Alexandre Yersin, médecin, bactériologiste et explorateur.

Alexandre Yersin, né le 22 septembre 1863 à Aubonne (canton de Vaud, en Suisse) et mort le 28 février 1943 à Nha Trang (protectorat d’Annam, actuel Viêt Nam), est un médecin, bactériologiste et explorateur franco-suisse. On doit surtout à Yersin la découverte en 1894 du bacille de la peste (Yersinia pestis) et la préparation du premier sérum anti-pesteux, ainsi que l’étude de la toxine diphtérique.

En 1888, à 25 ans, Alexandre Yersin devient médecin à Paris avec sa thèse : Études sur le développement du tubercule expérimental, dont le bacille responsable portera le nom de type Yersin. En 1889, il prend la nationalité française. Disciple de Pasteur, Yersin appliquait une rigoureuse démarche scientifique, « la méthode pasteurienne ». En 1890, lassé des laboratoires, il devient médecin des Messageries maritimes et découvre ainsi l’Indochine française qu’il obtient la permission d’explorer et où il crée la ville de Dalat avec l’aide du gouverneur Paul Doumer. En 1899, Yersin introduit l’hévéa dans la région de Nha Trang. Il est fondateur de l’École de médecine de Hanoi en 1902 (devenue depuis université de médecine de Hanoï) dont il est le premier directeur. En 2014, Alexandre Yersin a été nommé citoyen d’honneur du Vietnam à titre posthume.

Alexandre Yersin, carte maximum, Paris, 21/02/1987.

Alexandre Yersin est le troisième et dernier d’une fratrie de trois enfants. Les Yersin sont membres de l’Église évangélique libre du canton de Vaud. Sa mère a une ancêtre originaire des Cévennes chassée par la révocation de l’édit de Nantes. Son père, qui se prénomme également Alexandre (1825-1863), intendant des poudres de la Suisse romande mais également professeur de sciences naturelles aux collèges d’Aubonne et de Morges, meurt d’une hémorragie cérébrale peu avant sa naissance. Sa mère élève seule leurs trois enfants (Émilie, Franck et Alexandre) et s’installe à Morges, à la rue de Lausanne 11, où elle ouvre une institution pour jeunes filles4. En 1882, Alexandre Yersin obtient son baccalauréat ès lettres au gymnase cantonal, et entame des études de médecine, en 1883, à l’ancienne académie de Lausanne, où il porte les couleurs de la société d’étudiants Stella Valdensis. Il poursuit sa formation médicale à Marbourg en Allemagne. Puis, en 1885, Yersin arrive en France, où il continue ses études à l’Hôtel-Dieu de Paris où il devient externe dans le laboratoire du professeur Cornil. Là, il fait une rencontre déterminante en la personne d’Émile Roux.

Ce dernier lui ouvre les portes de l’institut Pasteur et lui permet de participer aux séances de vaccination contre la rage. Avec lui il découvre en 1886 la toxine diphtérique. En 1888, il passe son doctorat en soutenant une thèse sur la tuberculose expérimentale où il décrivait les lésions d’un lapin atteint de tuberculose, ce qui lui valut la médaille de bronze de la faculté de médecine de Paris en 1889. Il suit à Berlin le cours de bactériologie de Robert Koch. En 1889, il devient le premier préparateur du cours de microbiologie de l’institut Pasteur. Ce cours marque la très grande influence de la recherche française à l’étranger. Après de nombreuses formalités, il obtient la nationalité française cette même année.

Cette orientation vers l’enseignement déplait à Yersin qui est de tempérament ombrageux, solitaire et misanthrope. Dès 1890, il éprouve le besoin de voyager après des mois de travail acharné sur la tuberculose et la diphtérie à l’institut Pasteur. Après de courts séjours en Normandie, où il découvre la mer, il décide de partir dans les colonies françaises. En septembre 1890, il rejoint l’Indochine française, où il devient médecin des Messageries maritimes. Épris de ce pays, il réussit, en 1891, à obtenir des Messageries maritimes la permission d’explorer l’Indochine. De là, prendront naissance trois expéditions à travers la jungle indochinoise, région peu connue, sauvage et réputée dangereuse. Durant l’année 1891, Alexandre Yersin traverse fleuves et forêts tropicales et apprend à vivre dans ces lieux. Il s’établira et restera attaché à ce qui était à cette époque un petit village de pêcheur, Nha Trang. C’est au cours de cette première expédition qu’il découvre le site et l’excellent climat de ce qui deviendra Đà Lạt.

