Erwin Rommel, militaire.

Erwin Rommel est un célèbre officier allemand, Generalfeldmarschall de la Wehrmacht au cours de la Seconde Guerre mondiale, né le 15 novembre 1891 à Heidenheim et mort le 14 octobre 1944 à Herrlingen, par suicide contraint à la suite de l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler.

Officier pendant plus de trente ans, sa carrière se déroule dans l’armée de terre allemande, notamment dans les divisions blindées, au service des régimes qui se succèdent alors : l’Empire allemand (1871-1918), la république de Weimar (1918-1933) et le Troisième Reich à partir de 1933. N’ayant pas été affecté sur le front de l’Est au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est réputé être un des rares généraux du Troisième Reich à ne pas avoir commis de crime de guerre ou de crime contre l’humanité.

En mai 1940, à la tête de la 7e Panzerdivision, Rommel est un des généraux qui réalisent la percée de Sedan à travers les Ardennes et la Meuse, au début de la bataille de France, manœuvre qui permet à l’armée allemande d’atteindre Paris dès le 14 juin et d’obtenir un armistice du chef du gouvernement français, le maréchal Pétain, le 22. De 1941 à 1943, il dirige le corps expéditionnaire allemand en Afrique du Nord, l’Afrikakorps, acquérant alors le surnom de « Renard du Désert »b, attribué aussi bien par ses compatriotes que par ses adversaires. Affecté en 1944 au groupe d’armées stationné en France, en Belgique et aux Pays-Bas comme responsable des fortifications, il améliore le mur de l’Atlantique et est présent au moment du débarquement des Alliés en Normandie le 6 juin 1944, jusqu’au mitraillage de sa voiture le 17 juillet et à son évacuation sanitaire.

Au début de 1944, alors que la situation militaire se détériore, un certain nombre d’officiers de la Wehrmacht décident d’assassiner Hitler afin de sauver l’Allemagne. Rommel ne participe pas à la conspiration, mais il se trouve en contact avec certains des conspirateurs. Après l’attentat du 20 juillet 1944, auquel Hitler survit, les représailles de la SS (RSHA, Gestapo) sont implacables : des officiers sont pendus en grand nombre. Rommel, qui a été blessé le 17 juillet sur le front de Normandie, est en convalescence chez lui lorsque des émissaires du haut commandement l’informent qu’il a été autorisé à se suicider pour éviter de pires sanctions. Déclaré mort d’un problème cardiovasculaire, il bénéficie de funérailles nationales à Ulm, au cours desquelles son collègue Gerd von Rundstedt prononce son éloge funèbre.

Admirateur de Hitler jusqu’à ses derniers jours selon certains historiens, il a cependant utilisé le régime nazi pour arriver au sommet de la hiérarchie militaire, tandis que la propagande du pouvoir a su exploiter son image d’officier allemand exemplaire issu du peuple.


Erwin Rommel nait le 15 novembre 1891 à Heidenheim an der Brenz, une petite ville du royaume de Wurtemberg, proche d’Ulm et Stuttgart. Il a des racines flamandes en Flandre occidentale.

Son père, professeur de mathématiques, prénommé Erwin, avait épousé en 1886 Helena von Luz, la fille du président du gouvernement du Wurtemberg, Karl von Luz. Leur union donna naissance à cinq enfants. Le premier enfant, Manfred, meurt en bas âge. La deuxième est une fille, Helena, qui devient ensuite enseignante à l’école Steiner-Waldorf de Stuttgart. Erwin Rommel est le troisième et suivent deux frères cadets : Karl, pilote d’un avion de reconnaissance en Turquie pendant la Première Guerre mondiale puis dentiste, et Gerhard, agriculteur puis chanteur d’opéra à Ulm.

Son père devient directeur en novembre 1898 du Realgymnasium d’Aalen, où il effectue la majeure partie de sa scolarité. Sa sœur le décrit comme « un enfant très gentil et docile, qui tenait beaucoup de sa mère ». Passionné d’histoire, il n’est, en revanche, guère attentif dans le reste des matières, son côté rêveur faisant de lui la tête de Turc de sa classe. Il éprouve également des difficultés à s’adapter à une discipline plus stricte que dans l’école de sa petite enfance. À quatorze ans, en 1905, le jeune Erwin change radicalement et s’améliore en mathématiques. Il se met aussi au sport et en particulier au ski, au tennis et à l’aviron. L’année suivante, il se découvre aussi une passion pour l’aviation naissante, qu’il partage avec son meilleur ami August Keitel. Erwin émet le souhait d’étudier l’aéronautique et de travailler à terme dans les usines Zeppelin de Friedrichshafen, mais son père préfère qu’il fasse carrière dans l’armée de terre7. En 1910, il s’engage enfin dans l’armée, comme élève officier.

Il rejoint le 6e bataillon du 124e régiment d’infanterie, basé à Weingarten. Comme tous les élèves officiers du Reich, il doit d’abord servir dans le rang avant de pouvoir suivre les cours de l’école militaire ; sa forte endurance impressionne ses instructeurs à cette occasion. En octobre 1910, il est promu caporal et, dès décembre, il est nommé sergent. L’un de ses instructeurs commente : « Rommel est fait pour commander et conduire des hommes à la guerre. Il est discipliné et ne semble jamais fatigué. Il fera sans aucun doute un officier hors du commun. Son audace en manœuvres a été particulièrement remarquée. » En mars 1911, Erwin Rommel rejoint l’école militaire de Dantzig. En fin d’année, il réussit ses examens avec des notes légèrement au-dessus de la moyenne ; ses résultats ont été très bons aux examens pratiques mais moins bons en théorie. En janvier 1912, il reçoit son brevet de sous-lieutenant et retourne à son régiment, le 124e régiment d’infanterie, où il est chargé de l’instruction. Il gagne rapidement une réputation d’ascète du fait qu’il ne fume pas, ne boit pas et ses camarades officiers le trouvent d’ailleurs trop sérieux pour son âge : sa vie se partage entre l’entraînement des recrues et les lettres qu’il écrit quotidiennement à sa fiancée Lucie.

Le 5 mars 1914, il est détaché auprès du 49e régiment d’artillerie de campagne à Ulm, où il apprend les manœuvres d’artillerie, avec intérêt. Il retourne au 124e régiment d’infanterie, le 31 juillet, pour le commandement d’une section de la 7e compagnie.

