Bertrand François Mahé, comte de La Bourdonnais, officier de marine et amiral de France.

Bertrand François Mahé, comte de La Bourdonnais, né à Saint-Malo le 11 février 1699 (baptisé le 16 février dans cette même ville) et mort à Paris le 10 novembre 1753, est un officier de marine français, amiral de France. Engagé jeune au service de la Compagnie française des Indes orientales, il se distingue une première fois lors de la prise de Mahé (Inde) en 1724. Nommé Gouverneur général des Mascareignes pour le compte de la Compagnie des Indes en 1733, il prend son poste en 1735 et modernise, à renforts de grands travaux, les établissements français des mers de l’Inde, l’Isle de France et l’île Bourbon. Ces travaux lui valent l’hostilité de certains directeurs de la Compagnie, à Paris, en raison de leur coût.

En France, lorsque la guerre de Succession d’Autriche éclate, La Bourdonnais propose au ministre de la Marine, Jean Frédéric Phélypeaux de Maurepas, de prendre la tête d’une escadre pour assurer la supériorité de la France sur l’océan Indien. Il se distingue le 6 juillet 1746, à la bataille de Négapatam, contre une escadre anglaise, supérieure en nombre, commandée par Lord Peyton. Cinq mois plus tard, il prend Madras,

pratiquement sans combattre, et négocie une rançon avec le commandant anglais de la place. Cet épisode sera à l’origine de l’opposition qu’il aura avec le général Dupleix, partisan d’une destruction de la ville. Accusé d’entente avec l’ennemi, il est destitué de son poste de gouverneur général des Mascareignes et envoyé en mission en Martinique. Il rentre en Europe sous un faux nom, mais est reconnu et reste prisonnier quelque temps à Londres. Il obtient la permission de rentrer en France pour défendre son honneur, mais est rapidement embastillé sur ordre du Roi, en 1748. Il doit attendre 1751 pour être jugé, et profite de sa captivité pour rédiger ses Mémoires. Innocenté, il meurt peu après sa libération, le 10 novembre 1753, à l’âge de 54 ans.


Ces cinq premières années sous son administration sont marquées par de nombreux succès : il contribue à leur développement tant militaire qu’économique.

La Bourdonnais, carte maximum, Saint-Malo, 20/02/1988.

À l’Isle de France, pour lancer la culture de la canne à sucre, il crée la première sucrerie de l’ile au quartier des Pamplemousses avec du matériel venant de France. Et pour encourager les cultures vivrières, il aménage dans les jardins de Monplaisir, sa luxueuse résidence du quartier des Pamplemousses, des potagers et des vergers dont les fruits et légumes serviront à ravitailler les équipages à Port-Louis. Il encourage aussi les colons à cultiver le manioc, plante résistante aux divers prédateurs (rats, sauterelles), et dont la racine fournit une farine, la cassave, qui deviendra la nourriture de base des esclaves.

Il entreprend de doter Port-Louis, appelé jusque-là « Le Camp », d’une bonne infrastructure portuaire. Il fait creuser le port, l’enrichit d’une cale sèche pour réparer et construire les navires, d’un arsenal et d’un hôpital.

L’historien et biographe, Léon Guérin, dans son Histoire maritime de France (1844) :

« Dès que La Bourdonnais fut arrivé dans les iles de son gouvernement, il les étudia à fond. Son heureuse pénétration, son infatigable activité abrégèrent le travail. Il établit partout la discipline et la subordination, maniant avec autant d’adresse que de sévérité des esprits fougueux, et qui jamais encore ne s’étaient vus retenus dans les bornes du devoir et de l’obéissance. Après avoir réglé les intérêts moraux, comme eût fait un législateur consommé, il prit soin, en bon père, des intérêts matériels des colons. Le premier, il dota les iles de France et de Bourbon de leurs plantations de canne à sucre, et il établit des raffineries qui produisirent presque immédiatement à la Compagnie des Indes des sommes considérables. Il fonda aussi des fabriques de coton et d’indigo, fit cultiver le riz et le blé pour la nourriture des Européens, et naturalisa aux iles orientales de l’Afrique, pour la subsistance des esclaves, le manioc, qu’il avait apporté du Brésil. Manquant d’ingénieurs et d’architectes, La Bourdonnais se fit l’un et l’autre, et bientôt des maisons, des hôpitaux, des magasins, des arsenaux même, s’élevèrent à la place des cabanes, avec de bonnes fortifications pour protéger le tout ; des communications furent ouvertes, des canaux creusés, des ponts, des aqueducs, un port et des quais construits comme par enchantement.

