Chester Nimitz, héros de la guerre du pacifique.

Chester William Nimitz, Sr. (24 février 1885, Fredericksburg, Texas – 20 février 1966) a eu une carrière de sous-marinier et a eu des responsabilités d’officier d’état-major qui lui ont valu les étoiles de contre-amiral. Dans les premiers jours de la Seconde Guerre mondiale, il a été promu amiral et nommé Commandant en chef de la Flotte du Pacifique (CINCPAC) en décembre 1941 et Commandant en chef interarmées des Zones de l’Océan Pacifique (CINCPOA) en avril 1942, commandements qu’il a exercés jusqu’en décembre 1945. Il a été le troisième et le plus jeune amiral de la Flotte de la Marine des États-Unis et a fini sa carrière comme premier Chef des Opérations navales de l’après-guerre.


Nimitz est né à Fredericksburg dans l’État du Texas où sa maison natale a été transformée en musée. Son père meurt peu de temps avant sa naissance et c’est son grand-père, Charles H. Nimitz, ancien de la marine marchande allemande, qui prit en charge une grande partie de son éducation.

Chester Nimitz tenta d’entrer à l’Académie militaire de West Point afin de devenir officier dans l’Armée de terre, mais il n’y avait plus de place disponible. Un membre du Congrès lui indiqua qu’il restait une place de libre dans la Marine, à l’Académie navale d’Annapolis, mais qu’elle était réservée au meilleur des candidats. Nimitz étudia alors avec encore plus d’entrain afin d’obtenir cette place.

Nimitz, carte maximum, USA.

Il rejoint le cuirassé pré-dreadnought USS Ohio à San Francisco sur lequel il navigua dans les eaux de l’Extrême-Orient. En septembre 1906, il est transféré sur le croiseur protégé USS Baltimore (C-3) et le 31 janvier 1907, après deux ans en mer, il obtient le grade d’ensign. Stationné en Asie en 1907, il servit successivement sur la canonnière USS Panay1, le destroyer USS Decatur (DD-5) et le croiseur léger USS Denver (CL-16).

En 1908, l’enseigne Nimitz reçut le commandement de l’USS Decatur, mais à la suite d’une mauvaise manœuvre qui l’échoua sur un banc de sable, il fut envoyé en cour martiale, malgré la mauvaise qualité ou l’absence des cartes maritimes de l’époque, pour avoir mis en péril un navire de la Marine. Il reçut une lettre de réprimande et cet incident qui aurait pu avoir des conséquences fatales pour sa carrière militaire, n’en eut finalement pas.

Nimitz retourna aux États-Unis sur l’USS Ranger (plus tard USS Nantucket) quand le vaisseau fut converti en navire-école et en juillet 1909, il commença son instruction dans la première flottille de sous-marins, un domaine où il effectua une grande partie de son service. En mai de la même année, commandant de l’USS Plunger, plus tard rebaptisé A-1, il reçut en plus, le commandement de la flottille. Il commanda l’USS Snapper (plus tard rebaptisé C-5) à partir du 2 février 1910 et l’USS Narwhal (plus tard rebaptisé D-1) à partir du 18 novembre 1910. Parallèlement, le commandement de la 3e division de sous-marins torpilleurs dans l’Atlantique (la 3rd Submarine Division Atlantic Torpedo Fleet) lui fut confié le 10 octobre 1911. En novembre 1911, il fut rappelé à l’arsenal de Boston pour assister à la mise en eau de l’USS Skipjack dont il allait assurer le commandement à partir du 14 février 1912. Le 20 mars 1912, le lieutenant Nimitz porta secours au pompier de 2e classe W. J. Walsh qui était en train de se noyer. Il reçut la Médaille d’Argent de Sauvetage pour cet acte héroïque. Après avoir commandé la flottille de sous-marins postés dans l’Atlantique (entre mai 1912 et mars 1913), il supervisa la construction des moteurs diesel pour le navire-citerne USS Maumee, qui était en cours d’assemblage à la Compagnie de Construction de Bateaux et de Moteurs de New London (New London Ship and Engine Building Company) basée à Groton (Connecticut). En avril 1913, il s’était marié avec Catherine Vance Freeman. Pendant l’été 1913, il étudia la conception des moteurs dans des usines de moteurs diesel situées à Nuremberg en Allemagne ainsi qu’à Gand en Belgique. De retour à l’arsenal de New York, il devint commandant-en-second et ingénieur-mécanicien sur l’USS Maumee entré en service le 23 octobre 1916.