Le 1er août 1914, son régiment est mis sur pied de guerre puis est engagé dans ses premiers combats le 22 août aux abords de Bleid, village belge proche de Longwy. Rommel suit avec sa section l’ennemi qui se replie. Il part en reconnaissance avec trois soldats et surprend près du village une vingtaine de Français en train de boire un café avant de se remettre en ligne. Rommel ouvre le feu avec ses trois hommes et abat plusieurs Français. Il organise ensuite avec sa section, sans attendre de renforts, l’assaut du village au cours duquel il parvient à faire une cinquantaine de prisonniers.

Le 10 septembre 1914 le régiment de Rommel est engagé face à la 12e division d’infanterie française dans laquelle sert Maurice Genevoix à Vaux-Marie, Sommaisne, Rembercourt-aux-Pots.

Le 24 septembre, Rommel est blessé pour la première fois alors qu’il est seul opposé à trois soldats français, dans un bois, en Argonne, près de Varennes, poussé une fois de plus par son intrépidité à s’avancer un peu trop. Il est décoré de la croix de fer de 2e classe (Eisernes Kreuz 2. Klasse ou EK II). Début janvier 1915, sa blessure à peine cicatrisée, il retourne dans son régiment sur le front de l’Argonne. Le 29 janvier 1915, il reçoit la croix de fer de 1re classe pour une action d’éclat avec son régiment lui permettant de prendre quatre fortins et une position perdus la veille par les Allemands, en ne perdant que dix hommes. Durant toute cette période, il sème la panique dans les rangs français en s’attaquant rapidement à des positions, avec de faibles détachements, et en repartant aussi vite. En milieu d’année, il est promu lieutenant et blessé une seconde fois à la jambe.

Au début du mois d’octobre 1915, il est muté à la tête d’une compagnie du bataillon de montagne du Wurtemberg, une unité d’élite en formation à Münsingen. Composé de six compagnies de tirailleurs et de six sections de mitrailleurs, destinés à former six groupes de combat autonomes, ce nouveau type d’unité est donc doté d’un effectif supérieur à la normale, il s’entraîne dans les montagnes de l’Arlberg, avant de rejoindre le front des Vosges, en janvier 1916, où il combat notamment dans le secteur du Hilsenfirst.

En octobre 1916, le bataillon est envoyé sur le front de l’Est, dans les Carpates, à la suite de l’offensive victorieuse russe de l’été du général Broussilov. Le 11 novembre 1916, sur le front roumain, la compagnie de Rommel enlève le mont Lescu (culminant à 1 200 mètres) et débouche dès le lendemain sur le versant sud des Carpates (à Cărpiniș) où a lieu une violente contre-attaque des Roumains, finalement repoussée : la compagnie de Rommel peut descendre dans la plaine de Valachie et, en fin de journée, prendre la ville de Târgu Jiu. Fin novembre, il bénéficie d’une permission pour aller épouser Lucie à Dantzig mais, début décembre 1916, il a déjà rejoint son bataillon alors en train de prendre Bucarest. En janvier 1917, pour s’emparer du village de Găgești, la légende raconte que Rommel est resté allongé dans la neige par −10 °C jusqu’à dix heures du soir, à quelques pas des positions roumaines, attendant que les Roumains s’endorment. Dès que Rommel estime la garnison endormie, il ordonne l’offensive et capture quatre cents soldats roumains alors qu’il n’en perd presque aucun. Cette action vaut à son bataillon d’être cité à l’ordre de l’armée. En août 1917, en Bucovine, Rommel, malgré le harcèlement des bergers locaux et la résistance des Roumains, s’empare d’une position réputée imprenable, le mont Coșna (côte 789) qui est, aux dires de tous, Alliés comme Allemands, un véritable nid d’aigle. Le lendemain, l’unité de Rommel, épuisée, cède à une contre-attaque roumaine menée notamment par des officiers français de la Mission Berthelot. La position repasse entre les mains de la Triple-Entente.

À la suite du traité de Brest-Litovsk entre Allemands et Russes, les Roumains sont obligés de cesser le combat eux aussi : le 9 décembre 1917 a lieu l’armistice de Focșani.

Le 26 septembre 1917, le bataillon de Rommel fait partie des sept divisions envoyées en renfort à l’armée autrichienne qui a subi de lourdes pertes sur le front italien depuis 1915. Le bataillon de Rommel est plus précisément affecté au secteur de Caporetto-Tolmino. Un plan d’offensive est prévu, dans lequel le bataillon de Rommel doit suivre la 12e division bavaroise. Rommel, toujours intrépide et ne voulant pas rester à la traîne, prévoit un plan d’action pour son bataillon de manière indépendante vis-à-vis du reste des troupes et persuade son supérieur, le commandant Sprösser (de), de l’adopter. Ainsi, dès l’aube, Rommel part à la tête de ses troupes et enlève successivement Saint-Daniel, Foni, et le mont Matajur. En quarante-huit heures, Rommel a parcouru vingt kilomètres à vol d’oiseau, est monté à deux mille mètres, a devancé tous les autres régiments austro-allemands, a capturé cent cinquante officiers, neuf mille soldats et quatre-vingt-un canons. Il n’a perdu que six hommes et ne compte qu’une trentaine de blessés. Son bataillon joua un rôle déterminant dans la bataille de Caporetto, défaite qui coûta à l’armée italienne quarante mille tués, cent quatre-vingt mille blessés et trois cent vingt-cinq mille prisonniers.

En novembre, le bataillon de Rommel est affecté à l’avant-garde d’une division autrichienne dans le secteur du fleuve Piave, où les troupes italiennes se sont regroupées après cent quarante kilomètres de retraite. Le 9 novembre, Rommel parvient à s’emparer du village de Longarone après avoir traversé avec son régiment les eaux glacées du fleuve à l’aide de cordes. Cette action lui vaut sa promotion au grade de capitaine et l’attribution de la médaille Pour le Mérite, la plus haute distinction prussienne. Il est le plus jeune officier décoré de la médaille Pour le Mérite, qui était habituellement donnée à des officiers supérieurs.

