Élisabeth II, reine du Royaume-Uni, d’Irlande du nord et du Commonwealth.

Élisabeth II, née le 21 avril 1926 à Mayfair (Londres) et morte  le 8 septembre 2022 au château de Balmoral (Écosse), est reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et des autres royaumes du Commonwealth du 6 février 1952 à sa mort.

À sa naissance, elle est troisième dans l’ordre de succession au trône après son oncle et son père. En 1936, son oncle devient roi mais abdique quelques mois plus tard, laissant le trône à son frère cadet. La princesse Élisabeth devient alors, à l’âge de 10 ans, l’héritière présomptive de la Couronne britannique. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle s’enrôle au sein de l’Auxiliary Territorial Service. Le 20 novembre 1947, elle épouse Philip Mountbatten, prince de Grèce et de Danemark, avec qui elle aura quatre enfants : Charles, Anne, Andrew et Edward.

Elle accède au trône britannique le 6 février 1952, à l’âge de 25 ans, à la mort de George VI. Son couronnement, le 2 juin 1953, est le premier à être  retransmis à la télévision. Elle devient la souveraine de sept États indépendants du Commonwealth : l’Afrique du Sud, l’Australie, le Canada, Ceylan, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan et le Royaume-Uni. Entre 1956 et 2021, le nombre de ses royaumes diminue, car des territoires obtiennent leur indépendance et certains royaumes deviennent des républiques. En plus de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande et du Royaume-Uni susmentionnés, Élisabeth II est, en 2022, reine d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, du Belize, de la Grenade, de la Jamaïque, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, de Saint-Christophe-et-Niévès, de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, de Sainte-Lucie, des Îles Salomon et des Tuvalu.

Au cours d’un long règne où elle voit se succéder quinze Premiers ministres britanniques différents, elle effectue de nombreuses visites historiques et supervise plusieurs changements constitutionnels dans ses royaumes, comme la dévolution du pouvoir au Royaume-Uni et le rapatriement de la Constitution du Canada. Elle connaît également des moments difficiles, notamment l’assassinat de l’oncle et mentor du prince Philip, Lord  Mountbatten, en 1979, les séparations et le divorce de trois de ses enfants en 1992 (année qu’elle qualifie d’annus horribilis), la mort de sa belle-fille, Diana Spencer, en 1997, les morts presque simultanées de sa sœur et de sa mère en 2002, ainsi que la mort de son époux en 2021 après plus de 73 ans de mariage. Par ailleurs, la reine a parfois dû faire face à de virulentes critiques de la presse à l’encontre de la famille royale, mais le soutien à la monarchie et sa popularité personnelle restent élevés au sein de la population britannique.

Le 9 septembre 2015, elle devient le souverain britannique ayant régné le plus longtemps. Elle aura régné 70 ans, 7 mois et 2 jours, dépassant la durée de règne de son arrière-arrière-grand-mère la reine Victoria (63 ans, 7 mois et 2 jours). Le 13 octobre 2016, à la suite de la mort du roi de Thaïlande Rama IX, elle devient le souverain régnant depuis le plus longtemps et le plus âgé alors en fonction.

Début juin 2022, elle devient le premier monarque de l’histoire du Royaume-Uni à célébrer son jubilé de platine, qui marque le 70e anniversaire de son accession au trône. Elle devient alors la deuxième des monarques de l’ère moderne ayant eu le règne le plus long, derrière le roi de France Louis XIV. Elle meurt trois mois plus tard, le 8 septembre 2022, à l’âge de 96 ans ; son fils aîné lui succède sous le nom de Charles III.


Élisabeth Alexandra Mary est le premier enfant du prince Albert, duc d’York (futur George VI) et de son épouse, Elizabeth Bowes-Lyon. Son père est le second fils du roi George V et de la reine Mary et sa mère est la plus jeune fille de l’aristocrate écossais Claude Bowes-Lyon, Lord Strathmore. Élisabeth naît par césarienne à 2 h 40 le 21 avril 1926 dans la résidence londonienne de ses grands-parents maternels, située au 17 Bruton Street, à Mayfair. Elle est baptisée par l’archevêque d’York, Cosmo Lang, dans la chapelle privée du palais de Buckingham le 29 mai. Elle est nommée Élisabeth en hommage à sa mère, Alexandra en hommage à son arrière-grand-mère la reine mère du roi George V, morte six mois auparavant, et Mary en hommage à sa grand-mère paternelle, la reine Mary. Ses proches la surnomment « Lilibet ». George V adorait sa petite-fille et, lorsqu’il tomba gravement malade en 1929, la presse populaire et ses biographes ultérieurs attribuèrent son rétablissement aux fréquentes visites de la petite Élisabeth qui avait trois ans. Arrière-arrière-petite-fille de la reine Victoria, impératrice des Indes morte en 1901, elle a connu trois des enfants de sa fameuse trisaïeule et peut être considérée comme une enfant de l’époque victorienne.

La reine Élisabeth a une sœur, Margaret, de quatre ans sa cadette. Les deux princesses sont éduquées à domicile sous la supervision de leur mère et de leur gouvernante, Marion Crawford, surnommée « Crawfie ». L’enseignement se concentre sur l’histoire, l’élocution, la littérature et la musique8. Au désarroi de la famille royale, Crawford publie en 1950 un livre sur l’enfance d’Élisabeth et de Margaret, intitulé The Little Princesses (Les Petites Princesses), dans lequel elle décrit l’amour d’Élisabeth pour les chevaux et les chiens, sa discipline et son sens des responsabilités. D’autres témoins corroborent ces observations ; Winston Churchill écrit au sujet d’Élisabeth alors qu’elle a deux ans : « Elle a un air d’autorité et de réflexion époustouflant pour un enfant ». Sa cousine Margaret Rhodes la décrit comme une « petite fille joviale mais extrêmement sensée et bien élevée ». En 1933, âgée de sept ans, la princesse est portraiturée par le peintre des cours royales et du monde aristocratique Philip de László.