Le 10 août 1917, Nimitz fut placé au rang de second de l’amiral Robison, commandant des forces de sous-marins américains de la Flotte des États-Unis de l’Atlantique.

Le 6 février 1918, il fut nommé chef d’état-major et reçut une distinction pour son service méritoire. Le 16 septembre 1918, il fut envoyé au bureau du Chef des Opérations navales et le 25 octobre, il poursuivit son service avec la mention de Senior Member du comité de conception des sous-marins.

De mai 1919 à juin 1920, Nimitz servit à bord du cuirassé dreadnought USS South Carolina en tant que commandant en second. Il commanda ensuite l’USS Chicago et la 14e division de sous-marins basée à Pearl Harbor. Il retourna aux États-Unis pendant l’été 1922 et suivit les cours de l’École de Guerre Navale (Naval War College). En juin 1923, il fut nommé aide de camp et chef d’état-major assistant du Commandant de la Flotte de Bataille, et plus tard du commandant en chef de la Flotte des États-Unis. En août 1926, il se rendit à Berkeley (Californie) afin de mettre en place la première unité du Corps d’Entrainement des Officiers de Réserve (Reserve Officers Training Corps) de la Marine.

Nimitz perdit un bout de doigt à la suite d’un accident avec un moteur diesel, évènement qui aurait pu être plus grave s’il n’avait porté ce jour-là sa bague reçue à l’académie d’Annapolis. Il souffrit également d’une grave infection aux oreilles qui le rendit en partie sourd. Il compensa son handicap en devenant un bon lecteur sur les lèvres.

En juin 1929, il prit le commandement de la 20e Division de Sous-marins. En juin 1931, il assura le commandement du bâtiment auxiliaire de soutien de destroyers, USS Rigel (AR-11), et de destroyers basés à San Diego. En octobre 1933, il reçut le commandement du croiseur lourd USS Augusta (CA-31) et effectua une mission en Extrême-Orient. En décembre de la même année, l’USS Augusta devint le bâtiment amiral de la Flotte d’Asie. En avril 1935, il retourna sur le continent américain et travailla en tant qu’assistant du chef du Bureau de la Navigation. Promu contre-amiral en juin 1938, il a été nommé, en juillet, commandant de la 2e Division de Croiseurs de la Force de Bataille. En septembre 1938, il fut nommé à la tête de la 1re Division de Cuirassés de la Force de Bataille. Le 15 juin 1939, Nimitz accéda au poste de chef du Bureau de la Navigation.

La Seconde Guerre mondiale éclata en Europe peu de temps après l’arrivée de Nimitz à la tête du Bureau de la Navigation. Dix jours après l’attaque sur Pearl Harbor le 7 décembre 1941, le président Roosevelt le nomma commandant en chef de la Flotte du Pacifique (CINCPAC) et directement au grade d’amiral avec effet au 31 décembre. L’amiral Nimitz a reçu cette charge à l’un des moments les plus critiques de la guerre dans le Pacifique. Malgré le manque de ressources à sa disposition, il réussit à organiser une première défense pour ralentir l’avancée japonaise.

Il fut aidé dans cette entreprise par son état-major, dont les membres venaient en grande partie de l’État-major de l’amiral Kimmel, commandant en chef de la Flotte du Pacifique, au moment de l’attaque de Pearl Harbor. Il a conservé, pendant six mois, dans les fonctions de chef d’état-major, le contre-amiral Draemel, qui avait exercé cette fonction pendant l’intérim du vice-amiral Pye, entre l’amiral Kimmel et l’amiral Nimitz, ainsi que le captain McMorris, à la section des plans de guerre. Mais il a eu le souci de constituer un état-major inter-armées, ce qui n’était pas le cas du général MacArthur, par exemple. Il a toujours attaché la plus grande importance à insuffler un esprit d’équipe à ceux qui travaillaient sous ses ordres, ce qui a conduit à donner comme devise « Teamwork, a Tradition » (soit en français : « Le travail d’équipe, une tradition ») au porte-avions auquel son nom a été donné.

