Bảo Đại, empereur du Vietnam.

Bảo Đại est le nom d’intronisation du prince Nguyễn Phúc Vĩnh Thụy, fils unique de l’empereur Khải Định (啟定帝), né le 22 octobre 1913 au palais Doan Trang Vien de Huế et mort le 31 juillet 1997 à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce à Paris.

Treizième et dernier monarque de la dynastie des Nguyễn, il est aussi le dernier empereur du Viêt Nam ; il règne sous la colonisation française, alors que la dynastie n’exerce plus qu’une souveraineté symbolique sur les protectorats de l’Annam et du Tonkin.

Partisan de l’indépendance, il abdique malgré lui le 25 août 1945, remettant les symboles de sa souveraineté, le sceau et l’épée d’or, à une délégation Việt Minh, alors que l’Indochine française se trouve en plein chaos (épisode dit de la révolution d’août). Il est conservé par les indépendantistes comme « conseiller politique ».

En 1949, durant la guerre d’Indochine, il est ramené au pouvoir par les Français, non plus avec le titre d’empereur mais avec celui de chef de l’État du Viêt Nam. En 1955, il est renversé par son Premier ministre, Ngô Đình Diệm. Il passe le reste de sa vie en exil.


Bảo Đại commence donc son règne (s’agissant de son domaine réservé) par l’abolition des lays (prosternations) traditionnelles, qui sont remplacées par une triple inclination devant la personne de l’empereur et par la suppression du gynécée et, par conséquent, celle des eunuques puisqu’il n’y a plus de gynécée à surveiller. Pour le jeune souverain, seule l’unique femme, Marie-Thérèse Nguyên Huu Hào, issue d’une famille riche mais catholique (là encore, Bảo Đại brave la tradition et les conservateurs de la Cour), qu’il épouse le 20 mars 1934, a le titre de reine et même d’impératrice Nam Phuong (Parfum du Sud) du vivant de l’empereur.

Il doit, malgré le fait presque accompli, s’attaquer ensuite aux grands changements politiques. Par l’ordonnance du 10 septembre 1932, le jeune empereur manifeste sa volonté de gouverner avec le concours du peuple (la devise Dân Vi Qui : « Le Peuple avant tout », le poursuit plus tard dans toute son action face à Hồ Chí Minh ou aux autorités françaises) sous la forme d’une monarchie constitutionnelle et de réformer notamment le corps mandarinal (très décrié par la population), l’enseignement et la justice. Dans une autre ordonnance, datée du 2 mai 1933 et fort de l’impact qu’a exercé la première sur l’opinion, l’empereur Bảo Đại déclare vouloir prendre personnellement le gouvernement de l’Empire par le rajeunissement de la Cour et la réorganisation du Nôi Cac. Il choisit Nguyên Dé, un jeune Vietnamien de culture occidentale (originaire d’Hanoï), comme secrétaire particulier et supprime le poste de ministre de la Guerre (devenu inutile puisque ses sujets servant dans la garde royale, les milices ou la police, relèvent de l’autorité française).

Peu enclin à abandonner son train de vie pour des responsabilités politiques, il ne revient au Việt Nam qu’en septembre 1932, pressé par le gouvernement français. Animé d’un esprit réformateur, il montre sa volonté de changement dès le 10 septembre, lors de la cérémonie d’hommage des hauts fonctionnaires, en parlant français. En outre, il supprime la prosternation traditionnelle, front contre sol. Il pense même à transférer la capitale de Huế à Hanoï. Il annonce son intention de gouverner seul. Toutes ces mesures sont encouragées par le gouvernement français, qui voit en Bảo Đại un rempart contre les aspirations nationalistes et qui se réserve un droit de veto sur toute décision impériale. Dans un premier temps, Bảo Đại se montre actif en faisant promulguer de nouveaux codes pénal et civil, réforme l’enseignement et s’attaque même au système du mandarinat en l’allégeant. Le pouvoir colonial français juge alors prudent de lui adjoindre un ministre conservateur, Ngô Đình Diệm. Cependant, il se retrouve de nouveau seul puisque Ngô Đình Diệm, se révélant nationaliste, perd son poste sous la pression française.

En 1934, Bảo Đại annonce son intention d’épouser Marie-Thérèse Nguyễn Hữu Thị Lan, une jeune catholique du Sud, élevée elle aussi en France, qui prend le nom dynastique de Nam Phương. Cette union est mal vue de l’aristocratie vietnamienne comme du peuple, qui reprochent au monarque son choix d’une épouse catholique et la monogamie que cette religion impose, le mariage polygame restant un puissant instrument de faveur impériale. En outre, le pape Pie XI refuse à la famille de la fiancée une dispense canonique pour le mariage et exige un engagement écrit stipulant que les futurs enfants soient élevés dans la foi catholique. La presse se hâte d’étouffer le refus pontifical, mais l’Osservatore Romano est formel. Finalement, le mariage a lieu presque en secret. Bảo Đại s’engage à ne pas avoir d’autre épouse officielle et à ne pas donner naissance à des héritiers potentiels hors mariage. Quand le prince Bảo Long naît deux ans plus tard, il reçoit un enseignement officiel bouddhiste mais aussi, en secret,  catholique. Le 7 mars 1939, le prince est officiellement intronisé héritier de Bảo Đại. Cette même année, Bảo Đại effectue un grand voyage en France avec son épouse.

