautecloque. Dans ses mémoires, Auriol décrit même un « coup de force contre les ministres ».

Dans ce contexte, l’UGTT se retrouve en première ligne en assumant la responsabilité de diriger la résistance politique et armée contre les autorités du protectorat. En effet, elle reste protégée par la loi sur les libertés syndicales et le soutien de la CISL, des syndicalistes américains ainsi que des démocrates qui sont alors au pouvoir aux États-Unis.

Leader du mouvement national et chef de la résistance, Hached organise secrètement les groupes d’activistes dans les locaux de l’UGTT pour mener des attaques armées contre les symboles de l’autorité française. Il mène également des actions de grèves et de mobilisations malgré l’arrestation de plus de 20 000 personnes.

Hached repart en voyage en avril auprès de la CISL à Bruxelles puis aux États-Unis (Washington et New York) pour porter la voix de la Tunisie au moment où les questions tunisiennes et marocaines sont débattues au Conseil de sécurité de l’ONU. Le gouvernement d’Antoine Pinay se trouve alors acculé à présenter un nouveau plan de réformes, qui est cependant jugé en trompe-l’œil et inadapté. Hached suggère au bey de Tunis de réunir un conseil de quarante personnalités représentatives de l’opinion tunisienne afin d’étudier ce plan et de lui présenter leur avis le 2 août. Lamine Bey suit son conseil, puis annonce son rejet, dûment circonstancié, de l’annonce de Pinay.

Au matin du 5 décembre 1952, un guet-apens est réalisé pour éliminer Hached. Une première voiture le suit, à la sortie de Radès, ville de la banlieue sud de Tunis où il habite. Des rafales de mitraillettes sont tirées de la voiture qui s’enfuit à toute allure. Blessé à l’épaule et à la main, Hached trouve la force de quitter sa voiture. Quelques instants plus tard, une deuxième voiture apparaît avec trois hommes à bord ; s’apercevant qu’il vit encore, ils s’en approchent et l’achèvent d’une balle dans la tête avant de le jeter à moins d’un kilomètre au bord de la route.

À midi, la radio annonce sa mort qui provoque un soulèvement dans tout le pays ainsi que des manifestations à Casablanca, au Caire, à Damas, à Beyrouth, à Karachi, à Jakarta, à Milan, à Bruxelles et à Stockholm.

Au Maroc, ces manifestations sont interdites, ce qui provoque les émeutes des 7 et 8 décembre 1952 à Casablanca. Le journal socialiste Nord-Matin titre dans son numéro 2572 : « Émeutes sanglantes à Casablanca. 40 morts et nombreux blessés. Après l’assassinat de Farhat Hached et les maladresses du résident, les troubles s’étendent à l’Algérie et au Maroc ». Les historiens révèleront que ces émeutes ont en réalité causé 100 à 300 morts.

Plusieurs personnalités françaises dénoncent cet assassinat au travers de leurs articles, de leurs déclarations, de leurs pétitions ou de leurs démarches, tels Daniel Guérin, Roger Stéphane, Claude Bourdet, David Rousset, René Louzon, Alain Savary ou Charles-André Julien.

Le corps de Hached est transporté sur un petit navire de La Goulette aux Kerkennah pour être remis à sa famille. Sa femme alors âgée de 22 ans se retrouve veuve avec quatre enfants : Noureddine (huit ans), Naceur (cinq ans), Jamila (trois ans) et Samira (six mois). En 1955, le corps est finalement ramené à Tunis et inhumé dans un mausolée construit à la kasbah, à l’endroit même où il avait l’habitude de haranguer les foules.

En 2002, à l’occasion du cinquantenaire de son assassinat, un nouveau mausolée est construit pour recevoir sa dépouille. L’événement est commémoré chaque 5 décembre par le président de la République tunisienne, les représentants des institutions et corps constitués ainsi que par sa famille.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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