En janvier 1918, Rommel à son grand regret est affecté à l’état-major du 64e corps d’armée à Colmar sur le front français. Alors que les diverses offensives lancées se soldent par de cuisants échecs ou plutôt des victoires qui ne modifient pas l’issue de la guerre, Rommel ne s’y sent pas vraiment dans son élément, lui qui n’a jamais apprécié la théorie et qui préfère le terrain. Comme un bon nombre d’officiers du Reich, il voit l’armistice du 11 novembre 1918 comme une trahison des politiques vis-à-vis de l’armée car, pour lui, l’armée allemande n’a pas été réellement vaincue.

Fin décembre 1918, Rommel retourne au 124e régiment d’infanterie de Weingarten. Pendant son trajet de la frontière française à chez lui pour rejoindre sa femme convalescente, comme bon nombre de militaires en uniforme il est souvent insulté par la population et risque même à plusieurs reprises de se faire arrêter. Pour pouvoir s’occuper de sa femme, il la fait s’installer à Weingarten où habite déjà sa mère. En juin 1919, c’est comme une humiliation supplémentaire pour son pays que Rommel ressent le traité de Versailles.

Le 1er juillet 1919, le capitaine Rommel prend le commandement d’une compagnie de sécurité intérieure à Friedrichshafen. Cette compagnie est composée en majorité d’anciens marins « rouges » qu’il a la charge de faire rentrer dans le rang et de transformer en parfaits soldats. La première fois que Rommel leur apparaît, bardé de décorations, ils se mettent à le huer, veulent élire un commissaire politique et tiennent même une réunion politique révolutionnaire. Rommel y assiste et demande à prendre la parole. Il monte à la tribune et fait un discours assez court disant qu’il compte bien commander à des militaires et non à des criminels. Le lendemain, Rommel parvient à les faire défiler et ses soldats apparaissent si disciplinés qu’il est félicité par l’inspecteur Hahn, chef de la police de Stuttgart.

Après la Première Guerre mondiale, il demeure dans la Reichswehr, commandant une compagnie du 13e régiment d’infanterie casernée à Stuttgart. Il est alors présenté comme : « Un soldat d’esprit sérieux, jeune, très différent des fiers-à-bras sans doute utiles en temps de guerre, mais se pliant difficilement à la discipline et aux mornes exercices du temps de paix. » Malgré les privations, les humiliations et différentes vexations ressenties par l’Allemagne, Rommel reste profondément légaliste et respectueux de la république de Weimar bien que souvent opposé à ses décisions. Il accueille l’arrivée au pouvoir du Generalfeldmarschall Paul von Hindenburg par des mots caractéristiques de l’état d’esprit militaire de l’époque : « L’arrivée au pouvoir du héros de Tannenberg est le signe du renouveau de la puissance allemande. Notre armée va ainsi retrouver la place primordiale qui doit être la sienne. Durant quatre ans, nous n’avons remporté que des succès face aux Alliés. L’armistice de 1918 n’est pas la conséquence d’une défection des militaires, mais des politiciens. »

En septembre 1927, Rommel fonde l’association des anciens combattants du bataillon de montagne du Wurtemberg, une association nationaliste qui s’occupe surtout de retrouver tous ceux qui ont servi dans ce bataillon d’élite et d’organiser une assemblée générale et un défilé tous les ans à Stuttgart. Le 1er octobre 1929, Erwin Rommel est nommé instructeur à l’École d’infanterie de Dresde, poste qu’il occupe durant quatre ans. À la suite de la préparation de ses cours et à l’expérience acquise sur le terrain lors de la Première Guerre mondiale, il publie un court manuel, Infanterie greift an (L’infanterie attaque), simple mais d’une grande clarté. Ce manuel fut lu entre autres par Hitler.

Sa femme Lucie décrit Rommel comme un mari facile à vivre et attentionné. Son fils Manfred naît le 24 décembre 1928 après douze ans de mariage. En juillet 1927, Rommel avait profité d’une permission pour se rendre en Italie sur les lieux de ses anciens exploits mais aussi partir sur les traces des ancêtres de sa femme, la famille Molino. Il avait dû abréger son séjour, les autorités italiennes ne voyant pas d’un bon œil cet officier ennemi visitant les lieux de défaites italiennes.

Entre 1933 et 1940, Rommel occupe différents postes d’instructeur militaire et les aléas de sa carrière le mettent en contact direct avec Adolf Hitler à plusieurs reprises, d’abord lors d’un défilé militaire, puis comme responsable de la sécurité personnelle de Hitler. Début 1940, Rommel est nommé commandant de la 7e Panzerdivision, sur recommandation directe de Hitler.

Rommel, dans une lettre, commente en ces termes la prise du pouvoir par les nazis en 1933 : « L’arrivée au pouvoir de Hitler est une chance pour le pays. Il semble être appelé par Dieu afin que le Reich retrouve sa puissance séculaire. L’armée ne peut que se réjouir de cette nouvelle. C’est un grand jour pour l’Allemagne ». Il porte toutefois peu d’intérêt à la politique en général et voit surtout Hitler comme un patriote19, même s’il accueille avec bonheur la loi du 25 mai 1935 renforçant l’armée.

Le 10 octobre 1933, Rommel reçoit, en plus de son grade de commandant, le commandement du 3e bataillon des chasseurs de Goslar (Goslarer Jäger) du 17e régiment d’infanterie. Cette unité d’élite passe pour être l’une des meilleures du jeune Reich et tous ses membres sont d’excellents skieurs. Âgé de 42 ans, Rommel démontre à ses officiers son excellente forme physique pour assoir sa légitimité. En juillet 1935, il rencontre pour la première fois Adolf Hitler à Goslar lors d’un défilé militaire. Un délégué SS vient informer Rommel qu’un bataillon SS défilerait devant ses soldats et se voit répliquer qu’il serait normal que ce soit l’inverse. Hitler est impressionné par cette attitude et le fait convoquer par Heinrich Himmler et Joseph Goebbels. Lors de l’entretien, Goebbels et Himmler reconnaissent que faire défiler des SS devant un bataillon d’élite est une erreur et en imputent la faute à un subordonné un peu trop zélé. Hitler félicite Rommel pour l’excellente tenue de ses hommes, se fait dédicacer son exemplaire de L’Infanterie attaque, il lui assure que sa fidélité au régime ne sera pas oubliée.