En septembre 1940, l’Empire du Japon fait passer ses forces armées à travers toute l’Indochine française, suivant l’accord passé avec l’État français de Vichy. La France n’a alors pas les moyens de résister, et l’amiral Decoux, nommé gouverneur général par le gouvernement de Vichy, doit accepter la présence du Japon en Annam. Il délaisse de plus en plus ses responsabilités politiques, se réfugiant dans la chasse. Le 9 mars 1945, l’armée impériale japonaise réalise un coup de force dans toute l’Indochine française et prend le pouvoir des mains de l’administration coloniale française. La fin du protectorat et l’état de siège sont proclamés. Le 11 mars, Bảo Đại donne lecture d’un acte d’indépendance de son pays au sein de l’Empire du Việt Nam en ces termes : « Vu la situation mondiale et celle de l’Asie en particulier, le gouvernement du Vietnam proclame publiquement qu’à dater de ce jour le traité de protectorat avec la France est aboli et que le pays reprend ses droits à l’indépendance ». Trần Trọng Kim est nommé premier ministre, mais le gouvernement vietnamien, dépourvu de réels moyens, se trouve impuissant face à l’effroyable famine qui ravage le Nord du pays.

Le 14 août, il annonce l’annexion de la Cochinchine, colonie française, à son royaume, réunifiant ainsi le Việt Nam. Dès le 15, cependant, le gouvernement japonais, à la suite notamment des bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki, annonce son intention de capituler. Bảo Đại n’étant plus protégé par les Japonais, le 17, le Việt Minh jette à bas les couleurs impériales et, le 19, le gouvernement révolutionnaire est proclamé dans le palais du résident général. Le 25 août 1945, Bảo Đại est contraint d’abdiquer. Dans l’acte d’abdication, il indique : « Mieux vaut être citoyen d’un pays indépendant que d’être roi d’un pays esclave. »

Dans un premier temps, le gouvernement dirigé par Hồ Chí Minh lui demande de s’installer à Hanoï comme « conseiller suprême », sous le simple nom de « citoyen Vĩnh Thụy », nomination entérinée le 10 novembre. Craignant pour sa vie, Bảo Đại dort souvent dans des résidences réquisitionnées. Privé des ressources de l’empire d’Annam par son abdication, il découvre également la pauvreté. Au mois de décembre, les Français débarquent pour rétablir leur pouvoir colonial. Bảo Đại, devenu leur ennemi, doit être caché par le Việt Minh. En janvier 1946, il est élu député Việt Minh de la circonscription de Thanh Hóa.

Progressivement, le nom de Bảo Đại revient sur le devant de la scène : les partis d’opposition au Việt Minh le voient volontiers comme chef d’un gouvernement d’union nationale. Pour l’éloigner, Hồ Chí Minh l’envoie en Chine dans une « délégation amicale ». Son influence sur la vie vietnamienne décroît alors rapidement. En avril 1946, Bảo Đại gagne Hong Kong. Cependant, la France renoue contact avec lui et paie ses dépenses, dans l’espoir de le voir remonter sur le trône. Bảo Đại ne s’engage pas avant septembre 1947, quand il se déclare prêt à remonter sur le trône face aux exactions communistes. Cependant, il ne rentre pas immédiatement au Việt Nam et préfère voyager d’abord en Grande-Bretagne, en France (où il réside notamment dans sa propriété cannoise du château Thorenc) et enfin en Suisse, où le gouvernement négocie avec lui son retour au pouvoir. Un accord est conclu avec les Français, mais l’ancien empereur attend, pour rentrer au pays, que la Cochinchine ait été rattachée au reste du territoire vietnamien et laisse en attendant le Gouvernement central provisoire du Viêt Nam du général Nguyễn Văn Xuân gérer sur place les affaires courantes.

Parallèlement, le « citoyen Vĩnh Thụy » est considéré depuis 1948 comme un traître à son pays par les communistes. En mars 1949, le tribunal militaire de la 3e interzone militaire communiste met en scène son procès, un acteur étant chargé d’incarner l’ex-empereur. Bảo Đại est accusé de haute trahison et condamné à mort.