En tant que petite-fille d’un monarque dans la lignée masculine, les prédicat et titre complet de la petite fille sont Son Altesse Royale la princesse Élisabeth d’York. Elle est alors troisième dans l’ordre de succession au trône britannique après son oncle, Édouard de Galles (futur Édouard VIII) et son père, Albert, duc d’York (futur George VI). Même si sa naissance attire l’attention du public, il n’est pas prévu qu’elle devienne un jour reine, car le prince de Galles n’a que 31 ans et beaucoup pensent qu’il se mariera et aura des enfants. En 1936, lorsque son grand-père le roi George V meurt, son oncle accède au trône sous le nom d’Édouard VIII et elle devient seconde dans l’ordre de succession. En décembre 1936, Édouard VIII abdique car son intention d’épouser Wallis Simpson, deux fois divorcée, cause une crise constitutionnelle. Le père d’Élisabeth devient alors roi sous le nom de George VI et elle est désormais, à l’âge de 10 ans, l’héritière présomptive avec le titre de Son Altesse Royale la princesse Élisabeth. Si ses parents avaient eu un fils par la suite, elle aurait perdu sa position d’héritière présomptive et son frère serait devenu le prince héritier au trône britannique. Élisabeth reçoit un enseignement privé en histoire constitutionnelle dispensé par Henry Marten, le vice-président du collège d’Eton. Élisabeth et sa sœur apprennent le français auprès de gouvernantes dont c’est la langue maternelle : d’abord des rudiments, sous la conduite de Georgina Guérin, française, puis des cours plus perfectionnés dispensés par Marie Antoinette de Bellaigue, d’origine belge, qui enseigne également la langue de Molière aux enfants de Lord Alec Hardinge, secrétaire privé du roi George VI. Une compagnie de guidisme, la première compagnie du palais de Buckingham, est spécialement formée pour qu’elle puisse rencontrer des filles de son âge.

Au printemps 1939, les parents d’Élisabeth partent pendant plus d’un mois pour effectuer une tournée officielle au Canada et aux États-Unis. Comme en 1927, lorsqu’ils s’étaient rendus en Australie et en Nouvelle-Zélande, Élisabeth reste au Royaume-Uni car son père considère qu’elle est trop jeune pour de tels voyages. Élisabeth « semblait au bord des larmes » au départ de ses parents24. Ils échangent régulièrement des lettres et, le 18 mai, réalisent le premier appel téléphonique transatlantique de la famille royale.

Le 3 septembre 1939, le Royaume-Uni entre dans la Seconde Guerre mondiale. Lors de cette période de conflit, alors que les villes anglaises sont fréquemment bombardées par l’aviation allemande, les enfants sont évacués dans les zones rurales. L’homme politique Douglas Hogg suggère que les deux princesses soient évacuées au Canada, mais cette proposition est refusée par la mère d’Élisabeth, qui déclare : « Mes enfants n’iront nulle part sans moi. Je ne partirai pas sans le roi. Et le roi ne partira jamais. » Les princesses Élisabeth et Margaret restent au château de Balmoral, en Écosse, jusqu’à Noël 1939, puis sont emmenées à Sandringham House, dans le comté de Norfolk. De février à mai 1940, elles résident au Royal Lodge dans le grand parc de Windsor, avant de s’installer au château de Windsor, où elles restent pendant la plus grande partie de la guerre. À Windsor, Élisabeth organise une pantomime à Noël pour soutenir le Queen’s Wool Fund, qui achète de la laine pour tricoter des habits militaires.

En 1943, à l’âge de 16 ans, Élisabeth fait sa première apparition publique seule lors d’une inspection des Grenadier Guards, dont elle a été nommée colonel en chef l’année précédente. Alors qu’elle approche de ses 18 ans, la loi est modifiée pour qu’elle puisse devenir l’un des cinq conseillers d’État  en cas d’incapacité de son père ou lors d’un déplacement à l’étranger, comme durant sa visite en Italie en juillet 1944. En février 1945, elle rejoint l’Auxiliary Territorial Service avec le grade honoraire de sous-lieutenant (second subaltern). Elle reçoit un entraînement en conduite et mécanique, et est promue capitaine honoraire (junior commander) cinq mois plus tard.

Le 8 mai 1945, jour de capitulation de l’Allemagne nazie, les princesses Élisabeth et Margaret se mêlent anonymement à la foule en liesse dans les rues de Londres. Élisabeth déclare ensuite dans l’un de ses rares entretiens : « nous avions demandé à nos parents si nous pouvions sortir et voir de nous-mêmes. Je me souviens que nous étions terrifiées à l’idée que l’on nous reconnaisse… Je me souviens des files d’inconnus se tenant la main et descendant Whitehall, tous ensemble dans une marée de bonheur et de soulagement. »

Durant la guerre, le gouvernement cherche à plusieurs reprises à apaiser le nationalisme gallois en rapprochant Élisabeth du Pays de Galles. Il est ainsi suggéré que la princesse devienne connétable du château de Caernarfon, une fonction exercée alors par David Lloyd George. Le secrétaire d’État à l’Intérieur, Herbert Morrison, envisage de la nommer à la tête de l’Urdd Gobaith Cymru, l’organisation de jeunesse galloise. Les hommes politiques gallois proposent qu’Élisabeth devienne princesse de Galles à l’occasion de son 18e anniversaire. Ces projets sont cependant abandonnés pour diverses raisons, dont la peur qu’Élisabeth ne soit associée à des objecteurs de conscience au sein de l’Urdd. Le 6 août 1946, elle est investie en qualité de vate honoraire du Gorsedd des bardes de l’île de Bretagne à l’Eisteddfod Genedlaethol.

Elisabeth rencontre son futur époux, le prince Philippe de Grèce et de Danemark (de cinq ans son aîné), en 1934, et le revoit en 1937. Ils sont cousins issus de germains par le roi de Danemark, Christian IX, et cousins arrière-issus de germains par la reine Victoria. Ils se rencontrent à nouveau au Royal Naval College de Dartmouth en juillet 1939. Alors qu’elle n’a que 13 ans, Élisabeth déclare qu’elle est tombée amoureuse de Philippe qui en a 18. Ils commencent à échanger des lettres. Leurs fiançailles sont officiellement annoncées le 9 juillet 1947.

Cette relation suscite quelques controverses : Philippe n’est qu’un membre d’une branche cadette de la Maison royale de Grèce qui a connu nombre de vicissitudes depuis le début du siècle. De plus, ce prince d’origine étrangère (même s’il est naturalisé à la suite de son service dans la Royal Navy durant la Seconde Guerre mondiale) n’est pas fortuné. Certaines de ses sœurs ont en outre épousé des princes allemands proches du parti nazi. Marion Crawford écrit : « certains des conseillers du roi considéraient qu’il n’était pas suffisamment bien pour elle. Il était un prince sans maison ou royaume. Certains documents appuyaient clairement et fortement sur les origines étrangères de Philip ». Des biographies ultérieures avancent que la mère d’Élisabeth se serait initialement opposée à l’union, qualifiant même Philip de Hun (équivalent anglais de « boche »). À la fin de sa vie, elle indique toutefois à son biographe Tim Heald que Philip est un « gentleman anglais ».

Avant le mariage, Philip renonce à ses titres grecs et danois, abandonne l’Église orthodoxe de Grèce pour l’anglicanisme et adopte le titre de Lieutenant Philip Mountbatten en prenant le nom britannique de sa mère. Juste avant le mariage, il est fait duc d’Édimbourg et reçoit le prédicat d’Altesse Royale.