Les premiers mois de la guerre ont été marqués par une avance  extrêmement rapide et apparemment irrésistible des forces japonaises, en Malaisie15, aux Philippines16, contre les territoires américains de Guam, et de l’île de Wake, dans les territoires sous mandat australien de Nouvelle-Bretagne, à Rabaul et de Nouvelle-Irlande, à Kavieng, dans les Indes orientales néerlandaises. Les forces américaines de la Flotte d’Asie (United States Asiatic Fleet) de l’amiral Hart ne connurent qu’un bref succès tactique devant Balikpapan mais la plupart des unités de surface ont connu un sort funeste au sein de la Flotte du Commandement Américain-Britannique-Hollandais-Australien (ABDACOM), fin février début mars 1942 dans les combats de la mer de Java. Seuls les raids de porte-avions de la Flotte du Pacifique, conduits à l’instigation de l’amiral King, contre les îles Marshall et Gilbert, au début de février, ont été préoccupants pour le Haut Commandement de la Marine impériale japonaise, encore que certains y ont vu « un exercice extrêmement coûteux d’entrainement des pilotes ».

Plus d’un mois après la capitulation de Singapour et le bombardement de Port-Darwin, le Conseil Suprême Interallié, en anglais : Combined Chiefs of Staff (CCS), réunissant les plus hauts responsables des forces militaires des États-Unis et du Royaume-Uni, désigna, le 24 mars 1942, le théâtre du Pacifique comme une zone stratégique sous contrôle américain. Six jours plus tard, la réunion des Chefs d’État-Major américains (Joint Chiefs of Staff) divisa la zone en trois parties : les Zones de l’océan Pacifique, en anglais : Pacific Ocean Areas (POA), la Zone du Pacifique Sud-Ouest (South West Pacific Area SWPA) confiée au général MacArthur et la SEPA (Southeast Pacific Area) dont le Quartier Général se trouvait à Balboa. L’amiral Nimitz fut placé à la tête des Zones de l’océan Pacifique avec le titre de Commandant en Chef (CINCPOA). Il s’agissait d’un commandement interarmées et interallié, qui ne se limitait pas aux forces navales  américaines, mais s’appliquait à l’ensemble des Forces Alliées (Air, Terre et Mer) dans ces zones. Il conserva sous son autorité directe la Zone du Pacifique Central, et délégua le commandement des Zones du Pacifique Nord au contre-amiral Theobald et du Pacifique Sud au vice-amiral Ghormley.

Au fur et à mesure que les navires et les hommes devinrent disponibles, l’amiral Nimitz les lança dans la bataille. Un premier coup d’éclat a été le raid sur Tokyo, mené par des bombardiers des United States Army Air Forces qui avaient décollé du porte-avions USS Hornet qui venait d’arriver des États-Unis pour sa première opération de guerre. Cela conforta la conviction de l’amiral Yamamoto, commandant en chef de la Flotte combinée, qui comptait provoquer une « bataille décisive » avec la Flotte américaine du Pacifique, en allant occuper l’atoll de Midway.

Au début mai, la bataille s’achevait aux Philippines, avec la capitulation américaine à Corrigedor, tandis que les Britanniques attaquaient Madagascar. Alerté par le décryptage de messages radio par les Britanniques qu’une force de deux grands porte-avions japonais, rentrant d’un raid fracassant contre la Flotte britannique d’Orient (British Eastern Fleet), se dirigeaient vers Truk, dans les îles Carolines, où se trouvait le Q.G. de la Flotte japonaise des mers du Sud, l’amiral Nimitz décida de déployer en mer de Corail les quatre porte-avions dont il disposait, pour contrer une éventuelle attaque contre Port-Moresby dont le général MacArthur comptait faire sa base de départ pour menacer Rabaul.

Seuls les deux porte-avions du contre-amiral Fletcher ont participé à la bataille qui s’ensuivit, les porte-avions du vice-amiral Halsey, revenant trop tard du raid sur Tokyo.