Avant l’arrivée de La Bourdonnais on ne savait, à l’Ile-de-France, ce que c’était de radouber ou de caréner un vaisseau. Les habitants, qui avaient de petites embarcations pour aller à la pêche, étaient incapables d’y faire par eux-mêmes la moindre réparation, et n’attendaient rien que du secours des ouvriers qui, de hasard, relâchaient sur leurs côtes. L’intelligent gouverneur, dont le coup d’œil avait deviné dans l’Ile-de-France une émule possible de la colonie hollandaise de Batavia, un entrepôt commode et sûr pour la Compagnie française des Indes-Orientales, encouragea de toutes ses forces les colons à le seconder. Il fit chercher, voiturer, façonner tous les bois propres à la marine, et, en moins de deux ans, il eut tous les matériaux qu’il désirait à sa disposition… Bientôt les ouvriers de l’Ile-de-France furent en état de doubler et radouber, non-seulement les bâtiments de leurs côtes, mais encore ceux qui venaient d’Europe. On ne s’en tint pas là. Un beau brigantin, navire de bas bord avec un grand mât, un mât de misaine et un mât de beaupré, plus en usage pour le commerce que pour la guerre, quoique très propre à faire la course, fut entrepris avec un plein succès par La Bourdonnais, qui lui fit succéder immédiatement, sur le chantier, un bâtiment de cinq cents tonneaux. Le port de l’Ile-de-France ne tarda pas à être en aussi bonne renommée, pour la construction des vaisseaux, que celui de Lorient… C’est ainsi que l’Isle-de-France et celle de Bourbon, hier encore presque dédaignées comme d’inutiles rochers, devinrent en quelques jours l’orgueil de la mer des Indes, l’objet de la jalousie et de l’ambition des Anglais et des Hollandais. »

Sur l’ile Bourbon, il fait aménager le port de Saint-Denis et fonde la ville de Saint-Louis. Mais en 1740, alors qu’il se trouve en visite en France, il est obligé de repartir pour l’Inde pour faire face à la Marine britannique.

Cependant, ces aménagements considérables n’ont pas le succès escompté en France. Les financiers, qui dirigeaient à Paris les affaires de la Compagnie des Indes, se mettent à voir d’un mauvais œil les dépenses de leur premier établissement : ils les trouvent ruineuses et reprochent au gouverneur de ne pas assez prendre soin de leurs dividendes et de trop sacrifier le présent à l’avenir. La Bourdonnais est obligé de se justifier. Il est accusé d’administrer beaucoup plus pour son intérêt personnel que pour celui de la Compagnie. Alors qu’un des directeurs de la Compagnie lui demande un jour comment, ayant si bien fait fructifier ses propres affaires, il avait si mal conduit celles de la Compagnie, il répond fièrement à cette question : « C’est que j’ai fait mes affaires selon mes lumières, et celles de la Compagnie d’après vos instructions. » Il reçoit un brevet de Capitaine de frégate dans la Marine royale, en 1741. La même année, à la tête d’une escadre armée de moyens de fortune, le capitaine de La Bourdonnais libère une seconde fois le comptoir occupé par les Marathes.

Cinq mois après le combat de Négapatnam, La Bourdonnais débarque le 15 septembre 1746, sur la plage de Madras, établissement anglais rival de Pondichéry, et à 90 milles de distance sur la même côte. Le 20 septembre au matin, le gouverneur anglais de la place, effrayé des ravages de son artillerie, lui demande quelle rançon il compte exiger pour se retirer: « Allez dire à celui qui vous envoie, répondit avec indignation le capitaine français, que l’honneur n’est pas une chose qui se vende. Je suis venu devant Madras pour y arborer le drapeau de la France, et ce drapeau y sera arboré ou je mourrai sous ces murs. » En conséquence de cette fière réponse, il fait demander à bord de ses vaisseaux des hommes de bonne volonté pour monter sans plus de retard à l’assaut.

Il en trouve beaucoup plus qu’il n’en fallait ; soldats et matelots se disputent l’honneur de la première escalade. Mais les Anglais rendent cette bravoure inutile en apportant les clefs de Madras au vainqueur de Négapatam. La Bourdonnais fait son entrée dans la « ville blanche » le 21 septembre, à la tête de 1 500 hommes ; sur les tours du fort Saint-Georges, qui défendait la ville, le pavillon fleurdelisé est substitué à celui d’Angleterre et salué de vingt et un coups de canon.