Élisabeth et Philip se marient le 20 novembre 1947 à l’abbaye de Westminster. Ils reçoivent environ 2 500 présents envoyés du monde entier. Le Royaume-Uni ne s’étant pas encore complètement remis de la guerre, Élisabeth impose que des coupons de rationnement soient utilisés pour acheter le tissu de sa robe, dessinée par Norman Hartnell. Les proches allemands de Philip (dont ses trois sœurs survivantes), ainsi que le duc de Windsor (l’ancien roi Édouard VIII), ne sont pas invités à la cérémonie.

Élisabeth, duchesse d’Édimbourg par son mariage, donne naissance à son premier enfant, Charles, le 14 novembre 1948. Un mois plus tôt, le roi délivre des lettres patentes autorisant les enfants de sa fille à porter les titres de prince ou de princesse, ce qui leur est théoriquement interdit car leur père n’est alors plus un prince royal. Un second enfant, la princesse Anne, naît le 15 août 1950.

À la suite de son mariage, le couple loue Windlesham Moor, près du château de Windsor, jusqu’au 4 juillet 1949, date à laquelle ils s’installent à Clarence House à Londres. À plusieurs reprises, entre 1949 et 1951, le duc  d’Édimbourg est stationné dans le protectorat britannique de Malte en raison de son rôle d’officier dans la Royal Navy. Élisabeth et lui résident alors dans le village maltais de Gwardamanġa, où ils louent la résidence de l’oncle de Philip, Louis Mountbatten. Durant cette période, leurs enfants restent au Royaume-Uni.

En 1951, la santé de George VI déclinant, Élisabeth le remplace fréquemment dans les cérémonies publiques. Lors de sa visite en Amérique du Nord où elle se rend au Canada et rencontre le président Truman à Washington en octobre 1951, son secrétaire particulier, Martin Charteris, est muni du brouillon d’une déclaration d’accession au trône au cas où le roi viendrait à mourir lors de son voyage. Au début de l’année 1952, Élisabeth et Philip entreprennent une tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande avec une escale au Kenya. Le 6 février 1952, alors qu’ils viennent juste de rentrer à leur résidence kényane de Sagana Lodge après une visite du parc national d’Aberdare, ils apprennent la mort du roi. Martin Charteris demande à la princesse de choisir un nom de règne et elle décide de garder Élisabeth, « évidemment ». Elle est alors proclamée reine dans tous ses royaumes sous le nom d’Élisabeth II (une Élisabeth ayant déjà régné au XVIe siècle) et les membres de la cour rentrent hâtivement au Royaume-Uni. En tant que nouveau monarque, elle s’installe au palais de Buckingham.

Après l’accession au trône d’Élisabeth, il semblait probable que la Maison royale allait porter le nom de son époux pour devenir la Maison de  Mountbatten comme cela était la coutume pour une femme de prendre le nom de son époux. La grand-mère d’Élisabeth, la reine Mary, et le Premier ministre du Royaume-Uni, Winston Churchill, préféraient conserver le nom de Maison Windsor et le mot Windsor fut maintenu. Dès lors, le duc se plaint qu’il « était le seul homme du pays à ne pas avoir le droit de donner son nom à ses propres enfants ». En 1960, après la mort de la reine Mary en 1953 et la démission de Churchill en 1955, le nom Mountbatten-Windsor est adopté pour Philip et ses descendants de lignée masculine qui ne portent pas de titres royaux.

Au milieu des préparatifs pour le couronnement, la princesse Margaret informe sa sœur qu’elle souhaite épouser l’aviateur Peter Townsend de 16 ans son aîné et père de deux enfants issus d’un précédent mariage. La reine lui demande d’attendre un an ; selon Martin Charteris, « la reine était naturellement compatissante envers la princesse mais je pense qu’elle imaginait, qu’elle espérait, qu’avec le temps, cette liaison s’essoufflerait d’elle-même ». Les chefs politiques sont opposés à cette union et l’Église d’Angleterre n’autorisait pas le remariage si le divorcé n’était pas veuf. Si Margaret contractait un mariage civil, il était probable qu’elle devrait renoncer à son droit au trône. Elle décide finalement d’abandonner sa relation avec Townsend. En 1960, elle épouse Antony Armstrong-Jones, titré comte de Snowdon l’année suivante. Ils divorcent en 1978 et Margaret ne se remarie pas.

Malgré la mort de la reine Mary le 24 mars, les préparatifs du  couronnement se poursuivent et il a lieu comme prévu le 2 juin 1953. À l’exception de l’eucharistie et de l’onction, l’ensemble de la cérémonie à l’abbaye de Westminster est retransmis à la télévision pour la première fois de l’histoire. La robe de couronnement est dessinée par Norman Hartnell, elle est brodée avec les emblèmes floraux des pays du Commonwealth : la rose Tudor anglaise, le chardon écossais, le poireau gallois, le trèfle  irlandais, la feuille d’érable canadienne, le mimosa doré australien, la fougère argentée néo-zélandaise, la protée royale sud-africaine, la fleur de lotus pour l’Inde et Ceylan et le blé, le coton et le jute pakistanais.

Les deux premières décennies du règne de la reine se situent juste après la Seconde Guerre mondiale pendant les années 1950 et les années 1960. La période est marquée par la Guerre froide politiquement et par les Trente Glorieuses économiquement.

Au cours de son règne, la reine Élisabeth II assiste à la transformation de l’Empire britannique en Commonwealth. Au moment de son accession au trône en 1952, son rôle de chef d’État de multiples États indépendants est déjà établi. Entre 1953 et 1954, la reine et son époux s’embarquent pour un tour du monde de six mois. Elle devient ainsi le premier monarque  d’Australie et de Nouvelle-Zélande à visiter ces pays. Les visites de la reine attirent de larges foules et on estime que les trois quarts de la population australienne l’ont vue à cette occasion. Au cours de son règne, la reine effectue plus de 170 visites dans les États du Commonwealth et près d’une centaine dans les États n’en faisant pas partie ; elle est ainsi le chef d’État qui a le plus voyagé dans l’histoire.

En 1956, le président du Conseil français Guy Mollet et le Premier ministre britannique Anthony Eden évoquent la possibilité pour la France de rejoindre le Commonwealth. La proposition n’est jamais acceptée et la France signe l’année suivante le traité de Rome établissant la Communauté économique européenne, précurseur de l’Union européenne. En novembre 1956, le Royaume-Uni et la France envahissent l’Égypte pour reprendre le contrôle du canal de Suez ; l’opération se termine lamentablement et Eden démissionne deux mois plus tard. Si Louis Mountbatten affirme que la reine était opposée à l’offensive, Eden contredit cette hypothèse.