Le 15 octobre 1935, Rommel est promu lieutenant-colonel et nommé instructeur à l’Académie de Guerre de Potsdam, dans la banlieue de Berlin. Rommel semble s’être peu mêlé à la société berlinoise, limitant ses relations sociales à des officiers de son rang et à leurs épouses. Il se garde de prendre position dans les rivalités entre l’état-major de l’armée et les chefs nazis. Commentant les mouvements italiens en Éthiopie et la guerre contre le Négus, il conclut : « La puissance de feu et la grande mobilité des troupes sont les garants essentiels de la victoire. »

Le 25 février 1937, Rommel reçoit, en plus de sa charge à l’Académie de Potsdam, celle d’entraîner les Jeunesses hitlériennes, afin de renforcer le lien entre l’organisation des Jeunesses et la Wehrmacht. Il en vient à rencontrer Baldur von Schirach, chef des Jeunesses, lors d’une entrevue difficile. Rommel traite Schirach de blanc-bec, et Schirach rapporte à Hitler que Rommel n’est pas « un nazi bon teint ». Hitler, qui a toute confiance en Rommel, qu’il considère comme l’un de ses meilleurs instructeurs, impose aux deux hommes de s’entendre et de travailler en commun. Rommel adapte également son traité d’infanterie à l’intention des Jeunesses hitlériennes, et Hitler fait éditer ce livre dans une édition populaire tirée à 400 000 exemplaires.

Début octobre 1938, Rommel est promu colonel et commande temporairement le bataillon chargé de la sécurité du Führer. Il participe à l’invasion des Sudètes. Hitler a une grande confiance en lui du fait qu’il est « un officier national-socialiste qui n’est pas issu de l’aristocratie ». La proximité du Führer, que donne cette mission de protection, convainc Rommel des qualités exceptionnelles de Hitler : « Hitler possède un pouvoir magnétique sur les foules, qui découle de la foi en une mission qui lui aurait été confiée par Dieu. Il se met à parler sur le ton de la prophétie. Il agit sur l’impulsion et rarement sous l’emprise de la raison. Il a l’étonnante faculté de rassembler les points essentiels d’une discussion et de lui donner une solution. Une forte intuition lui permet de deviner la pensée des autres. Il sait manier avec habileté la flatterie. Sa mémoire infaillible m’a beaucoup frappé. Il connaît par cœur des livres qu’il a lus. Des pages entières et des chapitres sont photographiés dans son esprit. Son goût des statistiques est étonnamment développé : il peut aligner des chiffres très précis sur les troupes de l’ennemi, les diverses réserves de munitions, avec une réelle maestria qui impressionne l’état-major de l’armée. »

Après trois années comme instructeur à Potsdam, Rommel est nommé, en novembre 1938, directeur de l’Académie militaire thérésienne située au sud-ouest de Vienne dans une région montagneuse. Le poste, loin des intrigues du pouvoir et autonome des autorités supérieures, convient bien à Rommel, qui se livre complètement à l’entraînement des jeunes recrues et des élèves officiers. Il loge avec sa famille dans une maison entourée d’un immense jardin et n’a que très peu de contacts avec les chefs nazis locaux. Il profite de cette affectation pour réétudier les combats du front austro-italien de la Première Guerre mondiale. Il visite par exemple le secteur du Trentin où 250 000 soldats autrichiens et italiens sont tombés en 1916. Il se livre aussi à sa passion pour la photographie : d’après un certain nombre de contemporains, Rommel avait un talent affirmé dans ce domaine et a même bénéficié d’une exposition organisée par le maire de Wiener Neustadt. Cette exposition rencontra d’ailleurs un certain succès. Rommel reçoit, par ailleurs, les meilleurs éléments des Jeunesses hitlériennes pour leur donner une solide instruction militaire, mais il n’apprécie pas toujours leur fanatisme et leur arrogance.

À la mi-mars 1939, il est de nouveau chargé de la sécurité du Führer. S’il faut en croire Rommel, c’est lui qui, au moment de l’occupation militaire de la Bohême-Moravie, aurait convaincu Hitler de monter en voiture jusqu’au château de Prague : « Je l’ai persuadé en quelque sorte de rouler avec moi. Il s’en est remis à ma protection et ne m’a jamais oublié à cause de ce conseil. » Le 23 août 1939, Hitler nomme Rommel général et le fait affecter à son quartier général, toujours chargé de commander le bataillon assurant sa sécurité. Celui-ci est, à ce moment-là, très confiant dans les capacités de Hitler et pense qu’il arrivera à éviter le conflit généralisé en Europe. En outre, la famille de sa femme vivant en Prusse-Orientale, il est tout à fait favorable à la suppression du couloir de Dantzig, mais espère tout de même qu’une solution diplomatique sera trouvée.

Le quartier général se déplace à mesure que la campagne de Pologne progresse. Le 2 septembre 1939, le quartier général est déjà à Prusczo, le 10 à Kielce et le 13 à Łódź. Le 27 septembre, Varsoviee capitule. Rommel retient comme enseignement de cette Blitzkrieg que : « L’importance d’une parfaite coopération entre l’aviation et les blindés est désormais évidente. Répandre la confusion sur les arrières est souvent plus démoralisant pour les forces adverses que les pertes subies. Il faut pousser à fond l’exploitation de la percée des troupes motorisées, sans tenir compte des îlots ennemis de résistance que l’infanterie a pour charge de réduire. Les chars doivent être utilisés en masse et non en ordre dispersé. ».

En octobre, rentré en Allemagne, Hitler lui demande : « Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, mon cher général ? » Rommel répond aussitôt : « Une division  blindée ! ». Hitler donne satisfaction à Rommel : le 10 février 1940, il lui confie le commandement de la 7e Panzerdivision en garnison à Godesberg am Rhein.