La bataille fut un des derniers succès tactiques de l’aéronautique navale japonaise, infligeant aux Américains la perte du grand porte-avions USS Lexington et ne subissant que la perte d’un porte-avions léger, mais, pour la première fois depuis Pearl Harbor, les porte-avions japonais ne remportaient pas une éclatante victoire et les Japonais subissaient un échec stratégique, en ne réussissant pas à couper la liaison entre Hawaii et l’Australie, tandis que les dégâts causés au Shokaku et au Zuikaku les ont empêchés de participer à la bataille suivante privant ainsi la 1re Flotte Aérienne de la Flotte Combinée du tiers de ses porte-avions d’escadre, les deux plus puissants et les plus récents.

La capacité des services de renseignement de la Marine américaine à décrypter les codes japonais a permis à l’amiral Nimitz d’acquérir la conviction qu’une offensive japonaise allait viser cette fois l’atoll de Midway. Il décida de tout jouer sur ce renseignement. Le chantier naval de Pearl Harbor reçut l’ordre de rendre opérationnel dans les délais les plus courts le porte-avions USS Yorktown, gravement endommagé en mer de Corail, de façon à pouvoir disposer de trois porte-avions, sachant que la Marine japonaise pouvait aligner quatre à six porte-avions d’escadre, et trois porte-avions légers. Le 30 mai, les trois porte-avions américains étaient en route pour se mettre en embuscade à quelque 350 mille nautiques au nord-est de Midway, à l’insu des Japonais. L’indisponibilité du vice-amiral Halsey, qui a dû être hospitalisé en urgence, alors qu’il devait avoir le commandement supérieur à la mer, a conduit à confier les deux porte-avions de sa Task Force 16 au contre-amiral Spruance, que l’amiral Nimitz avait choisi pour être son nouveau chef d’état-major, mais cette nomination, sur la chaude recommandation du vice-amiral Halsey, devait se révéler très judicieuse. L’idée de manœuvre de l’amiral Nimitz était de lancer en avant les USS Enterprise et Hornet du contre-amiral Spruance et d’en assurer la couverture avec l’USS Yorktown du contre-amiral Fletcher, commandant supérieur à la mer.

Malgré des tirs nourris de défense contre avions, l’USS Yorktown (CV-5) été mis hors de combat par l’aviation embarquée du Hiryū, dans l’après-midi du 4 juin.
L’amiral Yamamoto avait conçu un plan ambitieux, attaquant à la fois dans le Pacifique central, avec quatre porte-avions d’escadre en première ligne, et dans le Pacifique nord, contre les îles Aléoutiennes, avec trois porte-avions. C’est cette dispersion des forces, mais aussi la faiblesse du  renseignement militaire japonais, et la mauvaise coordination entre les porte-avions et les cuirassés qui ont donné un avantage sensible aux forces américaines, qui ont souffert pour leur part d’une certaine inefficacité de l’aviation de bombardement basée à Midway, qu’elle dépende des US Army Air Forces ou des Marines.

La force destinée à envahir Midway a été repérée le 3 juin et attaquée sans résultats par les bombardiers basés à terre. Le 4 juin au matin une reconnaissance aérienne a signalé deux porte-avions japonais. Le contre-amiral Fletcher a demandé au contre-amiral Spruance de les attaquer. L’aviation de reconnaissance japonaise a repéré les bâtiments américains mais n’a pas aussitôt signalé que des porte-avions en faisaient partie, ce qui a abouti à des ordres successifs et contradictoires sur les porte-avions japonais. Malgré les difficultés de l’aviation embarquée américaine à localiser les porte-avions japonais, les bombardiers en piqué des USS Enterprise et Yorktown ont surpris les navires du vice-amiral Nagumo et mis hors de combat trois porte-avions (Akagi, Kaga, et Sôryû) sur quatre. Dans l’après-midi du 4 juin, ce sont l’ USS Yorktown du contre-amiral Fletcher et le Hiryū du contre-amiral Yamaguchi qui ont été mis également hors de combat. La bataille s’est achevée le 7 juin, après que l’aviation embarquée du contre-amiral Spruance a coulé, le 6, le croiseur lourd Mikuma et gravement endommagé son jumeau, le Mogami, tandis que le sous-marin japonais I-168 a torpillé et coulé l’épave en remorque de l’USS Yorktown et un destroyer qui l’escortait.