En octobre 1957, elle se rend aux États-Unis et s’adresse devant l’Assemblée générale des Nations unies au nom du Commonwealth. Lors de la même visite diplomatique, elle inaugure la 23e législature du Canada, devenant ainsi le premier monarque canadien à ouvrir une session parlementaire. Deux ans plus tard, en juin 1959, uniquement en sa capacité de reine du Canada, elle retourne aux États-Unis et visite le Canada alors qu’elle venait d’apprendre, à son arrivée à Saint-Jean sur l’île de Terre-Neuve, qu’elle attendait son troisième enfant. En 1961, elle se rend à Chypre, en Inde, au Pakistan, au Népal et en Iran. Lors d’une visite au Ghana la même année, elle rejette les craintes pour sa sécurité même si son hôte, le président Kwame Nkrumah, qui l’avait remplacée en tant que chef d’État du Ghana l’année précédente, était la cible d’assassins. Avant son passage au Québec en octobre 1964, la presse rapporte que des extrémistes du mouvement séparatiste de la province préparent un projet visant à son assassinat. Il n’y eut pas de tentative d’assassinat, mais des manifestations éclatent alors qu’elle se trouve à Québec ; le « calme et le courage de la reine face à la violence » sont remarqués.

En plus de participer aux cérémonies traditionnelles, Élisabeth II introduit de nouvelles pratiques comme le premier bain de foule royal qui a lieu lors d’une tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande en mars 1970.

Les années 1960 et 1970 sont marquées par une accélération de  la décolonisation en Afrique et dans les Caraïbes. Plus de vingt pays obtiennent leur indépendance par le biais de transitions négociées vers une plus grande autonomie. Le 11 novembre 1965, Ian Smith, le Premier ministre de Rhodésie déclare cependant unilatéralement l’indépendance du pays vis-à-vis du Royaume-Uni pour maintenir la domination blanche tout en exprimant sa « loyauté et sa dévotion » à Élisabeth II, lui conférant le titre symbolique de reine de Rhodésie. Même si la reine le rejette dans une déclaration formelle et que la Rhodésie est touchée par des sanctions internationales, le régime de Smith survit jusqu’en 1979.

En l’absence d’un mécanisme formel au sein du Parti conservateur pour choisir un nouveau chef après la démission d’Eden, en janvier 1957, il incombe à la reine de décider qui doit former un nouveau gouvernement. Eden recommande qu’elle consulte Lord Salisbury, le Lord président du Conseil. Ce dernier et Lord Kilmuir, le lord chancelier sollicitent l’avis du Cabinet et de Winston Churchill et la reine nomme le candidat proposé, Harold Macmillan.

La crise de Suez et le choix du successeur d’Eden donnent lieu à la première critique personnelle importante de la reine en 1957. Dans un journal qu’il possède et édite, Lord Altrincham l’accuse d’être « dépassée » et « incapable d’aligner plus de quelques phrases sans aide ». Les propos d’Altrincham sont condamnés et il est physiquement agressé. Six ans plus tard, en octobre 1963, Macmillan démissionne et conseille à la reine de choisir Alec Douglas-Home pour lui succéder, choix auquel la souveraine se rallie. Elle est à nouveau critiquée pour avoir nommé un Premier ministre sur les conseils d’un petit nombre de ministres ou d’un seul d’entre eux. En 1965, les conservateurs adoptent un nouveau mode de désignation de leur chef qui n’impose plus à la reine de choisir.

Les deux décennies des années 1970 et 1980 voient le royaume entrer dans la CEE. Cette période est toujours politiquement marquée par la guerre froide mais, contrairement aux deux décennies précédentes, le royaume entre en récession économique après les deux chocs pétroliers de 1973 et de 1979, suivis du libéralisme économique de Margaret Thatcher et de l’Acte unique européen.

Le 22 janvier 1972, le Premier ministre britannique Edward Heath signe à Bruxelles le traité d’adhésion à la Communauté économique européenne (CEE), confirmé par la European Communities Act 1972 voté par la Chambre des communes en troisième lecture le 13 juillet 1972.

La reine entérine l’adhésion par une sanction royale le 17 octobre 1972, permettant au Royaume-Uni d’entrer officiellement dans la communauté le 1er janvier 1973. Le peuple britannique confirme à son tour l’adhésion par référendum le 5 juin 1975.

En février 1974, le Premier ministre britannique Edward Heath conseille à la reine d’appeler des élections générales alors qu’elle se trouve en visite dans les îles du Pacifique, ce qui lui impose de rentrer au Royaume-Uni. Les élections engendrent un parlement minoritaire et Heath démissionne quand les négociations en vue de former un gouvernement de coalition avec le Parti libéral échouent. La reine prend alors l’initiative de demander au chef de l’opposition officielle, le travailliste Harold Wilson, de former un gouvernement.

Au paroxysme de la crise constitutionnelle australienne de 1975, le Premier ministre australien Gough Whitlam est limogé par le gouverneur général John Kerr après que le Sénat contrôlé par l’opposition a refusé les propositions budgétaires de Whitlam. Comme Gough Whitlam dispose d’une majorité à la Chambre des représentants, son président Gordon Scholes fait appel à la reine pour annuler la décision de Kerr. Élisabeth II refuse en affirmant qu’elle ne peut pas intervenir dans des décisions que la constitution de l’Australie réserve au gouverneur général. La crise alimente les sentiments républicains en Australie9.

En 1977, Élisabeth II célèbre son jubilé d’argent marquant ses 25 années de règne. Des célébrations et des cérémonies ont lieu dans tout le  Commonwealth et sont généralement organisées au moment de la visite de la souveraine. Ces festivités réaffirment la popularité de la reine malgré la couverture médiatique négative à l’occasion du divorce de la princesse Margaret.

Le 13 juin 1981, durant la cérémonie du salut aux couleurs et six semaines avant le mariage du prince Charles et de Diana Spencer, six coups de feu visent la reine alors qu’elle descend The Mall sur son cheval, Burmese. La police découvre par la suite qu’il s’agit de cartouches à blanc. Le tireur, Marcus Sarjeant, est condamné à cinq ans de prison avant d’être libéré au terme de trois années. Le sang-froid et le contrôle de sa monture par la reine furent largement remarqués.

Quatre mois plus tard, le 14 octobre 1981, tandis que la souveraine visite la ville de Dunedin en Nouvelle-Zélande, elle est la cible d’une nouvelle  tentative d’attentat. Christopher John Lewis, âgé de 17 ans, tire un coup de feu avec un 22 Long Rifle depuis le cinquième étage d’un immeuble surplombant la parade royale au moment où la reine marche le long de la foule massée à sa sortie du Musée Otago. Les tests balistiques de la police ont par la suite révélé que la trajectoire de la balle était plus susceptible d’avoir passé au-dessus de la foule que d’avoir été tirée sur une route comme l’envisageait une première hypothèse. Lewis est arrêté, mais n’est cependant jamais accusé de tentative de meurtre ou de trahison. Il est condamné à trois ans de prison pour possession illégale et décharge d’une arme à feu. Ces informations ne sont portées à la connaissance du public qu’en 2018, après la déclassification de documents par le Security Intelligence Service.