En 1892, il s’engage comme médecin de santé coloniale en Indochine sur les conseils de Calmette. Il franchit tous les grades de médecin de 2e classe jusqu’à celui de médecin principal de 1re classe (cinq galons) le 23 juin 1913, avant d’être admis à la retraite en 1920, en qualité de médecin colonel. C’est sous le képi rouge à l’ancre de marine qu’il fit toute sa carrière en Indochine.

Il part cette fois officiellement mandaté pour explorer le protectorat d’Annam, il sillonne les reliefs de la région de Nha Trang. Il se révèle excellent explorateur, par la réalisation de cartes d’une grande précision et par de nombreuses observations (populations locales, ressources, économie, etc.). À la fin de cette mission, Yersin rentre en France pour faire part de ses découvertes, et donne quelques conférences.

Il repart rapidement, et prend, le 24 décembre 1892, le bateau de Marseille à Saïgon. Là-bas, une mission scientifique lui a été confiée par l’Instruction publique afin d’explorer les forêts et les rivières5 de la Cochinchine au sud de l’Annam; ces explorations dangereuses lui vaudront d’élogieux compliments dont ceux de Louis Pasteur lui-même. Après sept mois de voyage auprès des populations indigènes, Yersin rejoint Saïgon. Cette dernière expédition n’est que partiellement réussie : il n’a pu explorer qu’une partie du territoire qu’il lui avait été demandé de cartographier. Yersin a cependant notablement contribué à la connaissance de la topographie du pays, mais également à l’anthropologie ; il a pris l’habitude de décrire très précisément les coutumes, mœurs et habitats des tribus rencontrées. Par exemple : « Quoique formant pour ainsi dire une seule et même famille, les Moïs (ethnies des haut-plateaux) n’ont aucune espèce d’unité politique. Non seulement il n’y a pas de chef de tribu mais on peut même dire qu’il n’y a pas de chef de village. »

La rigueur avec laquelle Alexandre Yersin a exploré ces terres inconnues n’étonne pas, puisqu’il connaissait la rigueur des laboratoires ; on peut s’étonner, en revanche, de sa surprenante condition physique, conservée dans des conditions de vie et climats aussi difficiles. À sa mère, qui lui demande par lettre s’il n’a pas maigri, il répond : « Je continue à me bien porter et je pèse comme toujours entre 58 et 60 kilos ! »

En 1894, Yersin met fin à sa carrière de grand explorateur et se lance dans l’élevage de chevaux et de bovins pour la production de ses sérums.

Quand une épidémie de peste originaire de Mongolie atteint en 1894 la côte sud de la Chine et notamment Hong Kong, le gouvernement français ainsi que l’institut Pasteur mandatent Yersin pour y étudier les raisons de l’épidémie. Entre le 12 et le 15 juin, Yersin voyage vers Hong Kong et emmène avec lui du matériel emprunté au laboratoire de microbiologie de l’hôpital de Saïgon. À son arrivée, il apprend qu’une équipe de savants japonais menée par Kitasato Shibasaburō envoyée par le gouvernement japonais, est également présente pour étudier la nature de cette maladie. Du 17 au 19 juin, il est écarté des hôpitaux anglais, ces derniers, étant à cette époque germanophiles, donnent leurs préférences aux Japonais (formés par les Allemands). Yersin décide alors de se faire construire une petite paillote dans laquelle il installe un laboratoire rudimentaire.

Avec quelques piastres distribuées à des matelots anglais ayant pour mission d’enterrer les cadavres, il a accès au dépôt mortuaire où il peut prélever quelques bubons et les ramener dans son laboratoire.

Il l’affirme quelques jours plus tard en adressant à Paris des souches de peste et la description précise et exacte du bacille, qui sera lue le 30 juillet 1894 à l’Académie des sciences, et publiée dans le numéro de septembre des Annales de l’institut Pasteur. De son côté, Kitasato publie sa découverte d’un bacille pesteux (obtenu à partir du sang) dans le Lancet du 25 août 1894. Les deux bacilles sont différents, celui de Yersin est Gram-négatif et immobile, celui de Kitasato est Gram-positif et mobile. Le bacille de Kitasato correspond à un pneumocoque, celui de Yersin correspond à Yersinia pestis6. Bien qu’ayant réussi à isoler ce microbe responsable de millions de morts durant l’histoire, Yersin ne parviendra pas à résoudre le problème de la transmission de la maladie du rat à l’homme. Il envisagera le rôle de la mouche, mais il sera l’un des premiers à reconnaître, dès 1898, la découverte d’un autre pasteurien, Paul-Louis Simond, démontrant le rôle de la puce du rat.