Une fois cette satisfaction donnée à l’honneur français, les Anglais demandent à pouvoir se racheter, eux et leur établissement; une concession que La Bourdonnais leur accorde en conformité avec les instructions qu’il avait reçues de France, et qui prévoyaient, en termes formels, qu’il « ne garderait aucune des conquêtes qu’il pourrait faire dans l’Inde ». Le prix de la capitulation est fixé à 1 100 000 pagodes, représentant environ 9 millions de livres.

La Bourdonnais, épreuve de luxe.

La capture rapide de Madras, dégage ainsi Pondichéry – où le général Dupleix s’était réfugié – de la menace anglaise, mais il se brouille avec Dupleix au sujet du sort de la ville. La Bourdonnais, qui est un marin ayant une mentalité corsaire, veut rendre la ville aux Anglais contre une rançon. Dupleix, plus « terrien » que son collègue de l’Isle de France, veut éradiquer la présence anglaise dans le secteur pour y préserver les intérêts français. Il refuse la transaction et fait raser Madras.

À la demande du nouveau gouverneur, il accepte la mission périlleuse de conduire en Martinique, à travers les escadres anglaises qui tenaient la mer, six vaisseaux de la Compagnie des Indes destinés pour l’Europe. Il échappe aux escadres ennemies, mais pas à la tempête qui l’assaille au passage du cap de Bonne-Espérance et disperse ses vaisseaux. Il ne peut en ramener que trois à la destination qui lui avait été assignée.

Sans emploi, il décide de rentrer en Europe. Il embarque, sous un faux nom, à bord d’un bâtiment hollandais qu’il avait pris dans l’île Saint-Eustache, mais il est reconnu à Falmouth, où le bâtiment était venu loucher, et conduit à Londres comme prisonnier de guerre. L’Angleterre traite généreusement son prisonnier et n’exige uniquement de lui qu’il ne quitte pas la ville. La Compagnie anglaise des Indes orientales, les ministres, les princes de Grande-Bretagne, lui prodiguent des témoignages d’intérêt et d’estime. L’héritier du trône, le présentant à son épouse dit :

« Voilà, Madame, cet homme qui nous a tant fait de mal dans les Indes.
— Ah ! Monseigneur, reprit vivement La Bourdonnais, en m’annonçant ainsi, vous allez me faire regarder avec horreur.
— Ne craignez rien, répliqua le prince, on ne peut qu’estimer l’officier qui sert bien son roi, et qui fait la guerre en ennemi humain et généreux. »

À Paris, les choses se passent bien différemment. Des mémoires envoyés par Dupleix sont arrivés de Pondichéry dénonçant le colonisateur de l’Isle de France et le vainqueur de Madras comme un traître lâchement vendu aux intérêts des ennemis de son prince et de son pays. Brûlant d’aller confondre ses calomniateurs, La Bourdonnais obtient, sur parole, de passer en France. II se rend directement la Cour de France à Versailles, et demande des juges avec le calme et la fierté d’un homme fort de son innocence. La nuit même, en vertu d’un ordre du roi, il est arrêté et jeté à la prison de la Bastille le 3 mars 1748 pour spéculation et mauvaise administration.

La Bourdonnais y est détenu pendant trois ans, privé de toute communication avec sa famille pendant la première année, année pendant laquelle sa santé se dégrade sérieusement. La Bourdonnais emploie les longues heures de sa prison à rédiger ses Mémoires. Il y joint une carte de sa composition, établissant avec précision la topographie respective des îles de France, de Bourbon et de Pondichéry, afin de faire ressortir l’indépendance réciproque des deux gouvernements. Mais, disposant de très peu de moyens dans sa cellule, il doit déployer son génie inventif afin de trouver les ressources nécessaires à son travail.

La Bourdonnais apprend, au bout de trois ans et dans un état de santé très dégradé, qu’un jugement solennel avait proclamé son innocence, et il voit enfin les portes de la Bastille s’ouvrir le 3 février 1751, pour lui rendre la liberté. Mais souffrant de paralysie en raison de ses conditions de détention, il meurt le 10 novembre 1753, rue d’Enfer à Paris, moins de deux ans après sa sortie de la Bastille.

À sa mort, le roi alloue à sa veuve une modeste pension de 2 400 livres.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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