Le 9 juillet 1982, la reine est réveillée dans sa chambre du palais de Buckingham par un intrus dénommé Michael Fagan. Les journaux de l’époque rapportent qu’ils discutent pendant près de dix minutes avant que la sécurité n’intervienne, mais Michael Fagan contredit ces affirmations. Un rapport de police subséquent à cette intrusion critique la compétence des officiers de service, ainsi qu’un système de commandement confus et divisé.

Selon l’homme politique canadien Paul Martin, à la fin des années 1970, la reine s’inquiète du fait que la Couronne « signifie peu » pour le Premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau. L’homme politique britannique Tony Benn déclare que la reine juge Trudeau « assez décevant ». Le républicanisme supposé de Trudeau semble confirmé par ses bouffonneries comme les glissades sur les rampes d’escalier du palais de Buckingham, ses pirouettes dans le dos de la reine en 1977 et le retrait de plusieurs symboles royaux canadiens durant son mandat.

En 1980, des hommes politiques canadiens se rendent à Londres pour évoquer le rapatriement de la Constitution du Canada et estiment la reine « mieux informée… que tout autre politicien ou bureaucrate britannique ». Elle s’intéresse particulièrement au sujet après le rejet de la loi canadienne C-60 qui aurait affecté son statut de chef d’État. Le rapatriement de 1982 supprime le besoin de consulter le Parlement britannique pour modifier la constitution canadienne, mais la monarchie est maintenue. Trudeau déclare dans ses mémoires que la reine est favorable à ses tentatives de réforme constitutionnelle et qu’il a été impressionné par « la grâce qu’elle avait en public » et « la sagesse qu’elle montrait en privé ».

En 1987 au Canada, la reine exprime publiquement son soutien à l’accord du lac Meech, un projet de réforme constitutionnelle qui a pour objectif de faire adhérer le Québec à la Loi constitutionnelle de 1982. Le soutien de la reine divise la classe politique canadienne et elle est critiquée par les opposants à ces amendements constitutionnels, dont Pierre Trudeau. Finalement, le projet d’accord du lac Meech est définitivement rejeté le 23 juin 1990.

La guerre des Malouines est un conflit opposant l’Argentine au Royaume-Uni dans les îles Malouines et dans la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud. Elle commence le 2 avril 1982 par le débarquement de l’armée argentine et se termine le 14 juin 1982 par un cessez-le-feu. Elle se conclut par la capitulation de l’Argentine et la victoire britannique qui permettent au Royaume-Uni d’affirmer sa souveraineté sur ces territoires. Au point de vue de la politique intérieure, l’élan patriotique suscité par la guerre des Malouines augmente la sympathie des Britanniques envers leur Premier ministre, Margaret Thatcher. En dépit de l’impopularité que ses réformes budgétaires sévères avaient suscitée, Thatcher obtient aux élections nationales de 1983 une victoire écrasante.

Pour sa part, la reine est fière, mais s’inquiète aussi, pendant toute la durée du conflit, du sort de son deuxième fils Andrew qui participe à la guerre en tant que pilote d’hélicoptère.

Élisabeth II accueille le président américain Ronald Reagan au château de Windsor en juin 1982 et se rend dans son ranch californien en février 1983. C’est pourquoi elle est fortement irritée quand l’administration américaine lance l’invasion de la Grenade en octobre 1983 afin de renverser — avec succès — le gouvernement grenadin d’orientation communiste dirigeant l’un de ses royaumes caribéens, sans qu’elle en ait été informée au préalable.

Le 14 mai 1987, le gouvernement fidjien, démocratiquement élu, est renversé par un coup d’État militaire. En tant que monarque des Fidji, Élisabeth II soutient les efforts du gouverneur général Penaia Ganilau pour exercer le pouvoir exécutif et trouver une sortie à la crise. Néanmoins, l’organisateur du coup d’État, Sitiveni Rabuka, dépose Ganilau et abolit la monarchie instaurée 113 ans auparavant.

En 2012, le dirigeant fidjien Voreqe Bainimarama abroge le Grand Conseil des Chefs, l’un des organes de gouvernement créé par les Britanniques en 1876, mais il affirme espérer qu’Élisabeth II redeviendrait reine des Fidji après les élections législatives de 2014, lorsque le pays serait redevenu une démocratie et qu’il serait accepté à nouveau au sein du Commonwealth des Nations. Vainqueur de ces élections, Bainimarama n’initie toutefois aucun retour à la monarchie.

La guerre du Golfe est un conflit qui oppose, du 2 août 1990 au 28 février 1991, l’Irak à une coalition de 35 États, dirigée par les États-Unis à la suite de l’invasion et l’annexion du Koweït par l’Irak. Après la victoire de la coalition, le 17 mai, la reine devient le premier souverain britannique à s’adresser à une session conjointe du Congrès des États-Unis. Elle y déclare : « Certains croient que le pouvoir s’accroît à partir du canon d’une arme à feu. Cela peut advenir, mais l’histoire nous montre que cet accroissement n’est jamais bon ni durable. La force en fin de compte est stérile. Nous avons fait mieux : nos sociétés reposent sur un accord mutuel, sur un contrat et un consensus ».

L’ancien Premier ministre canadien Brian Mulroney déclare qu’Élisabeth II a joué un « grand rôle en coulisses » pour mettre un terme à l’Apartheid en Afrique du Sud en 1991. En mars 1995, invitée par Nelson Mandela, premier président noir d’Afrique du Sud, la souveraine se rend en Afrique du Sud pour une visite d’État de six jours au cours de laquelle, elle célèbre la fin de l’apartheid et la réintégration du pays dans le Commonwealth. À Port Elizabeth, elle prononce un discours exhortant la jeunesse sud-africaine à reconstruire sa nation.

L’intérêt des médias pour les opinions et la vie privée de la famille royale dans les années 1980 entraînent une série de révélations sensationnelles dont la véracité n’est pas toujours établie. Comme Kelvin MacKenzie, le rédacteur en chef de The Sun déclare à son personnel : « Donnez-moi des frasques de la famille royale. Ne vous inquiétez pas si ce n’est pas vrai dans la mesure où il n’y a pas trop de problèmes par la suite ». Le rédacteur de The Observer, Donald Trelford, écrit dans le numéro du 21 septembre 1986 : « le feuilleton royal a atteint un tel degré d’intérêt public que la frontière entre fiction et réalité a été perdue de vue… Ce n’est pas simplement que certains journaux ne vérifient pas leurs informations ou refusent d’accepter les démentis : ils ne se soucient pas de savoir si ces histoires sont vraies ou non ».