La campagne de France commence, le 10 mai 1940, pour la 7e Panzerdivision, rattachée au 15e Panzerkorps du général Hoth. Commandée par Erwin Rommel, elle attaque à l’aube dans l’Ardenne belge, retardée par la résistance des chasseurs ardennais à Chabrehez, ainsi que par les destructions et les obstacles que les Belges ont réalisés le long des routes sinueuses et étroites : « Il fallait non seulement se battre, mais écarter des barrages ou édifier des passerelles pour remplacer les passages détruits ». Aussi, ce n’est que le 11 mai que les avant-gardes de Rommel prennent contact avec les premiers éléments français de la 1re division légère de cavalerie. Rommel note : « À notre premier choc avec les forces françaises, nous ouvrîmes le feu tout de suite, ce qui les amena à se retirer en hâte. J’ai constaté que, dans ces contacts, le succès est au bénéfice du premier qui a pu mettre l’ennemi sous son feu. » Le 11 mai, Rommel est enroué et fatigué, il n’a cessé de crier des ordres, du haut de la tourelle de son Panzerkampfwagen III (Panzer III), depuis le début de l’offensive et n’a dormi qu’un très petit nombre d’heures, mais le lendemain sa division a contraint la 1re DLC, qui ne comptait, il est vrai, dans ses effectifs que douze chars Hotchkiss H35 à se replier derrière la Meuse. Le 12, comme Rommel a pris de l’avance sur la 5e Panzerdivision voisine, Hoth décide de lui confier un des deux Panzer-Regimenten de cette dernière pour exploiter son succès.

L’objectif assigné à Rommel est de franchir le fleuve dès que possible et d’établir une tête de pont dans le secteur de Dinant, mais les Français ont pris le temps de faire sauter les ponts de Dinant et Houx. Il va donc devoir faire traverser ses troupes sur des canots en caoutchouc. L’attaque lancée le 13 mai à cet effet rencontre une vive résistance de la part des Français de la 18e division d’infanterie : « Je me rendis dans le secteur de Dinant. Plusieurs de nos chars atteints se trouvaient sur la route conduisant à la route de la Meuse. Les obus français tombaient avec une grande précision. Nos canots étaient détruits les uns après les autres par le tir des Français, et la traversée ne s’effectuait pas. » Il ordonne donc à des Panzer IV avec leurs canons de 75 mm, ainsi qu’aux obusiers automoteurs Sig 33 de 150 mm, d’appuyer le franchissement avec des tirs tendus et, grâce à cette protection, la traversée peut finalement s’effectuer. Il envoie aussi le 7e bataillon de motocyclistes prendre le village de Grange à proximité.

Sur l’autre rive, les combats font rage, Rommel doit repousser une contre-attaque de blindés légers. Le 14 mai, une contre-attaque française chasse les Allemands du village de Haut-le-Wastia. Rommel ayant donné l’ordre la veille au génie de rétablir les ponts, fait accélérer le passage des chars par ceux-ci pour renforcer la tête de pont établie. En se rendant en reconnaissance à la lisière du bois d’Onhaye, Erwin Rommel, qui est monté dans un char est blessé à la joue gauche par un feu nourri français. En effet, la contre-attaque française est vigoureuse et les hommes motivés ; par exemple, un canonnier français a détruit sept blindés à lui seul. Mais les renforts allemands affluent et la Luftwaffe, maîtresse du ciel, oblige les chars français à se cacher. Malgré tout, la victoire reste incertaine jusqu’à ce que le 25e régiment de panzers attaque et rétablisse la situation en faveur des Allemands. En effet, la 18e division d’infanterie française, contre laquelle combat Rommel, n’a reçu que la moitié du matériel antichar prévu pour une division d’infanterie. Elle doit donc faire face aux 218 chars de Rommel et ses cinquante-six automitrailleuses avec seulement vingt et un canons antichars. Elle n’est appuyée que par un bataillon de quarante-cinq chars légers Hotchkiss (armés d’un canon court de 37 millimètres, modèle 1918) qui ne peut faire grand-chose contre la marée des panzers. Au total, les pertes allemandes seront d’ailleurs très faibles par rapport au succès remporté : le franchissement de la Meuse.

Le 15 mai, Rommel doit faire face à un nouvel ennemi, la 1re division cuirassée (DCR), du général Bruneau, forte d’environ 160 chars (70 Renault B1-bis et 90 Hotchkiss H39), dont l’autonomie en carburant est faible. La division, par suite de problèmes de ravitaillement, se retrouve bloquée entre Flavion et Ermeton, une partie de ses chars ne pouvant plus avancer. Vers 8 heures 30, Rommel tombe sur les chars de la 1re DCR, au moment où ceux-ci sont en train de faire le plein. Les chars allemands, essentiellement des Škodas tchèques armés de canons de 37 mm, ne font pas le poids face à des B1 bis, même immobilisés, et subissent des pertes. Dans ses Carnets, Rommel n’évoque que brièvement l’épisode qu’il qualifie de « bref engagement ». Il contourne la 1re DCR et se dirige vers Philippeville, la 5e Panzerdivision prenant le relais l’après-midi. Le 16 mai, Rommel affronte à Vouziers les débris de la 1re DCR, qui ne compte plus que dix-sept chars.

Le 16 mai, Rommel fait face aux prolongements de la ligne Maginot, à l’ouest de Clairfayts, que Rommel croit être la véritable ligne Maginot, mais qui, en réalité, ne sont qu’un ensemble de fossés antichar et de fortins équipés à la hâte, rapidement percé par les panzers. Dans ses Carnets il exulte : « … nous avions traversé la célèbre ligne Maginot, nous avancions profondément en territoire ennemi. Ce n’était pas un beau rêve, c’était la réalité. » Dans la nuit du 16 au 17, Rommel exploite son succès. Il emploie une technique peu utilisée à l’époque, en ordonnant à ses tankistes de tirer à droite et à gauche en roulant pour désorienter l’ennemi. Dès minuit, Rommel entre dans Avesnes, où ont lieu des combats de rues acharnés qui se terminent vers 4 heures du matin. Rommel, qui invoque une fort opportune absence de liaisons radio avec le quartier général, décide de poursuivre sa percée vers l’ouest. Avec les éléments de pointe de la division, il traverse sans rencontrer de résistance les lignes françaises plongées dans le chaos et le désarroi. Il traverse Maroilles et s’empare d’un pont intact sur la Sambre à Landrecies. Il pousse vers l’ouest jusqu’aux environs du Cateau, qu’il atteint vers 6 heures 15. Il se trouve dans une position vulnérable, alors que le gros de la division se trouve cinquante kilomètres en arrière et que ses chars manquent de carburant et de munitions. Laissant sur place les chars de l’Oberst Karl Rothenburg, il fait demi-tour dans une automitrailleuse avec pour toute escorte un seul char. Son audace est payante : il croise sans être inquiété de nombreuses unités françaises, rejoignant même Avesnes avec un convoi de quarante camions français qui s’est rendu à lui. Son retour met un terme à l’inquiétude qui avait saisi tant son propre chef des opérations que l’OKH. Ainsi, Rommel fait de la 7e Panzer la première division à avoir franchi la Sambre, empêchant les forces françaises d’y organiser une ligne de défense. La division a ainsi réalisé une percée longue d’une cinquantaine de kilomètres et large de seulement trois kilomètres. Ce 17 mai est aussi le jour où Rommel donne l’ordre de faire abattre le lieutenant-colonel Savare, commandant du 254e régiment d’infanterie, après trois sommations à monter dans un véhicule blindé.