La bataille de Midway a définitivement clos la période des grands succès de la Marine japonaise. Celle-ci n’a plus, en tout cas, eu ensuite l’initiative sur le plan stratégique.

Le contre-amiral Spruance a alors pris les fonctions de chef d’état-major de la Flotte du Pacifique comme initialement prévu, et le commandement de la Task Force 16 a été confié au contre-amiral Kinkaid.

Après l’évacuation de Guadalcanal par les Japonais, qui éloigne la menace sur la liaison Hawaii-Australie, la stratégie américaine est une offensive selon deux axes est-ouest parallèles, au sud, le long de la mer des Salomon sur la côte de Nouvelle-Guinée-Papouasie, par les troupes du général Mac Arthur, au nord, dans les îles de l’archipel des Salomon, par l’U.S. Navy et les marines, aux ordres de l’amiral Halsey, sous l’autorité de l’amiral Nimitz, dans la perspective d’une reconquête de Rabaul et de Kavieng, souhaitée par le général MacArthur, dans un “plan Elkton III”.

Quant aux Japonais, ils ont fixé leur ligne de défense sur la Nouvelle-Géorgie, depuis laquelle ils espèrent reprendre pied sur Guadalcanal que leur aviation continue à bombarder, et à intervenir jusque dans les Salomon du Sud. La construction, très bien camouflée de pistes d’aviation à Munda64, et à Vila, sur Kolombangara, doit ainsi leur permettre de  neutraliser Henderson Field. Les forces navales américaines du Pacifique Sud, faute de moyens de débarquement suffisants, ont procédé à des bombardements côtiers des aérodromes japonais les plus proches, sans grande efficacité. Si, début janvier, lors d’un raid sur Munda, le contre-amiral Ainsworth a eu l’occasion d’améliorer la tactique d’emploi des croiseurs et des destroyers, en donnant une plus grande liberté d’action aux destroyers et en utilisant la plus grande portée de l’artillerie des croiseurs pour rester hors d’atteinte des torpilles “Longues Lances”, néanmoins, le 30 janvier 1943, à la bataille de l’île de Rennell, les avions japonais de la 11e Flotte Aérienne ont réussi, malgré une couverture de l’aviation de l’USS Enterprise, à couler l’USS Chicago, seul rescapé de la bataille de l’île de Savo.

Dès la fin février, les îles Russell, à proximité immédiate de Guadalcanal, ont été occupées, alors qu’elles avaient été évacuées par les Japonais (Opération Cleanslate). Mais en Nouvelle-Guinée-Papouasie, le Haut Commandement japonais souhaitait conforter les positions occupées dans le secteur de Salamaua-Lae. Pour transporter de très importants renforts, de l’ordre de 7 000 hommes destinés à repousser l’offensive attendue des troupes du général MacArthur, un convoi escorté de huit destroyers a quitté Rabaul, le 28 février, mais dans la bataille de la mer de Bismarck (2 au 5 mars 1943), l’aviation américaine basée à terre a détruit le convoi, avec des pertes estimées à 3 000 tués.

Mais le Pacifique Sud n’est pas seule préoccupation de l’amiral Nimitz. Dans la Zone du Pacifique Nord, où, en janvier 1943, le contre-amiral Kinkaid a remplacé le contre-amiral Theobald, il s’agit de reconquérir les îles Kiska et Attu, occupées depuis juin 1942 dans l’archipel des îles Aléoutiennes. À la fin mars, le contre-amiral McMorris, avec un croiseur léger ancien et un croiseur lourd, a été malmené mais a tenu en échec, à la bataille des îles du Commandeur, le vice-amiral Hosogaya, qui, avec deux croiseurs lourds, devait y acheminer des renforts. La reconquête a commencé par l’attaque d’Attu, la position la plus à l’ouest, donc la plus éloignée, mais avec la moins puissante garnison. Les combats, qui ont duré trois semaines en mai 1943, ont été difficiles, compte tenu du climat quasi-polaire. L’occupation de Kiska, en août 1943, effectuée sans combats, les Japonais ayant évacué l’île à l’insu des Américains, a marqué la fin de la campagne.