Il a été rapporté, principalement par le Sunday Times, que la reine  s’inquiétait du fait que la politique économique du Premier ministre britannique Margaret Thatcher accentuait les divisions de la société et qu’elle était alarmée par le fort taux de chômage, une série d’émeutes en 1981, la violence de la grève des mineurs et le refus du gouvernement de sanctionner le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Les rumeurs provenaient de l’assistant de la reine, Michael Shea, et du secrétaire général du Commonwealth, Shridath Ramphal, mais Shea argua que ses paroles avaient été sorties de leur contexte puis amplifiées par les journalistes. Thatcher aurait ainsi dit que la reine allait voter pour ses opposants du Parti social-démocrate. Le biographe de Thatcher, John Campbell, affirma qu’il s’agissait « d’un exemple de sottises journalistiques ».

Contredisant les rapports parlant de leurs mauvaises relations, Thatcher exprime par la suite son admiration personnelle pour la reine et après son remplacement par John Major, la reine lui confère les ordres du Mérite et de la Jarretière.

En 1992, le Parlement mauricien abolit la monarchie avec une grande majorité des voix. Maurice devient une république le 12 mars 1992 dotée d’un régime présidentiel, mais reste membre du Commonwealth. Maurice reste le dernier pays perdu par la reine Élisabeth II jusqu’en 2021, année où la Barbade devient à son tour une république.

Au début de l’année 1991, les estimations par la presse de la richesse personnelle de la reine qui sont supérieures aux données fournies par le palais et les révélations d’adultères et de mariages tendus dans la famille royale affaiblissent le soutien à la monarchie au Royaume-Uni. La participation des enfants de la reine à un jeu télévisé caritatif appelé It’s a Royal Knockout est tournée en ridicule dans la presse et la reine devient la cible de moqueries.

C’est dans ce contexte que débute l’année 1992, que la reine qualifie d’annus horribilis (« année horrible ») dans un discours du 24 novembre 1992, marquant ses 40 années de règne. En effet, en mars, son second fils, le prince Andrew d’York et son épouse Sarah Ferguson se séparent ; en avril, sa fille, la princesse Anne divorce de son époux Mark Phillips ; durant une visite officielle en Allemagne en octobre, des manifestants à Dresde lui jettent des œufs et en novembre, le château de Windsor est touché par un grave incendie. La monarchie est critiquée, accroissant le désamour du public. Dans un discours inhabituellement personnel, la reine déclare que toute institution doit s’attendre à des critiques, mais suggère qu’elles devraient être réalisées avec « une touche d’humour, de délicatesse et de compréhension ». Deux jours plus tard, le Premier ministre John Major annonce une réforme des finances de la monarchie qui se traduit par une réduction de la liste civile et oblige le souverain à payer un impôt sur le revenu pour la première fois de son histoire. En décembre, le prince Charles et son épouse Diana Spencer annoncent officiellement leur séparation. L’année se termine par un procès pour violation du droit d’auteur intenté par la reine contre le journal The Sun qui avait publié le texte de son allocution de Noël deux jours avant sa diffusion. Le journal est condamné à payer les frais de justice et une indemnité de 200 000 £ qui est donnée à des organisations caritatives.

Le royaume accepte l’évolution libérale de la CEE en Union européenne pendant les trois décennies des années 1990, 2000 et 2010.

Le Traité sur l’Union européenne (ou Traité de Maastricht) est signé le 7 février 1992 par le premier ministre britannique John Major. Il constitue le traité fondateur de l’Union européenne.

Le traité est ratifié par la Chambre des communes le 20 mai 1993, puis par une sanction royale de la reine. Il entre en vigueur le 1er novembre 1993 sans qu’aucun référendum ne soit organisé pour que le peuple britannique le ratifie.

Les révélations sur le mariage de Charles et Diana continuent après leur séparation en 1992. Même si les idées républicaines semblent plus populaires que jamais au Royaume-Uni, le républicanisme reste minoritaire et la reine conserve des niveaux d’approbation élevés. Les critiques se concentrent davantage sur l’institution monarchique et la famille élargie de la reine que sur ses actions et son propre comportement. Après en avoir discuté avec le premier ministre John Major, l’archevêque de Cantorbéry George Carey, son secrétaire particulier Robert Fellowes et son époux, elle écrit à Charles et Diana à la fin du mois de décembre 1995 pour leur dire qu’un divorce était préférable.

Un an après le divorce qui a lieu en 1996, Diana meurt dans un accident de la route à Paris le 31 août 1997. La reine était en vacances avec Charles et ses petits-enfants, William et Harry, au château de Balmoral. Les deux enfants de Diana voulant se rendre à l’église, le couple royal les y accompagne dans la matinée. Après cette unique apparition publique, la reine et le duc d’Édimbourg protègent leurs petits-enfants du tourbillon médiatique en les gardant au château pendant cinq jours, mais l’opinion publique est consternée par le fait que la famille royale n’ait pas mis en berne les drapeaux du palais de Buckingham. Pressée par les réactions hostiles, la reine rentre à Londres et accepte de prononcer une allocution télévisée le 5 septembre, la veille des funérailles de Diana. Elle y exprime son admiration pour Diana et ses sentiments « de grand-mère » pour les princes William et Harry ; cet acte est favorablement apprécié par l’opinion publique et l’hostilité s’affaiblit.

Elisabeth II, carte maximum, Canada.

En 2002, Élisabeth II célèbre ses 50 ans de règne lors de son jubilé d’or. Sa sœur et sa mère étant mortes respectivement en février et en mars, les médias se demandent si le jubilé serait un succès ou un échec. Elle entreprend à nouveau une longue tournée dans ses royaumes en commençant en Jamaïque en février, dont elle qualifie le banquet d’adieux de « mémorable » après qu’une coupure de courant eut plongé la résidence du gouverneur général dans le noir. Comme en 1977, des manifestations de joie ont lieu à chacun de ses déplacements et des monuments sont nommés en son honneur. Un million de personnes assistent chaque jour aux trois journées de célébrations du jubilé à Londres et l’enthousiasme démontré par la foule est bien plus important que ce que les journalistes avaient prévu.

Même si la reine a connu peu de problèmes de santé durant sa vie, elle est opérée des deux genoux en 2003. Elle inaugure le 9 octobre 2004 le bâtiment du Parlement écossais à Édimbourg — bien que les députés de la nation constitutive y aient tenu une première séance le 7 septembre —, conséquence du Scotland Act 1998.