Les négociations entreprises entre la France et le gouvernement central provisoire ont abouti à la Déclaration commune faite le 5 juin 1948 en baie d’Along entre Émile Bollaert, Haut-commissaire de France en Indochine, et le général Nguyễn Văn Xuân, président du GCP du Viêt Nam, en présence de Bảo Đại : « La France reconnaît solennellement l’indépendance du Viêt Nam auquel il appartient de réaliser librement son unité… » et aux Accords du 8 mars 1949 (dits Auriol-Bảo Đại) signés personnellement par l’ex-empereur en tant que chef de l’État du Viêt Nam. Par la suite, l’ordonnance du 23 mai 1948 créant le gouvernement de fait du général Nguyễn Văn Xuân, est remplacée par celle du 1er juillet 1949 signée par Bảo Đại, chef de l’État et qui énonce les grandes lignes de l’organisation et du fonctionnement des institutions du Viêt Nam.

Cette constitution provisoire repose sur la base du principe de la souveraineté populaire (c’est l’application de la devise baodaïste : le peuple avant tout), la volonté du peuple étant la source de toutes les activités nationales. Malgré l’article 1er (« Le peuple vietnamien décidera librement de ses institutions »), cette assertion n’est valable que pour l’avenir ; « du fait des circonstances actuelles de guerre, elle (sa volonté) ne peut s’exprimer librement ».

En 1949, Bảo Đại atterrit à Đà Lạt pour proclamer l’État du Việt Nam, un gouvernement anticommuniste. Il est seul, la famille impériale ayant quitté le Việt Nam pour Cannes depuis de nombreux mois mais le retrouvant ensuite à Dalat. Aussitôt au pouvoir, il s’efforce de faire respecter à la lettre les accords Auriol, prévoyant des transferts de souveraineté de la France vers le Việt Nam unifié. En 1951, il instaure la fête des « terres mélangées », censée exalter toutes les composantes ethniques du Việt Nam. Appuyé par le général de Lattre de Tassigny, commandant en chef français en Extrême Orient, il arrache à la France l’acceptation d’une armée nationale comprenant marine et aviation, et négocie avec la Thaïlande ou encore Formose. Cependant, l’armée restera sous commandement français.

Le 6 juin 1954, un mois après Dien Bien Phu, Ngô Đình Diệm, favorable à la république, est nommé premier ministre en remplacement de Buu Loc nommé en janvier. Ngô Đình Diệm, avec l’appui des Américains, s’impose dans la partie sud du Viêt Nam coupé sur le 17e parallèle à la suite des accords de Genève signés le 20 juillet 1954. Le 23 octobre 1955, Bảo Đại est destitué et la République proclamée à la suite d’un référendum truqué organisé par Ngô Đình Diệm, qui triomphe avec 98 % des voix.

Resté à Cannes, Bảo Đại réduit son train de vie avant de déménager en Alsace. Il se lie d’amitié avec le comte Louis de Maigret et Jean de Beaumont, ancien député de la Cochinchine et lui aussi grand amateur de chasse. Surveillé par l’administration fiscale, ayant perdu les subsides français, il doit vendre peu à peu ses biens. En 1958, son épouse, Nam Phương, qui s’était installée en Corrèze au « domaine du Perche » à Chabrignac, vivrait selon certains une liaison avec André Mouran, un kinésithérapeute rencontré à Cannes en 1957. Elle y meurt en 1963 à l’âge de quarante-neuf ans. Ils sont tous les deux enterrés au cimetière de Chabrignac.

En 1957, lors de séjours en Alsace, il rencontre Christiane Bloch-Carcenac avec laquelle il a une liaison jusqu’en 1970. De cette relation naît son dernier enfant, Patrick-Édouard Bloch, né en 1958, qui vit toujours en Alsace.

En février 1972, il épouse Monique Baudot, une jeune Lorraine née le 30 avril 1946 à Pont-à-Mousson, qui prend le titre de « princesse Monique ». Il effectue quelques voyages à l’étranger où il s’exprime devant la diaspora vietnamienne. En 1988, il reçoit le baptême catholique sous le nom de baptême de Jean-Robert. Le 31 juillet 1997, il meurt d’une tumeur au cerveau à l’hôpital du Val-de-Grâce. À ses funérailles, le Viêt Nam communiste envoie une couronne de fleurs. Il est enterré au cimetière de Passy (3e division).

Sa veuve, la princesse, prend le nom d’impératrice Thái Phương et continue à être occasionnellement montrée à la diaspora.

Il est significatif de l’attitude personnelle de l’ex-empereur qu’il n’eut jamais aucun mot contre ceux qui ont été ses adversaires : Hồ Chí Minh et Ngô Đình Diệm.

Ses fils, les princes Bảo Long (mort en 2007), puis Bảo Thắng (mort en 2017), lui succèdent à la tête de la maison Nguyễn.

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Sources : Wikipédia, YouTube.

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