En octobre 1894, Yersin cherche à créer un vaccin pour prévenir la peste et un sérum pour la guérir. Il s’installe à Nha Trang au sud de l’Annam, endroit qu’il avait déjà visité durant ses expéditions. Cet endroit était judicieux pour plusieurs raisons. Il offrait la possibilité d’être isolé tout en restant proche de Saïgon et donc en communication avec la Chine et l’Inde, deux grands foyers de la peste. En 1895, il crée l’institut Pasteur de Nha Trang et met en place un laboratoire et tous les équipements nécessaires à la préparation du vaccin contre la peste. L’année 1896 voit une nouvelle grande épidémie de peste se déclarer à Canton, en Chine. Yersin décide alors de s’y rendre pour tester son sérum antipesteux (sérum de cheval immunisé contre des cultures de Yersinia pestis prélevé chez l’homme). De juin 1897 à juin 1898, Alexandre Yersin sillonne l’Inde en suivant les différentes épidémies de peste afin de perfectionner son sérum qui s’avère trop peu efficace. Paul-Louis Simond vient le relayer pour tenter de mieux faire. Car, comme l’a souligné Jean-Jacques Dreifuss, dans le journal 24 heures du jeudi 27 octobre 1994, « Identifier le bacille ne signifie hélas pas encore trouver le traitement de la maladie. »

Son laboratoire de Nha Trang s’oriente donc vers les maladies infectieuses chez les animaux, et Yersin étudie activement une autre sorte de peste, la peste bovine, avec laquelle il obtient beaucoup plus de succès. Bien qu’échouant à isoler l’agent de cette seconde peste, il réussit à préparer de grandes quantités de sérum antipestique, à ne pas confondre avec le sérum antipesteux qui soigne la peste « humaine » dite bubonique. Un élevage étant nécessaire pour la création de ce sérum, Alexandre Yersin tente, avec peu de succès, de faire venir des vaches et des poules de Suisse afin d’améliorer le cheptel local par croisements. Tout ceci ayant un prix, Yersin se lance également dans la culture de l’hévéa et de la quinine pour trouver les financements nécessaires.

Ainsi, dès 1898, Yersin s’intéresse à la culture d’Hevea brasiliensis, autrement dit l’arbre à caoutchouc qu’il importe et acclimate. Il réussit à l’introduire en 1899 après plusieurs essais, et ses récoltes de latex sont achetées dès 1903 par les frères Michelin. D’ailleurs, une forêt d’hévéas est proche de Nha Trang. Il fournira la firme Michelin pour la première récolte du latex. Yersin suit alors de très près les problèmes agronomiques des plantations d’hévéas et les problèmes techniques du caoutchouc produit, pour en tirer le profit maximal et ainsi financer ses recherches médicales9. Cet arbre est encore à l’heure actuelle l’une des ressources du Viêt Nam. Yersin essaye d’autres cultures comme celle du cacao, du café, du manioc, du palmier à huile, du cocotier ainsi que de plusieurs espèces tropicales aux vertus thérapeutiques. Ces différents essais rencontrent un succès mitigé et Yersin se tourne, en 1915, vers la plantation de Cinchonas pour produire la quinine qui permet de traiter le paludisme. Ces plantations lui permettent de subvenir à ses besoins en bétail et matériel, et de développer l’agriculture indochinoise. Sur les conseils de sa sœur Émilie, qui tenait un élevage modèle de poule, à Morges sur les bords du Léman, Alexandre Yersin a importé des poules européennes au Vietnam et a tenté de reproduire les expériences de sa sœur.

Durant cette période s’est développée Dalat, tout d’abord un centre de sanatoriums, la ville est devenue par la suite une station de villégiature d’altitude pour les riches Saïgonnais, d’où la multitude de superbes villas coloniales et autres bâtiments de style Art déco. Yersin développe les cultures florales, maraîchères, de caféiers et d’hévéas dans les collines autour de Dalat, encore aujourd’hui grand centre de ces productions. Une avenue, une rue et même une université et deux lycées nommés « Yersin », devenus lycée Yersin international à Hanoi et lycée Yersin à Dalat (créé en 1927, il prit le nom de Yersin en 1935 et fut inauguré en 1941) illustrent la reconnaissance qu’en ont les Vietnamiens.

Voir aussi cette vidéo :

Sources : Wikipédia, YouTube.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.