Le 12 février 1941 vers midi, Rommel atterrit à Tripoli où, après un bref exposé de la situation par le lieutenant-colonel Heggenreiner, il rencontre le général Italo Gariboldi. Malgré la réticence du général italien à toute offensive prématurée sur les Britanniques, Rommel obtient de pouvoir faire diverses opérations limitées ayant pour but de tester les résistances adverses. Les troupes germano-italiennes au début de ces opérations s’élèvent à 3 000 Italiens et 9 300 Allemands. Le 24 mars 1941, un bataillon de la 5e division motorisée attaque El Agheila que les Britanniques abandonnent sans livrer de combats. Le 1er avril, Rommel attaque Marsa El Brega, faisant du même coup 800 prisonniers chez les Britanniques. Le 2 avril 1941, c’est la prise d’Agedabia qui force les Britanniques à se retirer sur la position d’El-Mechili. Cette position est rapidement encerclée par les Germano-Italiens. Mechili est défendu par les débris de la 2e division mécanisée britannique, la 3e brigade motorisée indienne, une batterie du Royal Horse Artillery et une unité du 3e régiment antichars australien. Le 8 avril, une tentative de sortie britannique se solde par un échec face au 8e régiment de bersaglieri qui force les Alliés à battre en retraite sous les tirs des canons du colonel Ugo Montemurro. Les généraux Gambier-Parry et Vaughan sont faits prisonniers par Montemurro ainsi que 1 700 hommes et 500 véhicules divers.

Peu de temps après, les Britanniques évacuent Benghazi et se replient sur Tobrouk, mais leur retraite n’est pas de tout repos. En effet le lieutenant-colonel Ponath, à la tête d’une colonne motorisée allemande, arrive à capturer les généraux Neame, Combe et O’Connor, désorganisant ainsi le commandement des forces britanniques en Afrique du Nord. Malgré tout, Rommel ne peut continuer son offensive, tant que Tobrouk n’est pas tombé. En effet Tobrouk réunit une garnison de 36 000 hommes, dont une cinquantaine de chars, quatre régiments d’artillerie lourde et deux régiments antichars. À la mi-avril 1941, Rommel encercle Tobrouk avec les divisions italiennes « Brescia », « Ariete » et « Trento », ainsi qu’avec la 15e division motorisée allemande, soit environ 40 000 hommes, la 15e Panzerdivision ne pouvant arriver avant la fin du mois. Durant un peu plus d’un mois, de fréquents combats ont lieu entre les assiégés et les attaquants, sans que l’un ou l’autre puisse prendre l’avantage. Le 15 avril, Rommel reçoit le renfort de la 90e Leichte Afrika Division fraîchement arrivée d’Allemagne. Profitant de l’immobilisation de l’AfrikaKorps, les Britanniques lancent deux offensives à partir de l’Égypte, pour forcer Rommel à lever le siège. Ce sont les deux opérations Brevity et Battleaxe : elles coûtent environ 600 chars aux Britanniques.

En mai 1942, l’offensive est relancée, le but de l’offensive est la prise du canal de Suez. Disposant d’effectifs moins importants que ceux de l’ennemi, en particulier en termes de blindés, 575 chars côté axe contre 994 pour les Alliés, Rommel choisit de procéder à une manœuvre d’enveloppement par le sud, après une démonstration des Italiens sur El-Gazala.

Le général britannique Ritchie est persuadé que les Allemands attaqueraient directement Tobrouk et engage son armée le long de la côte, malgré son flanc sud peu protégé. Seules, deux divisions et trois brigades dont la 1re brigade française libre du général Kœnig peuvent s’opposer au mouvement tournant des unités mobiles germano-italiennes.

La brigade FFL est chargée pour sa part de défendre la position de Bir Hakeim. Elle dispose pour assurer sa mission de moyens antichars mais de peu d’artillerie lourde ainsi que peu de blindés.

Le 26 mai 1942, vers 14 h, les Italiens attaquent Gazala tandis que les panzers de Rommel avancent au sud de Bir-Hakeim. Rommel a surpris le général Ritchie et menace en remontant au nord de couper la retraite à la 8e armée vers l’Égypte. Mais l’échec du général Stefanis et de sa division Ariete, malgré l’appui de la Luftwaffe, oblige Rommel à marquer une pause dans son mouvement afin de mener un siège en règle de Bir Hakeim. De plus, les Britanniques se sont ressaisis et contre-attaquent au sud pour éviter l’encerclement. La résistance courageuse des Français encerclés, qui dure près de quinze jours et l’emploi massif des nouveaux et puissants chars M3 Grant, empêchent les divisions blindées de l’axe de fermer la nasse autour de la 8e armée. Finalement, celle-ci peut se redéployer, avec l’appoint de divisions fraîches sur une ligne passant par El Alamein, dont les défenses sont solides et appuyée au sud sur la dépression de Qattara.

Tobrouk tombe finalement le 21 juin 1942. Rommel vient de perdre l’occasion d’une victoire rapide.

Le lendemain de la prise de Tobrouk, le 22 juin 1942, Rommel, qui se trouve à la frontière égyptienne, apprend par la radio qu’il vient d’être promu Generalfeldmarschall (Rommel est l’un des deux Generalfeldmarschall qui aient obtenu ce grade à la suite de la prise d’une place forte, le deuxième étant Erich von Manstein, à la suite de la prise de Sébastopol en juillet 1942).