En avril, dans le Pacifique Sud, l’amiral Yamamoto, commandant en chef de la Flotte combinée, a ordonné que 170 appareils des porte-avions de la 3e Flotte soient momentanément transférés à terre, pour aller renforcer la 11e Flotte Aérienne et participer à des bombardements depuis Rabaul, Bougainville et les îles Shortland, contre Guadalcanal, Port Moresby, la baie d’Oro (devant Buna) et la baie de Milne. C’est l’opération I-Go. Les résultats n’ont pas été déterminants pour l’aviation navale japonaise face à l’aviation de chasse américaine. Comme l’amiral Yamamoto devait aller inspecter les aérodromes d’où étaient partis les avions japonais, un message radio détaillant son itinéraire a été décrypté par les Américains. Prévenu, l’amiral Nimitz a proposé de tenter une interception, ce qui fut approuvé au plus haut niveau. L’amiral japonais a été tué le 18 avril, le bombardier à bord duquel il se trouvait ayant été abattu par des chasseurs “P-38” partis d’Henderson Field.

Du côté allié, les discussions d’état-major se sont poursuivies, la réunion des Chefs d’État-major considérant que les divisions supplémentaires réclamées par le général MacArthur pour reconquérir Rabaul dépassaient les capacités alliées du moment. Une rencontre à Brisbane en avril, entre le général MacArthur et l’amiral Halsey, s’est bien passée et a abouti à un compromis, on est passé du plan Elkton III à l’opération Cartwheel.

Le 14 décembre 1944, le Congrès des États-Unis a créé les grades d’amiral de la Flotte et de général de l’Armée, et sept promotions sont intervenues avec effet du 15 au 21 décembre, une par jour, alternant trois nominations d’amiraux de la Flotte et quatre de généraux de l’Armée. La première promotion a été celle de l’amiral Leahy, chef d’état-major du Président Roosevelt, qui faisait fonction de président de la réunion des Chefs d’État-Major et avait été avant-guerre Chef des Opérations navales, la seconde promotion, celle du général Marschall, chef d’État-Major de l’Armée des États-Unis, la troisième promotion celle de l’amiral King, Commandant-en-Chef de la Flotte des États-Unis et Chef des Opérations navales, la quatrième, celle du général MacArthur, Commandant en Chef des Forces de l’Armée des États-Unis en Extrême-Orient, qui avait été avant-guerre Chef d’État-Major de l’Armée des États-Unis, la cinquième est celle de l’amiral Nimitz, donc avec effet du 19 décembre, la sixième, celle du général Eisenhower, Commandant en Chef des Forces Alliées en Europe, et la septième celle du général Arnold, Commandant des United States Army Air Forces. L’amiral Nimitz est le seul, avec le général Eisenhower, qui, au moment de leur promotion, ne fasse pas partie des Joint chiefs of staff, ou qui n’ait pas été, avant-guerre, Chef d’État-Major de l’Armée ou Chef des Opérations navales.

Selon le vice-amiral Ozawa, devenu Vice-Chef de l’État Major Général de la Marine, interrogé après la guerre, « Après (la) bataille (du golfe de Leyte), les forces de surface sont devenues strictement des forces auxiliaires, et nous nous sommes appuyés sur les forces terrestres, les forces spéciales d’attaque (les kamikaze) et les forces aériennes. » L’amiral Toyoda a été partisan d’une stratégie de défense agressive, utilisant les kamikaze, ce qui a été fait lors des débarquements à Luçon et plus tard à Iwo Jima.

Ainsi, le 25 novembre, pour la première fois, un porte-avions d’escadre, l’USS Intrepid, a été endommagé par un kamikaze.

L’amiral de la Flotte Nimitz a reconnu après la guerre « Rien de ce qui est arrivé durant la guerre n’a été une surprise—absolument rien—à l’exception des tactiques des kamikaze vers la fin de la guerre. Ceux-là, nous ne les avons pas vu venir. »

Le 21 novembre 1945, le secrétaire à la Marine, James Forrestal a annoncé que l’amiral de la Flotte Nimitz succéderait à l’amiral de la Flotte King en tant que Chef des Opérations navales. Cette nomination fut confirmée par le Sénat, le 26 novembre, et a été effective à partir du 15 décembre. Chester Nimitz demanda explicitement au Président Truman de n’avoir à assurer qu’un mandat de deux ans à ce poste.

