Albert Randriamaromanana, patriote.

Le lieutenant Albert Randriamaromanana est la définition ultime du patriote malgache, certes animé d’une conviction pure facilement manipulable, son parcours militaire sous les drapeaux français n’a pas annihilé son dévouement à la terre de ses ancêtres. Parcours d’un fusillé à 35 ans pour trahison à la France.

Un héros à la fin tragique, durant les enquêtes du 14 avril 1947, le lieutenant Albert Randriamaromanana a déclaré dans le procès-verbal. « À Majunga, j’ai été révolté par la situation inférieure politique, sociale et économique des Malgaches en général vis-à-vis des étrangers. Les Indiens et Grecs auxquels appartient la côte Ouest de Madagascar, sans compter que la côte Est est sous la domination commerciale des Chinois et que leurs tentacules enserrent petit à petit l’ensemble du pays. J’ai eu à ce sujet de nombreuses conversations avec mon Capitaine de Régiment, le Capitaine Leviandier, pourquoi la France laisse faire ces personnes ? ». Né le 11 juin 1913 dans la capitale, il passe sa scolarité à l’école protestante d’Ambohijatovo Avaratra. Destiné à la carrière des armes, il intègre l’école des enfants de troupe à Betongolo à ses dix ans. Il en sort en 1932. Durant son parcours militaire, il enchaîne les promotions. Entre 1933 et 1946, de caporal, il finit sergent, se trouve en poste à Majunga, la ville d’entrée du corps expéditionnaire coloniale, première ville à abdiquer. Alors deuxième plus grand port de la Grande Île, le « comptoir » installé était prolifique sous le contrôle du pouvoir « merina ». Les français conquéraient alors un vrai pôle économique.


La communauté indienne savait toujours se placer du côté du plus fort, du côté des « merina » lors de la conquête, du côté des « colons » durant l’invasion de Madagascar. Elle profitait des petites largesses du gouvernorat guidé depuis la cour royale d’Antananarivo. Avec la colonisation, cette communauté a commencé à s’organiser sous les ailes des français pour contrôler l’économie régionale au détriment des Malgaches. Elle prend de l’ampleur aux côtés des grecs. Dans son étude « Introduction à une étude sur l’émigration grecque à Madagascar » (1968), Georges Condominas signalait concernant la communauté hellénique, « un individu qui est arrivé dans l’île pour des raisons variées, après des débuts souvent difficiles dans un petit commerce, fait venir des frères ou des cousins. S’il a vraiment réussi, ceux-ci ont l’avenir assuré, le premier venu leur confiant la création de succursales de brousse ». Le premier grec à habiter Madagascar se nommait Anastase Mellis. L’entraide familiale et un sens des affaires aigu, épaulé par un savoir-faire en termes de corruption institutionnelle, a permis à ces deux communautés de dominer la région.

Avec tout ce qu’il y a de conséquence pour les Malgaches, les désormais « indigènes » sous la colonisation : travaux forcés, arrestations arbitraires suite à des délations d’un indien ou d’un français, condamnation à mort… tout y passe. Le lieutenant Albert Randriamaromanana était un témoin privilégié, à la première loge même, de ces exactions. Déclarant ainsi, « Même si je n’étais pas membre du MDRM, j’ai adhéré aux idées du docteur Ravoahangy. Avant les élections de juin 1946, surtout à Fianarantsoa, j’ai été particulièrement actif, je me suis assigné une mission de discuter et de débattre de leurs droits aux officiers et sous-officiers et j’ai même distribué des bulletins de votes au nom de Ravoahangy ». Sûrement, ses supérieurs ont eu vent du patriotisme et de l’activisme intelligent du jeune militaire. Le Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM), « était en quelque sorte le petit frère du VVS, composé d’hommes d’église, de docteurs, de fonctionnaires, des grands commerçants… un parti intellectuel, héritier spirituel de Rabary et Ravelojaona. Enfants durant la période VVS, maintenant grands qui composaient le MDRM, ont pensé que la France après le discours de Brazzaville (De Gaulle en 1944) allait respecter la démocratie », selon Vonjitiana Randriamarovelo, chercheur passionné en histoire.

Deux hommes allaient être décisifs dans la trajectoire du lieutenant, Emile Rakotoarison et Joseph Ratsimandresy. Des ténors de la société secrète Jiny. Facile de titiller la fibre patriotique naturelle chez l’homme au képi, ce dernier intègre le mouvement nationaliste en prêtant serment. Sans savoir que cette entité préparait déjà un coup, reconquérir Antananarivo et une guerre presque totale sur tout le territoire afin de libérer Madagascar de l’occupant français. Tout allait se jouer le 29 mars 1947. « Je ne sais pas quelle énergie m’a enthousiasmé en les écoutant. Mais c’est en préparant notre plan d’assaut d’Antananarivo que j’ai compris l’ultime importance de ce que j’allais réaliser », a-t-il mentionné dans la fièvre de la préparation. Albert Randriamaromanana est assigné à la direction d’une des opérations. Sans rechigner, il mène ses hommes. Le jour J, sur le point de lancer les opérations, lui et ses hommes ont dû rebrousser chemin. Les théories abondent à ce sujet, mais pour éviter le massacre à ses hommes, il préfère annuler l’opération. Le 30 mars 1947, le lieutenant est arrêté. Le mouvement est pourtant engagé sur presque tout le territoire malgache, notamment tout le long de la côte orientale. Son procès attendra. Le 19 avril 1948, il est fusillé à Ankatso à l’âge de 35 ans suite à son accusation de « Traître à la France ».

Source : Midi-Madagasikara.

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