En octobre 2006, elle ne participe pas à l’inauguration du nouvel Emirates Stadium de Londres en raison d’une déchirure musculaire au dos qui la handicapait depuis l’été.

Deux mois plus tard, lors d’une apparition publique, elle porte  un pansement à la main droite, ce qui est interprété par la presse comme le signe d’une mauvaise santé. Elle avait en réalité été mordue par l’un de ses corgis alors que deux d’entre eux se battaient.

En mai 2007, The Daily Telegraph avance, selon des sources anonymes, que la reine est « exaspérée et déçue » par la politique du Premier ministre Tony Blair, qu’elle s’inquiète d’un épuisement des troupes en Irak et en Afghanistan et qu’elle a, à plusieurs reprises, émis des inquiétudes sur sa politique rurale. Selon les mêmes sources, elle admire néanmoins les efforts de Blair pour mettre un terme aux violences en Irlande du Nord.

Dans les 2022 New Year Honours, la reine nomme Tony Blair à l’ordre de la Jarretière, un ancien ordre chevaleresque de vingt-quatre chevaliers et le plus élevé des ordres de chevalerie britanniques. La nomination est le choix du monarque. Plus d’un million de personnes ont signé une pétition s’opposant au titre de chevalier de Tony Blair, en raison de son rôle dans la guerre d’Irak. Parmi les anciens Premiers ministres britanniques vivants, seul John Major (le prédécesseur de Tony Blair) avait été fait chevalier de la Jarretière. La plupart des anciens Premiers ministres sont à la longue honorés d’un titre de chevalier de ce type.

Les relations de l’Irlande avec la Couronne sont très tendues depuis son indépendance le 6 décembre 1922 et depuis la proclamation de la république le 18 avril 1949. Pendant son règne, la reine est également très touchée par l’assassinat de son oncle par alliance Louis Mountbatten, perpétré par l’armée républicaine irlandaise provisoire le 27 août 1979.

Le 20 mars 2008, dix ans après l’accord du Vendredi saint, la reine assiste à la première messe du Jeudi Saint (en) organisée en dehors de l’Angleterre et du pays de Galles, dans la cathédrale Saint-Patrick d’Armagh de l’Église d’Irlande (en Irlande du Nord).

À l’invitation de la présidente d’Irlande, Mary McAleese, la reine effectue en mai 2011, la première visite officielle d’un monarque britannique en Irlande depuis sa séparation du royaume le 6 décembre 1922.

Élisabeth II s’adresse une seconde fois en tant que chef du Commonwealth devant l’Assemblée générale des Nations unies le 6 juillet 2010. Durant son passage à New York, qui suit une visite au Canada, elle inaugure un jardin mémorial pour les victimes britanniques des attentats du 11 septembre 2001. La visite de la reine en Australie du 19 au 29 octobre 2011, sa onzième depuis 1954, est qualifiée de « tournée d’adieux » par la presse en raison de son âge.

La reine effectue toutefois de nouvelles visites à l’étranger au printemps 2014. Elle se rend en Italie, au Vatican, le 3 avril, puis en France, du 5 au 7 juin 2014, afin de commémorer le 70e anniversaire du débarquement de Normandie et de visiter Paris. L’année suivante, la souveraine se rend en Allemagne du 23 au 26 juin 2015, à l’invitation du président Joachim Gauck, et enfin, elle effectue un ultime voyage à Malte, du 26 au 29 novembre, dans le cadre de la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth.

Le jubilé de diamant de 2012 marque les 60 années de règne d’Élisabeth II et il est à nouveau célébré dans tout le Commonwealth. Dans un communiqué publié le 6 février, elle indique : « En cette année spéciale, alors que je me consacre à nouveau à votre service, j’espère que nous allons tous nous souvenir de la puissance de l’unité et de la force rassembleuse de la famille, de l’amitié et du bon voisinage… J’espère aussi que cette année de jubilé sera l’occasion d’exprimer notre gratitude pour les avancées majeures réalisées depuis 1952 et d’envisager l’avenir avec sérénité ». Elle et son mari effectuent une tournée au Royaume-Uni, tandis que ses enfants et petits-enfants la représentent dans les royaumes du Commonwealth.

La reine ouvre les Jeux olympiques d’été le 27 juillet et les Jeux  paralympiques d’été le 29 août 2012 à Londres. Elle joue son propre rôle dans un court-métrage dans le cadre de la cérémonie d’ouverture avec Daniel Craig dans le rôle de James Bond. Son père avait ouvert les Jeux olympiques de 1948 à Londres, et son arrière-grand-père, Édouard VII, ceux de 1908, également à Londres. Élisabeth II avait également ouvert ceux de 1976 à Montréal et Philip ceux de 1956 à Melbourne. Elle est ainsi la première chef d’État à ouvrir deux Olympiades dans deux pays  différents.

En décembre 2012, elle devient le premier souverain britannique à assister en temps de paix à une réunion du cabinet britannique depuis George III en 1781 et le secrétaire d’État des Affaires étrangères, William Hague, annonce peu après que la partie auparavant sans nom du sud du territoire antarctique britannique serait nommée terre de la Reine-Élisabeth en son honneur.

Après l’organisation le 23 juin 2016 d’un référendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne par le premier ministre David Cameron, les Britanniques se prononcent en faveur du retrait. La Chambre des communes autorise le gouvernement à enclencher le processus de sortie de l’Union européenne le 13 mars 2017, confirmé par une sanction royale de la reine trois jours plus tard. La première ministre Theresa May enclenche la procédure de l’article 50 le 29 mars 2017.

Dans son discours de Noël 2018, à la suite des tensions entre ses sujets britanniques aux cours des trois dernières années, la reine les appelle à faire preuve de « respect » les uns envers les autres, pendant cette période de transition vers le Brexit. « Même si les différences les plus profondes nous séparent, traiter autrui avec respect, comme un être humain, est toujours un bon premier pas ».

La reine évoque le Brexit à mots couverts, le 24 janvier 2019, dans un discours devant le British Women’s Institute : « Dans notre recherche de nouvelles réponses en ces temps modernes, je préfère pour ma part les recettes éprouvées, comme se parler avec respect et respecter les différents points de vue, se rassembler pour chercher un terrain d’entente et ne jamais oublier de prendre du recul ». Dans son discours de Noël 2019, elle appelle de nouveau les britanniques à surmonter leurs divisions : « Des petits pas entrepris avec foi et espoir peuvent permettre de surmonter des différences anciennes et des divisions profondes pour apporter harmonie et compréhension. »

La Chambre des communes vote définitivement le 9 janvier 2020 l’accord de retrait signé le 17 octobre 2019, confirmé par une sanction royale le 23 janvier 2020. Le Royaume-Uni quitte l’Union européenne officiellement le 31 janvier 2020.