Claude Auchinleck qui a remplacé Ritchie, à la tête de la 8e armée, va y mener une bataille défensive, que l’on appelle généralement, la première bataille d’El Alamein. Cette lutte d’usure qui dure tout le mois de juillet, épuise surtout l’Afrika Korps qui a peu de moyens de renfort et dont les lignes de ravitaillement sont étendues. L’avance des Allemands et des Italiens ayant été stoppée, on peut considérer qu’il s’agit d’une victoire pour les Alliés.

Le 17 juillet 1942, Rommel découragé écrit à sa femme : « Cela va mal. L’ennemi profite de sa supériorité pour détruire les formations italiennes une par une, et les unités allemandes sont trop faibles pour résister seules. Il y a de quoi pleurer ! ».

Le 28 août 1942, Rommel tente une percée pour bousculer les forces britanniques avant qu’elles ne se renforcent. La manœuvre échoue essentiellement par manque de carburant. Le 3 septembre 1942, ses forces rentrent à leur base de départ après avoir perdu 42 chars sur le terrain. Il organise alors son front défensivement et rentre malade et découragé en Allemagne le 22 septembre pour se soigner. Il est remplacé par le général Georg Stumme en provenance du front de Russie.

Pendant ce temps, Bernard Montgomery, fraîchement arrivé, organise les préparatifs de la seconde bataille d’El Alamein en reconstituant ses forces.

Rommel revient en Afrique dès le 25 octobre 1942 car le général Georg Stumme a été tué dès le début de la seconde bataille d’El Alamein.

Montgomery mène une offensive décisive, repoussant l’Afrika Korps et les forces italiennes jusqu’en Libye. Cette défaite de Rommel est considérée comme un des tournants de la guerre par beaucoup d’historiens, au même titre que la bataille de Stalingrad, car l’Axe ne reprit jamais l’offensive par la suite sur le front africain en octobre-novembre 1942, où, mis en grande difficulté par le britannique Bernard Montgomery, le Führer lui a refusé la retraite. Erwin Rommel, entrant dans une grande colère, sonna quand même la retraite en dépit des ordres du Führer.

Malgré l’ordre de Hitler du 2 novembre 1942 de résister jusqu’au bout, Rommel décide de lui désobéir et, le 3 novembre, de battre en retraite jusqu’en Tunisie afin de ne pas sacrifier inutilement les troupes et le matériel qui lui restent (32 chars le 4 novembre, à l’arrêt des combats)43[réf. incomplète]. À son arrivée à Sollum il ne lui reste plus que 11 chars sur 565 et pas plus de 2 000 hommes sur un total au début de la bataille d’environ 31 100 hommes du côté allemand.

La retraite, plus ou moins aisée pour les Allemands qui disposent d’un grand nombre de véhicules et donc d’une grande mobilité, est plus délicate pour les Italiens. Les divisions Trento du général Francesco Scotti, Pavia, Brescia et Folgore subissent de très lourdes pertes et sont contraintes à la reddition. Persuadé que la percée en Égypte n’est plus possible, Rommel est décidé à se retirer en Tunisie pour continuer le combat. Cette conviction est renforcée par la réussite de l’opération Torch, qui a permis aux Alliés de débarquer au Maroc et en Algérie. De leur côté les Britanniques, bien que vainqueurs, ont subi de lourdes pertes — environ un millier de chars détruits — ce qui permet à Rommel de poursuivre la retraite en bon ordre. Tobrouk est évacuée le 12 novembre 1942.

Le 8 mars 1943, Rommel fait ses adieux à son vieux compagnon Bayerlein à Benizelten, village tunisien situé dans la chaîne montagneuse de Matmata. Le lendemain, il quitte définitivement le sol africain en décollant de Sfax, en Tunisie, pour retourner en Allemagne, en passant par Rome.

Alors qu’il pense retourner en Afrique après s’être un peu reposé, ses discussions avec le Commando Supremo italien lui font comprendre que ce n’est pas dans les intentions du Führer.

Le jour du débarquement allié en Normandie, le 6 juin 1944, Rommel se trouve en Allemagne. Vu le mauvais temps qui règne alors sur la Manche, les Allemands ne s’attendent pas à un débarquement ce jour-ci. La veille, il part donc pour Herrlingen afin de fêter l’anniversaire de sa femme puis rencontrer Hitler le lendemain, pour le convaincre de mettre à sa disposition deux divisions de panzers pour les déployer près des côtes du Calvados. À l’annonce du débarquement, il rentre le soir même à son quartier général de la Roche-Guyon, sans avoir rencontré Hitler.

Dix jours plus tard, Hitler se rend dans son quartier-général de la Wolfsschlucht II, à Margival dans l’Aisne et y convoque Rommel ainsi que Rundstedt, furieux que les Alliés n’aient pas été repoussés à la mer. L’entretien est houleux. Rommel fait une présentation du front. Il indique que Cherbourg tombera prochainement aux mains des Alliés alors que Hitler avait demandé que ce port soit défendu à tout prix. Il parle du « combat désespéré contre une supériorité ennemie dans les trois dimensions ». Il préconise l’abandon des forteresses le long des côtes de la Manche que les Alliés n’attaqueront plus et se contenteront de contourner et qui mobilisent plus de 200 000 soldats allemands. Il préconise un repli allemand d’une quinzaine de kilomètres au sud et à l’est de l’Orne pour redéployer ses divisions de panzers et ainsi envisager une contre-offensive. Il demande également que l’on commence à préparer une ligne de défense sur la Seine, appuyé dans ce sens par Rundstedt. Hitler refuse catégoriquement. D’une manière plus générale, il est rapporté que Rommel exhorta Hitler à mettre fin à la guerre, que l’Allemagne était à la limite de rupture sur trois fronts (Normandie, Italie et front de l’Est) ce qui mit le Führer en rage. Celui-ci répondit que le bombardement de Londres par les V1 et l’arrivée des avions à réaction mettraient les Britanniques à genoux. Rommel espère que Hitler et des généraux de l’état-major se rendront à la Roche-Guyon les jours suivants pour prendre conscience de la réalité de la situation55. Mais Hitler rentre en Allemagne dès le lendemain.