La priorité de sa mission de Chef des Opérations navales était la  restructuration de la Marine qui avait atteint un potentiel important pendant la guerre mais qui devait alors s’adapter à l’après-guerre. Il mit en place les structures nécessaires au service actif et aux unités de réserve. Dans une période d’âpres discussions, sur la réorganisation des chaines de commandement des différents services par rapport au Secrétariat à la Défense et entre eux, l’autorité de l’amiral de la Flotte Nimitz a permis de trouver un compromis, qui a maintenu l’aéronautique navale et les Marines au sein de l’U.S. Navy.

L’amiral de la Flotte Nimitz intervint, en juillet 1946, par un affidavit, lors du procès de Nuremberg, au sujet de l’utilisation des sous-marins durant le conflit, et plus particulièrement des secours aux équipages et passagers des navires torpillés. L’amiral allemand Karl Dönitz avait donné l’ordre durant la guerre de ne pas apporter de tels secours. Nimitz affirma qu’il avait donné une consigne similaire lors de la campagne sous-marine alliée dans le Pacifique afin d’éviter de mettre en péril la sécurité des sous-marins.

À la question « Était-il courant dans de telles zones (de théâtre des opérations) de procéder avec les sous-marins à des attaques des navires marchands sans avertissement, à l’exception des leurs et de ceux des alliés ? », Nimitz répondit « Oui, à l’exception des navires sanitaires, d’autres vaisseaux sous contrôle, et des transits pour des raisons humanitaires ». À la seconde question qui lui demandait s’il avait reçu de tels ordres, Nimitz déclara « Le Chef des Opérations navales ordonna le 7 décembre 1941 une utilisation sans restriction des sous-marins dans la guerre contre le Japon. »

Dönitz ne fut condamné qu’à dix ans de prison, ce qui peut laisser penser que l’intervention de Nimitz lui avait permis de consolider sa défense de manière significative.

Chester Nimitz et sa femme emménagèrent à Berkeley (Californie) où leurs trois filles, leur fils (un officier de la Navy) ainsi que ses anciens  collaborateurs lui rendaient visite. Nimitz occupa le poste essentiellement honorifique d’assistant spécial du Secrétaire à la Marine pour la Frontière maritime de l’Ouest. Il travailla ensuite au sein de la Fondation Historique de la Marine, et s’attacha à rapprocher les armées américaines et japonaises (restauration du cuirassé Mikasa, navire amiral de l’amiral Tōgō, lors de la bataille de Tsushima en 1905).

En 1949, Nimitz fut nommé administrateur au Cachemire, sous l’égide des Nations unies, mais la détérioration des relations entre l’Inde et le Pakistan fit échouer la mission diplomatique. De 1948 à 1956, il fut régent de l’université de Californie. Celle-ci lui rendit hommage le 17 octobre 1964 à l’occasion du Nimitz Day.

Nimitz n’a jamais tenté de tirer profit de sa participation à la guerre et refusa d’écrire ses mémoires. Il pensait que toute réflexion sur le conflit n’aiderait pas la Marine et que ce n’était pas rendre hommage à ceux qui étaient morts au combat.

Après une chute sérieuse de l’amiral en 1964, les Nimitz quittèrent Berkeley pour s’installer dans des quartiers de la Marine sur l’île de Yerba Buena dans la baie de San Francisco.

Vers la fin 1965, Nimitz eut une attaque, aggravée par une pneumonie. Il fut admis à l’hôpital militaire d’Oak Knoll en Californie. En janvier 1966, les médecins le laissèrent rentrer chez lui. Il s’est éteint le soir du 20 février 1966 à son domicile dans le premier quartier militaire de Yerba Buena à 4 jours de son 81e anniversaire. Avec lui disparait le dernier des amiraux de la Flotte de la Marine des États-Unis.

Il a été enterré au Cimetière National de Golden Gate, à San Bruno en Californie, le jour même où il devait fêter son 81e anniversaire, à proximité de la tombe de son ami Richmond K. Turner, comme le seront ensuite Charles A. Lockwood et Raymond A. Spruance, selon un  arrangement arrêté de leur vivant.

Source : Wikipédia.

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