Le 19 mars 2020, la reine Élisabeth II se retire par précaution au château de Windsor alors que la pandémie de Covid-19 frappe le Royaume-Uni. La souveraine, âgée de 93 ans, avait annoncé quelques jours auparavant le report de plusieurs engagements publics en raison de la pandémie. La reine et son époux sont ainsi confinés et entourés d’un protocole sanitaire très strict surnommé « HMS Bubble ». Le 5 avril 2020, Élisabeth II s’adresse à la nation britannique et au Commonwealth lors d’une allocution télévisée, la quatrième depuis le début de son règne, enregistrée depuis le château de Windsor où la reine est confinée avec son époux. Elle déclare : « J’espère que dans les années à venir, tout le monde pourra être fier de la façon dont [le peuple britannique] a répondu à ce défi. Ceux qui nous succéderont diront que les Britanniques de cette génération étaient aussi forts que tous. Que les attributs de l’autodiscipline, de la bonne résolution tranquille et de la camaraderie caractérisent toujours ce pays ». Le 8 mai suivant, à l’occasion des commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la reine prononce un nouveau discours, diffusé sur la BBC à 20 heures, soit l’heure exacte à laquelle son père le roi George VI s’est exprimé à la radio en 1945, dans lequel elle appelle notamment les Britanniques à ne « jamais perdre espoir ».

La reine reprend ses engagements officiels en octobre 2020 à l’occasion d’une inauguration. Elle apparaît pour la première fois masquée le 4 novembre 2020, pour les 100 ans de l’inhumation du Soldat inconnu à l’abbaye de Westminster. Le même mois, en raison du risque de contamination lié au virus, Élisabeth II et son époux le prince Philip retournent au château de Windsor.

Le 9 janvier 2021, le palais de Buckingham annonce que la reine et son époux ont reçu une première dose du vaccin de Pfizer-BioNTech contre la Covid-19. En février, le palais publie une vidéo dans laquelle la reine encourage les Britanniques à se faire vacciner.

Le 9 avril 2021, après plus de soixante-treize ans de mariage, son époux, le prince Philip, meurt au château de Windsor à l’âge de 99 ans. La reine Élisabeth II déclare dans un communiqué être très affectée par sa  disparition. Philip était considéré comme le deuxième « pilier » de la monarchie après la souveraine. Pour beaucoup de commentateurs, experts en royauté et médias internationaux, la reine Élisabeth II est entrée dans le « crépuscule » de son règne après la disparition de son mari, qui a dans le même temps rappelé aux Britanniques que « la reine n’est pas immortelle ». Elle est, en outre, le premier monarque britannique à régner veuf depuis la reine Victoria. La reine fait sa première apparition publique après la mort de son époux lors de son 67e discours d’ouverture du Parlement, le 11 mai suivant. Pour la première fois depuis 1967, elle est assise seule devant la Chambre des lords, le fauteuil du prince consort ayant été retiré.

À partir d’octobre 2021, la reine est régulièrement aperçue se déplaçant appuyée sur une canne, ce qui suscite une grande émotion au Royaume-Uni. Selon des sources proches de l’entourage de la souveraine, le choix d’une canne a été fait « pour le confort » de la reine et non pas pour une raison médicale particulière. Dans la nuit du 20 au 21 octobre 2021, la reine Élisabeth II est hospitalisée et subit des examens préliminaires, annonce le palais de Buckingham. Selon le communiqué, publié dans la soirée suivant la sortie de l’hôpital du monarque, la reine « garde bon moral et est rentrée à l’heure du déjeuner au château de Windsor ». Le 26 octobre suivant, alors qu’elle « effectue des tâches légères » au château de Windsor, le palais de Buckingham annonce que la reine ne se rendra pas à la COP 26, qui doit débuter à Glasgow le 1er novembre suivant, conformément à un avis médical lui recommandant de se reposer. Dans un communiqué publié trois jours plus tard, il est annoncé que sur l’avis de ses médecins, la reine Élisabeth devra encore rester au repos pour « au moins deux semaines ». Tandis que son retour sur la scène publique était annoncé lors des  commémorations du Remembrance Day, le 14 novembre 2021, un communiqué du palais de Buckingham annonce que la souveraine, « déçue », renonce, en raison de douleurs au dos, à assister au service religieux prévu ce jour. Le prince Charles de Galles remplace donc sa mère lors de la cérémonie, et dépose une gerbe de fleurs au pied du Cénotaphe de Londres5. Le 21 novembre, en dépit des inquiétudes liées à sa santé, la reine assiste aux baptêmes conjoints de ses deux arrière-petits-fils Lucas Tindall et August Brooksbank, lors d’une cérémonie privée à la chapelle royale de tous les saints, dans le domaine de Windsor.

Le 20 février 2022, le palais de Buckingham annonce que la reine Élisabeth II a été testée positive à la Covid-19, et que la souveraine ne présente que des « symptômes légers ».

Un service d’action de grâces en hommage au défunt duc d’Édimbourg a lieu à l’abbaye de Westminster le 29 mars 2022. Alors qu’elle avait annulé ses dernières apparitions publiques, la reine Élisabeth II, entourée de membres de sa famille et de souverains des familles royales européennes, assiste au service. Il s’agit de la première apparition publique de la souveraine depuis 5 mois.

Le 10 mai 2022, la reine est absente pour la troisième fois en 70 ans de règne lors du traditionnel discours du Trône. Elle est remplacée par son fils, le prince Charles. C’est la première fois que la reine manque l’événement en raison de problèmes de santé, ses deux absences précédentes étant dues à ses grossesses en 1959 et 1963. C’est également la première fois que le prince Charles remplit une fonction si importante. Le 14 juillet 2022, il est annoncé par le Daily Mail qu’une grande partie des tâches officielles exigeantes seront accordées au prince Charles. Les fonctions et les apparitions publiques de la reine Élisabeth II deviennent bien moins présentes.

Le 8 septembre 2022, deux jours après la réception de la nouvelle Première ministre Liz Truss au château de Balmoral par la reine pour lui demander de former un gouvernement, le palais de Buckingham annonce le placement d’Élisabeth II sous surveillance médicale, ses médecins déclarant être « préoccupés » par son état de santé. Sa mort est officiellement annoncée quelques heures plus tard.

Aux termes de l’opération London Bridge, un plan mis en place et préparé par le gouvernement depuis les années 1960 pour planifier les funérailles nationales et les jours qui suivront la disparition de la souveraine, il est prévu que son cercueil soit inhumé en la chapelle Saint-Georges du château de Windsor, auprès de son père et de son époux, le duc d’Édimbourg, dont le propre cercueil quittera le caveau royal pour rejoindre celui de la reine, qui reposera dans la chapelle du mémorial du roi George VI.

Source : Wikipédia.

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