Rommel est grièvement blessé le 17 juillet 1944 lors du mitraillage de sa voiture sur une route normande par deux avions alliés. Les circonstances et les suites de l’accident ont été rapportées par le Vizeadmiral Friedrich Ruge, ami et adjoint du Generalfeldmarschall en Normandie.

Rommel se rend, le 17 juillet 1944, en passant par Falaise, aux PC des 276e et 277e divisions d’infanterie et constate qu’elles ne sont pas suffisamment soutenues par le IIe corps blindé SS, entre autre la 2e division SS Das Reich responsable du Massacre de Tulle ou du Massacre d’Oradour-sur-Glane parce que celui-ci se tient trop en arrière. Là, il apprend que l’ennemi a lancé l’offensive à Saint-Lô. Cela le détermine à rentrer au plus vite à son quartier général. Le ciel s’est complètement dégagé et les avions alliés manifestent une grande activité. Rommel gagne Livarot par des chemins secondaires, où il rejoint la route nationale. Deux pilotes de Spitfire aperçoivent la voiture et l’attaquent entre le village de Sainte-Foy-de-Montgommery et Vimoutiers, au lieu-dit « La Gosselinaie » où la route présente une assez longue ligne droite. Le bon sens aurait voulu que le véhicule s’arrête brutalement et que ses occupants se jettent dans le fossé, mais Rommel, méprisant toujours le danger, ordonne à son chauffeur d’accélérer. Une tentative pour atteindre le virage suivant en augmentant la vitesse échoue. Un projectile de 20 mm atteint le chauffeur Daniel à l’épaule (blessure qui va plus tard le tuer) : il perd le contrôle du véhicule, lequel fait une embardée et se met en travers de la route. Rommel, projeté au dehors, gît sans connaissance. Le capitaine Lang, qui se trouvait sur le siège arrière, à droite, en sort indemne. Derrière le chauffeur, un autre projectile de 20 mm explose sur l’étui de pistolet du commandant Neuhaus qui semble ne s’en tirer qu’avec des contusions ; il faut dix jours pour s’apercevoir que l’explosion du projectile a provoqué une fracture de sa colonne vertébrale.

Gravement blessé, Rommel est transporté dans le coma dans une pharmacie à Livarot où le pharmacien et maire de la ville, Marcel Lescène (grand-père d’Élisabeth Borne) lui prodigue des premiers soins, puis jusqu’à l’hôpital de campagne allemand de Bernay. Le diagnostic tombe dans la soirée : quatre fractures du crâne dont une à la base, des éclats au visage, une très longue indisponibilité. Le 23 juillet, il est très faible mais reconnaît le capitaine Winrich Behr qui lui rend visite. Il est évacué vers l’hôpital militaire allemand du Vésinet en région parisienne. Il voudrait revenir sans délai au quartier général, mais doit rester alité au moins trois semaines.

Le 3 août 1944, une annonce officielle est diffusée qui indique que le maréchal Rommel a été victime d’un « accident d’automobile ». Rommel s’emporte car le communiqué ne mentionne pas l’attaque de l’aviation ennemie.

Les pilotes alliés pourraient être le Français Jacques Remlinger (celui-ci n’apprend le nom du passager du véhicule qu’en 1990) et le Néo-Zélandais Bruce Oliver. Il existe une intense controverse à ce sujet puisque plusieurs pilotes ont revendiqué cet assaut. En 2004, l’historien Michel Lavigne a comparé les détails des récits officiels de l’attaque (ceux des Alliés et ceux des Allemands) aux détails d’une mission de la RCAF du 17 juillet effectuée par un vétéran de la Royal Canadian Air Force, Charley Fox (en)62. Tout semble concorder, c’est-à-dire le récit desdits pilotes mais surtout le lieu, le moment et les rapports sur les avions impliqués.

Rommel, comme de nombreux officiers généraux allemands, ne cachait plus qu’il fallait négocier une paix séparée avec les Alliés occidentaux. Il manifestait au cours de discussions son opposition à la manière dont Hitler menait la guerre. Il avait des contacts de plus en plus réguliers à la Roche-Guyon avec la frange d’officiers désormais décidés à écarter Hitler du pouvoir. Mais s’il se ralliait à cette idée au début de la conspiration, Rommel, au contraire de plusieurs officiers, ne souhaitait pas l’exécution de Hitler, insistant pour qu’il soit jugé. Il semble cependant que, peu de temps avant le mitraillage de sa voiture, il se soit laissé convaincre qu’il fallait tuer le Führer.

Le complot, mené par le colonel Claus von Stauffenberg, vise à éliminer Hitler et de permettre à l’armée de prendre le pouvoir puis de tenter de négocier une paix séparée avec les Occidentaux.

Le 20 juillet 1944, un attentat à la bombe a lieu dans le quartier général de Hitler en Prusse-Orientale, à Rastenburg, la Wolfsschanze (« la tanière du loup »). Hitler est touché, mais de façon limitée. La répression menée par la SS s’abat sur les officiers impliqués de près ou de loin dans le complot.

Rommel ne fait pas partie du premier cercle des conspirateurs. Il n’est donc pas inquiété lors des arrestations de juillet et août.

Mais, en octobre 1944, en convalescence chez lui à Herrlingen, il reçoit l’ordre de se suicider, en échange de la préservation de son honneur et du respect de sa famille, en lui évitant la Sippenhaft. Une telle issue préservait également les dirigeants nazis d’un éventuel contrecoup qu’aurait provoqué l’incarcération, voire l’exécution d’un maréchal devenu très populaire au fil de son ascension et de ses victoires.

Le général Burgdorf interdit au médecin-chef, le Dr Mayer, de pratiquer une autopsie en disant : « Ne touchez pas le cadavre, tout est réglé de Berlin. » On expliqua à sa femme que la mort résultait d’une embolie.

La cérémonie funéraire a lieu le 18 octobre 1944 à l’hôtel de ville d’Ulm. Le Generalfeldmarschall von Rundstedt est chargé de représenter Hitler. Il lit un discours qui contient cette affirmation : « Son cœur appartenait au Führer ». Mais Rundstedt n’assiste pas à la crémation qui a lieu aussitôt après et ne se rend pas non plus dans la maison mortuaire à Herrlingen. Hitler offre à Rommel des funérailles nationales, dans le but de masquer la vérité et de ménager l’opinion publique.

Source : Wikipédia.

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